Raven
L’obscurité nous pourchasse, une bête affamée qui ne lâche jamais sa proie. Nos pas résonnent sur les pavés mouillés, martèlement frénétique dans une ville qui nous trahit à chaque détour. Je serre la main de Naïa, ses doigts brûlants de cette énergie qu’elle ne comprend pas encore. Chaque respiration est un combat, chaque battement de cœur une prière silencieuse.
Une ruelle s’ouvre à notre droite. Je la tire avec moi, nous enfonçant dans l’ombre épaisse. L’odeur de la pluie et de la pierre humide emplit mes narines. Derrière nous, des murmures sifflent, des ombres glissent entre les murs comme des serpents affamés.
— Ils sont trop nombreux, souffle-t-elle.
Je sais.
Naïa
Ma gorge est sèche, mon corps trop léger, vidé par l’énergie que j’ai invoquée. Mais la peur est un fouet qui me pousse en avant. Raven serre ma main si fort que ses ongles s’enfoncent dans ma peau. Il ne veut pas me perdre. Moi non plus.
Un croisement. Une impasse à gauche. Des voix derrière nous, trop proches.
— Là, dis-je sans réfléchir, pointant une porte entrouverte.
Raven ne pose pas de questions. Il m’entraîne à l’intérieur, referme derrière nous. L’obscurité nous engloutit.
Un silence pesant. Nos respirations saccadées, seuls bruits audibles.
Puis… un frisson. Une présence.
Raven
Je le sens avant même qu’il ne parle. Une silhouette se détache des ténèbres, haute, immobile. Ses yeux brillent d’un éclat glacé.
— Vous êtes plus rapides que prévu, murmure-t-il.
Ma main se crispe sur la garde de mon arme. Naïa se fige.
L’homme – ou ce qu’il est – avance d’un pas fluide. Chaque mouvement respire une assurance dangereuse.
— Nous ne voulons pas nous battre, dit Naïa, sa voix ferme malgré la peur.
Il sourit. Lentement. Cruellement.
— Oh, mais moi, si.
Et avant que je ne réagisse, il frappe.
Naïa
Tout se passe en un éclair. Raven bloque l’attaque, le choc des lames résonne dans la pièce exiguë. Je recule, mon cœur cognant contre ma cage thoracique.
La puissance de notre assaillant est inhumaine. Chaque coup fait trembler les murs. Raven pare, esquive, mais il est en difficulté.
Mon corps agit avant mon esprit. Je tends les mains, invoquant cette force nouvelle qui pulse en moi.
Une vague lumineuse explose.
L’homme recule, surpris. Raven en profite, son épée transperce son épaule.
Un cri déchirant. L’ombre vacille, puis disparaît.
Le silence retombe.
Je m’effondre.
Raven me rattrape juste avant que ma tête ne heurte le sol. Il murmure mon nom, mais je suis déjà loin, happée par une obscurité plus profonde que la nuit.
Et je sais que lorsque je me réveillerai, rien ne sera plus jamais pareil.
Naïa
L’obscurité est un gouffre sans fond. J’y flotte, perdue, tiraillée entre deux mondes. Des voix murmurent, distantes, irréelles. Un froid glacial serpente sur ma peau, contraste cruel avec la chaleur qui pulse encore en moi.
Puis, une douleur.
Brutale.
Un feu ardent qui me traverse, réveillant chaque nerf, chaque fragment de mon être. Je suffoque, lutte pour émerger.
Et soudain, je rouvre les yeux.
L’air s’engouffre dans mes poumons comme un coup de poignard. Une lumière blafarde m’aveugle. J’essaie de bouger, mais mon corps est lourd, trop lourd. Une main serre la mienne.
— Naïa, tu es là ?
Raven.
Sa voix est rauque, empreinte d’un soulagement douloureux. Je tourne légèrement la tête. Il est assis près de moi, son visage marqué par l’épuisement.
— Où… sommes-nous ?
— En sécurité. Pour l’instant.
Je cligne des yeux. Autour de nous, une pièce exiguë, aux murs de pierre brute. Une faible lueur danse sur les surfaces rugueuses, projetée par une lanterne accrochée à un clou. Une odeur de terre et d’herbes séchées flotte dans l’air.
Je me redresse lentement, grimaçant sous la douleur lancinante qui déchire mes muscles. Raven tend un bras pour me soutenir.
— Tu as dormi longtemps, murmure-t-il.
