Gabriel de Montreuil– La mer.– Elle s’étale devant nous, sombre et infinie, agitée par des vents capricieux qui hurlent dans la nuit.– Nous avons atteint la côte après deux jours de fuite à travers les marais, échappant aux patrouilles, aux chiens lancés sur nos traces, aux pièges mortels que la nature elle-même nous tendait.– Samuel s’accroche à moi, fiévreux, son corps amaigri tremblant sous l’effort.– Aïda, à bout de souffle, serre un mousquet contre sa poitrine, les yeux brillants de fatigue.– Diego scrute l’horizon.– Le navire est là.– S’il n’est pas une illusion.– Nous sommes censés embarquer à l’aube, un capitaine mercenaire ayant accepté de nous mener vers les îles où l’esclavage est déjà en train de s’effondrer.– Mais l’aube semble bien loin, et la nuit nous traque encore.– Un bruissement dans les buissons nous fige sur place.– Aïda se retourne, sa main sur la gâchette.– Ils arrivent.Le Dernier Barrage– Des torches dansent entre les arbres, des ombres s’étenden
Gabriel de Montreuil– Des lettres officielles du gouverneur. Des noms. Des preuves. Des secrets qui valent bien plus que l’or.– Le capitaine plisse les yeux.– Qu’est-ce que ça m’apporte ?– Une longueur d’avance sur tes ennemis.– Un instant de silence.– Puis il sourit et range son arme.– Marché conclu.Un Nouveau Foyer ?– Nous accostons.– Le sable chaud sous nos pieds est une délivrance.– Mais notre soulagement est de courte durée.– Nous ne sommes pas seuls.– Sur la colline surplombant la baie, des silhouettes nous observent.– Des hommes armés.– Des réfugiés comme nous ? Ou des ennemis ?– Diego pose la main sur son sabre.– Aïda se redresse, défiant du regard l’inconnu qui s’approche.– Bienvenue sur notre île, étrangers, lance-t-il d’un ton neutre.– Qui êtes-vous ? demandé-je.– L’homme esquisse un sourire.– Cela dépend… Qui êtes-vous ?– Le silence s’étire.– L’homme qui nous fait face est grand, le teint basané par le soleil, les yeux sombres et perçants.– Vous déb
Gabriel de MontreuilLe Conseil des Rebelles– Une femme aux cheveux grisonnants prend la parole.– Qui êtes-vous et pourquoi devrions-nous vous accepter ?– Je prends une inspiration.– Nous sommes des combattants. Nous avons vu l’oppression et nous avons choisi de la détruire.– Un homme aux bras couverts de cicatrices hoche lentement la tête.– Alors vous êtes comme nous.– Nous voulons nous battre, mais nous avons besoin d’alliés, ajoute Aïda.– Un silence pensant s’installe.– Puis le chef prend la parole.– Vous aurez votre chance. Mais sachez que notre guerre est plus ancienne et plus vaste que vous ne l’imaginez.Les Plans de la Révolte– Nous nous asseyons autour de la table.– Une carte de la région est déroulée devant nous.– Les rebelles ont dressé un plan détaillé des fortifications ennemies.– Nos ennemis ne sont pas seulement les propriétaires de plantations, explique le chef. Le gouverneur lui-même veut nous écraser.– Diego fronce les sourcils.– Alors nous frapperons
Gabriel de Montreuil– Nous ne tiendrons pas longtemps à ce rythme, souffle Diego en resserrant son manteau.– Je hoche la tête.– Nous devons trouver refuge avant qu’ils nous acculent.– Où ? demande Aïda, les bras croisés. Chaque port sous contrôle français est une tombe pour nous.– Alors nous irons ailleurs, dis-je. Vers Saint-Domingue.– Tous me fixent.Le Procès de Montreuil– Un procès public. Un spectacle.– Le gouverneur La Roche est déjà installé, un air satisfait sur le visage.– À ses côtés, des magistrats, des officiers, et… mon père.– Auguste de Montreuil.– Son visage est impassible.– Pourquoi est-il là ?– On me force à m’agenouiller devant le tribunal.– Un homme en robe noire prend la parole.– Gabriel de Montreuil, vous êtes accusé de sédition, de meurtre et de haute trahison contre la couronne. Comment plaidez-vous ?– Je relève la tête.– Coupable.– Un murmure parcourt la foule.– Le juge arque un sourcil.– Vous admettez vos crimes ?– Je fixe La Roche droit d
