Aeris
La nuit étend son manteau d’ombre sur le château, enveloppant les couloirs de silence. Seuls les crépitements d’une chandelle vacillante viennent briser cette quiétude oppressante.
Je suis assise au bord du lit, mes doigts crispés sur le tissu sombre de ma robe. L’air est lourd, chargé d’une tension que je ne comprends pas entièrement. Mon esprit est en désordre, perdu entre ce que je ressens et ce que je refuse d’admettre.
Je devrais me réjouir d’avoir un moment de solitude. Pourtant, mon cœur bat trop fort, comme si j’attendais quelque chose… ou quelqu’un.
Un bruit léger dans le couloir me fait sursauter. Mon souffle se suspend, mon corps se fige. L’instant d’après, la porte s’ouvre dans un silence troublant.
Damián.
Il entre avec la lenteur d’un prédateur, refermant la porte derrière lui sans jamais me quitter des yeux. Son regard est sombre, insondable, et pourtant… il brûle.
— Tu es seule, murmure-t-il, sa voix grave résonnant dans l’intimité de la pièce.
Je me redresse légèrement, luttant contre l’effet paralysant de sa présence.
— Pas pour longtemps, si vous partez.
Mon ton se veut acerbe, mais il ne fait que masquer le tumulte en moi.
Damián s’avance, un sourire imperceptible au coin des lèvres. Il est toujours ainsi : insaisissable, maître du jeu.
— Ai-je déjà précisé à quel point j’apprécie ton insolence ?
Il s’arrête juste devant moi, si proche que je peux sentir l’aura glaciale qui l’entoure. L’odeur entêtante du sang et du bois brûlé s’accroche à ses vêtements, un parfum sombre qui m’attire autant qu’il m’effraie.
Je lève les yeux vers lui, défiant son regard sans vraiment en avoir la force.
— Pourquoi êtes-vous là ?
Sa main se tend lentement, ses doigts effleurant une mèche de mes cheveux avant de la faire glisser entre ses doigts.
— Parce que tu te mens à toi-même, Aeris.
Ma gorge se serre.
— Je ne vois pas de quoi vous parlez.
Son regard s’assombrit. Il s’abaisse légèrement, sa main toujours dans mes cheveux, et ses lèvres s’approchent dangereusement de mon oreille.
— Oh, mais si…
Un frisson me parcourt l’échine, bien malgré moi.
— Vous vous trompez.
Damián se redresse, observant mon visage avec une intensité troublante.
— Vraiment ?
Il lève la main, cette fois pour effleurer ma joue. Le contact est léger, à peine perceptible, mais il déclenche une vague incontrôlable en moi.
— Ne me touchez pas.
Ma voix tremble, et je déteste qu’il l’entende.
— Pourquoi ? Parce que tu as peur de moi… ou de ce que tu ressens ?
Je recule instinctivement, mais mon dos rencontre le mur froid. Prisonnière.
Damián avance d’un pas, réduisant à néant la distance entre nous. Son regard descend lentement jusqu’à mes lèvres, et mon souffle devient erratique.
— Dis-le, Aeris. Dis-moi de partir, et je partirai.
Un instant, un seul, je songe à le faire. À lui dire de s’éloigner, de me laisser tranquille. Mais les mots meurent sur ma langue.
Il le voit. Il le sait.
Sa main glisse lentement jusqu’à ma nuque, un geste aussi possessif que délicat. Son pouce effleure ma peau, déclenchant un frisson que je ne peux contrôler.
Et puis, il franchit la dernière barrière.
Ses lèvres effleurent les miennes, un contact à peine perceptible, comme une promesse qui ne demande qu’à être brisée.
Le temps semble suspendu.
Je pourrais le repousser. Je devrais le repousser.
Mais je ne bouge pas.
Damián attend, comme s’il me laissait une chance de fuir. Mais je n’en prends aucune.
Alors, il approfondit le baiser.
Ce n’est pas brutal, ni précipité. C’est une domination lente, un feu qui se propage insidieusement. Ses lèvres se pressent contre les miennes avec une douceur troublante, presque un défi à la cruauté qu’il représente.
Et moi ? Je me perds.
Ma main se serre contre le tissu de sa chemise, comme si j’avais besoin d’un ancrage. Mais ce n’est pas un appui que je cherche… c’est lui.
Le baiser devient plus intense, plus exigeant. Ses doigts se resserrent sur ma nuque, sa langue effleure la mienne, et un gémissement m’échappe malgré moi.
