CamilleL’air est épais, chargé d’une tension palpable alors que je pénètre plus profondément dans l’antre de Lorenzo.La villa est immense, un mélange d’acier, de pierre brute et de verre sombre. Une forteresse moderne, bâtie pour tenir le monde à distance.Je le suis à travers les couloirs silencieux, mes talons résonnant sur le marbre froid.Lorenzo ne dit rien. Il marche devant moi, son dos large, tendu, comme s’il portait un fardeau invisible.J’ai vu la mort ce soir.J’ai vu ce qu’il est capable de faire.Et pourtant, je ne ressens ni peur, ni regret.Juste une étrange fascination.Et cette brûlure.Un feu sous ma peau qui ne cesse de grandir à chaque seconde passée en sa présence.Il pousse une porte et entre dans une pièce. Une bibliothèque, vaste et tamisée.Des étagères hautes recouvrent les murs, pleines de livres anciens, de souvenirs cachés.Un bureau en acajou trône au centre.Lorenzo s’y adosse, croise les bras et me fixe.— Tu sais ce que ça signifie, maintenant ?Je l
CamilleFratello.Le mot claque dans l’air comme une lame.Frère.Un frère que Lorenzo n’a jamais mentionné.Un frère qui se tient là, dans l’ombre, avec ce sourire suffisant, comme s’il possédait déjà toutes les réponses.Et Lorenzo, lui, s’est figé.Son corps est tendu, ses mâchoires serrées, son regard noir.Je ne l’ai jamais vu aussi… sur le fil.— Qu’est-ce que tu fous ici ? lâche-t-il d’une voix glaciale.Dante hausse un sourcil, faussement amusé.— Voyons, Lorenzo… Tu pensais que ton petit spectacle de ce soir passerait inaperçu ?Lorenzo ne réagit pas.Dante continue, sa voix traînante.— Les rues parlent, tu sais. Et elles disent que tu es devenu… imprudent.Il marque une pause, son regard se posant brièvement sur moi.— Ou peut-être distrait.Je sens l’avertissement sous-entendu.Mais je ne cille pas.Je soutiens son regard, impassible.Et il semble apprécier.Un sourire se dessine sur ses lèvres.— Intéressant.Lorenzo bouge enfin.Un pas rapide. Une menace silencieuse.— T
CamilleLes ombres dansent sur les murs de la maison, projetées par la lueur vacillante du feu dans la cheminée.Je suis éveillée depuis des heures, assise sur le rebord du canapé, une tasse de café froid entre les mains.Lorenzo est sorti. Il a dit qu’il devait régler quelque chose, mais je sais que c’est un mensonge.Il ne "règle" pas des choses.Il les écrase. Il les élimine.Et je suis là, à attendre son retour, la gorge serrée par une angoisse que je refuse d’appeler de la peur.J’ai vu ce dont il était capable.Mais ce qui m’effraie le plus, c’est ce que je ressens face à cette violence.Un mélange de fascination et de frisson.Comme une corde invisible qui me tire toujours plus loin dans son monde.Un bruit de moteur me fait sursauter.Je me lève d’un bond et me dirige vers la fenêtre.Le portail s’ouvre lentement.Une voiture noire s’avance dans l’allée.Ce n’est pas Lorenzo.Le café m’échappe des mains et s’écrase sur le sol.Mon cœur cogne dans ma poitrine.Dante.Je le sais
CamilleIl se tient devant moi, un sourire tranquille sur les lèvres.Dante.Son regard me scrute avec une intensité dérangeante.Je ne cille pas.Je refuse d’être celle qui baisse les yeux la première.— On ne s’est jamais vraiment présentés, toi et moi.Sa voix est posée, presque amicale.Mais je sais reconnaître un piège quand j’en vois un.— Je sais qui tu es.Son sourire s’élargit.— Et pourtant, tu restes avec mon frère.Je croise les bras.— Ça te pose un problème ?Son rire est bref, sec.Il s’avance lentement, contournant la table du salon, ses doigts effleurant le bois poli.— Un problème ? Disons plutôt une curiosité.Il s’arrête à quelques centimètres de moi.Je retiens mon souffle.Il sent cette tension. Il s’en amuse.— Lorenzo a toujours eu un faible pour les choses précieuses.Il baisse les yeux vers mon cou, où le collier offert par Lorenzo brille sous la lumière tamisée.— Mais tu n’es pas qu’un bijou, n’est-ce pas ?Sa main se lève lentement.Mon instinct hurle de r