Gabriel de Montreuil– Il secoue la tête, amusé.– Écoute, gamin. Tu veux vivre ? Tu veux te battre ? Alors tu as deux choix. Soit tu prends la mer avec moi, soit tu finis au bout d’une corde quand tes ennemis te rattraperont.– Un silence pesant s’installe.– Puis je tends la main.– Nous naviguerons avec toi. Mais nous restons maîtres de notre destin.– Son sourire s’élargit.– Affaire conclue.L’Initiation– La vie à bord de La Lame Noire est brutale.– Les hommes de Vargas ne font confiance à personne, et encore moins à des étrangers.– Si vous voulez une place ici, il va falloir la mériter, grogne un certain Rocco, un colosse aux tatouages marqués par le fouet.– Le premier test arrive vite.– Monter dans les mâts en pleine tempête.– Le vent hurle, les vagues s’écrasent contre la coque.– Diego grimpe avec agilité.– Aïda le suit de près.– Moi, je me bats contre la pluie et les bourrasques, mais je tiens bon.– En bas, Vargas observe, les bras croisés.– Pas mal, mais ce n’est
Gabriel de MontreuilRocco m’agrippe violemment par le col et me projette contre le mât.— Tu as signé ta mort, gamin.Je me redresse, le souffle court, et plante mon regard dans le sien.— Non, c’est toi qui es fini.Nos sabres s’entrechoquent dans un fracas d’acier. Chaque coup est plus violent, plus rapide. Il est plus fort, plus expérimenté. Mais j’ai la rage.J’esquive une attaque, pivote, frappe. Son sabre vole dans les airs avant de disparaître dans les flots. Rocco vacille, tombe à genoux.— Pitié…Mon sabre s’élève. Puis s’abat.Les Cendres d’un TyranLe corps de Rocco s’effondre, le regard figé dans le vide. Un silence pesant s’abat sur le pont. L’équipage recule, hésite.Un vide s’est créé. Et il doit être comblé.Tous me fixent. Le pouvoir est là, attendant un maître.Diego s’approche, grave.— Tu n’as pas le choix, Gabriel.Je scrute les visages autour de moi. L’attente. Le doute. L’espoir.Je monte lentement sur le pont supérieur et saisis la barre.Le vent fouette mon v
Les Ruines du PasséLe vent siffle entre les voiles. L’océan porte encore l’odeur de la poudre et du sang.Nous avons gagné une bataille. Mais la guerre ne fait que commencer.M’bala scrute l’horizon. Diego nettoie son pistolet. Aïda essuie sa lame.Moi, je tiens toujours la barre.Le pavillon noir flotte au sommet du mât.Mais combien de temps encore ?L’Empire RépliqueLa vigie hurle.— Deux vaisseaux espagnols à tribord !L’ennemi revient, plus nombreux. Plus rapide.Diego s’approche.— Nous ne pouvons pas les affronter de face.— Alors nous ne le ferons pas.Je fixe la mer, cherche une issue.Il y en a toujours une.La Course Contre la Mort— Gonflez les voiles !Le navire s’élance.Le vent est notre allié. Mais le temps joue contre nous.Les espagnols chargent leurs canons.Les boulets fendent l’air.L’eau explose tout autour.Un impact. Puis un autre.Le pont tremble sous mes pieds.M’bala crie.— Nous ne tiendrons pas longtemps !L’Île du JugementÀ l’horizon, une terre. Une îl
Un autre parle.— La loi des îles… Tu es des nôtres, maintenant.Un frisson me parcourt.Je ne suis pas venu pour ça.Mais je viens de prendre le contrôle d’une flotte entière.Je fixe l’horizon.L’Empire nous traque.Et maintenant, nous avons une armée.Je me tourne vers Diego.— Préparez les hommes.Je prends une dernière inspiration.— Nous partons en guerre.La mer, d’un bleu sombre, s’étendait à perte de vue, agitée par les vents capricieux qui annonçaient peut-être la tempête à venir, ou bien la guerre que nous nous apprêtions à mener, une guerre que nous n’avions pas choisie mais qui, désormais, nous appartenait pleinement.Derrière moi, sur le pont du navire que nous venions de conquérir, les hommes s’activaient dans un silence pesant, conscients que leur sort venait de basculer, partagés entre la peur de l’inconnu et l’excitation d’un avenir incertain, entre la certitude que l’Empire chercherait à les anéantir et l’espoir fou d’échapper à cette fatalité en suivant un nouveau
Gabriel de MontreuilLe pont du San Telmo grince sous mes pas.Le bois est ancien, pourtant il semble respirer. Les voiles noires frémissent comme la peau d’une créature vivante. Un murmure serpente à travers l’air, une prière oubliée, un avertissement peut-être. Mais il est trop tard pour reculer.Je sens la présence de mes compagnons derrière moi. Diego inspecte le gréement, les traits tendus. M’Bala, silencieux, recharge son fusil, prêt à affronter l’inconnu. Aïda garde le médaillon serré dans sa main, son regard brillant d’une inquiétude qu’elle ne dissimule plus.Puis la Gardienne parle.— Le navire t’appartient, Gabriel de Montreuil. Il est le dernier témoin de ton sang, l’ultime vestige de ce qui fut et de ce qui doit être.Je tourne les yeux vers elle. Son voile d’or scintille sous la lueur irréelle qui baigne le vaisseau.— Où nous mènera-t-il ?Elle incline légèrement la tête.— Là où le pacte l’exige.Un frisson court le long de mon échine. Ce pacte… Je l’ai scellé sans en
