AnnaLe soleil décline lentement, filtrant à travers les rideaux tirés, baignant la pièce d’une lueur dorée et tamisée. Je sens son regard sur moi avant même qu’il ne me touche. Ses doigts glissent lentement sur ma peau nue, effleurant ma hanche avec cette possessivité qui me noue le ventre. J’ai beau connaître ses gestes, son souffle, sa manière d’embrasser, rien ne me prépare jamais à ce qu’il déclenche en moi.Je ferme les yeux, m’abandonnant à la chaleur de son torse contre mon dos. Chaque parcelle de mon corps garde les traces de la nuit dernière, marquée de ses baisers, de ses morsures et de ses mains impatientes. Il m’a prise encore et encore, sans jamais se lasser, comme si faire l’amour avec moi était sa seule manière d’exister. Et je l’ai laissé faire… je le laisse toujours faire.Sa voix grave résonne contre ma nuque.— Tu ne retourneras plus là-bas sans moi.Je sais très bien ce qu’il veut dire par là. Ce n’est pas une question, ni une demande. C’est un ordre. Et dans sa b
AnnaLa voiture roule en silence, le moteur vrombit doucement, mais c’est la tension qui m’écrase le plus. Assise à l’arrière, je serre mes mains sur mes genoux, le regard fixé sur la route qui défile. Chaque mètre qui nous rapproche de lui m’arrache un peu plus d’air.Lorsque la voiture s’arrête devant le casino, je sais déjà que Louis est là. Lourd, immense, prêt à exploser. On m’ouvre la portière et je descends, les jambes tremblantes.À l’intérieur, les lumières dorées n’ont rien de chaleureux. Tout semble froid, tranchant. Je le trouve dans son bureau, dos à la porte, le regard perdu sur la ville à travers les vitres immenses.Je n’ose pas parler. Pas encore. Pas quand son silence me hurle sa colère.— Ferme la porte, Anna.Sa voix, basse, grave, me transperce. J’obéis. La porte claque derrière moi et je reste là, incapable d’avancer.— Approche.Mes jambes obéissent, mais tout mon corps tremble. Quand je suis à sa hauteur, il se tourne lentement. Son regard me cloue sur place. F
AnnaJe suis blottie contre lui, encore haletante de nos ébats. Ma peau brûle sous ses caresses possessives, mais son regard s’est assombri. Un silence pesant s’installe, et je sens son cœur battre fort contre mon dos.— Anna… Il faut que tu comprennes une chose, murmure-t-il d’une voix grave, ferme.Je me tends légèrement, redoutant ce qu’il s’apprête à dire. Mais je me tais, attendant qu’il crache enfin ce qui pèse sur ses lèvres.— Je ne veux pas d’enfant. Jamais. C’est clair ? Je ne veux pas d’héritier. Pas de descendance. Rien qui me rattache à ce monde plus que tu ne le fais déjà.Sa voix claque dans l’air, tranchante. Mon cœur se serre violemment. Ses mots s’impriment en moi comme une lame froide. Je m’étais tue jusque-là, me laissant porter par la passion, par cette relation qui me dévore… Mais cette fois, il vient de poser une frontière. Une barrière infranchissable.Je me redresse un peu, le regarde, la gorge serrée.— Pourquoi… ?Il détourne le regard, se passe une main dan
AnnaJe ne sais pas combien de temps je reste là, enfermée, le visage enfoui dans les draps, respirant son parfum comme une drogue. Mon corps me trahit, encore, même dans cette douleur sourde qui m’épuise. Et puis, lentement, la porte s’ouvre. Sans frapper. Comme toujours.Je le sens. Je sais que c’est lui. Sa présence m’envahit, étouffante, brûlante. Mon cœur se serre, ma gorge se noue. Je voudrais me lever, crier, le repousser. Mais je reste immobile, incapable de lutter contre ce qu’il est. Contre ce qu’il provoque.Il ne dit rien. Ses pas résonnent doucement sur le parquet, lents, calculés. Puis je le sens s’asseoir au bord du lit, juste derrière moi. Sa main se pose dans mon dos, lourde, possessive.— Anna…Sa voix me déchire. Grave, basse, presque tendre. Presque.Je ne bouge pas. Je refuse de lui répondre. Mais lui… il s’allonge contre moi, glisse son bras autour de ma taille et m’attire sans me laisser le choix. Mon corps bascule contre le sien, et je sens sa respiration dans
