Gabriel de MontreuilLe ciel s’assombrit au fil des heures, comme un présage annonciateur des dangers à venir. Le Pavillon Noir prend le vent, sa silhouette s’imposant sur l’horizon alors que l’équipage se remet lentement des blessures de la bataille précédente. L’atmosphère est lourde, pleine de non-dits, de regards échangés, d'espoirs et de peurs entremêlées. Le vaisseau vibre sous nos pas, comme un animal fatigué, mais toujours prêt à se battre.Je me tiens sur la passerelle, observant la mer qui, bien que calme, semble cacher des secrets. Des ombres traversent mon esprit, des visages disparus dans le tumulte du combat, des promesses faites sous la pression de la guerre. Diego est à mes côtés, son visage impassible comme d'habitude, mais je sens en lui une tension qu’il n’arrive pas à dissimuler.— Gabriel, dit-il enfin, après un long silence. Sa voix est basse, mesurée. Il est temps de prendre une décision.Je le regarde, un léger frisson parcourant ma nuque. Nous avons passé des
Gabriel de MontreuilL’aube pointe à peine, mais la mer semble déjà prête à engloutir le monde entier. Le Pavillon Noir fend les vagues avec une grâce meurtrière, ses voiles noires tendues comme des ailes de corbeau, projetant une ombre sinistre sur l’eau calme. Le silence est pesant, presque trop lourd. Je sens chaque fibre de mon être tendue à l'extrême. Ce qui s’en vient est un pari, un jeu avec la mort. Nous n’avons pas droit à l’erreur. Chaque mouvement, chaque décision compte.Je me tiens sur la passerelle, le regard fixé sur l’horizon. La brume est épaisse ce matin-là, enveloppant tout dans un voile presque surnaturel. L’Empire, avec sa force infinie et son pouvoir inébranlable, semble si loin et pourtant si proche. Nous les traquons, les poussant dans un piège que nous avons patiemment préparé, mais la vérité me frappe avec brutalité : le piège peut se refermer sur nous si nous ne sommes pas vigilants.Diego se tient à mes côtés, observant la mer avec un calme inquiétant. Il n
Gabriel de MontreuilLe vent emporte la fumée, mais l’odeur du feu et de la poudre reste ancrée dans mes narines. La mer est en colère, déchaînée par les ravages que nous avons causés dans le port. Le ciel est devenu un tapis de cendres, une couverture de ténèbres qui nous écrase, comme si la mer elle-même voulait étouffer l’effervescence de cette victoire naissante. Mais malgré la poussière, malgré l’odeur de la destruction, un sentiment étrange m’envahit : celui de la puissance.Nos navires sont amarrés au quai du port que nous avons ravagé, les voiles noires flottant avec une majesté sinistre au-dessus des ruines. Les hommes s’affairent autour des débris, récupérant ce qui peut l’être, réparant, réapprovisionnant. Mais aucun ne parle vraiment. Tous savent que cette victoire n’est que la première d’une longue série d’épreuves. L’Empire ne laissera pas un coup comme celui-ci sans réponse. Nous avons seulement effleuré la surface de leur colère.Je m’éloigne de la scène de destruction
Gabriel de MontreuilL’ombre de la nuit s’étend sur le vaisseau, une couverture impitoyable qui dissimule nos intentions et nos préparatifs. Les hommes s’activent sur le pont, leurs silhouettes floues dans la pénombre. Les voiles sont prêtes, les canons chargés, et chaque sabre a été aiguisé pour la bataille qui s’annonce. Le port de San Pedro n’est qu’à quelques heures de navigation, mais le chemin sera semé d’embûches. Nous devons éviter la vigilance de l’Empire, ne laissant aucun signe de notre approche.Je me tiens à la proue du navire, mon regard perdu dans l’obscurité, cherchant à capter le moindre mouvement sur l’horizon. La mer, calme en apparence, nous cache ses secrets. Les vagues déploient une tranquillité trompeuse, et pourtant, je sais qu’elles recèlent bien plus de danger que ce que l’œil peut percevoir. Le vent souffle froid, mais j’accepte ce frisson comme un signe, une promesse que la mer est toujours notre alliée, malgré les affrontements à venir.Diego, toujours aup
