Gabriel— Tu sembles préoccupé ce matin.La voix douce de mon associé, Pierre, me tire de mes pensées. Je repose mon verre de whisky et croise les jambes, un sourire léger sur les lèvres.— Je suis toujours préoccupé. Mais ce matin, disons que mon esprit est tourné vers un enjeu… particulier.— Cassandra ?Je ne réponds pas immédiatement. Pierre n’est pas idiot. Il sait très bien que le jeu entre elle et moi n’est pas qu’une question de stratégie.— Elle s’est engagée sur un terrain glissant.— Et toi aussi, non ?Je lève mon verre en guise d’aveu.— Peut-être. Mais la différence, c’est que moi, je suis prêt à la rattraper quand elle chutera.RaphaëlJe peins.Les couleurs s’étalent sous mes doigts, chaotiques, violentes, brûlantes.Mais aucune ne capture elle.Cassandra.Je vois son visage à chaque coup de pinceau, sa silhouette dans chaque ombre. Elle m’obsède, me hante, me détruit.Elle n’a pas répondu à mon message.Mais je sais qu’elle l’a lu.Alors pourquoi ce silence ? Pourquoi
CassandraLe silence qui suit ma déclaration est suffocant. La lettre repose sur la table entre nous, fine feuille de papier écornée, chargée de poison. Aucun d’eux ne la touche immédiatement, mais je vois leurs regards l’étudier, en déchiffrer chaque pli, chaque imperfection, comme s’ils pouvaient y déceler la main qui l’a écrite.Gabriel est le premier à briser le mutisme pesant, sa voix froide et affûtée comme une lame de rasoir.— Qui t’a envoyé ça ?Je croise son regard, cette impénétrable lueur analytique qui dissèque chaque mot, chaque silence.— Anonyme, comme tu peux le voir.Raphaël, les bras croisés, hausse un sourcil avant d’arracher la feuille de la table. Ses yeux glissent sur l’écriture nerveuse, le pli de ses lèvres trahissant une colère contenue.— Tu ne seras jamais à eux, mais tu ne seras jamais libre non plus.Il relit la phrase plusieurs fois, puis lève les yeux vers moi.— C’est une menace, Cassandra.Lucien, jusque-là silencieux, se lève lentement. Son regard im
CassandraSa voix claque dans l’air comme un coup de fouet.Gabriel croise les bras, posant son regard acéré sur moi.— Il n’a pas tort. Quelqu’un a pris la peine de te menacer ouvertement. Tu ne peux pas juste l’ignorer.Lucien, jusqu’ici silencieux, se lève à son tour et s’approche. Son ombre s’étire sous la lumière tamisée du salon.— On va découvrir qui est derrière ça. Que tu le veuilles ou non.Je serre les dents. Voilà pourquoi je ne voulais pas qu’ils soient impliqués. Parce qu’aucun d’eux ne sait reculer quand il s’agit de moi. Parce qu’ils vont forcément se mettre en travers de mon chemin. Et si ce qu’insinue cette lettre est vrai, alors c’est précisément ce que je veux éviter.— Vous croyez vraiment que c’est en fonçant tête baissée que ça va s’arranger ?— Tu proposes quoi, alors ? lance Gabriel, sarcastique. Qu’on attende bien sagement qu’il passe à l’acte ?Je soupire.— Je propose d’y réfléchir avant d’agir stupidement.Lucien esquisse un sourire froid.— Tu sais que ce
CassandraJe les regarde un par un. Trois hommes, trois caractères totalement différents, mais un objectif commun : me protéger.— Vous croyez vraiment que j’ai besoin de vous ?Lucien s’avance, son regard plongé dans le mien.— Oui.Un silence tendu s’installe. Je les fixe, cherchant une faille, une raison de les repousser. Mais au fond de moi, je sais qu’ils ne lâcheront pas.Alors, je fais ce que je n’aurais jamais cru possible.— D’accord. Mais à mes conditions.Trois paires d’yeux se posent sur moi.— On fait ça à ma manière, dis-je. Pas d’ordres, pas de décisions prises dans mon dos.Un sourire en coin apparaît sur les lèvres de Lucien. Gabriel acquiesce lentement. Raphaël, lui, soupire et passe une main dans ses cheveux, comme s’il savait déjà dans quel enfer il venait de s’embarquer.— Deal, répond enfin Gabriel.— Deal, répète Lucien.Raphaël finit par hausser les épaules.— Ouais… Deal.Je les observe. Je ne sais pas si c’est une bonne ou une mauvaise idée.Mais une chose es