DanteJe raccroche mon téléphone, un sourire aux lèvres.Tout se met en place.Lorenzo pense qu’il a encore le contrôle, mais il oublie une chose essentielle :Je suis patient.Et surtout, je connais ses failles.J’avance dans la pièce plongée dans la pénombre et m’arrête devant la grande baie vitrée qui donne sur la ville.Les lumières scintillent en contrebas, des milliers de vies qui s’agitent, inconscientes du chaos qui se prépare.Un homme entre discrètement dans la pièce et s’arrête derrière moi.— Tout est prêt.Je me retourne lentement.— Bien.Je prends un verre sur la table et le fais tourner entre mes doigts.— Tu sais ce qu’il te reste à faire.L’homme hoche la tête avant de disparaître aussi silencieusement qu’il est venu.Je bois une gorgée de mon whisky et laisse mon regard dériver vers la nuit.Bientôt, Lorenzo comprendra.Il ne peut pas gagner.Parce que cette fois-ci, ce n’est pas lui qui dicte les règles du jeu.C’est moi.Et je ne joue jamais pour perdre.---Loren
CamilleJe sais qu’il me cache encore des choses. Qu'il n'est pas prêt à tout me dire. Et ça m'énerve.Je veux le toucher, le forcer à m’ouvrir, à me dire ce qu’il porte sur le cœur, mais je me retiens. La douleur de sa distance est déjà trop forte.— Lorenzo, arrête. Je ne peux pas te laisser te détruire tout seul.Il se fige un instant, son corps tendu, puis il se tourne lentement vers moi, un regard d'une intensité brûlante.— C’est toi qui ne comprends pas, Camille. Tout ce que je fais, je le fais pour te protéger. Et toi, tu me donnes l’impression de vouloir me rendre la tâche encore plus difficile.Ses mots me frappent comme une claque. J'ouvre la bouche pour répondre, mais aucun son ne sort. Il a raison. Il a toujours raison. Et je suis encore plus perdue que jamais.J'essaie de maîtriser mes émotions, mais c'est comme si un levier intérieur s'était actionné. Le contrôle que j'avais sur moi-même se fissure. Je m'approche lentement de lui, un pas après l'autre, jusqu'à ce qu'il
CamilleJe n'avais pas prévu cela. Quand Lorenzo m'a regardée de cette manière, quand il m’a parlé de protection, je pensais que je pourrais l’atteindre. Mais je n'avais pas compris à quel point il était déjà englouti dans ce monde. Ce monde de sang et de luttes. Ce monde qui l'aspire lentement, l’écrase sous ses règles cruelles et son silence lourd de menaces.Mais il a tort, Lorenzo. Il pense qu’il peut tout contrôler. Que l’amour, qu’il soit le sien ou celui des autres, peut s’éteindre d’un simple geste. D’un simple mot.Je suis ici. Et je n'ai pas l'intention de reculer.Je quitte la pièce, mes pieds frappant le sol avec une assurance qui n'est que la surface d'une mer déchaînée. Au fond de moi, un tourbillon de pensées et d’émotions que je n’arrive pas à calmer. Mais je sais ce que je dois faire. Je sais que je dois le rejoindre, le confronter une dernière fois. Il ne m’échappera pas.Je me rends dans le hall, où j’aperçois son dos tendu, une silhouette plus sombre que d’habitude
CamilleLe matin arrive comme une lente agonie. La lumière pâle du jour filtre à peine à travers les rideaux tirés, mais même la lumière la plus douce ne peut pas effacer la lourdeur de la nuit.Lorenzo est toujours là, allongé à mes côtés, mais il ne dort pas. Ses yeux sont ouverts, fixés sur le plafond, comme s’il cherchait des réponses dans les fissures invisibles du monde. Je ne le dérange pas, bien que je ressente cette étrange tension, ce fossé invisible qui semble s'être installé entre nous, aussi profond que l'océan.Je n'ai jamais voulu qu'il me sauve. Jamais. Mais maintenant, il semble vouloir se sauver lui-même, en me poussant à prendre du recul, à me protéger de lui. Il ne me dit pas de partir, mais je vois dans ses gestes, dans la façon dont il s'éloigne, qu'il essaie de me faire comprendre que je ne peux pas rester dans ce monde sans perdre quelque chose de précieux.Et pourtant, je suis là, à ses côtés, malgré tout. Parce qu’il est tout pour moi.— Tu es trop silencieus
LorenzoJe la sens trembler contre moi. Son corps, si proche, m'appelle, mais elle reste là, figée, partagée entre l'envie et la résistance. Chaque fibre de mon être désire la plier à ma volonté, briser la dernière de ses barrières. Pourtant, je ne peux m'empêcher de ressentir cette étrange admiration pour sa lutte. Il y a quelque chose de fascinant dans la manière dont elle résiste, comme si elle cherchait à se protéger de ce qu'elle ne peut pas encore accepter.Je me retiens. Juste un instant, je prends une profonde inspiration, laissant le silence remplir l'espace entre nous. Elle ne parle pas. Elle ne fuit pas, mais elle ne se laisse pas non plus aller. Elle est suspendue dans l’air, entre le monde dans lequel elle était et celui que je lui propose, ce monde sombre, intense, sans retour. Le contraste est frappant, et je me sens à la fois maître et prisonnier de ce jeu.Elle n'est pas comme les autres. Elle ne se laisse pas séduire par la première touche, la première caresse. Non,
