Les premiers jours d’Ava au manoir Davenport furent une immersion dans un monde à la fois luxueux et glacial. Tout y était impeccable, rigide, comme si la moindre imperfection était intolérable. Pourtant, malgré la beauté et l’ordre imposant des lieux, une étrange sensation ne la quittait pas.
Derrière ces murs imposants vivait un enfant.
Lucas.
Un petit garçon silencieux, bien trop sage pour son âge. Il ne riait pas aux éclats comme les autres enfants de cinq ans, ne courait pas partout, ne réclamait pas d’attention. Il était là, présent mais effacé, comme une ombre dans cette immense demeure.
Dès leur première vraie interaction, Ava ressentit quelque chose de troublant.
Une impression étrange.
Comme une impression de déjà-vu.
Ce matin-là, Ava se tenait devant la porte de Lucas, sa main hésitant une fraction de seconde avant de frapper doucement. Pas de réponse.
Elle ouvrit lentement la porte et découvrit une chambre à l’image du reste de la maison : immense, élégante, mais impersonnelle. Pas de jouets éparpillés, pas de dessins accrochés aux murs. Un espace parfait, presque clinique.
Au centre du lit, un petit corps recroquevillé sous une couverture immaculée.
Son souffle se coupa.
Pendant un instant, une vision surgit dans son esprit : un autre lit, une autre chambre… un berceau.
Un petit bébé aux joues rondes, des cheveux éparpillés sur l’oreiller.
Son bébé.
Ava chassa aussitôt cette image, son cœur battant plus vite. Ce n’était pas le moment de se laisser submerger par ses souvenirs.
Elle s’approcha et posa doucement une main sur l’épaule du petit garçon.
— Lucas ?
Il sursauta légèrement avant d’ouvrir les yeux. De grands yeux bruns, profonds, intelligents… et pleins d’une méfiance inhabituelle pour un enfant.
— Bonjour, murmura-t-elle avec un sourire. Il est l’heure de se lever.
Lucas la fixa un instant, comme s’il tentait de percer ses intentions. Puis, lentement, il hocha la tête et se redressa.
— Bonjour… Ava.
Un simple mot, mais il lui provoqua un frisson.
Sa voix. Son ton.
Encore cette impression étrange.
Comme si elle l’avait déjà entendu quelque part.
Ava remarqua rapidement que Lucas n’était pas un enfant comme les autres.
Il ne se plaignait jamais. Il écoutait toujours les ordres, ne posait pas de questions inutiles. Il répondait lorsque c’était nécessaire, mais ne parlait jamais de lui-même.
Lorsqu’elle l’aida à s’habiller, il se laissa faire sans protester. Lorsqu’ils descendirent prendre le petit-déjeuner, il s’assit bien droit sur sa chaise, son regard baissé sur son assiette.
Un enfant de cinq ans ne devrait pas être aussi discipliné.
Alors qu’elle lui servait un verre de jus d’orange, elle tenta d’engager la conversation.
— Tu aimes le jus d’orange, Lucas ?
Il hocha la tête en silence.
— Et les pancakes ?
Un petit temps de réflexion, puis une réponse, calme et mesurée.
— Oui… mais sans trop de sirop.
Ava haussa un sourcil, intriguée.
— Tu n’aimes pas quand c’est trop sucré ?
Lucas hésita avant de murmurer :
— Papa dit qu’il ne faut pas manger trop de sucre.
Une douleur sourde s’empara d’elle.
Une autre phrase lui revint en mémoire.
"Maman, est-ce que je peux avoir un peu plus de compote ? Papa dit que c’est trop sucré, mais j’aime ça."
Son souffle se coupa.
C’était une phrase qu’elle n’avait jamais entendue de la bouche de Lucas.
Mais une phrase qu’elle aurait pu entendre, si son bébé avait grandi.
Elle ravala la boule dans sa gorge et afficha un sourire doux.
— Eh bien, aujourd’hui, une toute petite goutte de sirop est autorisée.