CassandraLe nom de Samuel Armand tourne en boucle dans mon esprit. Je n’aurais jamais cru entendre à nouveau ce nom, encore moins dans de telles circonstances. Il appartenait à une époque que j’avais tenté d’oublier, une époque où mon père gouvernait encore le monde des affaires avec une poigne de fer.Assise sur le canapé, un verre d’eau à la main, je fixe le liquide sans réellement le voir. Mes pensées dérivent vers ce passé trouble.— Cassandra.La voix grave de Lucien me ramène brusquement à la réalité. Il s’est approché sans bruit, ses yeux perçant les miens avec une intensité troublante.— Tu es sûre que c’est bien lui ? demande-t-il d’un ton mesuré.Je déglutis et acquiesce.— Je ne vois pas qui d’autre pourrait être derrière tout ça.Gabriel, toujours aussi méthodique, s’assied en face de moi et joint ses mains sur ses genoux.— Raconte-nous tout ce que tu sais.Mon regard oscille entre eux. Raphaël, lui, est resté en retrait, adossé au mur, les bras croisés. Il ne dit rien,
CassandraRaphaël, resté silencieux jusque-là, se détache du mur contre lequel il était adossé.— Et si c’était exactement ce qu’il attendait ?Son regard sombre capte le mien, et je sens toute la méfiance qui l’habite.— Explique, lui demandé-je.Il passe une main dans ses cheveux, hésitant.— Mettons que ce gars soit aussi intelligent qu’on le pense. Il a attendu des années avant de faire son retour. Il n’a pas bougé pendant tout ce temps, et soudain, il se manifeste avec une lettre ? Il cherche clairement à te tester, à voir comment tu réagis.Je hoche la tête, consciente qu’il a raison.— Alors, pourquoi ne pas lui donner exactement ce qu’il veut voir ? proposé-je.Gabriel sourit en coin.— Tu veux dire… faire semblant d’être paniquée ?— Pas exactement. Je veux qu’il pense que j’ai peur, que je suis vulnérable. Qu’il se croie en position de force.Lucien arque un sourcil.— Ce qui signifie quoi, concrètement ?Je m’appuie sur la table et croise les mains sous mon menton.— Un fau
CassandraGabriel, qui a orchestré la fuite médiatique, est visiblement satisfait du chaos que cela a provoqué.— Il a bougé, nous annonce-t-il en entrant dans le grand salon où nous avons installé notre quartier général temporaire.Lucien et moi levons la tête immédiatement. Raphaël, assis un peu à l’écart, observe sans un mot.— Qu’est-ce qu’il a fait ? demandé-je.Gabriel pose son téléphone sur la table, nous montrant une capture d’écran d’un article en ligne."Samuel Armand réapparaît à Paris après des années d’absence."Mon cœur rate un battement.— Il est ici ? murmuré-je.— Il a été vu dans un hôtel de luxe du centre-ville, répond Gabriel. Il ne se cache plus.Je serre les poings.— Il pense que je suis partie, alors il croit pouvoir bouger librement.— Exactement, confirme Gabriel.Lucien croise les bras, réfléchissant.— On ne peut pas le confronter directement. Il faut qu’on le pousse à commettre une erreur.Je hoche la tête.— Et pour ça, il faut que je sois un appât encore
CassandraJe croise les bras.— J’ignore pourquoi tu es revenu, mais sache une chose, Samuel : tu ne contrôles plus rien ici.Il rit doucement.— Vraiment ? Pourtant, regarde-toi. Tu es venue. Tu es là, devant moi, malgré tout.— Parce que je voulais voir à quel point tu es pathétique, répliqué-je avec un sourire glacé.Il sourit à son tour, mais je vois la lueur dangereuse dans ses yeux.— Tu peux jouer ce jeu, Cassandra. Tu peux prétendre que tu m’as oublié. Mais on sait tous les deux que c’est faux.Il fait un pas vers moi. Instinctivement, je recule.— Tu étais à moi, Cassandra, et tu le seras toujours.— Alors il va brûler avec moi.Sa voix est douce, presque un murmure.Je sens une tension électrique entre nous, un mélange de défiance et de souvenirs que je refuse de laisser ressurgir.— C’est terminé, Samuel.Il sourit, mais cette fois, c’est un sourire sombre.— Ce n’est jamais terminé.Il tend une main vers mon visage, mais avant qu’il ne puisse me toucher, une ombre se gliss
CassandraJe n'ai jamais pensé qu'un silence puisse être aussi assourdissant. Pourtant, à cet instant précis, il l'était. Gabriel et Raphaël se tenaient face à moi, les regards chargés de tension et d’attente. L'air était épais, saturé d'émotions brutes. Mon cœur battait si fort que je pouvais presque entendre le sang pulser dans mes tempes.Gabriel, debout à ma droite, me fixait avec une intensité presque douloureuse. Ses yeux sombres, pleins de certitude, reflétaient une attente muette. Il voulait que je fasse ce choix, qu’enfin je tranche, même si cela devait le briser. Son contrôle habituel était là, mais je percevais une fragilité derrière cette façade.À ma gauche, Raphaël. Il semblait presque détendu en apparence, les mains dans les poches, un léger sourire aux lèvres. Mais ce sourire ne touchait pas ses yeux. Ses prunelles sombres étaient un orage à peine contenu, une violence prête à éclater si je faisais le mauvais choix — ou le bon, selon lui.Je pris une profonde inspirati