Gabriel de MontreuilLe bruit du vent se mêle au crissement des voiles, une mélodie sombre qui rythme le passage du temps. Le port de San Pedro est à présent tout proche, les premières lueurs de l’aube perçant la brume qui enserre les bâtiments, les quais, les navires amarrés. Nous arrivons à une vitesse déconcertante, invisibles dans la grisaille, comme une vague noire prête à détruire tout sur son passage.Aïda se tient près de moi, son regard fixé sur les contours du port. Elle n’a rien dit depuis que nous avons quitté les côtes. Il n’y a pas de mots pour décrire ce qui nous attend, mais je vois la même détermination, la même soif de vengeance, dans ses yeux. Chaque homme sur ce navire sait pourquoi nous sommes ici, ce que nous risquons. Nous ne pouvons pas échouer.— Nous allons frapper fort et vite, murmure-t-elle, ses mots portés par le vent. Il n’y a pas de retour en arrière, Gabriel.Je hoche la tête, une pression douce mais constante sur ma poitrine. Le souffle du vent se fai
Gabriel de MontreuilLa nuit est silencieuse, mais l’air qui s’étend devant nous semble lourd de promesses et de menaces. Le port de San Pedro est désormais entre nos mains, et l’Empire, bien qu’affaibli par notre assaut, commence déjà à replier ses forces. Leur riposte ne saurait tarder, je le sais, et nous devons être prêts. L’aube qui pointe à l’horizon semble promettre un autre jour de lutte, de sang et de sacrifice.Aïda marche silencieusement à mes côtés sur le pont, ses yeux scrutant l’horizon. La mer calme nous dissimule, mais je sais que chaque moment passé dans ce silence n’est qu’une attente du chaos à venir. Aucun de nous n’ose vraiment se détendre. Il y a quelque chose dans l’air, un malaise palpable, comme si la mer elle-même était en suspens, attendant notre prochain mouvement.— Gabriel, dit-elle finalement, la voix presque inaudible sous le cri des mouettes. L’Empire ne se laissera pas faire. Nous avons frappé fort, mais ils reviendront plus nombreux. Ils ont les ress
Gabriel de MontreuilLes voiles claquent contre le vent, et le fracas des vagues contre la coque des navires résonne comme un écho lointain de notre lutte incessante. Le port de San Pedro s'éloigne derrière nous, une ombre sombre qui s’efface au fur et à mesure que nos navires glissent vers l’horizon. L’aube s’épanouit lentement, baignant l’océan de lumière douce et dorée, mais cette lumière ne cache pas la lourdeur de l’avenir. Nous savons que ce que nous venons de vivre n’était qu’une victoire partielle, une étape sur le long chemin du défi à l’Empire.Diego se tient à la barre du navire, les yeux fixés sur l’horizon. Il observe attentivement, comme toujours, calculant les prochains mouvements de l’Empire, mesurant la distance entre nous et nos alliés potentiels. Il ne se permet aucune illusion. Je sais qu'il comprend que ce que nous avons entrepris est plus grand que nous. Nous luttons non seulement pour la survie, mais aussi pour la liberté de tous ceux que l’Empire tente d’écrase
Gabriel de MontreuilLe vent nous porte, mais l'incertitude flotte comme une brume épaisse autour de nous. Le ciel est vaste, presque trop vaste pour un simple homme, mais c’est l’horizon qui me fait douter ce matin-là. Les îles du Sud, notre dernière chance, sont encore loin. L’Empire pourrait déjà être en train de se préparer pour une contre-attaque, et nous n’avons ni le temps, ni le luxe d’attendre. Nous avons pris des risques pour rallier ces îles à notre cause, mais même cela n'est pas suffisant si nous ne parvenons pas à les convaincre de nous rejoindre avant qu’il ne soit trop tard.Je marche sur le pont du navire, les mains derrière le dos, la tête baissée sous le poids de la responsabilité. Diego s'approche, son regard calculateur ne quittant jamais l’horizon. Il est préoccupé, et je sais qu’il le cache à peine.— Gabriel, dit-il avec un calme qui me glace parfois, nous n’avons pas le temps. L’Empire a déjà commencé à réagir. Ils ne nous laisseront pas faire un autre coup de
