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Chapitre 5 : Juliette

Auteur: Kira
last update Dernière mise à jour: 2025-02-24 16:59:50

Je me réveille avant ma voisine, la trouvant allongée mode phoque sur le canapé, profondément endormie, ses longs cils caressant ses joues, et sa bouche légèrement entrouverte. Décidée à démarrer ma journée avec un bon café, je me dirige rapidement vers ma cafetière, avant de sortir chercher des viennoiseries. À mon retour, je découvre que la belle inconnue a déserté le canapé pour s’installer dans ma salle de bain.

— J’ai pris la liberté de prendre une douche, m’informe-t-elle à son retour.

— Pas de problème, le petit déjeuner est prêt, je réponds.

— Merci, j’arrive.

— Je ne savais pas quelles viennoiseries tu préfères, alors j’ai pris un assortiment, j’explique.

— Merci, je raffole des pains au chocolat.

Je la détaille tandis qu’elle savoure son petit-déjeuner. Sa peau dorée est enviable, sa silhouette gracieuse et ses lèvres pulpeuses. 

« Qui a pu être assez insensé pour larguer une femme aussi belle ? »

— Ça va ? Tu as l’air un peu absente, remarque-t-elle.

— Oui, Je suis juste un peu fatiguée.

— Oh désolée, c’est ma faute.

— Non t’inquiète, c’est oublié !

— Bon, je vais rentrer chez moi me changer et je passerai te prendre pour une séance de shopping, ça te dit ? propose-t-elle.

— Du shopping ? es-tu sûre ? je m’étonne.

— Oui, pourquoi pas ? répond-elle avec assurance.

— Eh bien, tu as oublié qu’on t’a largué la veille ?

— J’ai été larguée hier, mais ça ne signifie pas que je vais me laisser abattre. Le shopping est une excellente thérapie, réplique-t-elle avec ténacité.

— Si tu le dis, acquiescé-je, intriguée par cette attitude résolue.

Je suis impressionnée par l’état d’esprit de Jennifer, mais je me demande si c’est sincère ou juste une façade. Elle sourit doucement, comme si elle avait deviné mes pensées.

— De toute façon, j’ai besoin de m’aérer la tête, ajoute-t-elle.

Je me prépare rapidement, optant pour un jean et un simple t-shirt blanc, rehaussés d’une touche de rouge à lèvres. Je suis déjà prête lorsque Jennifer revient une heure plus tard, vêtue d’une petite robe légère rose bonbon qui respire l’été.

Alors que je m’efforce de ne pas succomber à la tentation et de rester raisonnable dans mes achats, Jennifer se lance à corps perdu dans son shopping effréné. Elle dévalise littéralement les boutiques, s’emparant de sacs à 4 000 euros pièce et de robes affichant des prix bien au-delà de 1000 euros.

Je ne peux m’empêcher de réfléchir au coût de ces articles. À une époque où chaque euro comptait, un seul de ces sacs aurait représenté plusieurs mois de salaire pour moi. Néanmoins je réalise que pour Jennifer, issue d’une famille aisée, la valeur de l’argent durement gagné est probablement une notion abstraite. Il serait vain de lui faire la moindre remarque à ce sujet.

Je décide de me concentrer sur mes propres choix, cherchant des pièces qui me plaisent tout en respectant mon budget. Après tout, chacun a ses priorités et sa manière de dépenser son argent.

Nous passons la journée à arpenter les boutiques, essayant différentes tenues.

Je ne peux m’empêcher d’être un peu impressionnée par son dévouement et son énergie déployée dans cette activité. Pour elle, c’est bien plus qu’un simple acte d’achat, c’est une véritable expérience et une manière de s’exprimer. J’admire sa capacité à se laisser emporter et à trouver du plaisir dans cette activité.

