AnnaLe matin se lève doucement sur la villa. J’ouvre les yeux avec difficulté, chaque muscle de mon corps me rappelle la nuit que je viens de traverser. Une nuit à la fois brûlante et cruelle, marquée de sa possessivité. Louis n’est plus à mes côtés.Le lit est froid. Mon cœur se serre. Je me redresse lentement, le regard perdu dans la pièce immense et silencieuse. Cette villa ressemble plus à une prison dorée qu’à un refuge.La porte s’ouvre sans un bruit. Clara apparaît, les yeux baissés, les mains croisées devant elle.— Monsieur m’a demandé de vous servir le petit-déjeuner dans la chambre, madame.Toujours ce « madame » qui me glace. Une barrière invisible entre elle et moi, imposée par Louis.Je hoche la tête en silence. Clara s’exécute, dépose le plateau sur la table basse.— Monsieur est dans son bureau. Il m’a ordonné de vous rappeler qu’aujourd’hui… vous ne sortez pas.Mon ventre se noue. Il me prive encore de cette maigre liberté.Clara s’éclipse, me laissant seule avec le
AnnaJe me réveille lentement, le corps engourdi, douloureux. La lumière filtre à travers les rideaux, douce, presque irréelle après la nuit que je viens de vivre. Chaque parcelle de ma peau me rappelle ses gestes, ses morsures, ses mains possessives. Je ferme les yeux un instant, la gorge serrée. Je me sens marquée, dévorée… brisée et entière à la fois.Un bruit de verre me fait sursauter. Je tourne la tête et le découvre, assis dans un fauteuil près de la fenêtre. Il me regarde, un verre de whisky à la main, la mâchoire serrée. Son regard est sombre, indéchiffrable.— Réveille-toi, Anna… murmure-t-il d’une voix rauque.Je me redresse difficilement, la couverture glissant sur mes épaules nues. Mes joues s’empourprent sous son regard lourd.— J’ai commandé à manger… Tu as besoin de reprendre des forces.Il se lève, s’approche et caresse ma joue du bout des doigts. Son geste me fait frissonner. Pourquoi ai-je cette impression qu’il est en train de se battre contre quelque chose qu’il n
CamilleLe silence pèse dans cette demeure où je ne suis qu’une présence vide, une épouse que l’on tolère sans jamais regarder. Une semaine déjà… Une semaine de ce mariage imposé, de cette farce mondaine où je porte son nom sans jamais goûter à sa peau. Il m’ignore, me fuit comme si j’étais une malédiction.Mais ce soir… ce soir, je refuse d’accepter cette distance. Je suis Camille Moreau désormais, et il apprendra que je ne suis pas une femme qu’on repousse.Je l’entends. L’eau s’abat sur lui dans la salle de bain. Le clapotis régulier résonne dans le couloir vide, m’attirant comme une sirène maudite. Lentement, j’avance. Mon cœur bat trop fort, mon orgueil saigne déjà d’avance, mais je me force à ouvrir cette porte qui le cache à mon regard depuis trop longtemps.La vapeur m’enveloppe, suffocante. Il est là, dos à moi, l’eau ruisselant sur ses épaules larges, sa nuque que j’imagine brûlante. Sa puissance animale me coupe le souffle. Il est mien, mais je ne l’ai jamais eu.Je dégluti
AnnaLa nuit s’étire, pesante, suffocante. Je ne trouve pas le sommeil. La villa est silencieuse, si grande que chaque craquement du bois me fait sursauter. J’attends. Comme chaque nuit. J’attends son retour, incapable d’ignorer cette douleur sourde qui dévore mes entrailles.Et puis, enfin, les phares d’une voiture percent l’obscurité. Mon cœur se serre. Je me lève d’un bond, le souffle court. C’est lui. Je le sais. J’en suis certaine. Même l’air change quand Louis approche.La portière claque, résonne comme un coup de tonnerre dans la nuit. Ses pas résonnent sur les dalles de marbre de l’entrée. Lourds. Implacables. Il est là. Mon bourreau. Mon unique obsession.Je me tiens face à la porte, pieds nus, frêle silhouette dans cette immense demeure qu’il m’a donnée comme une cage dorée. Quand la porte s’ouvre, je retiens mon souffle. Louis entre, son manteau noir encore sur les épaules, les traits fermés, les mâchoires crispées. Ses yeux sombres se plantent dans les miens.Le silence es
