Aeris
Des tapis persans recouvrent le sol, des portraits dorés ornent les murs, et chaque meuble semble sculpté avec une précision et un luxe qui me déconcertent.
Tout ici est trop… tout simplement trop. Trop pour une simple villageoise comme moi. Et pourtant, je suis là. Dans cette cage dorée.
Un léger frisson me parcourt l’échine lorsque je me redresse dans le lit, mes mains se serrant autour des draps frais. Un plateau a été déposé près de moi. Il est garni de fruits frais, de pain, et d’une carafe d’eau. Je le fixe un instant, hésitante. Mange-t-on vraiment ce genre de choses ici, dans ce château, dans ce monde dont je ne connais rien ?
Le silence de la pièce est interrompu par un bruit subtil. La porte s’ouvre lentement, sans un grincement. Je n’ai même pas besoin de lever les yeux pour savoir qui c’est. Je le sens. Il est là.
Le seigneur entre sans bruit, sa silhouette imposante se détachant dans l’embrasure de la porte. Vêtu de noir de la tête aux pieds, il est l’incarnation même de l’élégance glaciale. Ses yeux sombres se posent sur moi, et je frissonne sous l’intensité de son regard, comme s’il pouvait pénétrer mon âme, lire chaque pensée, chaque inquiétude que je cache. Son regard est puissant, mais ce qui me dérange encore plus, c’est qu’il semble… curieux.
— Bien dormi ? Sa voix est calme, presque trop douce, comme s’il cherchait à observer ma réaction.
Je lève lentement les yeux vers lui, et un frisson me traverse. Ses yeux ne me quittent pas.
— Oui, réponds-je avec une hésitation qui trahit mes pensées confuses.
Il incline légèrement la tête, et ses lèvres s’étirent en un sourire subtil, difficile à déchiffrer. Il avance dans la pièce avec une grâce presque irréelle, comme un prédateur prêt à bondir, mais qui prend son temps, savourant chaque moment.
— Tu es surprise ? demande-t-il, une lueur amusée dans ses yeux.
Je le fixe, mes mains serrant les draps entre mes doigts pour me donner contenance. J’essaye de ne pas le laisser voir à quel point sa présence me perturbe.
— Je pensais que… ce serait différent, avoue-je, bien que je sois consciente de l'ironie de mes mots.
Il s’arrête un instant, juste à côté du lit, et me fixe. Son regard devient plus intense, comme s’il sondait mes pensées les plus profondes.
— Tu pensais que j’allais t’enfermer dans un cachot ? Il y a une pointe de moquerie dans sa voix, mais aussi un étrange sous-entendu.
Je n’aime pas cette façon de me manipuler avec ses mots. Pourtant, je ne le laisse pas voir. Je le défie du regard.
— N’est-ce pas ce que vous faites aux offrandes ? réponds-je, sans baisser les yeux.
Un silence lourd s’installe entre nous. Il me fixe un moment, et je sens une étrange tension dans l’air, une tension qui n’a rien à voir avec la peur. C’est quelque chose de bien plus insidieux. Un jeu. Un jeu dangereux qu’il semble prendre plaisir à mener. Puis, lentement, il s’assoit sur un fauteuil près du lit, toujours en me scrutant, comme si chaque mouvement que je faisais était une énigme qu’il cherchait à résoudre.
— C’est ainsi que le village perçoit les choses, murmure-t-il, sa voix basse et pleine de sous-entendus. Mais ce qu’ils ne comprennent pas… c’est que je ne prends que ce qui m’appartient déjà.
Ses mots résonnent en moi comme une cloche, et un frisson glacé me traverse. Je n’arrive pas à décider si j’ai plus peur de lui ou de ce qu’il pourrait faire de moi. Mais une chose est certaine : je ne peux pas le laisser m’engloutir dans ce qu’il appelle "appartenir".
— Vous pensez que je vous appartiens ? La question s’échappe de mes lèvres avant que je puisse la retenir.