Un frisson me parcourt. Ce n’était pas un sommeil normal. J’ai vu… quelque chose. Des visions, des fragments de souvenirs qui ne m’appartiennent pas.
— J’ai rêvé… non, ce n’était pas un rêve.
Raven ne dit rien, mais son regard s’assombrit. Il sait.
— Quelqu’un t’a aidée.
Je fronce les sourcils. Les images sont floues, indistinctes, mais une sensation demeure : une présence bienveillante, une chaleur ancienne qui a veillé sur moi.
— Je ne sais pas qui. Mais ce pouvoir… il veut que je comprenne quelque chose.
Raven passe une main dans ses cheveux sombres, visiblement tiraillé.
— Ce n’est pas la première fois que ça arrive.
Il marque une pause, cherchant ses mots.
— Tu changes, Naïa. Et eux le savent. Ils te traqueront sans relâche.
Un silence pesant s’installe. Je le sais aussi.
Je serre les poings.
— Alors, il est temps d’apprendre à me battre.
Raven me fixe un instant, surpris par la détermination dans ma voix. Puis, lentement, il hoche la tête.
— Très bien. Prépare-toi. L’entraînement commence dès demain.
Et dans son regard, je lis tout ce que nous avons perdu… et tout ce que nous devons encore affronter.
Raven
L’aube perce à peine l’horizon quand Naïa se tient face à moi, pieds ancrés dans la terre humide, le regard dur. La fatigue danse encore dans ses traits, mais il y a autre chose sous la surface : une tension nouvelle, un feu qui couve sous la cendre.
— Montre-moi, dit-elle.
Je serre les mâchoires. Je savais que ce moment viendrait, mais pas si tôt. Elle n’est pas prête. Son corps est encore faible, son esprit brisé par ce qu’elle a vécu. Pourtant, je lis dans ses yeux que refuser serait une erreur.
— Très bien. Attrape ça.
Je lui lance une dague. Elle la rattrape de justesse, sa prise hésitante. Je me place devant elle, sortant ma propre arme.
— Lame vers le bas. Tes pieds doivent rester ancrés.
Elle obéit, mais ses gestes sont maladroits. Je la corrige, mes mains frôlant sa peau. Un frisson la traverse, mais elle ne bronche pas.
— Maintenant, attaque-moi.
Elle hésite, puis frappe. C’est lent, trop prévisible. J’esquive sans effort, faisant glisser ma lame contre la sienne pour la déséquilibrer. Elle recule, les lèvres serrées.
— Encore.
Elle attaque à nouveau. Toujours trop lent. Je pare, la repousse. Son souffle s’accélère.
— Utilise ton instinct, grogné-je. Cesse de réfléchir et ressens le mouvement.
Elle ferme les yeux un instant. Puis, sans prévenir, elle frappe plus vite. Pas assez pour me surprendre, mais mieux. Un mince sourire me traverse.
Elle apprend.
Naïa
Chaque coup me brûle les muscles, mais je ne m’arrête pas. Raven est impitoyable. Il bloque, esquive, contre-attaque sans relâche. Ma peau est couverte d’ecchymoses, mes poumons en feu, mais je continue.
— Plus vite, ordonne-t-il.
Je gronde de frustration. Je sens la rage monter en moi, ce feu ancien qui pulse sous ma peau.
Alors, je lâche prise.
Un éclair fend l’air. Mon corps bouge avant même que mon esprit ne suive. Ma dague effleure son bras, une fine coupure apparaissant sur sa peau.
Il recule, surpris.
Un silence tombe.
Je halète, sentant l’énergie vibrer autour de moi. Raven
me fixe, sa main effleurant la plaie.
Puis, lentement, un sourire étire ses lèvres.
— C’est ça.
Je serre la dague plus fort. Une certitude grandit en moi.
Je suis prête.