AnnaJe marche derrière lui, la tête baissée, le cœur cognant contre ma poitrine. Louis ne parle pas. Son silence est plus glaçant encore que ses colères. Sa main enserre la mienne avec force, possessive, autoritaire. Je sais que ce qui m’attend est pire que tout ce que j’ai pu imaginer.Il m’entraîne jusqu’à une porte épaisse, que je n’ai jamais remarquée malgré mes passages réguliers dans ce casino maudit. Une porte qui ne mène pas au plaisir, ni à la luxure, mais droit en enfer.— Tu dois voir, Anna. Tu dois comprendre dans quel monde tu vis. Ce que je suis. Ce que je fais. Il n’y aura plus de place pour tes illusions après ça.Sa voix est sèche, tranchante. Elle me cloue sur place, mais il n’a pas besoin de me pousser. Mon corps avance malgré moi. Il ouvre la porte. L’air qui s’échappe de l’autre côté est suffocant, chargé de l’odeur métallique du sang, de la sueur et de la peur.Nous descendons lentement les escaliers. Chaque marche m’enfonce un peu plus dans la noirceur de cet h
AnnaLe silence règne dans la chambre. Louis s’est endormi, le souffle lent, un bras possessif posé sur ma taille comme une chaîne invisible. Moi, je reste là, les yeux grands ouverts, incapable de trouver le sommeil. Mon corps me brûle encore de ses assauts, marqué de ses empreintes, mais c’est mon esprit qui vacille, englouti par la noirceur de ce que je viens de vivre.Je le regarde dormir et une question obsédante me vrille le crâne : à quel monstre ai-je vendu mon âme ?Son visage paraît presque paisible dans le sommeil, mais je sais ce qu’il cache derrière cette beauté glacée. Ce soir, j’ai vu ce qu’il est vraiment. Je l’ai vu torturer un homme sans ciller, sans pitié, sans une once de remords. J’ai vu ses mains s’emplir du sang des autres… et pourtant ces mêmes mains m’ont caressée, m’ont marquée, m’ont arrachée à moi-même jusqu’à ce que je ne sois plus qu’à lui.À quoi suis-je en train de me lier ? À quoi ai-je déjà cédé ?Je sens un frisson glacé me parcourir l’échine. Je pou
LouisLe parfum âcre du cigare de mon père m’agresse les narines dès que je pousse la porte de son bureau. L’air est plus lourd que d’ordinaire. Il ne lève même pas les yeux vers moi. Ses doigts crispés tiennent le journal du matin. En une : une photo. Nous deux. Anna et moi. Sortant du casino. Mon bras passé autour de sa taille, possessif. Son regard baissé. Soumise.Il laisse un long silence s’installer. Lourd. Étouffant.— Tu te joues de moi, Louis ? Sa voix claque soudain, sèche, tranchante. Tu crois que je vais fermer les yeux sur ça ?Il frappe violemment la table du plat de la main, et le journal glisse jusqu’à moi. Je baisse les yeux. La photo est là. Impitoyable. Floue mais explicite. Elle ne laisse place à aucun doute. Mon père sait. Tout Paris sait.— Qui est cette fille ? gronde-t-il.Je me redresse lentement, le regard froid.— Elle s’appelle Anna.— Et que fait-elle pendue à ton bras comme une putain de bas étage ? As-tu perdu la tête ? Tu t’affiches avec une employée de