Nous terminons notre journée de shopping dans l’un des restaurants les plus prestigieux du centre-ville. Il est évident que Jennifer est une habituée des lieux, car elle salue la moitié des clients de la terrasse en leur faisant la bise, tandis que les employés semblent la connaître et l’apprécier.

Nous nous laissons emporter par la conversation, partageant des anecdotes légères et échangeant des rires complices. Jennifer, fidèle à son train de vie extravagant, raconte avec enthousiasme ses escapades dans des destinations exotiques, ses folles soirées dans des endroits branchés et les marques de luxe qu’elle affectionne particulièrement. Elle parle de ses achats impulsifs et de ses folies shopping, sans se soucier des sommes astronomiques dépensées.

— Pourquoi tes parents ne choisissent-ils pas d’acheter une maison pour passer leurs vacances ? Cela offrirait plus de confort, fais-je remarquer.

— Ils se sont rencontrés dans cet hôtel, répond-elle.

— Ah, je comprends ! c’est romantique.

— Et toi, tu as certainement quelqu’un dans ta vie ? interroge-t-elle.

— Personne, je voulais prendre une année pour moi, et rien que pour moi, avoué-je.

— Tu es courageuse, moi je ne pourrais pas vivre sans mec, sans sexe, chuchote-t-elle avec un sourire malicieux.

Je ris doucement, mais mon regard est attiré, presque malgré moi, par une silhouette immobile, en retrait, dans la pénombre de la terrasse voisine. Quelque chose, peut-être un sixième sens, m'avertit qu'on nous observe. Un frisson me parcourt l'échine, et d'une voix basse, j'ose murmurer à Jennifer :

— Je crois… je crois que quelqu’un nous espionne.

Elle tourne légèrement la tête, mais avec un sourire incrédule.

— Un amoureux secret, plaisante-t-elle.

Je secoue la tête, incapable de partager son amusement. Mes yeux reviennent vers lui : un homme asiatique, grand et mince, portant une chemise hawaïenne aux couleurs délavées et un short kaki. Il se tient là, trop immobile, ses yeux fixés dans notre direction. Ce n’est pas juste un touriste qui flâne ; c’est comme s’il attendait quelque chose.

— Non, non, je suis sérieuse, murmuré-je. Je l’ai remarqué depuis un moment, mais là… je suis convaincue qu’il nous suit.

Jennifer perd son sourire. Elle me regarde enfin avec attention, sondant mon expression.

— Préfères-tu qu’on parte ? demande-t-elle, sa voix à peine un souffle.

— Oui, dis-je sans hésiter, la gorge soudain serrée.

Nous nous levons, tentant de faire semblant de ne rien remarquer, mais mon cœur bat si fort que j’ai l’impression que lui aussi doit l’entendre.

L’homme continue de nous suivre de près. Heureusement, nous parvenons à le semer lorsque nous empruntons discrètement la sortie de secours d’une boutique de chaussures que Jennifer connaît bien.

Mes mains tremblent lorsque nous nous retrouvons enfin à l’abri dans la voiture.

— Tu connais cet homme ? demande-t-elle, perplexe.

— Non, bien sûr que non ! réponds-je, ma gorge sèche.

— Tu as des problèmes avec quelqu’un, genre un ex ou la mafia ? propose-t-elle avec un soupçon d’humour.

— Non ! m’exclamé-je, exaspérée. Mes ex sont en France et je ne fréquente pas la mafia.

Je prends une profonde inspiration pour me calmer.

— Bon, démarre s’il te plaît, je voudrais rentrer chez moi.

— Ok, ok, on y va.

Au chalet, je remarque aussitôt quelque chose d’anormal. Une perturbation flotte dans l’air, comme si quelqu’un avait manipulé mes affaires. Une sensation d’inconfort m’envahit et mes mains se mettent à transpirer. Peu à peu, la panique prend le dessus en moi.

— Écoute, viens passer la nuit chez moi, tu seras en sécurité. Nous avons des caméras et des alarmes presque partout. Mon père dit qu’on n’est jamais assez prudent. Propose Jennifer

— L’hôtel est au courant ? m’étonné-je.