Il recule brusquement.
L’air froid s’engouffre entre nous, et je reprends mon souffle, le cœur battant à une vitesse folle.
Damián me fixe, son regard brûlant d’une lueur indéchiffrable.
— Cette nuit ne fait que commencer, murmure-t-il.
Puis il s’éloigne, me laissant seule avec la vérité.
Je suis piégée.
Non pas par des chaînes.
Mais par lui.
Le silence est assourdissant après son départ. Mon cœur cogne violemment dans ma poitrine, comme s’il tentait de briser les murs invisibles qui m’emprisonnent. Je passe mes doigts sur mes lèvres, encore brûlantes du baiser échangé. Une folie. Une erreur.
Je me lève brusquement, cherchant à reprendre le contrôle de mon esprit. Mon corps, lui, est encore sous l’emprise de ce moment interdit. Je dois me ressaisir. Ce n’est qu’un jeu pour lui. Un moyen de m’éprouver, de tester mes limites.
Mais alors pourquoi tremble-je encore ?
Les heures s’étirent, interminables. Je n’arrive pas à dormir, hantée par l’image de Damián, par la sensation de sa peau froide contre la mienne, par cette fièvre étrange qui s’est emparée de moi.
Quand enfin l’aube pointe, je suis déjà debout, observant la lumière dorée se faufiler à travers les lourds rideaux de la chambre. Une journée nouvelle, une nouvelle bataille à mener contre mes propres pensées.
Un bruit au-dehors attire mon attention. Des voix basses, une agitation inhabituelle dans la cour. Intriguée, j’enfile une cape sombre et quitte ma chambre discrètement.
Les couloirs du château sont vides à cette heure, mais une tension flotte dans l’air. En descendant les marches de pierre menant à l’entrée principale, je distingue plusieurs cavaliers sur des montures sombres, leurs visages masqués par l’ombre de leurs capuches.
Damián se tient au centre, imposant et impassible. Il échange quelques mots avec un homme que je ne connais pas, avant de croiser mon regard.
Un éclair traverse ses yeux, fugace, mais suffisant pour me glacer le sang.
Il s’approche lentement, ses pas résonnant sur les pavés.
— Tu es matinale.
Je me redresse, tâchant de masquer l’effet qu’il a encore sur moi.
— Qu’est-ce qui se passe ?
Il ne répond pas immédiatement. Son regard glisse sur moi, analysant chaque détail, comme s’il cherchait à déceler ce que je ressens encore après la veille.
— Une affaire à régler, répond-il finalement. Rien qui ne te concerne.
Je fronce les sourcils.
— Alors pourquoi ce remue-ménage ?
Un sourire énigmatique effleure ses lèvres.
— Curieuse ?
Je croise les bras, refusant de me laisser déstabiliser.
— Vous m’empêchez de quitter ce château, vous m’imposez votre présence… Il est normal que je veuille comprendre ce qui se passe sous mon propre toit.
Son sourire s’élargit légèrement, amusé.
— Ton propre toit ?
Un frisson me parcourt. Je me suis piégée toute seule.
Damián fait un pas de plus, réduisant la distance entre nous. Il est trop proche. Encore.
— Tu es nerveuse, murmure-t-il.
— Je ne le suis pas.
Mensonge.
Il incline la tête, ses yeux sombres me transperçant.
— Très bien. Alors accompagne-moi.
Je tressaille.
— Où ?
— Puisque cela te concerne tant, viens voir de tes propres yeux.
Il tend la main vers moi. Un geste d’invitation, mais aussi un avertissement silencieux.
Je devrais refuser. Je devrais tourner les talons et regagner ma chambre. Mais une force inexplicable me pousse à accepter.
Je glisse ma main dans la sienne.
Sa poigne est froide, implacable. Un frisson remonte le long de mon bras, mais
je n’ai pas le temps d’y réfléchir davantage.
Damián m’entraîne avec lui, et je sais, au plus profond de moi, que je franchis une frontière invisible dont je ne pourrai plus revenir.