Lucas cligna des yeux, surpris par sa réponse. Puis, lentement, il prit une bouchée.
Ava le regarda faire, et cette étrange sensation l’envahit de nouveau.
Ce geste. Sa façon de mâcher.
Son cœur rata un battement.
Elle avait déjà vu ça.
Elle aurait dû voir ça.
Les jours suivants, Ava tenta doucement d’ouvrir une brèche dans la carapace de Lucas.
Elle découvrit qu’il aimait les livres plus que tout.
Un soir, alors qu’elle le cherchait après le dîner, elle le trouva dans la bibliothèque, blotti dans un fauteuil de cuir, absorbé par un livre.
— Qu’est-ce que tu lis ?
Il leva les yeux vers elle.
— Peter Pan.
Ava sourit, s’asseyant à côté de lui.
— J’adorais cette histoire quand j’étais petite.
Lucas sembla hésiter, puis murmura :
— Moi aussi.
Un petit silence s’installa.
— Tu sais, quand j’étais enfant, je rêvais de voler avec Peter et d’aller à Neverland.
Lucas baissa les yeux vers son livre.
— Moi aussi.
Ava sentit un frisson lui parcourir la peau.
Encore.
Ce sentiment étrange, cette impression de le connaître.
Comme si un fil invisible les reliait depuis toujours.
Quelques jours plus tard, alors qu’une fine pluie tombait sur le domaine, Ava le trouva dans le jardin, debout sous la bruine, le visage levé vers le ciel.
— Lucas ?
Il ne répondit pas.
Elle s’approcha lentement, levant à son tour le visage vers les gouttes fraîches.
— Tu aimes la pluie ?
Il hocha la tête.
— Elle est libre.
Ava sentit son cœur se serrer.
Ces mots.
Pourquoi ces mots lui donnaient-ils envie de pleurer ?
Elle tendit une main sous la pluie, laissant les gouttes glisser entre ses doigts.
— Oui… libre et indomptable.
Lucas baissa les yeux vers elle, puis, dans un élan spontané, il attrapa sa main.
Ava tressaillit.
Ce geste.
Ce contact.
Une autre main. Plus petite encore. Un bébé qui agrippe son doigt avec une force surprenante.
Son bébé.
Elle ferma les yeux une fraction de seconde.
Non. Ce n’était pas possible.
Mais cette sensation ne voulait pas la quitter.
Lucas était spécial.
Et plus les jours passaient, plus elle se sentait liée à lui d’une manière qu’elle ne pouvait expliquer.
Ava Hartley était une jeune femme ambitieuse, indépendante et pleine de détermination. À 26 ans, elle avait déjà traversé bien des épreuves pour en arriver là. Son enfance n’avait pas été facile, grandissant dans une famille modeste où l’argent manquait souvent. Mais sa mère lui avait appris l’importance du travail acharné et de la persévérance. Après avoir quitté son petit village pour s’installer en ville, Ava avait rapidement trouvé sa place en tant que nounou. Elle aimait être auprès des enfants, et sa patience infinie lui permettait de gérer même les situations les plus difficiles. Mais à mesure que les années passaient, elle rêvait d’une vie plus stable, d’un travail qui pourrait lui offrir plus de sécurité financière.C’est ainsi que, lorsqu’elle aperçut l’annonce pour devenir nounou de l’enfant d’un milliardaire, elle n’hésita pas une seconde. Ce travail pouvait tout changer. Bien qu’un peu intimidée par l’idée de travailler pour l’une des familles les plus influentes du pays,
Ava suivait Geoffrey à travers les couloirs grandioses de la maison, ses pas résonnant contre les marbres froids. La maison était d’une beauté saisissante, avec ses fenêtres panoramiques offrant des vues spectaculaires sur le jardin parfaitement entretenu. Mais chaque pièce semblait dénuée de chaleur, comme si la vie ici n’était qu’une illusion soigneusement entretenue. Rien n’évoquait la chaleur d’un foyer, ni les rires d’un enfant. Tout était ordonné, impeccable, mais il manquait quelque chose d’essentiel : l’humanité.— Voici le salon principal, annonça Geoffrey, tout en ouvrant une porte massive en bois. La pièce était d’une élégance glaciale, avec des meubles en cuir sombre et des œuvres d’art modernes qui semblaient aussi froides et inaccessibles que la maison elle-même.— C’est ici que Monsieur Davenport reçoit ses invités d'affaires, mais il ne passe jamais beaucoup de temps ici. Son bureau est l’endroit où il se sent réellement à l’aise.Ava acquiesça, s'efforçant de cacher s