NaïaLa sueur coule le long de ma nuque, mes muscles tremblent, mais je refuse de flancher. Le regard de Raven est fixé sur moi, calculateur, impitoyable. La dague dans ma main pèse plus lourd que jamais. L’adrénaline pulse dans mes veines, mais cette fois, je ne laisse pas la peur me dominer.Il attaque.Son mouvement est fluide, une ombre qui fend l’air. Je pare tant bien que mal, mon corps réagissant avant mon esprit. Le choc des lames résonne dans la nuit, chaque coup une épreuve, une danse mortelle entre nous.— Mieux, gronde-t-il, mais pas assez.Il se fond dans les ténèbres, et soudain, je ne le vois plus. Mon souffle s’accélère. Je ferme les yeux.Écoute.Le moindre bruissement, le déplacement de l’air…Il est là.Je me tourne et frappe.Sa lame s’arrête juste avant ma gorge.RavenJe devrais être en colère. Exiger plus d’elle. Mais un éclat de fierté naît au fond de moi.Elle apprend vite.Je recule d’un pas, abaissant ma dague.— C’est fini pour ce soir.Naïa titube légèreme
RavenJe devrais dormir. Mon corps le réclame, mais mon esprit refuse de s’éteindre. L’image de Naïa, son regard ardent, sa force brute, hante mes pensées. Chaque jour, elle se rapproche de ce qu’elle doit devenir, de ce que j’ai voulu façonner.Mais il y a quelque chose que je n’ai pas prévu.Moi.Ma propre faiblesse face à elle.Je sors de la tente, l’air nocturne glacial contre ma peau brûlante. Mon regard se pose sur la silhouette assise près du feu. Naïa. Elle est éveillée, ses doigts effleurant le manche de sa dague, perdue dans ses pensées.Je m’approche sans bruit. Mais elle le sent.— Tu ne dors pas, murmuré-je.Elle lève les yeux vers moi, l’ombre des flammes dansant sur son visage.— Toi non plus.NaïaSon regard est différent ce soir. Plus lourd. Plus indéchiffrable.Je devrais détourner les yeux, me lever et partir. Mais je ne bouge pas.— À quoi tu penses ? demande-t-il après un silence.Je serre la dague dans ma main, hésite un instant avant de répondre.— À ce qui nous
RavenLe silence entre nous est un poison lent, un venin qui s’infiltre sous ma peau, brûlant chaque parcelle de ma raison.Naïa ne recule pas. Pas cette fois. Son regard, brillant d’un feu indomptable, s’ancre au mien comme une lame enfoncée trop profondément pour être retirée sans douleur.Je devrais parler, rompre ce lien invisible, cette force qui nous enchaîne l’un à l’autre. Mais mes lèvres restent scellées, et le battement sourd de mon cœur cogne contre ma cage thoracique comme un avertissement inutile.Elle inspire lentement.— Dis-moi la vérité, murmure-t-elle.Sa voix est un fil tendu au bord du vide.Je pourrais mentir. Éviter l’inévitable. Mais il n’y a plus d’issue.— Tu sais déjà, Naïa.Son souffle se bloque une fraction de seconde. Ses doigts se crispent autour de la dague qu’elle ne lève pourtant pas contre moi.— Alors dis-le, Raven.NaïaIl est trop proche.Ses yeux sont des tempêtes, son corps une menace que je ressens jusque dans mes os.Je devrais bouger, rompre c
RavenLe silence après son départ est pire que l’orage qui éclate dehors. La pluie martèle le sol, l’écho sourd d’une réalité que je refuse d’affronter. Naïa est partie. Et cette fois, je sens que ce n’est pas un simple éloignement temporaire. Elle fuit quelque chose d’encore plus profond que nous, une vérité qu’elle n’est pas prête à accepter.Je serre les poings, cherchant un moyen d’apaiser le chaos en moi. Mais tout ce que je touche me rappelle sa présence—l’odeur de son parfum qui imprègne encore l’air, la chaleur fantôme de son corps contre le mien.Je passe une main tremblante sur mon visage, luttant contre l’envie absurde d’aller la chercher. Je sais que ce serait vain. Je ne peux pas la forcer à rester, pas quand elle se bat contre elle-même autant qu’elle se bat contre moi.Mais l’idée de la perdre me ronge.NaïaLes gouttes de pluie glaciales s’écrasent sur ma peau alors que je marche d’un pas rapide dans la nuit. Chaque pas m’éloigne de lui, et pourtant je n’arrive pas à r