Gabriel de MontreuilM’BalaJe plante mon coutelas dans la poitrine d’un des spectres.Il ne bronche pas.Ses mains se referment sur mon cou.Je suffoque.Puis, soudain, une lumière jaillit derrière moi.Je tombe à genoux, haletant.Le médaillon.Aïda s’est levée.Son regard est brûlant.Et le médaillon brille d’une lueur qui n’a rien de naturel.Les morts s’arrêtent.L’ombre, elle, avance.Gabriel de MontreuilLa jungle se déchire dans un rugissement de vent et de cendres.La silhouette cachée dans l’ombre révèle enfin son visage.Un visage que je connais.Mon père.Ou du moins, ce qu’il est devenu.Son regard est froid, inhumain.— Tu aurais dû rester en mer, Gabriel.Sa voix est un murmure de tempête, un écho de mille âmes perdues.Je serre les poings.— Pourquoi es-tu encore là ?Un sourire tordu se dessine sur son visage.— Parce que j’ai échoué.Un silence s’abat sur nous.Puis il lève la main.Et la terre tremble sous nos pieds.DiegoLe sol s’ouvre en un fracas assourdissant.
Gabriel de MontreuilMon père me regarde, ou du moins… ce qui reste de lui.Son visage n’est qu’une ombre du souvenir que j’en avais, ses traits mangés par le temps et la mort. Pourtant, dans ses yeux vides, quelque chose brûle encore. Une lueur. Un avertissement.Le médaillon que j’ai ramassé pulse dans ma main, sa surface froide vibrant contre ma peau.Et derrière lui, la jungle change.Les arbres semblent se courber, leurs racines noires s’étirent comme des griffes prêtes à m’engloutir. Le sol lui-même palpite sous mes pieds. Quelque chose… non, quelqu’un m’observe.— Gabriel…La voix de mon père est un murmure brisé, un souffle venu d’un autre monde.Je serre les dents.— Tu es mort.Il incline lentement la tête, et un rictus tord ses lèvres décomposées.— Oui.Un frisson glacé parcourt mon échine.Puis il lève un doigt décharné et pointe mon cœur.— Mais toi… tu es en train de suivre mon chemin.Le médaillon pulse plus fort.Autour de moi, la jungle se resserre.Et soudain, une v
Gabriel de MontreuilLa mer s’est tue.Les derniers vestiges des galions espagnols dérivent entre les vagues, des planches brisées, des voiles déchirées, et des cadavres flottants que la mer n’a pas encore engloutis. L’odeur du sel et du sang se mélange dans l’air. Le Pavillon Noir est toujours debout, mais il tangue, meurtri par la bataille et les fureurs des eaux maudites.Je serre la barre à m’en blanchir les jointures, le regard fixé sur l’horizon voilé d’une brume épaisse.Derrière moi, Diego s’appuie contre le bastingage, la main sur ses côtes blessées. M’Bala surveille le pont d’un œil attentif, prêt à bondir à la moindre menace.Et Aïda…Aïda respire encore.À chaque inspiration laborieuse qui s’échappe de ses lèvres, je sens une étincelle de rage et d’espoir s’allumer en moi.— Terre en vue !Le cri vient du nid de pie.Je lève les yeux.Devant nous, une masse sombre se découpe lentement dans la brume.Une île.Notre seule chance de survie.Mais aussi notre plus grande menace
Gabriel de MontreuilAïda s’accroche à la vie.Elle respire difficilement, allongée sur le pont du Pavillon Noir, son sang s’infiltrant entre les planches de bois comme une promesse maudite. Ses yeux sont mi-clos, sa peau, plus pâle que je ne l’ai jamais vue.Je presse ma main contre la plaie, ignorant le chaos qui nous entoure.— Tiens bon, Aïda. Tu m’entends ?Sa main tremble, se referme sur mon bras.— Gabriel…Sa voix est un souffle. Faible. Trop faible.M’Bala s’agenouille à côté de moi, son visage d’ordinaire impassible déformé par l’angoisse.— Il faut la descendre à la cabine. Vite.J’acquiesce, incapable de parler.Je la soulève avec précaution. Son corps est léger contre le mien, mais je sens la chaleur de son sang qui s’imprègne dans ma chemise. Je descends d’un pas rapide l’escalier menant à ma cabine, Diego à mes trousses, son bras toujours serré contre ses côtes blessées.À peine la pose-t-on sur la couchette qu’un cri résonne sur le pont.— L’ennemi revient !Je me fige