AnnaLe silence règne depuis son aveu. Pourtant, l’air semble vibrer autour de nous, prêt à exploser à tout moment. Louis s’est enfermé dans son bureau, des heures durant, à régler des affaires qui m’échappent. Moi, je reste là, immobile, l’esprit torturé par cette image : nos visages, côte à côte, exposés à la vue de tous.Je sais ce que cela signifie. Ce monde ne pardonne pas l’audace d’une fille comme moi de se tenir aux côtés d’un homme comme lui.La porte s’ouvre enfin. Il est là. Fatigué, les traits tirés, mais son regard me cherche aussitôt. Je me lève, hésitante.— Louis… ton père ?Il serre les mâchoires. Un éclat de rage traverse son regard. — Il veut me voir ce soir. Il parle de déshonneur… de conséquences.Je déglutis avec difficulté.— Tu vas y aller ?Il hoche la tête. — Je n’ai pas le choix.Je baisse les yeux, mords ma lèvre jusqu’au sang. Puis je me lance, la voix tremblante :— Et moi ? Qu’est-ce que je fais ?Louis s’approche, ses doigts glissent sur ma joue, posses
LouisL’atmosphère dans le restaurant semble s’être alourdie depuis que je me suis assis en face de Lou. La lumière tamisée, l’odeur subtile des plats qui se préparent en cuisine, tout semble s’éteindre dans un arrière-plan flou et indifférent. Ce n’est plus le décor qui m’intéresse, mais elle. Lou. Elle qui ressemble tellement à Anna. Cette ressemblance troublante m’empêche de penser clairement. C’est comme si un voile se refermait sur ma vision, et tout ce que je vois, tout ce que je ressens, c’est ce visage familier, mais qui n’est pas le bon.Je me redresse légèrement, mes mains serrant l'angle de la table, cherchant à reprendre le contrôle sur mes émotions. Il faut que je garde mon calme. Je ne peux pas me laisser emporter par cette illusion. Ce n'est pas Anna. Mais pourquoi la ressemblance est-elle aussi frappante ? Pourquoi est-ce que chaque fibre de mon être s'éveille à cette femme comme si elle était celle que je cherche désespérément ?Lou me regarde en silence, son regard p
LouisMon cœur bat dans ma poitrine avec une force que je ne peux ignorer. J’ai traversé la ville, j’ai fait les recherches, pris les mesures nécessaires, et maintenant, la dernière étape. Anna. Enfin. Elle est là, à quelques pas, dans ce restaurant silencieux. Je sens l’air pesant autour de moi, comme si le monde entier s’était arrêté en attendant ce moment.Je me tiens à quelques mètres d’elle, mes pas suspendus dans l’ombre, mes yeux fixés sur sa silhouette. Les cheveux noirs, les traits fins, cette aura qui m’est si familière. Tout dans sa posture me dit que c’est elle. Je pourrais la reconnaître entre mille, même dans la plus grande foule. La même douceur, le même calme apparent. L’incertitude du monde semble s’effacer. Je suis là pour la retrouver. Enfin.Je respire profondément, et, avant que mes pensées ne prennent le contrôle, je prononce son nom.— Anna.Elle lève les yeux.Et mon cœur s’arrête.Ce n’est pas elle.La personne qui me regarde n’est pas Anna. Ce n’est pas la fe
LouisLes hommes sont en train de fouiller les lieux, chacun ayant une tâche précise. Marc, avec ses compétences en informatique, a déjà piraté le réseau de l’hôtel. Il travaille en silence, sa concentration totale. Les autres scrutent les environs, vérifiant chaque recoin. Nous n’avons pas le luxe de l’inaction. Anna doit être ici, quelque part. Et si elle n’est pas là, alors il faudra intensifier les recherches. Mais ce n’est pas encore le moment de parler de cela. Je dois garder ma tête froide, car il ne s’agit pas seulement de la retrouver. Il s’agit de la ramener à moi.Le téléphone sonne brusquement. C’est Marc.— J’ai trouvé quelque chose, dit-il d’une voix basse.Je me lève immédiatement et me dirige vers le téléphone. Il y a une urgence dans sa voix que je n’avais pas anticipée.— Quoi ?— Des enregistrements de caméras de surveillance. Elle est arrivée hier soir, elle est entrée dans un restaurant près de l’hôtel. Elle a rencontré un homme. Je n’ai pas encore toutes les inf