— Bien sûr, c’est l’un de leurs employés qui a tout installé.

— Je vois, le pouvoir de l’argent ! lâché-je en levant les yeux au ciel.

— Oui, mais ça nous permet aussi de nous sentir plus en sécurité !

— Ou d’être constamment surveillées ! je conclus, comme si un poids glacé venait de se déposer dans mon estomac.

— Arrête un peu de te prendre la tête, Juliette. Va chercher des affaires pour ce soir, d’accord ! lance-t-elle.

— Oui, tu as raison, ce serait plus prudent, dis-je après réflexion.

« Tout cela est-il lié à cet inconnu ? Dans quel merdier est-ce que je me suis fourrée, bordel… »

— Tu penses à quelque chose ? me demande Jennifer.

— Non, tout va bien. J’arrive.

Alors que je rassemble quelques affaires dans mon cabas, je pense soudainement à la bague. Je l’attrape dans le tiroir de ma commode, la glisse autour de mon cou sur ma chaîne en argent.

Le chalet de Jennifer, ou plutôt celui de ses parents, est bien plus grand et luxueux que ce à quoi je suis habituée. Nous dînons au restaurant de l’hôtel, savourant un repas délicieux, puis passons le reste de la soirée au bord de la piscine. Jennifer plonge dans l’eau de temps en temps, tandis que je fais semblant de lire sur ma liseuse. En réalité, mon esprit est ailleurs, préoccupé par les événements récents. Cependant, je ne veux pas inquiéter Jennifer et gâcher sa soirée, alors je garde mes pensées pour moi et tente de rester présente dans l’instant. La fatigue finit par me rattraper et je succombe au sommeil.

À mon réveil, j’entends des bruits provenant du petit bar près de la piscine. Jennifer est en compagnie d’un homme grand et très séduisant, le genre qui fait généralement la couverture des magazines de mode et fait tourner la tête de toutes les femmes en mal d’amour comme moi. Avec ses tablettes de chocolat, son sourire ravageur et ses yeux gris perçants, il cumule tous les attributs de la beauté masculine. J’hésite à les rejoindre, mais Jennifer m’aperçoit et me fait signe de la main.

Je me sens soudain terriblement nerveuse et commence à me demander si je suis présentable. Je remets rapidement en place mon cache-maillot, essuyant discrètement la bave au coin de ma bouche, et me dirige vers eux en essayant de paraître détendue.

— Juliette, je te présente mon ami Diego. Il est d’origine italienne.

— Enchantée ! dis-je, la voix un peu trop faible, en me raclant discrètement la gorge.

— Vous êtes la Juliette de Roméo, dit-il avec un sourire. C’est complètement cliché, mais ça fonctionne ; je me sens étrangement intimidée, et mon cœur bat un peu plus vite sans que je sache trop pourquoi.

— Diego est venu nous inviter à sa petite soirée entre amis. Ça te dit d’y aller ? propose Jennifer.

Je cherche une excuse, mais sous le regard direct de Diego, les mots s’emmêlent dans ma tête.

— Je ne sais pas… C’est un peu tard, réponds-je finalement, la voix hésitante.

— Allons, Juliette, ça te fera du bien, insiste-t-il, en utilisant mon prénom avec une familiarité déconcertante, comme si nous étions déjà proches. Ce n’est qu’un détail, mais ça me fait bizarre. Un peu trop bizarre.

« Est-ce une habitude ici ? »

— En plus, on sera en sécurité chez Diego. Sa maison est une vraie forteresse, ajoute Jennifer.

— En sécurité ? répète Diego, l’air perplexe. Vous ne vous sentez pas en sécurité ?

— Non, ce n’est rien. Elle veut dire qu’on ne sera pas seules chacune de notre côté. Bon, d’accord, on y va, dis-je, pressée d’écourter cette conversation avant qu’il commence à poser d’autres questions.