CassandraGabriel était à l’intérieur, je le savais. Je pouvais sentir sa présence, la tension dans l’air, comme si le silence lui-même était sur le point de se briser. Mais ce soir, ce n’était pas lui qui hantait mes pensées.C’était Raphaël.Cela faisait des semaines qu’il avait disparu après cette confrontation. Des semaines où j’avais cru qu’il allait réapparaître, avec ce regard sombre et cette arrogance insupportable. Mais il n’était jamais revenu. Ce silence, cette absence, c’était peut-être ce dont j’avais besoin pour tourner la page. Pourtant, quelque chose en moi refusait de le laisser partir complètement.— « Tu es ailleurs. »La voix de Gabriel me tira de mes pensées. Il s’approcha lentement, son regard intense posé sur moi. Il portait une chemise ouverte sur le col, les manches légèrement retroussées, et ses cheveux sombres étaient légèrement ébouriffés. Même dans cet état de vulnérabilité, il dégageait toujours cette aura de contrôle.Je soupirai, sans me retourner.— «
CassandraLa lumière pâle du matin filtre à travers les rideaux de la chambre, caressant doucement ma peau nue. Mon souffle est lent, régulier, alors que je me réveille dans une chaleur réconfortante. Une main chaude est posée sur ma hanche, des doigts effleurant ma peau dans une caresse à peine consciente.J'ouvre lentement les yeux et me tourne légèrement, découvrant le visage endormi de Gabriel, son bras passé autour de ma taille. Sa respiration est calme, ses lèvres entrouvertes dans le sommeil, et une mèche sombre tombe sur son front.Mon cœur se serre devant cette vision si fragile de lui. Lui qui a toujours été cette force brute, ce mur de protection inébranlable, apparaît soudainement vulnérable dans l'intimité de ce moment. Mon regard descend vers son torse, marqué de nouvelles cicatrices encore rouges et sensibles. Mon cœur se serre en revoyant l’image de Lucien et de cette lame.Ma main glisse sur sa peau chaude, traçant les lignes de ses muscles. Il frissonne sous mon touc
CassandraLe soleil commence à poindre à l'horizon, projetant une lumière rougeâtre sur la forêt silencieuse. La douleur pulse encore dans mon abdomen, mais Gabriel me tient fermement contre lui alors qu'il marche à travers les arbres. Son souffle est lourd, sa main posée sur ma blessure pour tenter de stopper le saignement.— « Encore un peu, ma belle. Tiens bon. »Sa voix est rauque, marquée par l'urgence et l'inquiétude. Je me blottis contre son torse, mes paupières lourdes. Chaque pas qu'il fait en portant mon poids semble lui coûter un effort immense, mais il ne ralentit pas. Il serre les dents, son visage tendu par une détermination inébranlable.— « Gabriel… » murmuré-je faiblement.— « Chut… Ne parle pas. Concentre-toi sur ta respiration. »Je sens le tremblement dans sa voix malgré son ton calme. Je lève une main tremblante pour effleurer sa joue rugueuse. Il ferme brièvement les yeux sous mon toucher, avant de presser un baiser sur ma main.— « Je vais te sortir de là. Je te
CassandraLe vent fouette mon visage alors que nous courons à travers la forêt sombre. La main de Gabriel serre la mienne avec une force implacable, nous guidant à travers les arbres et les racines traîtresses qui s’entrelacent sous nos pieds. La nuit est noire, oppressante, mais le poids de la menace qui plane est encore plus lourd que l'obscurité.Gabriel s’arrête brusquement, son regard noir balayant la forêt silencieuse. Il est tendu, chaque muscle de son corps vibrant d’une tension animale.— « On nous suit, » murmure-t-il, son souffle rapide formant une buée blanche dans l’air froid.Je tends l’oreille, mais je n’entends rien d’autre que le silence pesant de la forêt.— « Tu es sûr ? »— « Je le sens. »Ses yeux sombres brillent dans la pénombre, et je sais qu’il a raison. Gabriel a toujours eu une capacité instinctive à percevoir le danger, une aptitude qui a été forgée par des années de survie dans un monde impitoyable.Il attrape mon visage entre ses mains, son regard perçant