Le lendemain matin, Ava se leva tôt, le soleil à peine levé, laissant une douce lumière filtrer à travers les rideaux en soie de la chambre. Elle se regarda dans le miroir, nerveuse mais déterminée. Après une nuit agitée, pleine de questions et d’anticipation, elle avait une mission à accomplir : rencontrer Lucas, le fils de Nolan. Elle espérait que cette première rencontre poserait les bases de leur relation, mais elle ne savait pas encore à quoi s’attendre. Le petit garçon, après tout, était un mystère.Après un rapide petit-déjeuner où elle se força à avaler quelques bouchées, elle se dirigea vers le salon. Geoffrey, le majordome, l’attendait là, un air habituel de calme posé sur son visage.— Prête pour ta première rencontre avec Lucas ?" demanda Geoffrey, son ton à la fois chaleureux et distant, comme si cette scène se déroulait pour lui dans une routine bien établie.Ava hocha la tête, son cœur battant un peu plus vite.— Oui, j’espère bien.Geoffrey sourit légèrement et l’invit
Ava se tenait dans la cuisine, les mains posées sur le comptoir froid, les yeux fixés sur le petit Lucas qui jouait dans le salon. Le silence avait envahi la maison après une matinée de routine chargée. La tranquillité qui régnait à ce moment-là était presque irréelle, comme si l’agitation du matin était un mauvais souvenir. Ava sentait une pression constante depuis qu’elle avait accepté ce poste de nounou, mais quelque chose la poussait à se tenir droite, à assumer ce rôle malgré ses doutes.Elle attendait, nerveuse, l’arrivée de Nolan, son employeur. C’était le moment où il reviendrait à la maison, après une longue journée. Même si elle n'avait eu aucune vraie interaction avec lui, elle savait que cet homme était une force imposante, une personne qui régnait sur ce manoir d’une manière indéniable.La porte principale s’ouvrit brusquement, un claquement net résonna dans l’air, comme une déclaration d’autorité. Ava leva les yeux et vit Nolan dans l’encadrement de la porte. Il se tenai
Les premiers jours d’Ava au manoir Davenport furent une immersion dans un monde à la fois luxueux et glacial. Tout y était impeccable, rigide, comme si la moindre imperfection était intolérable. Pourtant, malgré la beauté et l’ordre imposant des lieux, une étrange sensation ne la quittait pas.Derrière ces murs imposants vivait un enfant.Lucas.Un petit garçon silencieux, bien trop sage pour son âge. Il ne riait pas aux éclats comme les autres enfants de cinq ans, ne courait pas partout, ne réclamait pas d’attention. Il était là, présent mais effacé, comme une ombre dans cette immense demeure.Dès leur première vraie interaction, Ava ressentit quelque chose de troublant.Une impression étrange.Comme une impression de déjà-vu.Ce matin-là, Ava se tenait devant la porte de Lucas, sa main hésitant une fraction de seconde avant de frapper doucement. Pas de réponse.Elle ouvrit lentement la porte et découvrit une chambre à l’image du reste de la maison : immense, élégante, mais impersonn