NaïaSa main est brûlante contre la mienne, et pourtant, un frisson glacé me parcourt. Chaque battement de mon cœur résonne à mes oreilles, s’accordant au tambourinement de la pluie qui continue de s’abattre sur nous. Raven ne dit rien. Il se contente de me regarder, son regard cherchant à percer la tempête en moi.— Viens, murmure-t-il.Ce n’est pas un ordre. Ce n’est même pas une supplication. C’est une vérité simple, inévitable.Je pourrais partir. Tourner le dos et disparaître dans la nuit. Mais à quoi bon ? Si j’ai fait tout ce chemin jusqu’à lui, ce n’est pas pour reculer maintenant.Alors je serre un peu plus fort sa main. Il m’entraîne à travers les ruelles sombres, son pas rapide, déterminé. Nous ne courons pas, mais il y a dans notre avancée quelque chose d’urgent, d’essentiel.RavenLa porte claque derrière nous.L’appartement est plongé dans l’obscurité, seulement troublée par les éclairs qui zèbrent le ciel au-dehors. Naïa est trempée, les mèches de ses cheveux ruisselant
NaïaLe silence s’étire entre nous, plus pesant que jamais. Mon cœur bat trop fort, trop vite, comme s’il voulait s’échapper de ma poitrine. Je ne devrais pas être là. Je ne devrais pas chercher ce contact, cette chaleur qui me rassure et me consume à la fois.Mais je reste.Raven ne parle pas. Ses doigts glissent lentement sur ma peau, effleurent mon bras, remontent jusqu’à mon épaule. Chaque geste est calculé, précis, comme s’il cherchait à m’ancrer dans l’instant, à empêcher mon esprit de s’éparpiller. Il le sait. Il sait que je suis à deux doigts de fuir.— Tu réfléchis trop, murmure-t-il enfin.Je ferme les yeux. Oui. Toujours trop.Je sens son souffle contre ma tempe, et un frisson me parcourt l’échine. Il ne me force pas. Il attend. Comme toujours.— Dis-moi ce que tu veux, Naïa. Juste une fois.Ma gorge se serre. Les mots restent coincés. Je veux trop de choses. Des choses impossibles.Je pourrais mentir. Lui dire que je ne ressens rien. Que cette nuit n’a rien changé. Mais no
RavenElle est sur le point de fuir. Je le sens dans la tension de ses épaules, dans la façon dont elle évite mon regard. Elle croit encore qu’elle peut m’échapper, que cette nuit ne signifie rien.Je pourrais la laisser partir. Je devrais, même. Mais je suis fatigué de jouer à ce jeu. De la regarder s’éloigner encore et encore.Alors cette fois, je ne recule pas. Je tends la main, attrape son poignet avant qu’elle ne quitte le lit.— Reste.Elle tressaille, comme si ce simple mot la frappait en plein cœur. Son regard vacille, et pendant une seconde, j’y lis une émotion brute, indomptée.Puis, elle secoue la tête.— Je ne peux pas.Je serre les dents.— Ou tu ne veux pas ?Elle ne répond pas. Et c’est là que je comprends. Ce n’est pas une question de vouloir. C’est une question de peur.Et pour la première fois, je me demande si je suis prêt à attendre qu’elle cesse d’avoir peur de moi… ou d’elle-même.Le claquement de la porte résonne dans la pièce vide. Naïa est partie. Encore. La m
RavenElle a dit oui. Un seul mot, fragile, incertain, mais suffisant pour fissurer le mur qu’elle a érigé entre nous. Je l’observe dans la pénombre, ses doigts toujours noués aux miens. Elle évite mon regard, comme si elle craignait d’y voir son propre reflet.— Viens, dis-je doucement.Elle hésite, puis hoche imperceptiblement la tête. Ensemble, nous nous levons et avançons dans la nuit. Le vent chargé d’humidité soulève ses cheveux et je réprime l’envie de les toucher. Elle n’est pas prête pour ça. Pas encore.Nous marchons en silence, nos pas résonnant sur le pavé mouillé. La ville dort, inconsciente de la tempête qui gronde en elle.— Où allons-nous ? finit-elle par demander.Je la regarde un instant avant de répondre.— Là où tu te sentiras en sécurité.Elle esquisse un sourire triste.— Ça existe, un endroit comme ça ?Je ne réponds pas. Je ne veux pas mentir.NaïaChaque pas que je fais à ses côtés me semble irréel. Comme si je marchais sur un fil tendu entre deux abîmes. À to
CalebJe l’entoure de mes bras, sentant son souffle sur ma peau. Je la veux entièrement, dans chaque endroit de son cœur, chaque recoin de son âme. Alors que nous atteignons ensemble ce sommet de passion, je sens que cette union est plus que physique. C'est une communion de nos désirs, de nos rêves et de notre essence même.— Naïa… murmuré-je, les paroles peinant à sortir tant l’intensité de ce moment est vive.Et nous continuons cette danse, pulsant au rythme de nos cœurs unis, redécouvrant à chaque instant la beauté de l’amour et la profondeur de notre connexion.NaïaJe sens la chaleur de ses bras autour de moi, mais c'est bien plus que cela. C’est l’étreinte du destin, un lien invisible et puissant qui nous unie pour l’éternité. Mes pensées sont un tourbillon, mes émotions une mer déchaînée, mais en lui, je trouve la paix. Caleb, l’homme qui m’a bouleversée, m’a fait découvrir une vérité que je n’avais jamais osé croire : l’amour véritable.Les souvenirs de nos luttes, de nos pein