Il me fixe un instant, son regard sombre devenant presque pénétrant, comme si mes mots n’étaient qu’une tentative de masquer la vérité qu’il connaît déjà.
Un sourire effleure ses lèvres. Il ne répond pas tout de suite, mais l’air de la pièce devient plus lourd, plus étouffant.
— Ne le penses-tu pas ? demande-t-il finalement, avec une telle assurance que cela me fait hésiter.
Je serre les poings sous les draps, bien que je sache que cela ne changera rien. J’ai beau essayer de garder le contrôle, il n’a jamais cessé de me manipuler depuis le début. Il me teste, il m’éprouve. Et cela me terrifie.
— Non, rétorque-je, ma voix se brisant presque sur le dernier mot.
Il reste silencieux un moment, ses yeux plongés dans les miens, comme s’il attendait quelque chose. Un signe, peut-être. Mais il se contente de me regarder, impassible. Il se lève lentement, sans un mot, et fait quelques pas en arrière.
— Intéressant, murmure-t-il enfin, son sourire s’élargissant un peu. Mais tu me feras peut-être changer d’avis.
Je n’ai pas le temps de répondre. Il s’éloigne avec la même grâce presque surnaturelle qui le caractérise, sans un regard en arrière, me laissant seule dans cette chambre qui n’est pas la mienne, avec des pensées en tourment.
Je reste là, les yeux fixés sur la porte qu’il vient de franchir, mes mains tremblantes sous les draps. Je veux me convaincre que je ne suis pas à sa merci. Mais la vérité, c’es
t que ce jeu… ce jeu dangereux vient à peine de commencer.
Aeris La journée s’étire lentement, son poids lourd sur mes épaules. Je tourne en rond dans la chambre, mes pas résonnant sur le sol en pierre. Les murs, ornés de tapisseries sombres, me donnent l’impression d’être enfermée dans une toile d’araignée. Je frôle du bout des doigts les couvertures de velours, leurs textures épaisses et froides sous ma peau. À chaque mouvement, chaque souffle, je sens ce château autour de moi, presque vivant, respirant dans ses entrailles sombres. Ce n’est pas une prison, pas exactement. Mais ce n’est pas non plus la liberté que je désire.Je m’arrête devant la fenêtre, regardant les nuages sombres s’amonceler à l’horizon. Le vent fait frémir les arbres, et une inquiétude sourde me serre la poitrine. Ce lieu est rempli de secrets, d’ombres, de mystères. Et je suis seule dans cette immensité froide, captive de cet endroit dont je ne connais pas encore la véritable nature.La porte s'ouvre sans prévenir, et une tension se fait sentir dans l'air. Mon cœur ac
Aeris L’interdiction résonne encore dans mon esprit."Ne t’approche pas de cette porte."Pourquoi ? Quel secret y cache-t-il ?Alors que je suis derrière Damián dans les couloirs silencieux du château, mon regard revient sans cesse vers cette porte entrebâillée. Une présence invisible semble m’appeler. Un frisson court sur ma peau, mais je n’ai pas le temps de m’y attarder.Il s’arrête devant une grande salle, différente des autres. Les murs sont bordés de vastes bibliothèques remplies de livres anciens, et un feu crépite dans une cheminée imposante. Je me tiens là, hésitante, sentant que chaque pas me plonge un peu plus dans son univers.— Tu aimes lire ? me demande-t-il en s’installant dans un fauteuil de velours.J’hésite un instant avant de répondre.— Oui.Il croise les jambes, m’observant avec cette intensité troublante qui me met mal à l’aise.— Alors tu trouveras ici de quoi occuper ton esprit.Un sourire en coin apparaît sur ses lèvres.— Si je voulais te distraire, Aeris, j