« Putain ! » laissé-je échapper en soupir intérieur. Je n’ai aucune envie de subir un interrogatoire, surtout venant d’un inconnu, aussi sexy soit-il.

— Je vous attends dans une heure chez moi. Ne soyez pas en retard, me lance-t-il en me faisant un clin d’œil. Juliette, ne t’inquiète pas, nous ne serons que quelques amies proches.

À ce moment-là, je sens le rouge me monter aux joues. Vraiment ? Moi, rougir ? Pour compliquer encore les choses, il s’approche et me fait la bise, son sourire malicieux flottant à quelques centimètres de mon visage. Mon cœur rate un battement, et j’essaie de ne pas respirer trop fort.

— Il est canon, tu ne trouves pas ?! demande Jennifer avec enthousiasme en enroulant son bras autour de mes épaules.

— Oui, si tu le dis, murmuré-je en haussant les épaules, essayant de prendre un air détaché.

Jennifer n'est pas dupe, évidemment.

— Avoue qu’il te fait craquer. En plus, il a l’air de t’apprécier. Il a vite retenu ton prénom, c’est rare que ça lui arrive. Il a fallu plus d’un mois pour qu’il retienne le mien.

Je roule des yeux en essayant de garder mon calme, mais mes joues brûlent encore.

— Arrête ! dis-je, tentant de camoufler mon embarras derrière un rire nerveux.

— Bon, il est temps de se préparer. On doit être les plus belles et surtout les plus sexy, baby ! Elle me donne une tape sur les fesses, et je ne peux m’empêcher de lancer un regard furtif dans la direction où Diego est parti, déjà en train d’imaginer ce que cette soirée va bien pouvoir donner.

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    Je traverse la grande salle d’un pas déterminé, mon regard froid balayant la foule insouciante. La musique vibre contre les murs, les corps se mêlent sur la piste de danse, inconscients du poids des décisions qui se prennent bien au-dessus de leurs têtes.Juliette marche à mes côtés, silencieuse. Je sens sa confusion, sa peur, même si elle tente de masquer son malaise sous une façade d’indifférence. Elle a raison de se méfier. Ce monde n’est pas le sien.Nous montons les escaliers qui mènent à l’étage. À travers les vitres du couloir, la vue plongeante sur la fête en contrebas contraste avec la tension qui plane entre nous. Chaque pas nous éloigne un peu plus de cette illusion de normalité.Devant une porte discrète, deux de mes hommes montent la garde, impassibles. Leurs regards se posent brièvement sur Juliette, et je n’aime pas l’éclat amusé qui traverse leurs yeux.— Vous avez un problème ? dis-je d’un ton glacial.Ils se redressent aussitôt. L’un d’eux ouvre la porte.— Entrez, o

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    Une semaine s’écoule. Les hommes de sécurité continuent de faire leur travail dans l’ombre, presque invisibles, mais leur présence me rappelle sans cesse que ma vie a pris un tournant étrange, voire dangereux. Diego, quant à lui, reste introuvable. Jennifer m’a vaguement parlé d’un voyage d’affaires, mais je n’ai pas cherché à en savoir plus. De toute façon, j’ai décidé de prendre mes distances avec lui.Je tente de reprendre le cours normal de ma vie. Enfin… « normal » est un grand mot. Maintenant, je dois composer avec une amie un peu trop collante et, accessoirement, des yakuzas à mes trousses.Jennifer, justement, n’a pas lâché l’affaire. Toute la semaine, elle a insisté pour que je l’accompagne dans le club le plus sélect de l’île, un lieu qu’elle fréquente avec une régularité presque religieuse. J’ai résisté autant que j’ai pu, mais elle a fini par m’avoir à l’usure.— Allez, Juliette, tu ne peux pas rester enfermée éternellement, m’avait-elle lancé avec son sourire pétillant.E

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