NaïaLa lumière douce du matin pénètre à travers les feuilles, une légère brise caresse ma peau, et j’émerge lentement de mon sommeil. Je sens encore la chaleur de notre nuit ensemble, la douceur des échanges de nos âmes qui vibrent en moi. Mes yeux s’ouvrent lentement, et je me tourne vers Caleb, allongé à mes côtés. Sa silhouette est paisible, et un sourire s’étire sur mes lèvres en le voyant dormir. Il est magnifique ainsi, les traits détendus, les cheveux en désordre. Je me rappelle chaque instant de la nuit précédente et les souvenirs m’envahissent comme une vague douce et réconfortante. Je n’aurais jamais cru qu’un moment, une rencontre, une seule nuit pourraient créer une telle intimité, une telle compréhension entre nous. Je me penche légèrement pour déposer un baiser furtif sur sa joue. Au contact de mes lèvres, il s’éveille, ses yeux s’ouvrent avec une lueur d’émerveillement, presque incrédule. En un instant, il se souvient et un sourire heureux illumine son visage.— Bonj
NaïaLe monde autour de nous semble s’effacer, comme si le temps avait suspendu son cours. Je sens les battements de mon cœur résonner dans tout mon être, chaque pulsation amplifiant la tension palpable entre Caleb et moi. Ses yeux plongent dans les miens, et tout ce que je savais ou pensais connaître s’efface sous l’éclat de cette révélation. Mon regard lui répond sans même que je sois consciente de mes pensées. J’ai envie de l’atteindre, de le rassurer, de lui montrer que je ressens tout le poids de ses mots.Il se rapproche, et je peux sentir la chaleur de son corps, comme un rayon de soleil perçant à travers les nuages sombres. Je suis en proie à une tempête intérieure, un mélange d'appréhension et d'anticipation. Et puis, il rompt le silence ; sa voix est un murmure dans un souffle.— Naïa, je... je ne veux pas que ce soit une simple mémoire, une promesse fictive. Je veux que tu sois à mes côtés, maintenant et pour l’éternité.À cet instant, tout semble possible. Je peux voir la
NaïaLes heures défilent, mais je suis comme suspendue dans un instant, dans cet espace entre nous où tout semble plus intense. Caleb et moi, nous avons traversé tant de choses ensemble, des épreuves, des batailles. Mais aujourd'hui, il y a quelque chose de différent dans l'air. Une tension palpable, non plus entre nous et le monde, mais entre nos cœurs. Nous marchons côte à côte, sans dire un mot, mais tout semble se dire dans le silence. Nos regards se croisent de temps à autre, et chaque fois, je sens ce frisson parcourir mon échine.Il est là, à mes côtés, et pourtant, il est bien plus proche. Ses mouvements sont plus lents, plus réfléchis, comme s'il cherchait à ne pas briser l’équilibre fragile que nous avons construit. Quand je lève les yeux vers lui, je vois quelque chose de plus en lui, quelque chose que je n'avais pas remarqué jusque-là : une vulnérabilité cachée sous ses traits marqués, une ouverture que je n'avais pas vue.— Naïa, murmure-t-il, sa voix rauque, mais douce,
NaïaNous avançons toujours, mais quelque chose a changé. Le silence qui nous entourait semble plus doux, comme si l’air lui-même s’était allégé. Caleb, bien qu’encore torturé par les ténèbres qui le consument, semble plus présent à chaque pas. Je le vois, ses yeux se posant sur moi avec une intensité que je n'avais jamais remarquée auparavant. C’est presque comme si nous étions dans un monde à part, hors du temps, hors de tout ce qui nous a blessés.À chaque mouvement, je le ressens un peu plus près, et cela me fait un étrange bien. Sa souffrance, bien que palpable, n'est plus un mur entre nous. Au contraire, elle semble lier nos âmes dans une danse fragile et précieuse. Nous ne parlons pas beaucoup, mais les silences entre nous sont pleins de compréhension, de mots non dits.Je lève les yeux vers lui, l’espace d’une fraction de seconde, et il répond par un petit sourire, un sourire qui, bien qu’éphémère, fait fondre quelque chose en moi. Il est là, avec moi. Et c’est tout ce qui com