DiegoJe connais Gabriel depuis assez longtemps pour comprendre ce qu’il s’apprête à faire. Ce regard, cette foutue détermination glacée… Il croit qu’il n’a pas le choix. Mais il en a toujours un.— On peut trouver une autre issue, je lance. Il y a toujours un autre moyen.La Gardienne esquisse un sourire triste.— Vous ne comprenez pas. Ce navire ne navigue que sur le serment du sang.AïdaLe serment du sang.Tout s’effondre en moi. Mon souffle se coupe, mon cœur cogne contre mes côtes comme un tambour de guerre. Je comprends avant même que Gabriel parle.— C’est moi, murmuré-je. C’est moi le prix.Il détourne les yeux.Le silence qui suit est pire que n’importe quelle tempête.Gabriel de MontreuilAïda me fixe, les yeux brillants d’un mélange de peur et de rage. Je pourrais lui mentir. Lui dire qu’elle se trompe. Mais elle sait. Elle a toujours su.— Non, souffle-t-elle.Le San Telmo tangue violemment. L’eau noire s’agite sous nous, une houle surnaturelle, impatiente. Mon père reste
Gabriel de MontreuilLe pont du San Telmo grince sous mes pas.Le bois est ancien, pourtant il semble respirer. Les voiles noires frémissent comme la peau d’une créature vivante. Un murmure serpente à travers l’air, une prière oubliée, un avertissement peut-être. Mais il est trop tard pour reculer.Je sens la présence de mes compagnons derrière moi. Diego inspecte le gréement, les traits tendus. M’Bala, silencieux, recharge son fusil, prêt à affronter l’inconnu. Aïda garde le médaillon serré dans sa main, son regard brillant d’une inquiétude qu’elle ne dissimule plus.Puis la Gardienne parle.— Le navire t’appartient, Gabriel de Montreuil. Il est le dernier témoin de ton sang, l’ultime vestige de ce qui fut et de ce qui doit être.Je tourne les yeux vers elle. Son voile d’or scintille sous la lueur irréelle qui baigne le vaisseau.— Où nous mènera-t-il ?Elle incline légèrement la tête.— Là où le pacte l’exige.Un frisson court le long de mon échine. Ce pacte… Je l’ai scellé sans en
Gabriel de MontreuilM’BalaJe plante mon coutelas dans la poitrine d’un des spectres.Il ne bronche pas.Ses mains se referment sur mon cou.Je suffoque.Puis, soudain, une lumière jaillit derrière moi.Je tombe à genoux, haletant.Le médaillon.Aïda s’est levée.Son regard est brûlant.Et le médaillon brille d’une lueur qui n’a rien de naturel.Les morts s’arrêtent.L’ombre, elle, avance.Gabriel de MontreuilLa jungle se déchire dans un rugissement de vent et de cendres.La silhouette cachée dans l’ombre révèle enfin son visage.Un visage que je connais.Mon père.Ou du moins, ce qu’il est devenu.Son regard est froid, inhumain.— Tu aurais dû rester en mer, Gabriel.Sa voix est un murmure de tempête, un écho de mille âmes perdues.Je serre les poings.— Pourquoi es-tu encore là ?Un sourire tordu se dessine sur son visage.— Parce que j’ai échoué.Un silence s’abat sur nous.Puis il lève la main.Et la terre tremble sous nos pieds.DiegoLe sol s’ouvre en un fracas assourdissant.
Gabriel de MontreuilMon père me regarde, ou du moins… ce qui reste de lui.Son visage n’est qu’une ombre du souvenir que j’en avais, ses traits mangés par le temps et la mort. Pourtant, dans ses yeux vides, quelque chose brûle encore. Une lueur. Un avertissement.Le médaillon que j’ai ramassé pulse dans ma main, sa surface froide vibrant contre ma peau.Et derrière lui, la jungle change.Les arbres semblent se courber, leurs racines noires s’étirent comme des griffes prêtes à m’engloutir. Le sol lui-même palpite sous mes pieds. Quelque chose… non, quelqu’un m’observe.— Gabriel…La voix de mon père est un murmure brisé, un souffle venu d’un autre monde.Je serre les dents.— Tu es mort.Il incline lentement la tête, et un rictus tord ses lèvres décomposées.— Oui.Un frisson glacé parcourt mon échine.Puis il lève un doigt décharné et pointe mon cœur.— Mais toi… tu es en train de suivre mon chemin.Le médaillon pulse plus fort.Autour de moi, la jungle se resserre.Et soudain, une v
Gabriel de MontreuilLa mer s’est tue.Les derniers vestiges des galions espagnols dérivent entre les vagues, des planches brisées, des voiles déchirées, et des cadavres flottants que la mer n’a pas encore engloutis. L’odeur du sel et du sang se mélange dans l’air. Le Pavillon Noir est toujours debout, mais il tangue, meurtri par la bataille et les fureurs des eaux maudites.Je serre la barre à m’en blanchir les jointures, le regard fixé sur l’horizon voilé d’une brume épaisse.Derrière moi, Diego s’appuie contre le bastingage, la main sur ses côtes blessées. M’Bala surveille le pont d’un œil attentif, prêt à bondir à la moindre menace.Et Aïda…Aïda respire encore.À chaque inspiration laborieuse qui s’échappe de ses lèvres, je sens une étincelle de rage et d’espoir s’allumer en moi.— Terre en vue !Le cri vient du nid de pie.Je lève les yeux.Devant nous, une masse sombre se découpe lentement dans la brume.Une île.Notre seule chance de survie.Mais aussi notre plus grande menace