CamilleJe suis perdue dans cette danse silencieuse. Lorenzo, toujours aussi proche, toujours aussi insistant. Je ressens son regard sur ma peau, une pression invisible qui me pousse à me dévoiler davantage, à céder à la force de son emprise. Mais je me débats intérieurement, luttant contre le désir qui m’envahit, qui m’électrise, tout en cherchant à préserver ce que j’ai toujours cru être ma liberté.La chaleur de son corps se diffuse lentement, chaque mouvement semble calculé pour me déstabiliser. Et il réussit. Je me sens perdue. Pas dans un sens négatif, non. Mais dans un sens où je me découvre autrement, dans une lumière nouvelle. Ce monde qu’il me propose, je ne sais plus si je le crains ou si je le désire. Tout me semble flou, un mélange de tension et de plaisir qui me paralyse autant qu’il m’attire.— "Tu fuis encore." Sa voix grave me coupe du tourbillon de mes pensées. Il est si près, ses mots glissant contre ma peau comme une caresse. "Tu n’as toujours pas compris que fuir
CamilleLe temps semble suspendu, un silence lourd et palpable entre nous. Lorenzo et moi, nous avons franchi une étape, mais je sens que ce n’est que le début. Je ne suis plus la même. Quelque chose a changé dans l’air, une tension nouvelle, plus perçante, plus profonde. Il y a une sorte de pression qui m’envahit à chaque souffle, comme si tout autour de moi se resserrait, se préparait à exploser.Je le regarde, son regard intense, presque possessif, mais il y a aussi une sorte de tendresse étrange, une profondeur qui me trouble. Il ne me dit rien, mais je le ressens. Il attend quelque chose. Et ce quelque chose, c’est une réponse de ma part, même si je n’arrive pas à définir ce que cela signifie exactement. Je suis là, avec lui, mais une part de moi semble se retirer dans l'ombre, hésitante.— "Tu n’as pas peur?" ma voix brise enfin le silence, douce mais teintée d’incertitude. Je n’ai pas peur de lui. Non, c’est une peur différente, une peur de ce que je suis en train de devenir, d
LorenzoJe la sens encore, cette hésitation dans l’air. Camille est là, juste devant moi, ses yeux brillants de cette lueur incertaine qui a persisté depuis que je l’ai tirée de son monde ordinaire. Et même maintenant, alors que ses lèvres murmurent ces mots de résignation, je sais que quelque part au fond d’elle, la bataille fait rage.Elle se ment encore, je le sais. Pas par malice, mais par peur. La peur de se perdre, la peur de ne plus savoir qui elle est une fois que la porte sera ouverte. Mais elle l’a déjà franchie, cette porte. Elle croit encore pouvoir reculer. Mais chaque mouvement qu’elle fait, chaque geste, chaque mot, me rapproche un peu plus d’elle. Elle appartient à ce monde autant que j’y suis ancré. Je ne lui laisse plus d’option.Je la fixe un instant, cherchant un signe de véritable acceptation dans ses yeux. Elle n’en a pas. Pas encore. Mais je sais que le temps est de mon côté. Elle le comprendra, comme tous ceux avant elle.— "Ne dis pas que tu veux être avec moi
CamilleLe silence entre nous est lourd. Un silence lourd de sens, de décisions non prises, de mots qui devraient être dits mais qui restent coincés dans la gorge. Les lumières de la ville brillent faiblement au loin, comme un écho d’une vie normale, une vie que je ne reconnais plus. Chaque battement de mon cœur semble me rapprocher d’un abîme que je ne peux ni éviter ni fuir.Je ne peux pas m’échapper de ce monde que Lorenzo a créé autour de moi. Ce monde d’ombres et de sang. Ce monde de promesses et de trahisons. Et, pourtant, il me tient, il me possède, et je le sais au fond de moi. Il a raison. Je suis attirée par cette obscurité. Plus que je ne le voudrais.— "Qu’est-ce que tu attends de moi exactement ?" Ma voix, étranglée par l’incertitude, résonne dans la pièce. Je me tourne enfin vers Lorenzo, mes yeux cherchant une réponse dans son regard froid.Lorenzo ne répond pas immédiatement. Il reste là, droit comme un piquet, observant la mer de sentiments contradictoires qui se refl