Aeris Il s’approche à nouveau, et cette fois, il ne me touche pas. Il se contente de me fixer, comme un prédateur admirant sa proie. Il semble savourer ce moment. Un frisson d’anticipation parcourt ma peau.— Pourquoi ? Ma voix tremble, mais je m’efforce de rester calme. Pourquoi m’avoir choisie, moi ?Ses yeux brillent d’un éclat malsain.— Parce que tu es forte, Aeris. Et parce que, dans un monde de ténèbres, il faut savoir apprivoiser l’ombre.Je ne comprends pas. Pas encore. Mais quelque chose dans ses mots me trouble profondément. Il parle d’ombre, comme si c’était quelque chose que nous pouvions apprivoiser. Ou peut-être est-ce lui, cette ombre qui se cache derrière sa beauté, derrière sa brutalité, qui m’attire.Je ferme les yeux un instant, le poids du destin m’écrasant. Ce que je ressens n’a rien à voir avec la peur. C’est autre chose, une attirance que je ne peux pas ignorer. Et au fond de moi, je sais que je suis déjà perdue.La nuit est tombée sur le château de Damián, en
AerisLa nuit étend son manteau d’ombre sur le château, enveloppant les couloirs de silence. Seuls les crépitements d’une chandelle vacillante viennent briser cette quiétude oppressante.Je suis assise au bord du lit, mes doigts crispés sur le tissu sombre de ma robe. L’air est lourd, chargé d’une tension que je ne comprends pas entièrement. Mon esprit est en désordre, perdu entre ce que je ressens et ce que je refuse d’admettre.Je devrais me réjouir d’avoir un moment de solitude. Pourtant, mon cœur bat trop fort, comme si j’attendais quelque chose… ou quelqu’un.Un bruit léger dans le couloir me fait sursauter. Mon souffle se suspend, mon corps se fige. L’instant d’après, la porte s’ouvre dans un silence troublant.Damián.Il entre avec la lenteur d’un prédateur, refermant la porte derrière lui sans jamais me quitter des yeux. Son regard est sombre, insondable, et pourtant… il brûle.— Tu es seule, murmure-t-il, sa voix grave résonnant dans l’intimité de la pièce.Je me redresse lég
Aeris Le vent froid s’engouffre dans ma cape tandis que je chevauche aux côtés de Damián. Le château disparaît peu à peu derrière nous, englouti par la brume matinale. Autour de nous, une dizaine de cavaliers nous escortent en silence, leurs capes sombres flottant dans l’air.Je jette un regard en direction de Damián. Son visage est fermé, impassible, comme sculpté dans la pierre.— Où allons-nous ?Il ne répond pas immédiatement. Ses yeux fixent l’horizon, comme s’il pesait le poids de sa réponse.— Au village frontalier.Je fronce les sourcils.— Pourquoi ?— Parce que quelqu’un a osé défier mon autorité.Un frisson glacé remonte le long de mon échine.Nous chevauchons pendant des heures, traversant forêts et rivières sous un ciel menaçant. L’atmosphère est lourde, presque oppressante, comme si la terre elle-même retenait son souffle en attendant un dénouement funeste.Enfin, nous atteignons le village.Des torches illuminent les ruelles boueuses, projetant des ombres vacillantes s
Aeris Le baiser est brutal, possessif, empreint de cette faim qu’il ne cherche même pas à dissimuler. Une vague de chaleur explose en moi, un feu incontrôlable qui se mêle au froid de son étreinte.Je devrais le repousser.Mais au lieu de ça, je m’accroche à lui.Et je comprends à cet instant que je suis perdue.Le silence s’étire entre nous alors que je me recule brutalement, le souffle court, la poitrine soulevée par une tempête invisible. Damián me fixe, impassible, comme s’il avait anticipé ma réaction.— Ce n’est pas… Je ne peux pas…Les mots meurent sur mes lèvres. Mon corps tremble encore de la chaleur de son baiser, mais mon esprit hurle que c’était une erreur. Une erreur que je ne peux pas me permettre.Je fais un pas en arrière, puis un autre, mais il ne bouge pas. Il me laisse fuir… du moins en apparence.— Tu cherches encore à me résister, murmure-t-il.Sa voix est basse, presque un murmure, mais chaque syllabe s’enroule autour de moi comme une liane invisible.— Je ne su