Aeris Le vent froid s’engouffre dans ma cape tandis que je chevauche aux côtés de Damián. Le château disparaît peu à peu derrière nous, englouti par la brume matinale. Autour de nous, une dizaine de cavaliers nous escortent en silence, leurs capes sombres flottant dans l’air.Je jette un regard en direction de Damián. Son visage est fermé, impassible, comme sculpté dans la pierre.— Où allons-nous ?Il ne répond pas immédiatement. Ses yeux fixent l’horizon, comme s’il pesait le poids de sa réponse.— Au village frontalier.Je fronce les sourcils.— Pourquoi ?— Parce que quelqu’un a osé défier mon autorité.Un frisson glacé remonte le long de mon échine.Nous chevauchons pendant des heures, traversant forêts et rivières sous un ciel menaçant. L’atmosphère est lourde, presque oppressante, comme si la terre elle-même retenait son souffle en attendant un dénouement funeste.Enfin, nous atteignons le village.Des torches illuminent les ruelles boueuses, projetant des ombres vacillantes s
Aeris Le baiser est brutal, possessif, empreint de cette faim qu’il ne cherche même pas à dissimuler. Une vague de chaleur explose en moi, un feu incontrôlable qui se mêle au froid de son étreinte.Je devrais le repousser.Mais au lieu de ça, je m’accroche à lui.Et je comprends à cet instant que je suis perdue.Le silence s’étire entre nous alors que je me recule brutalement, le souffle court, la poitrine soulevée par une tempête invisible. Damián me fixe, impassible, comme s’il avait anticipé ma réaction.— Ce n’est pas… Je ne peux pas…Les mots meurent sur mes lèvres. Mon corps tremble encore de la chaleur de son baiser, mais mon esprit hurle que c’était une erreur. Une erreur que je ne peux pas me permettre.Je fais un pas en arrière, puis un autre, mais il ne bouge pas. Il me laisse fuir… du moins en apparence.— Tu cherches encore à me résister, murmure-t-il.Sa voix est basse, presque un murmure, mais chaque syllabe s’enroule autour de moi comme une liane invisible.— Je ne su
Aeris Le froid de la nuit s’infiltre sous ma peau, mais il ne peut rien contre le feu qui me consume de l’intérieur. Je frotte mon poignet, tentant d’effacer la marque sombre qui y serpente, comme si un simple geste pouvait briser son emprise sur moi.Mais elle est là. Indélébile.La voix de Damián résonne encore dans mon esprit, grave et inéluctable : « Ce lien est indissoluble. »Je secoue la tête, refusant cette vérité qui s’impose à moi. Je ne suis pas une esclave. Je ne suis pas une créature qu’il peut revendiquer comme un simple objet. Et pourtant… quelque chose au fond de moi murmure une autre histoire. Une partie de moi, insidieuse et traîtresse, n’éprouve ni colère ni peur face à cette marque.Mais un étrange soulagement.Non.Je ne peux pas accepter ça.Je reprends mon souffle et reprends ma route à travers les couloirs du château, mon regard fouillant l’ombre en quête d’une échappatoire. Je dois sortir d’ici. Trouver un moyen de briser ce lien avant qu’il ne me consume.Ch
DamiánLe vent glacial souffle dans les couloirs sombres du château, ébranlant les fenêtres comme une menace sourde. Tout semble figé dans l'attente. Le parfum de la poussière ancienne et du bois encrassé flotte dans l’air, mais il est impossible de l’ignorer : quelque chose a changé. Quelque chose en moi. Quelque chose en elle. Elle est là, quelque part dans ces murs, mais je ne la trouve pas. Pas encore.Je l’ai laissée fuir. Ou plutôt, j’ai laissé croire qu’elle pouvait fuir. Mais même dans ma décision de la laisser échapper à mon emprise, je ressens un vide. Un gouffre de plus en plus vaste, creusé par cette attraction irrépressible, par cette brûlure qui me consume à chaque instant où je ne la vois pas, où je ne la sens pas. C’est comme une addiction, une dépendance. Elle m’a marqué, et chaque minute sans elle est un supplice.Ma main serre la poignée de la porte dans un mouvement brutal, et le bois crisse sous la pression. Je fais un pas dans la pièce sombre où je sais qu’elle s
DamiánLa distance qui nous sépare, bien que minime, est un gouffre insondable. Je la contemple dans la lumière vacillante des chandelles, et chaque fraction de seconde semble s'étirer à l'infini. Elle ne bouge pas, ne dit rien. Pourtant, dans la tension palpable qui se dégage d'elle, je sens chaque battement de son cœur, chaque souffle qui s’échappe de ses lèvres.Elle a la tête baissée, les yeux fuyant les miens. J’ai vu cette lueur de révolte dans son regard, et elle m’enflamme autant qu’elle me brise. Elle veut fuir. Elle veut m’échapper. Mais je sais qu’elle est coincée ici, dans cet espace clos entre nous, incapable de tourner le dos à ce qui nous lie.Il n’y a pas de rédemption pour nous deux, pas de salut. Si nous sommes condamnés, alors pourquoi ne pas embrasser notre sort ?Je fais un pas en avant, puis un autre, jusqu'à être à quelques centimètres d’elle. Mon souffle se mêle au sien. Je sens la chaleur de sa peau, l’odeur enivrante de ses cheveux. Elle est là, toute proche.