AnnaLa journée s’étire sans fin, étouffante. Je ressens sa présence partout. Je sais qu’il a laissé ses hommes sur le campus. Je les ai vus, postés non loin des grilles, le regard noir, menaçant. Comment pourrais-je leur échapper ? Comment pourrais-je respirer ?Je ne parle à personne. Les regards curieux des autres étudiants me pèsent. Mais une fille s’approche de moi, timide, souriante. Son visage ne m’inspire aucune méfiance, pourtant, je recule, comme si je craignais que Louis surgisse d’un coin pour m’arracher à cette tentative de normalité.Je n’ose pas. Je n’ose pas répondre. Alors je serre les dents, la repousse d’un regard fuyant et rentre chez moi le soir, le cœur lourd.Lorsque je franchis la porte de la villa, Louis est déjà là, assis dans un des fauteuils en cuir du salon, un verre de whisky à la main. Ses yeux clairs se posent sur moi aussitôt.Je baisse la tête, viens m’agenouiller près de lui. Je sens mon cœur battre à tout rompre. J’ai peur de lui. Peur de ce qu’il p
AnnaJe me réveille lentement, le corps endolori, encore marqué par la nuit qu’il m’a imposée. Mes muscles me tirent, ma gorge est sèche et mes cuisses me brûlent. Pourtant, un frisson me parcourt quand je réalise qu’il est toujours là, allongé à mes côtés, son torse nu pressé contre mon dos.Louis dort à peine, je le sens. Sa respiration est lente, mais son bras possessif m’enlace, m’emprisonne, comme s’il craignait que je disparaisse au moindre mouvement. Je n’ose pas bouger, je reste là, à respirer son odeur, le cœur battant trop vite.Il finit par se redresser doucement. Son regard sombre se pose sur moi.— Ne bouge pas, murmure-t-il d’une voix rauque. Reste-là, Anna.Je hoche la tête, incapable de faire autrement. Il m’observe longuement, puis se lève et disparaît dans la salle de bain. Le bruit de la douche envahit la pièce et je reste figée dans les draps, à fixer le plafond.Quand il revient, il est habillé d’un pantalon noir et d’une chemise entrouverte, ses cheveux encore hu
AnnaLa journée s’achève et je me sens… différente. Légère. Comme si ces quelques heures avec Élina avaient suspendu le poids de ma cage invisible. Mais cette sensation ne dure qu’un instant. Dès que je franchis les grilles de l’université, je le vois. Louis. Appuyé contre sa voiture, lunettes sombres sur le nez, une clope à la main. Son visage est impassible, mais son regard me transperce, même derrière ses verres teintés.Je m’approche, le cœur serré.— Bonjour, murmuré-je.Il écrase sa cigarette d’un geste sec, ouvre la portière et m’ordonne d’un ton froid :— Monte.Je m’exécute en silence. Dès que la voiture démarre, je sens la tension grimper. Ses phalanges blanchissent sur le volant.— Tu as parlé à quelqu’un ?Je sursaute. Il n’a même pas tourné la tête.— Juste… une fille. Élina. Elle est gentille, Louis… Elle m’a juste proposé de manger avec elle. Rien de plus.Un silence pesant s’abat. Je le sens lutter contre lui-même.— Je t’avais dit de ne parler à personne, souffle-t-il
AnnaSix mois ont passé. Et depuis quelques jours , je me réveille avec cette étrange sensation dans le ventre. Une gêne sourde, discrète d’abord… puis de plus en plus oppressante. La villa est silencieuse, baignée par la lumière d’un hiver encore timide. Mais aucune chaleur ne parvient à réchauffer ce froid qui s’installe en moi.Je reste assise sur le rebord du lit, incapable de bouger. La nausée monte, encore. Ma main tremble en venant se poser sur mon ventre… ce ventre qui semble me trahir.Clara frappe doucement avant d’entrer, comme toujours. Elle a cette discrétion qui la rend presque invisible, et pourtant aujourd’hui, je sens son regard lourd sur moi.— Madame… Vous n’avez encore rien mangé ce matin… Vous allez finir par tomber, murmure-t-elle avec douceur.Je ne réponds pas. J’ai peur de parler, peur que ma voix me trahisse. Clara s’avance et s’agenouille face à moi, visiblement mal à l’aise. Elle hésite avant de souffler :— Madame… Pardonnez-moi si je dépasse ma place… Mai
LouisL’atmosphère dans le restaurant semble s’être alourdie depuis que je me suis assis en face de Lou. La lumière tamisée, l’odeur subtile des plats qui se préparent en cuisine, tout semble s’éteindre dans un arrière-plan flou et indifférent. Ce n’est plus le décor qui m’intéresse, mais elle. Lou. Elle qui ressemble tellement à Anna. Cette ressemblance troublante m’empêche de penser clairement. C’est comme si un voile se refermait sur ma vision, et tout ce que je vois, tout ce que je ressens, c’est ce visage familier, mais qui n’est pas le bon.Je me redresse légèrement, mes mains serrant l'angle de la table, cherchant à reprendre le contrôle sur mes émotions. Il faut que je garde mon calme. Je ne peux pas me laisser emporter par cette illusion. Ce n'est pas Anna. Mais pourquoi la ressemblance est-elle aussi frappante ? Pourquoi est-ce que chaque fibre de mon être s'éveille à cette femme comme si elle était celle que je cherche désespérément ?Lou me regarde en silence, son regard p