Gabriel de MontreuilAïda s’accroche à la vie.Elle respire difficilement, allongée sur le pont du Pavillon Noir, son sang s’infiltrant entre les planches de bois comme une promesse maudite. Ses yeux sont mi-clos, sa peau, plus pâle que je ne l’ai jamais vue.Je presse ma main contre la plaie, ignorant le chaos qui nous entoure.— Tiens bon, Aïda. Tu m’entends ?Sa main tremble, se referme sur mon bras.— Gabriel…Sa voix est un souffle. Faible. Trop faible.M’Bala s’agenouille à côté de moi, son visage d’ordinaire impassible déformé par l’angoisse.— Il faut la descendre à la cabine. Vite.J’acquiesce, incapable de parler.Je la soulève avec précaution. Son corps est léger contre le mien, mais je sens la chaleur de son sang qui s’imprègne dans ma chemise. Je descends d’un pas rapide l’escalier menant à ma cabine, Diego à mes trousses, son bras toujours serré contre ses côtes blessées.À peine la pose-t-on sur la couchette qu’un cri résonne sur le pont.— L’ennemi revient !Je me fige
Gabriel de MontreuilJe serre la sphère dans ma main. Elle pulse, chaude contre ma paume, comme un cœur qui bat au rythme de la tempête à venir.— Au bateau ! crié-je.Aïda passe devant, Diego s’appuie sur M’Bala, les mâchoires crispées sous la douleur, mais il ne ralentit pas. Il sait que s’arrêter, c’est mourir.Nous dévalons la pente rocailleuse qui mène à la crique où nous avons laissé nos canots. Derrière nous, les premiers coups de semonce retentissent.— Ils tirent du large ! hurle Aïda.Je lève les yeux .Une lueur s’élève dans le ciel nocturne.Un boulet enflammé.Il fend l’air avec un sifflement sinistre avant de s’écraser sur la plage, soulevant une gerbe de sable et de roche.Trop près. Beaucoup trop près.— Plus vite !Nos canots sont là, amarrés sous les hautes falaises, bercés par une mer agitée. Nos hommes nous attendent, armes en main. Lorsque nous bondissons à bord, les rames plongent immédiatement dans l’eau noire, propulsant nos frêles esquifs vers la haute mer.Et
Gabriel de MontreuilLe coup de feu éclate.Le commandant espagnol, toujours posté à l’entrée de la crypte, nous observe avec un sourire cruel. Autour de lui, ses hommes s’engouffrent dans la salle, fusils braqués.— Fin de la route, capitaine Montreuil.Il recharge calmement son pistolet, sûr de lui, sûr de sa victoire.Mais il ignore une chose.Nous avons la sphère.Et ce temple est vivant.Je serre l’orbe dans ma main, et dès que mes doigts effleurent les symboles gravés sur sa surface, une onde étrange pulse à travers mes veines.Les murs vibrent.Les fresques illuminées par la lueur des torches s’animent, comme si les figures sculptées s’éveillaient d’un long sommeil.Puis, dans un grondement sourd, la pierre sous nos pieds commence à se fissurer.L’instant d’après, une explosion d’énergie jaillit du cœur de la sphère.Un vent violent balaye la crypte, projetant poussière et éclats de pierre dans toutes les directions.Le commandant espagnol recule d’un pas, pris de court.— Que
Gabriel de MontreuilIls sont là.Aïda, Diego et M’Bala se placent à mes côtés, leurs armes prêtes. Nous échangeons un regard. Il n’y a pas besoin de mots. Nous savons tous ce qui nous attend.Puis la première silhouette émerge de l’obscurité.Un soldat espagnol, fusil en main, la cuirasse poussiéreuse mais l’œil alerte.Derrière lui, d’autres apparaissent, une colonne disciplinée, armée jusqu’aux dents.Et au milieu d’eux, une silhouette plus imposante, drapée dans un manteau noir.Le commandant en charge.Il fait un pas en avant, nous observant comme un prédateur jaugeant ses proies.Puis il sourit.— Gabriel de Montreuil…Sa voix est calme, posée, et pourtant, elle me glace le sang.— L’Empire sait qui tu es. Nous suivons tes traces depuis longtemps. Et aujourd’hui, nous mettons enfin la main sur ce que tu cherchais.Je serre les dents, mon sabre fermement tenu dans ma main.— Si vous êtes venus chercher un trésor, vous vous êtes trompés d’endroit, lancé-je d’une voix glaciale.L’h