AerisElle tourne légèrement la tête, presque imperceptiblement, mais cela suffit à faire naître un sourire sur mes lèvres. Il est rare que je la voie si vulnérable, si brisée. Et cette vulnérabilité... c’est ce qui me fait sombrer encore plus profondément dans cette folie.Je la relâche lentement, la regardant une dernière fois, une dernière fois avant que tout ne change.— Tu ne peux pas échapper à ton destin, Aeris. Ni à moi.Elle détourne le regard, et je sais que nous avons franchi un point de non-retour.AerisChaque mot qu’il prononce me transperce. Je sais qu’il a raison, mais pourquoi suis-je aussi faible devant lui ? Pourquoi suis-je aussi attirée par ce qu’il me fait, par ce qu’il est ?Il m’a prise. Il m’a marquée. Et ce lien entre nous… Je n’arrive pas à le briser. Peut-être que je n’en ai même plus envie.Mais pourquoi cette douleur ? Pourquoi cette douleur insupportable dans mon cœur ?Je ferme les yeux, laissant les larmes couler en silence.La nuit s'est abattue sur l
AerisPourquoi est-ce que je suis encore là ? Pourquoi mes jambes ne bougent-elles pas ? Pourquoi, même dans cette situation, mes pensées sont-elles comme prises au piège dans l’illusion qu’il a construite autour de moi ?Damián avance d’un pas, lentement, comme une ombre qui grandit à chaque instant. Je sens la température monter, comme si l’air devenait plus épais à chaque seconde, plus lourd. Je voudrais reculer, m’éloigner, mais il est toujours là, juste là, à quelques centimètres de moi.— Tu penses vraiment que tu peux m’échapper, Aeris ? dit-il, sa voix basse, presque un murmure. Tu crois que tu peux fuir ce que tu ressens ?Ses mots frappent mon âme, d’une façon que je ne peux expliquer. Il a raison, n’est-ce pas ? Fuir ? De quoi parleraient mes fuites si ce n’était que des illusions ? Des mensonges que je me raconte pour maintenir une façade, mais au fond de moi, je sais. Je le sais.Damián s’approche davantage, son souffle chaud effleurant ma peau. Je frissonne, non pas de f
AerisLa lumière du matin filtre à peine à travers les rideaux, laissant des ombres danser sur le sol de la chambre. Pourtant, tout autour de moi semble irréel, comme si le monde entier était suspendu dans une dimension où seul Damián et moi existions. Chaque pensée, chaque souffle, me rappelle la dernière nuit. Il est partout. Son toucher, ses mots, sa chaleur, sont encore gravés sur ma peau, et je ne peux m’empêcher de les revivre à chaque instant. Mais je sais qu’il est différent maintenant. Les liens entre nous ne sont plus ceux de la simple tentation ou du désir ; ils sont devenus quelque chose de plus lourd, de plus puissant.Je suis seule dans la pièce, mais son absence est plus présente que sa présence. Une partie de moi se languit de lui, attend son retour. Une autre se débat contre ce que nous sommes devenus. Je ne peux nier que, malgré tout ce qu’il représente, il est devenu indispensable à ma vie. Il est mon déstabilisateur, ma ruine et ma rédemption, tout en un. Et je sui
AerisLes jours passent, mais une nouvelle lumière semble envahir ma vie. Damián et moi, nous avons traversé tant de turbulences, tant de doutes, que l'idée d'une paix durable semblait presque inatteignable. Pourtant, il est là, à mes côtés, et pour la première fois depuis longtemps, je ressens la chaleur d’un amour qui ne me fait pas peur. Un amour sincère, débarrassé de manipulations, de mensonges et de trahisons. Un amour que nous avons construit patiemment, dans l’ombre de notre passé, mais avec la volonté de ne jamais retourner à ce qui nous a brisés.Je me tiens face à lui, les yeux emplis d'émotion, en voyant l'homme qu'il est devenu. Il n'est plus le seigneur cruel qui a décidé de ma destinée, ni celui qui a cru que la manipulation était le seul moyen de m'approcher. Il est simplement Damián, l’homme qui m’a montré que même les âmes perdues peuvent se retrouver.Je me rappelle de ces moments où je croyais que l’amour ne pouvait exister entre nous, où je croyais que nous n’étio