LouisMon cœur bat dans ma poitrine avec une force que je ne peux ignorer. J’ai traversé la ville, j’ai fait les recherches, pris les mesures nécessaires, et maintenant, la dernière étape. Anna. Enfin. Elle est là, à quelques pas, dans ce restaurant silencieux. Je sens l’air pesant autour de moi, comme si le monde entier s’était arrêté en attendant ce moment.Je me tiens à quelques mètres d’elle, mes pas suspendus dans l’ombre, mes yeux fixés sur sa silhouette. Les cheveux noirs, les traits fins, cette aura qui m’est si familière. Tout dans sa posture me dit que c’est elle. Je pourrais la reconnaître entre mille, même dans la plus grande foule. La même douceur, le même calme apparent. L’incertitude du monde semble s’effacer. Je suis là pour la retrouver. Enfin.Je respire profondément, et, avant que mes pensées ne prennent le contrôle, je prononce son nom.— Anna.Elle lève les yeux.Et mon cœur s’arrête.Ce n’est pas elle.La personne qui me regarde n’est pas Anna. Ce n’est pas la fe
LouisLes hommes sont en train de fouiller les lieux, chacun ayant une tâche précise. Marc, avec ses compétences en informatique, a déjà piraté le réseau de l’hôtel. Il travaille en silence, sa concentration totale. Les autres scrutent les environs, vérifiant chaque recoin. Nous n’avons pas le luxe de l’inaction. Anna doit être ici, quelque part. Et si elle n’est pas là, alors il faudra intensifier les recherches. Mais ce n’est pas encore le moment de parler de cela. Je dois garder ma tête froide, car il ne s’agit pas seulement de la retrouver. Il s’agit de la ramener à moi.Le téléphone sonne brusquement. C’est Marc.— J’ai trouvé quelque chose, dit-il d’une voix basse.Je me lève immédiatement et me dirige vers le téléphone. Il y a une urgence dans sa voix que je n’avais pas anticipée.— Quoi ?— Des enregistrements de caméras de surveillance. Elle est arrivée hier soir, elle est entrée dans un restaurant près de l’hôtel. Elle a rencontré un homme. Je n’ai pas encore toutes les inf
LouisLe terminal mexicain est tout ce qu’on peut attendre d’un endroit où la chaleur et la poussière semblent se mêler. Mais rien ne m’impressionne. Pas cette chaleur étouffante qui me frappe dès que je mets un pied à l’extérieur. Pas ce bruit incessant de moteurs, de voitures et de marchés qui semblent s’étirer à l’infini autour de moi. Ce n’est pas la ville qui m’importe. C’est ce que je suis venu chercher. Elle.J’ai quitté l’aéroport dans la précipitation, une vague d’impatience et de colère en moi. C’est un autre monde ici, un endroit où les règles sont différentes, mais c’est aussi un endroit où je peux obtenir ce que je veux, peu importe les obstacles.Je prends l’un de mes jets privés. Pas un vol commercial, ni une étape trop lente. Non, cette fois-ci, il n’y a pas de place pour les demi-mesures. Un jet. Directement vers la petite ville où Clara m’a dit qu’Anna se cachait. Rien de plus. La rapidité, la discrétion. Je n’ai pas le temps d’errer dans des hôtels ou des quartiers
LouisJe suis épuisé, mentalement et physiquement. Chaque respiration est lourde, chaque pensée me tire plus profondément dans un abîme sans fin. Rien dans ce foutu casino ne parvient à me distraire. Rien ne parvient à éteindre ce feu brûlant dans ma poitrine. Camille me pèse, l’impossibilité d’échapper à mes responsabilités me hante, et l’absence d’Anna me consume chaque jour un peu plus.Je n’ai plus la force d’être ce que je devrais être, ce que tout le monde attend de moi. L’homme impitoyable. L’homme de fer.Je sors du bureau, je laisse derrière moi la lumière crue, les éclats de voix des employés et les regards inquiets de ceux qui m’observent toujours, un peu trop attentivement. Mes pas résonnent dans le hall désert. La nuit, la vraie, m’enveloppe dès que je franchis la porte.La voiture m’attend, fidèle, silencieuse, prête à m’emporter là où personne ne me connaît. Là où je peux m’oublier, ne serait-ce qu’un instant. Là où je peux fuir cette cage dorée que j’ai construite pour