Camille Il m’a parlé des ténèbres, m’a dit que je finirais par y entrer de plein gré. Et, contre toute attente, quelque part dans un coin de mon esprit, je sais qu’il a raison.— "Pourquoi tu fais ça ?" Ma voix tremble, mais je n’essaie pas de la masquer. "Pourquoi tu veux m’entraîner là-dedans ?"Lorenzo ne bouge pas, ne dit rien, mais je sens son regard peser sur moi, lourd, comme une promesse non dite. Il se contente de fixer l’horizon à travers la fenêtre, comme si tout ce qui se passait entre nous n’était qu’un jeu. Un jeu dangereux. Un jeu que je commence à peine à comprendre.— "Parce que tu le veux aussi." Sa voix, basse et calme, me fait frissonner. "Tu as toujours voulu ça, Camille."Je fronce les sourcils, me levant brusquement, le thé que je tenais dans les mains désormais posé sur la table, oublié. La colère me monte, mais elle est presque timide comparée à l’anxiété qui me ronge.— "Je ne veux pas ça." Je secoue la tête, comme pour me convaincre, mais au fond de moi, je
LorenzoElle m’observe, le regard perdu, mais ses lèvres tremblent légèrement. La tension dans l’air est palpable. Mais je sais que, derrière cette façade de froideur, un feu brûle en elle, un feu qu’elle n’a même pas encore compris. Et ce feu, je vais l’attiser.— "Tu vas m’accompagner là où tu n’as jamais voulu aller." Je continue, mon ton plus bas, plus intime. "Tu vas traverser des lignes que tu pensais infranchissables. Et tu vas découvrir une part de toi que tu n’aurais jamais cru capable de ressentir."Elle se tourne brusquement, comme si elle cherchait une issue, un moyen de fuir. Mais il n'y a pas de fuite. Pas ici. Pas avec moi.— "Tu penses que j’ai peur ?" Elle murmure, presque pour elle-même.Un sourire, un sourire rare, mais satisfait, étire mes lèvres. "Non, je ne crois pas que tu aies peur. Mais tu as peur de toi-même, Camille. Et tu n’as pas encore réalisé à quel point cela peut être dangereux."Ses yeux me lancent une défiance, mais je sais qu’elle est loin de pouvoi
Camille— "Bien," murmure-t-il, comme une promesse, comme une validation. "C'est fait."Un frisson me parcourt la colonne vertébrale. J'ai signé mon propre destin, et il est désormais irrémédiablement lié à lui. Je le regarde, espérant un moment de clarté, un instant où tout cela aura un sens, mais il n'y a rien d'autre que cette étendue d'incertitude qui se déploie devant moi.— "Et maintenant ?" je demande, ma voix se brisant à peine. "Que se passe-t-il maintenant ?"Il ne répond pas immédiatement, prenant une grande inspiration comme pour savourer l’instant, comme si cette scène était exactement celle qu’il attendait. Et il n’a pas tort. C’est tout à fait ce qu’il voulait.Lorenzo s’approche de moi lentement, l’air plus sombre encore, mais l’intensité qui émane de lui me fait frissonner. Il se place juste devant moi, si près que je peux sentir la chaleur de son corps contre le mien, cette chaleur qui n’a rien de réconfortant. Il n’est pas là pour me rassurer. Il est là pour me fair
LorenzoJe savais qu'elle réagirait ainsi. C’est ce qui rend tout cela si fascinant. Camille est une femme de principes, de règles. Elle a grandi dans un monde où la justice, la moralité, étaient des concepts bien définis, presque parfaits. Mais ici, dans ce monde de pouvoir et de manipulation, ces mêmes principes se brisent un à un. Et moi, je suis celui qui les brise.Je la regarde maintenant, figée, ses yeux cherchant une réponse qu’elle ne veut pas entendre. La tension entre nous est presque palpable, chaque respiration, chaque battement de cœur résonne dans la pièce.— "Tu ne peux pas fuir, Camille," je dis d'une voix basse, mes yeux ne la quittant pas. "Pas cette fois."Elle serre les poings, tentant de contenir l’angoisse qui monte en elle. Elle veut savoir si elle a encore du contrôle. Elle se ment à elle-même, pensant que tout est sous sa maîtrise. Mais je connais la vérité. Son corps trahit ses pensées.— "Je n’ai jamais fui." Sa voix est plus tremblante qu'elle ne l’aurait