Aeris Le froid de la nuit s’infiltre sous ma peau, mais il ne peut rien contre le feu qui me consume de l’intérieur. Je frotte mon poignet, tentant d’effacer la marque sombre qui y serpente, comme si un simple geste pouvait briser son emprise sur moi.Mais elle est là. Indélébile.La voix de Damián résonne encore dans mon esprit, grave et inéluctable : « Ce lien est indissoluble. »Je secoue la tête, refusant cette vérité qui s’impose à moi. Je ne suis pas une esclave. Je ne suis pas une créature qu’il peut revendiquer comme un simple objet. Et pourtant… quelque chose au fond de moi murmure une autre histoire. Une partie de moi, insidieuse et traîtresse, n’éprouve ni colère ni peur face à cette marque.Mais un étrange soulagement.Non.Je ne peux pas accepter ça.Je reprends mon souffle et reprends ma route à travers les couloirs du château, mon regard fouillant l’ombre en quête d’une échappatoire. Je dois sortir d’ici. Trouver un moyen de briser ce lien avant qu’il ne me consume.Ch
DamiánLe vent glacial souffle dans les couloirs sombres du château, ébranlant les fenêtres comme une menace sourde. Tout semble figé dans l'attente. Le parfum de la poussière ancienne et du bois encrassé flotte dans l’air, mais il est impossible de l’ignorer : quelque chose a changé. Quelque chose en moi. Quelque chose en elle. Elle est là, quelque part dans ces murs, mais je ne la trouve pas. Pas encore.Je l’ai laissée fuir. Ou plutôt, j’ai laissé croire qu’elle pouvait fuir. Mais même dans ma décision de la laisser échapper à mon emprise, je ressens un vide. Un gouffre de plus en plus vaste, creusé par cette attraction irrépressible, par cette brûlure qui me consume à chaque instant où je ne la vois pas, où je ne la sens pas. C’est comme une addiction, une dépendance. Elle m’a marqué, et chaque minute sans elle est un supplice.Ma main serre la poignée de la porte dans un mouvement brutal, et le bois crisse sous la pression. Je fais un pas dans la pièce sombre où je sais qu’elle s
AerisLes jours passent, mais une nouvelle lumière semble envahir ma vie. Damián et moi, nous avons traversé tant de turbulences, tant de doutes, que l'idée d'une paix durable semblait presque inatteignable. Pourtant, il est là, à mes côtés, et pour la première fois depuis longtemps, je ressens la chaleur d’un amour qui ne me fait pas peur. Un amour sincère, débarrassé de manipulations, de mensonges et de trahisons. Un amour que nous avons construit patiemment, dans l’ombre de notre passé, mais avec la volonté de ne jamais retourner à ce qui nous a brisés.Je me tiens face à lui, les yeux emplis d'émotion, en voyant l'homme qu'il est devenu. Il n'est plus le seigneur cruel qui a décidé de ma destinée, ni celui qui a cru que la manipulation était le seul moyen de m'approcher. Il est simplement Damián, l’homme qui m’a montré que même les âmes perdues peuvent se retrouver.Je me rappelle de ces moments où je croyais que l’amour ne pouvait exister entre nous, où je croyais que nous n’étio
AerisJe me suis longtemps demandé si l’amour pouvait réellement être une force assez puissante pour briser les chaînes de la douleur, pour effacer les cicatrices du passé. Mais chaque jour qui passe à ses côtés, je réalise que la réponse n'est pas aussi simple. Damián est une contradiction. Il est l'homme qui m'a donné des promesses d'éternité, mais qui a aussi brisé tout ce que j'avais cru connaître du monde. Son amour est aussi intense que ses secrets, aussi profond que ses mensonges.Nous sommes là, dans l’obscurité d’une chambre qui respire encore la tension de nos derniers échanges. La lumière tamisée filtre à peine à travers les rideaux, et je suis perdue dans l'abîme de mes pensées. Est-ce que je devrais lui donner une chance ? Peut-être qu'il a changé, peut-être qu'il est capable de m'aimer véritablement. Mais à chaque pensée qui effleure mon esprit, je me rappelle de tout ce qu'il a fait. Je me rappelle des mensonges, de la manipulation, de cette sensation de me retrouver to