CassandraLe jour se lève à peine lorsque je me réveille, blottie contre le torse chaud de Gabriel. La lumière pâle filtre à travers les rideaux épais, projetant une lueur grisâtre sur les murs de pierre de la maison. Le feu dans la cheminée s'est éteint, laissant derrière lui une odeur de cendres et de bois brûlé.Je sens le souffle régulier de Gabriel dans mes cheveux, son bras fermement enroulé autour de ma taille. Sa chaleur m’enveloppe, une barrière rassurante contre le froid qui s'infiltre dans la pièce. Je ferme les yeux un instant, savourant cette proximité, cette bulle fragile qui semble suspendue hors du temps.Mais la réalité me rattrape rapidement. Lucien. Le danger imminent. Le fait que nous soyons à nouveau traqués.Je glisse lentement ma main sur le torse nu de Gabriel, sentant la tension dans ses muscles même dans son sommeil. Il n'a jamais vraiment cessé d'être en état d'alerte. Même lorsqu'il dort, son corps reste tendu, prêt à réagir à la moindre menace.Je dépose u
CassandraLe vent glacial s’engouffre dans mon manteau alors que nous traversons la ruelle sombre. Gabriel me serre la main, son pas rapide et assuré. La lueur vacillante des lampadaires éclaire à peine le chemin pavé, projetant des ombres distordues sur les murs de pierre.Nous avons quitté l’hôtel au milieu de la nuit, avec à peine le temps de rassembler nos affaires. Gabriel est resté silencieux depuis que nous avons quitté la chambre, mais je peux sentir la tension dans son corps, la façon dont ses doigts se crispent légèrement autour des miens.— « On va où ? » demandé-je à voix basse.Il ne répond pas immédiatement, jetant un coup d’œil rapide derrière nous avant de bifurquer dans une ruelle encore plus sombre.— « J’ai une maison en périphérie de la ville, » finit-il par dire. « C’est un endroit sûr. Personne ne connaît son existence. Pas même Lucien. »J’avale difficilement ma salive, le nom de Lucien me donnant des frissons dans le dos. Gabriel me guide vers une porte discrèt
CassandraJe me réveille en sursaut, le cœur battant à tout rompre. La chambre est plongée dans la pénombre, à peine troublée par la lueur diffuse de la lune qui filtre à travers les rideaux. Gabriel dort paisiblement à côté de moi, son bras posé sur ma taille. Pourtant, une sensation glaciale me noue le ventre, comme si une présence invisible s’attardait dans l’ombre.Je tends l’oreille, écoutant le silence, mais mon instinct hurle. Il y a quelque chose… ou quelqu’un.Mon souffle est court alors que je glisse lentement hors du lit, sans faire de bruit. Le parquet est froid sous mes pieds nus. Mes yeux s’adaptent lentement à l’obscurité tandis que je me dirige vers la fenêtre. Je repousse légèrement le rideau, scrutant la nuit.Un mouvement.Une silhouette sombre se découpe dans la ruelle en contrebas. Immobile, elle semble fixer la fenêtre de notre chambre. Un frisson parcourt mon échine.— « Qu’est-ce qu’il y a ? »La voix grave de Gabriel me fait sursauter. Je me retourne, le trouv
CassandraLa lumière de l’aube glisse à travers les rideaux entrouverts, effleurant ma peau nue d’un éclat doré. Le drap glisse le long de ma cuisse alors que je m’étire doucement, le corps encore lourd du poids du sommeil. Une chaleur familière me ramène à la réalité : le bras de Gabriel est passé autour de ma taille, son souffle chaud effleurant ma nuque.Un sourire naît sur mes lèvres alors que je me retourne lentement vers lui. Il dort encore, son visage détendu, presque paisible. Les mèches sombres de ses cheveux retombent sur son front, lui donnant un air vulnérable que peu de gens ont eu le privilège de voir. Mon cœur se serre face à cette tendresse inattendue.J’effleure du bout des doigts la ligne de sa mâchoire, traçant lentement le contour de ses lèvres. Gabriel gémit légèrement dans son sommeil, son bras se resserrant autour de moi.— « Tu comptes me regarder encore longtemps comme ça ? » murmure-t-il d’une voix rauque, les yeux toujours fermés.Je souris, amusée.— « Peut