AerisJe me suis longtemps demandé si l’amour pouvait réellement être une force assez puissante pour briser les chaînes de la douleur, pour effacer les cicatrices du passé. Mais chaque jour qui passe à ses côtés, je réalise que la réponse n'est pas aussi simple. Damián est une contradiction. Il est l'homme qui m'a donné des promesses d'éternité, mais qui a aussi brisé tout ce que j'avais cru connaître du monde. Son amour est aussi intense que ses secrets, aussi profond que ses mensonges.Nous sommes là, dans l’obscurité d’une chambre qui respire encore la tension de nos derniers échanges. La lumière tamisée filtre à peine à travers les rideaux, et je suis perdue dans l'abîme de mes pensées. Est-ce que je devrais lui donner une chance ? Peut-être qu'il a changé, peut-être qu'il est capable de m'aimer véritablement. Mais à chaque pensée qui effleure mon esprit, je me rappelle de tout ce qu'il a fait. Je me rappelle des mensonges, de la manipulation, de cette sensation de me retrouver to
DamiánLe silence entre nous est lourd, presque palpable. Je peux sentir sa respiration irrégulière contre mon épaule, un murmure d’émotions qui cherche à s’échapper, mais se heurte à l’indécision. Aeris, cette femme complexe et belle, me brise à chaque instant. Elle est une énigme que je n’ai jamais pu résoudre, et je commence à douter si je veux réellement en connaître la solution. Elle a le pouvoir de m’échapper, de faire vaciller tout ce que j’ai construit, et pourtant, je suis incapable de me détourner d’elle.Elle pleure, et c’est moi qui ai causé cette douleur. Pas par malice, mais par la nécessité de mes choix. J’ai manipulé les fils de sa vie pour que ses yeux restent fermés, pour qu’elle ne voie pas la réalité de ce que j’étais, de ce que j’ai dû devenir pour survivre dans ce monde où tout est jeu de pouvoir et de manipulation. Et maintenant, tout ce que je peux faire, c’est la tenir, l’apaiser, espérer que l’amour que j’ai pour elle soit suffisant pour guérir les blessures
AerisJe suis assise dans l’obscurité de ma chambre, seule avec mes pensées. La lumière tamisée des bougies dansantes ne parvient pas à apaiser l’angoisse qui me ronge. Les échos de la bataille contre mon ombre résonnent encore en moi, mais ce n’est pas cela qui me tourmente. C’est la conversation que j’ai eue avec Damián, quelques instants après la défaite de l’entité obscure.Il m’a dit des choses que je n’ai pas voulu entendre, des vérités qui me frappent de plein fouet, et je ne peux les ignorer. Des vérités sur lui. Sur nous. Des révélations sur ce qu’il a vécu, sur les sacrifices qu’il a faits et sur les choix qu’il a dû prendre pour arriver là où il est aujourd’hui.Je me suis sentie envahie par un tourbillon d’émotions contradictoires, et il a vu l’hésitation dans mon regard. Il a vu cette étincelle de doute que je croyais cachée. Comment ne pas être bouleversée par les révélations qu’il m’a faites sur son passé, sur ses actions, sur les vies qu’il a prises pour s’assurer sa p
AerisL’énergie dans l’air vibre autour de moi, une chaleur presque insupportable qui semble brûler chaque particule de ma peau. La lumière que j’ai invoquée dans mes mains pulse, elle aussi, comme un cœur battant. J’ai senti la puissance, cette magie ancienne et sauvage qui me traverse, se mêlant à l’essence même de mon être. Ce n’est pas seulement de la magie. C’est la manifestation de tout ce que je suis devenue, tout ce que j’ai vécu.Et pourtant, face à l’ombre de moi-même, je me sens vulnérable, comme une petite flamme fragile face à un océan de ténèbres. Mais je refuse de reculer. Je refuse de laisser cette version déformée de moi m’envahir, de laisser cette obscurité détruire ce que j’ai construit avec Damián.Le sourire de la créature se tord, se fait plus menaçant. "Tu penses vraiment pouvoir m’échapper ? T’es-tu jamais demandé pourquoi tes ténèbres te suivent ? Pourquoi elles semblent toujours être un pas devant toi, comme une ombre qui ne se dissipe jamais ?" Sa voix, d’ab