RavenJe sens la pression s’alourdir autour de moi, une entité implacable, oppressante. Le sol tremble sous nos pieds comme s’il se préparait à nous engloutir. Le temps se distend encore, me donnant la sensation que chaque seconde dure une éternité. La créature nous attend. Je le sais, je le sens dans chaque fibre de mon être. Elle n’est plus une simple présence dans l’obscurité, elle est devenue une partie de nous, une ombre en nous, se tordant et se mélangeant à nos peurs, à nos souvenirs.Mais je ne m’arrêterai pas. Pas ici. Pas maintenant. La seule chose qui me permet de continuer, c’est l’idée que je ne peux pas laisser mes compagnons derrière. Naïa. Caleb. Je sens leur présence juste à mes côtés, tout aussi déterminés que moi, même si je sais qu’ils ressentent la même pression. Mais nous sommes ensemble, et c’est tout ce qui compte.La silhouette se dessine devant nous, une forme indistincte, une ombre informe qui semble tout engloutir sur son passage. Une voix profonde résonne
RavenJe suis au bord du gouffre. Pas seulement physiquement, mais mentalement aussi. L’obscurité nous engloutit peu à peu, chaque pas dans ce vide infini me tirant un peu plus loin de la réalité. Chaque mouvement semble plus lourd que le précédent, comme si l’air lui-même devenait un fardeau. La créature n’est plus juste une présence. Elle est en moi, dans mes pensées, dans mes peurs. Ses murmures glissent comme des serpents dans mon esprit, serpentant autour de mes doutes, de mes fragilités, cherchant à me détruire.Mais quelque part, au fond de moi, une petite voix me dit de tenir bon. Nous avons traversé des ténèbres plus profondes encore, n'est-ce pas ? Cette épreuve n’est que l’ultime frontière. Et ce n’est pas ici que je vais tomber."Raven," dit Naïa, sa voix presque étouffée par la pression. "Elle nous ronge. Nous devons rester unis."J’acquiesce, bien qu’un frisson me traverse. Oui, c’est l’unité qui nous a toujours permis d’aller plus loin. Nous ne devons pas laisser l’obsc
RavenChaque souffle que je prends est lourd, presque douloureux. L’air est épais, comme une brume glacée qui se fige dans mes poumons. Nous avons traversé le seuil de l’inconnu, et tout autour de nous, l’obscurité s’étend sans fin. Elle n’est pas simplement noire. C’est une obscurité vivante, palpitante, qui respire comme une bête. Elle nous observe, nous attend.Le sol sous nos pieds se déforme à chaque mouvement. Chaque pas nous enfonce un peu plus dans un abîme invisible, comme si la réalité elle-même commençait à se fissurer. Ce n’est pas un simple test, une simple épreuve. C’est le dernier des défis. L’ultime frontière entre ce que nous avons été et ce que nous allons devenir.Je jette un coup d’œil à Naïa. Ses yeux sont fermés, comme si elle cherchait à se concentrer sur autre chose, sur une réalité plus stable que celle qui l’entoure. Mais je sais qu’au fond d’elle, elle lutte tout autant que moi. Ce n’est pas juste un combat physique. C’est un combat mental, spirituel, contre
RavenLa terre tremble sous nos pieds, chaque vibration résonne comme un coup de marteau contre le crâne. Nous avançons, mais la créature, cette forme colossale, fait de même. L’air autour de nous se fait plus épais, chargé d'une énergie que je n'ai jamais ressentie auparavant. C’est comme si tout, absolument tout, était suspendu à un fil, prêt à céder à tout moment.À chaque pas que nous faisons, l’obscurité autour de nous semble se tordre et s’étirer, envahissant chaque espace, chaque centimètre. Le vent ne souffle plus. Il n’y a plus que cette étrange lourdeur qui nous enveloppe, cette atmosphère qui oppresse le cœur et fait couler le sang plus lentement dans nos veines.Naïa marche à mes côtés, son visage impassible, mais je vois ses poings serrés, son corps tendu. Elle lutte contre l'appel, tout comme moi. Caleb, plus loin devant, semble déjà avoir accepté l’inévitable. Il avance avec cette détermination froide qui lui est propre, sans une once de doute. Il est prêt. Mais est-ce