DamiánLe silence entre nous est lourd, presque palpable. Je peux sentir sa respiration irrégulière contre mon épaule, un murmure d’émotions qui cherche à s’échapper, mais se heurte à l’indécision. Aeris, cette femme complexe et belle, me brise à chaque instant. Elle est une énigme que je n’ai jamais pu résoudre, et je commence à douter si je veux réellement en connaître la solution. Elle a le pouvoir de m’échapper, de faire vaciller tout ce que j’ai construit, et pourtant, je suis incapable de me détourner d’elle.Elle pleure, et c’est moi qui ai causé cette douleur. Pas par malice, mais par la nécessité de mes choix. J’ai manipulé les fils de sa vie pour que ses yeux restent fermés, pour qu’elle ne voie pas la réalité de ce que j’étais, de ce que j’ai dû devenir pour survivre dans ce monde où tout est jeu de pouvoir et de manipulation. Et maintenant, tout ce que je peux faire, c’est la tenir, l’apaiser, espérer que l’amour que j’ai pour elle soit suffisant pour guérir les blessures
AerisJe suis assise dans l’obscurité de ma chambre, seule avec mes pensées. La lumière tamisée des bougies dansantes ne parvient pas à apaiser l’angoisse qui me ronge. Les échos de la bataille contre mon ombre résonnent encore en moi, mais ce n’est pas cela qui me tourmente. C’est la conversation que j’ai eue avec Damián, quelques instants après la défaite de l’entité obscure.Il m’a dit des choses que je n’ai pas voulu entendre, des vérités qui me frappent de plein fouet, et je ne peux les ignorer. Des vérités sur lui. Sur nous. Des révélations sur ce qu’il a vécu, sur les sacrifices qu’il a faits et sur les choix qu’il a dû prendre pour arriver là où il est aujourd’hui.Je me suis sentie envahie par un tourbillon d’émotions contradictoires, et il a vu l’hésitation dans mon regard. Il a vu cette étincelle de doute que je croyais cachée. Comment ne pas être bouleversée par les révélations qu’il m’a faites sur son passé, sur ses actions, sur les vies qu’il a prises pour s’assurer sa p
AerisL’énergie dans l’air vibre autour de moi, une chaleur presque insupportable qui semble brûler chaque particule de ma peau. La lumière que j’ai invoquée dans mes mains pulse, elle aussi, comme un cœur battant. J’ai senti la puissance, cette magie ancienne et sauvage qui me traverse, se mêlant à l’essence même de mon être. Ce n’est pas seulement de la magie. C’est la manifestation de tout ce que je suis devenue, tout ce que j’ai vécu.Et pourtant, face à l’ombre de moi-même, je me sens vulnérable, comme une petite flamme fragile face à un océan de ténèbres. Mais je refuse de reculer. Je refuse de laisser cette version déformée de moi m’envahir, de laisser cette obscurité détruire ce que j’ai construit avec Damián.Le sourire de la créature se tord, se fait plus menaçant. "Tu penses vraiment pouvoir m’échapper ? T’es-tu jamais demandé pourquoi tes ténèbres te suivent ? Pourquoi elles semblent toujours être un pas devant toi, comme une ombre qui ne se dissipe jamais ?" Sa voix, d’ab