AerisLa lumière vacille autour de nous, à peine suffisante pour dévoiler les contours du monde qui s’étend devant nos yeux. Les ténèbres ont été repoussées, mais l’air reste lourd, saturé de cette aura magique étrange. Le sol, autrefois solide et sûr, se transforme sous nos pieds en un terrain instable, fissuré, comme si le monde lui-même tentait de se rebeller contre notre victoire.Je me relève lentement, mes jambes encore tremblantes sous le poids de ce que nous venons de traverser. Le souffle m’arrache la gorge, une douleur sourde au creux de l’estomac. Ce n’est pas seulement la magie qui m’a épuisée. C’est cette bataille, cette guerre contre des ombres que nous pensions pouvoir contrôler. Nous avons gagné, oui, mais à quel prix ?Damián se tient à mes côtés, son regard sombre perdu dans l’horizon brisé. Il semble si distant, comme si la lutte de ce soir avait ouvert une brèche dans son âme. Pourtant, il ne dit rien, comme toujours, préférant le silence à tout autre moyen d’expre
AerisLes ténèbres s’enroulent autour de nous, une couverture oppressante qui nous emprisonne, nous étouffe presque. La créature – l’écho de notre malédiction – se tient toujours devant nous, comme un point d’ancrage dans cet univers déchiré. Tout ce que nous connaissions du monde semble désormais fragile, déformé. La réalité elle-même se plie sous le poids de sa présence. La magie, cette force qui m’a toujours traversée, s’agite en moi, mais elle est plus sombre, plus instable. Ce n’est plus une magie de lumière ou de protection. C’est une magie primitive, brute, prête à se libérer.Je ressens la douleur de ce monde brisé. Mais aussi une soif de vengeance. J’ai tout perdu. Nous avons tout sacrifié. Nous ne pouvons pas céder maintenant.Damián, à mes côtés, son regard fixe sur la créature, semble aussi déterminé que jamais. Son corps est tendu, prêt à réagir à chaque mouvement. Mais même lui, cet être immortel, semble conscient de la dangerosité de ce que nous affrontons. Nous avons d
AerisL’air autour de nous vibre, un tremblement qui résonne jusque dans mes os. La créature – ce que nous avons éveillé en brisant la malédiction – s’avance, ses pas résonnant comme des coups de marteau sur le sol. Chaque mouvement qu’elle fait semble distordre la réalité elle-même, tordant l’espace, déformant le temps. C’est comme si le monde était en train de se réécrire autour de nous, que chaque instant était une toile qui se déchirait, exposant des ombres que nous n’aurions jamais dû voir.Je serre mes poings, tentant de repousser la terreur qui m’envahit. Damián se tient là, devant moi, implacable, prêt à tout pour me protéger. Mais je sais que ce que nous affrontons aujourd’hui ne peut être vaincu par la simple force. Nous avons franchi une limite, et nous ne savons pas jusqu’où cette limite nous mène.La créature s’arrête à quelques pas de nous, son visage à peine visible dans la lumière de ce monde en déliquescence. Un sourire, mais ce n’est pas un sourire humain. C’est un r
AerisL’instant où la lumière s’est dissipée, où la magie s’est finalement apaisée, me semble irréel. Le monde autour de nous semble plus vaste, comme si une partie de la réalité elle-même avait été modifiée. Mes pieds frôlent le sol, mais je n’ai plus la sensation de tout maîtriser. Il y a une étrange lourdeur dans l’air, un souffle lourd qui pèse sur mes épaules. Mais Damián est là, toujours à mes côtés, sa présence rassurante. Et c’est tout ce qui compte.Je suis épuisée. La magie que j’ai invoquée pour briser notre malédiction, notre immortalité, m’a épuisée bien plus que je ne l’aurais imaginé. Chaque cellule de mon corps hurle de douleur, chaque fibre de mon être demande du repos, mais quelque chose en moi refuse de céder. Nous avons franchi une frontière, mais une autre nous attend, plus insidieuse, plus dangereuse encore.Damián me soutient avec une délicatesse presque inattendue, vu l’homme qu’il est. Ses bras m’enveloppent, me réconfortent, mais je sais que la route ne sera