Gabriel de MontreuilJe serre la sphère dans ma main. Elle pulse, chaude contre ma paume, comme un cœur qui bat au rythme de la tempête à venir.— Au bateau ! crié-je.Aïda passe devant, Diego s’appuie sur M’Bala, les mâchoires crispées sous la douleur, mais il ne ralentit pas. Il sait que s’arrêter, c’est mourir.Nous dévalons la pente rocailleuse qui mène à la crique où nous avons laissé nos canots. Derrière nous, les premiers coups de semonce retentissent.— Ils tirent du large ! hurle Aïda.Je lève les yeux .Une lueur s’élève dans le ciel nocturne.Un boulet enflammé.Il fend l’air avec un sifflement sinistre avant de s’écraser sur la plage, soulevant une gerbe de sable et de roche.Trop près. Beaucoup trop près.— Plus vite !Nos canots sont là, amarrés sous les hautes falaises, bercés par une mer agitée. Nos hommes nous attendent, armes en main. Lorsque nous bondissons à bord, les rames plongent immédiatement dans l’eau noire, propulsant nos frêles esquifs vers la haute mer.Et
Gabriel de MontreuilLe coup de feu éclate.Le commandant espagnol, toujours posté à l’entrée de la crypte, nous observe avec un sourire cruel. Autour de lui, ses hommes s’engouffrent dans la salle, fusils braqués.— Fin de la route, capitaine Montreuil.Il recharge calmement son pistolet, sûr de lui, sûr de sa victoire.Mais il ignore une chose.Nous avons la sphère.Et ce temple est vivant.Je serre l’orbe dans ma main, et dès que mes doigts effleurent les symboles gravés sur sa surface, une onde étrange pulse à travers mes veines.Les murs vibrent.Les fresques illuminées par la lueur des torches s’animent, comme si les figures sculptées s’éveillaient d’un long sommeil.Puis, dans un grondement sourd, la pierre sous nos pieds commence à se fissurer.L’instant d’après, une explosion d’énergie jaillit du cœur de la sphère.Un vent violent balaye la crypte, projetant poussière et éclats de pierre dans toutes les directions.Le commandant espagnol recule d’un pas, pris de court.— Que
Gabriel de MontreuilIls sont là.Aïda, Diego et M’Bala se placent à mes côtés, leurs armes prêtes. Nous échangeons un regard. Il n’y a pas besoin de mots. Nous savons tous ce qui nous attend.Puis la première silhouette émerge de l’obscurité.Un soldat espagnol, fusil en main, la cuirasse poussiéreuse mais l’œil alerte.Derrière lui, d’autres apparaissent, une colonne disciplinée, armée jusqu’aux dents.Et au milieu d’eux, une silhouette plus imposante, drapée dans un manteau noir.Le commandant en charge.Il fait un pas en avant, nous observant comme un prédateur jaugeant ses proies.Puis il sourit.— Gabriel de Montreuil…Sa voix est calme, posée, et pourtant, elle me glace le sang.— L’Empire sait qui tu es. Nous suivons tes traces depuis longtemps. Et aujourd’hui, nous mettons enfin la main sur ce que tu cherchais.Je serre les dents, mon sabre fermement tenu dans ma main.— Si vous êtes venus chercher un trésor, vous vous êtes trompés d’endroit, lancé-je d’une voix glaciale.L’h
Gabriel de MontreuilJe m’approche à mon tour. Les motifs aztèques s’entrelacent avec des inscriptions en espagnol, comme si deux mondes s’étaient affrontés ici. Je lis à voix basse :"Là où dorment les rois, seule la clé ouvrira le passage."Je serre le médaillon dans ma main. Mon père a suivi ces mêmes indices. Il a tenu ce même médaillon. Mais lui… n’est jamais revenu.— On continue, dis-je en avançant.Le couloir s’enfonce dans les entrailles du temple, serpentant entre des colonnes massives et des alcôves remplies de statues de guerriers figés dans la pierre.Puis nous arrivons devant une immense porte de pierre, barrée par une barre de métal rongée par le temps.Je m’approche et examine le centre de la porte.Là, gravé en relief, se trouve le même œil que sur mon médaillon.Je prends une profonde inspiration et pose le bijou contre l’empreinte.Un grondement sourd résonne dans le temple.La pierre tremble.Puis la porte s’ouvre lentement, révélant une salle gigantesque.---Aïda