AerisLa lumière vacille autour de nous, à peine suffisante pour dévoiler les contours du monde qui s’étend devant nos yeux. Les ténèbres ont été repoussées, mais l’air reste lourd, saturé de cette aura magique étrange. Le sol, autrefois solide et sûr, se transforme sous nos pieds en un terrain instable, fissuré, comme si le monde lui-même tentait de se rebeller contre notre victoire.Je me relève lentement, mes jambes encore tremblantes sous le poids de ce que nous venons de traverser. Le souffle m’arrache la gorge, une douleur sourde au creux de l’estomac. Ce n’est pas seulement la magie qui m’a épuisée. C’est cette bataille, cette guerre contre des ombres que nous pensions pouvoir contrôler. Nous avons gagné, oui, mais à quel prix ?Damián se tient à mes côtés, son regard sombre perdu dans l’horizon brisé. Il semble si distant, comme si la lutte de ce soir avait ouvert une brèche dans son âme. Pourtant, il ne dit rien, comme toujours, préférant le silence à tout autre moyen d’expre
AerisLes ténèbres s’enroulent autour de nous, une couverture oppressante qui nous emprisonne, nous étouffe presque. La créature – l’écho de notre malédiction – se tient toujours devant nous, comme un point d’ancrage dans cet univers déchiré. Tout ce que nous connaissions du monde semble désormais fragile, déformé. La réalité elle-même se plie sous le poids de sa présence. La magie, cette force qui m’a toujours traversée, s’agite en moi, mais elle est plus sombre, plus instable. Ce n’est plus une magie de lumière ou de protection. C’est une magie primitive, brute, prête à se libérer.Je ressens la douleur de ce monde brisé. Mais aussi une soif de vengeance. J’ai tout perdu. Nous avons tout sacrifié. Nous ne pouvons pas céder maintenant.Damián, à mes côtés, son regard fixe sur la créature, semble aussi déterminé que jamais. Son corps est tendu, prêt à réagir à chaque mouvement. Mais même lui, cet être immortel, semble conscient de la dangerosité de ce que nous affrontons. Nous avons d
AerisL’air autour de nous vibre, un tremblement qui résonne jusque dans mes os. La créature – ce que nous avons éveillé en brisant la malédiction – s’avance, ses pas résonnant comme des coups de marteau sur le sol. Chaque mouvement qu’elle fait semble distordre la réalité elle-même, tordant l’espace, déformant le temps. C’est comme si le monde était en train de se réécrire autour de nous, que chaque instant était une toile qui se déchirait, exposant des ombres que nous n’aurions jamais dû voir.Je serre mes poings, tentant de repousser la terreur qui m’envahit. Damián se tient là, devant moi, implacable, prêt à tout pour me protéger. Mais je sais que ce que nous affrontons aujourd’hui ne peut être vaincu par la simple force. Nous avons franchi une limite, et nous ne savons pas jusqu’où cette limite nous mène.La créature s’arrête à quelques pas de nous, son visage à peine visible dans la lumière de ce monde en déliquescence. Un sourire, mais ce n’est pas un sourire humain. C’est un r
AerisL’instant où la lumière s’est dissipée, où la magie s’est finalement apaisée, me semble irréel. Le monde autour de nous semble plus vaste, comme si une partie de la réalité elle-même avait été modifiée. Mes pieds frôlent le sol, mais je n’ai plus la sensation de tout maîtriser. Il y a une étrange lourdeur dans l’air, un souffle lourd qui pèse sur mes épaules. Mais Damián est là, toujours à mes côtés, sa présence rassurante. Et c’est tout ce qui compte.Je suis épuisée. La magie que j’ai invoquée pour briser notre malédiction, notre immortalité, m’a épuisée bien plus que je ne l’aurais imaginé. Chaque cellule de mon corps hurle de douleur, chaque fibre de mon être demande du repos, mais quelque chose en moi refuse de céder. Nous avons franchi une frontière, mais une autre nous attend, plus insidieuse, plus dangereuse encore.Damián me soutient avec une délicatesse presque inattendue, vu l’homme qu’il est. Ses bras m’enveloppent, me réconfortent, mais je sais que la route ne sera