LouisLa maison est plongée dans un silence lourd, oppressant. Je suis toujours là, dans mon bureau, les yeux rivés sur les écrans, à attendre, à chercher des indices, à analyser chaque détail comme un fauve prêt à bondir. Mais rien ne me fait oublier. Rien ne me fait oublier qu’elle m’a échappé. Anna. La pensée de sa fuite me ronge de l’intérieur, encore et encore.Camille n’est pas encore revenue. Je sens son absence comme une présence, comme une pression qui m’écrase la poitrine. Elle a été distante toute la soirée, plus absente que jamais. Je sais qu’elle s’inquiète. Mais ça m’agace. Ce n’est pas le moment. Pas pour ses questions, ni pour ses tentatives d’approches.Je regarde l’heure. Il est déjà bien après minuit. Le son des clefs dans la serrure me tire de mes pensées. Camille est de retour. Je me redresse, mais je ne bouge pas. J’attends, une tension croissante se formant dans l’air. La porte du bureau s’ouvre doucement. Elle entre, un peu hésitante, comme si elle savait qu’el
LouisJe suis là, dans mon bureau, le regard fixé sur l’écran de mon ordinateur, mais mes pensées ne vont nulle part. La colère bouillonne toujours en moi, un tourbillon incessant qui refuse de s’éteindre. Tout ce que je vois, tout ce que je touche, me rappelle Anna. Elle, sa fuite, son visage… la promesse qu’elle m’a faite et que, dans sa peur, elle a brisée.Je serre les poings, les jointures blanches sous la pression. Chaque clic sur le clavier résonne comme un écho dans ma tête. Le travail est une distraction, mais il n’est qu’une illusion. Mes pensées reviennent sans cesse à elle. Qu'est-ce qu'elle fait ? Où est-elle ? Pourquoi m'a-t-elle échappé ? Pourquoi ai-je échoué ?Je me redresse et regarde la pièce autour de moi. Cette maison, ces murs, cette vie construite sur des fondations qui me semblent désormais fragiles, si fragiles. Camille entre dans le bureau, silencieuse comme toujours, mais ce soir, même sa présence ne m'apaise pas. Elle m’observe d’un air inquiet, les sourcil
AnnaJe me tiens devant le miroir, observant mon reflet avec une étrange sensation. Mes yeux suivent les contours de mon visage, les traits tirés, le regard plus sombre qu'autrefois. Mais c’est mon ventre qui capte toute mon attention.Je touche doucement la légère courbe, cette présence fragile qui commence à s’installer. Je suis enceinte. Je ne pensais pas que cela serait possible, après tout ce que j’ai traversé. Mais il est là, à l’intérieur de moi, un petit être fragile, qui bat et qui grandit sans que je puisse vraiment le comprendre.Ce n’était pas prévu. Au début, la peur m’a envahie. Comment vivre avec ça, dans cette fuite incessante, dans cette vie de mensonges et de secrets ? Mais plus le temps passe, plus je réalise que cet enfant… cet enfant est ma seule lumière. La seule chose vraie dans ce monde de ténèbres.Je me baisse, posant mes mains sur mon ventre, ressentant pour la première fois cette petite pression. Il est là, bien là. Et je le sens. Il vit. Et ça me donne une
Louis Elle pleure, tremblante, et ses yeux cherchent une issue. Mais il n'y en a plus. Pas pour elle.— Je… je sais pas… je… je vous en supplie… je vous le jure…Je lâche un soupir de dégoût, et je donne un autre ordre, ferme. Je ne m’arrêterai pas tant que je n’aurai pas ce que je veux. Tout ce que j’ai perdu. Et tout ce que je dois reprendre.— Alors faites-la parler, peu importe le prix.AnnaJe n’ai jamais été aussi loin de tout ce que j’ai connu. De tout ce que j’ai aimé. De tout ce que j’ai perdu.Il y a des moments où j’aurais voulu que tout cela n’existe pas. Que cette fuite, ce masque, cette vie de mensonges et de secrets ne soient qu’un mauvais rêve dont je pourrais me réveiller. Mais la réalité, elle, est implacable. Elle ne me laisse pas de répit.Je suis maintenant Silvia Warren. Un nom de plus parmi tant d’autres. Une inconnue dans une ville où personne ne me cherche, où tout ce qui me lie à mon passé est enterré sous des couches de poussière et de silence.Les États-Un