Ava se tenait dans la cuisine, les mains posées sur le comptoir froid, les yeux fixés sur le petit Lucas qui jouait dans le salon. Le silence avait envahi la maison après une matinée de routine chargée. La tranquillité qui régnait à ce moment-là était presque irréelle, comme si l’agitation du matin était un mauvais souvenir. Ava sentait une pression constante depuis qu’elle avait accepté ce poste de nounou, mais quelque chose la poussait à se tenir droite, à assumer ce rôle malgré ses doutes.Elle attendait, nerveuse, l’arrivée de Nolan, son employeur. C’était le moment où il reviendrait à la maison, après une longue journée. Même si elle n'avait eu aucune vraie interaction avec lui, elle savait que cet homme était une force imposante, une personne qui régnait sur ce manoir d’une manière indéniable.La porte principale s’ouvrit brusquement, un claquement net résonna dans l’air, comme une déclaration d’autorité. Ava leva les yeux et vit Nolan dans l’encadrement de la porte. Il se tenai
Le lendemain matin, Ava se leva tôt, le soleil à peine levé, laissant une douce lumière filtrer à travers les rideaux en soie de la chambre. Elle se regarda dans le miroir, nerveuse mais déterminée. Après une nuit agitée, pleine de questions et d’anticipation, elle avait une mission à accomplir : rencontrer Lucas, le fils de Nolan. Elle espérait que cette première rencontre poserait les bases de leur relation, mais elle ne savait pas encore à quoi s’attendre. Le petit garçon, après tout, était un mystère.Après un rapide petit-déjeuner où elle se força à avaler quelques bouchées, elle se dirigea vers le salon. Geoffrey, le majordome, l’attendait là, un air habituel de calme posé sur son visage.— Prête pour ta première rencontre avec Lucas ?" demanda Geoffrey, son ton à la fois chaleureux et distant, comme si cette scène se déroulait pour lui dans une routine bien établie.Ava hocha la tête, son cœur battant un peu plus vite.— Oui, j’espère bien.Geoffrey sourit légèrement et l’invit
Ava suivait Geoffrey à travers les couloirs grandioses de la maison, ses pas résonnant contre les marbres froids. La maison était d’une beauté saisissante, avec ses fenêtres panoramiques offrant des vues spectaculaires sur le jardin parfaitement entretenu. Mais chaque pièce semblait dénuée de chaleur, comme si la vie ici n’était qu’une illusion soigneusement entretenue. Rien n’évoquait la chaleur d’un foyer, ni les rires d’un enfant. Tout était ordonné, impeccable, mais il manquait quelque chose d’essentiel : l’humanité.— Voici le salon principal, annonça Geoffrey, tout en ouvrant une porte massive en bois. La pièce était d’une élégance glaciale, avec des meubles en cuir sombre et des œuvres d’art modernes qui semblaient aussi froides et inaccessibles que la maison elle-même.— C’est ici que Monsieur Davenport reçoit ses invités d'affaires, mais il ne passe jamais beaucoup de temps ici. Son bureau est l’endroit où il se sent réellement à l’aise.Ava acquiesça, s'efforçant de cacher s
Ava Hartley était une jeune femme ambitieuse, indépendante et pleine de détermination. À 26 ans, elle avait déjà traversé bien des épreuves pour en arriver là. Son enfance n’avait pas été facile, grandissant dans une famille modeste où l’argent manquait souvent. Mais sa mère lui avait appris l’importance du travail acharné et de la persévérance. Après avoir quitté son petit village pour s’installer en ville, Ava avait rapidement trouvé sa place en tant que nounou. Elle aimait être auprès des enfants, et sa patience infinie lui permettait de gérer même les situations les plus difficiles. Mais à mesure que les années passaient, elle rêvait d’une vie plus stable, d’un travail qui pourrait lui offrir plus de sécurité financière.C’est ainsi que, lorsqu’elle aperçut l’annonce pour devenir nounou de l’enfant d’un milliardaire, elle n’hésita pas une seconde. Ce travail pouvait tout changer. Bien qu’un peu intimidée par l’idée de travailler pour l’une des familles les plus influentes du pays,