LouisLe terminal mexicain est tout ce qu’on peut attendre d’un endroit où la chaleur et la poussière semblent se mêler. Mais rien ne m’impressionne. Pas cette chaleur étouffante qui me frappe dès que je mets un pied à l’extérieur. Pas ce bruit incessant de moteurs, de voitures et de marchés qui semblent s’étirer à l’infini autour de moi. Ce n’est pas la ville qui m’importe. C’est ce que je suis venu chercher. Elle.J’ai quitté l’aéroport dans la précipitation, une vague d’impatience et de colère en moi. C’est un autre monde ici, un endroit où les règles sont différentes, mais c’est aussi un endroit où je peux obtenir ce que je veux, peu importe les obstacles.Je prends l’un de mes jets privés. Pas un vol commercial, ni une étape trop lente. Non, cette fois-ci, il n’y a pas de place pour les demi-mesures. Un jet. Directement vers la petite ville où Clara m’a dit qu’Anna se cachait. Rien de plus. La rapidité, la discrétion. Je n’ai pas le temps d’errer dans des hôtels ou des quartiers
LouisJe suis épuisé, mentalement et physiquement. Chaque respiration est lourde, chaque pensée me tire plus profondément dans un abîme sans fin. Rien dans ce foutu casino ne parvient à me distraire. Rien ne parvient à éteindre ce feu brûlant dans ma poitrine. Camille me pèse, l’impossibilité d’échapper à mes responsabilités me hante, et l’absence d’Anna me consume chaque jour un peu plus.Je n’ai plus la force d’être ce que je devrais être, ce que tout le monde attend de moi. L’homme impitoyable. L’homme de fer.Je sors du bureau, je laisse derrière moi la lumière crue, les éclats de voix des employés et les regards inquiets de ceux qui m’observent toujours, un peu trop attentivement. Mes pas résonnent dans le hall désert. La nuit, la vraie, m’enveloppe dès que je franchis la porte.La voiture m’attend, fidèle, silencieuse, prête à m’emporter là où personne ne me connaît. Là où je peux m’oublier, ne serait-ce qu’un instant. Là où je peux fuir cette cage dorée que j’ai construite pour
LouisLa maison est plongée dans un silence lourd, oppressant. Je suis toujours là, dans mon bureau, les yeux rivés sur les écrans, à attendre, à chercher des indices, à analyser chaque détail comme un fauve prêt à bondir. Mais rien ne me fait oublier. Rien ne me fait oublier qu’elle m’a échappé. Anna. La pensée de sa fuite me ronge de l’intérieur, encore et encore.Camille n’est pas encore revenue. Je sens son absence comme une présence, comme une pression qui m’écrase la poitrine. Elle a été distante toute la soirée, plus absente que jamais. Je sais qu’elle s’inquiète. Mais ça m’agace. Ce n’est pas le moment. Pas pour ses questions, ni pour ses tentatives d’approches.Je regarde l’heure. Il est déjà bien après minuit. Le son des clefs dans la serrure me tire de mes pensées. Camille est de retour. Je me redresse, mais je ne bouge pas. J’attends, une tension croissante se formant dans l’air. La porte du bureau s’ouvre doucement. Elle entre, un peu hésitante, comme si elle savait qu’el
LouisJe suis là, dans mon bureau, le regard fixé sur l’écran de mon ordinateur, mais mes pensées ne vont nulle part. La colère bouillonne toujours en moi, un tourbillon incessant qui refuse de s’éteindre. Tout ce que je vois, tout ce que je touche, me rappelle Anna. Elle, sa fuite, son visage… la promesse qu’elle m’a faite et que, dans sa peur, elle a brisée.Je serre les poings, les jointures blanches sous la pression. Chaque clic sur le clavier résonne comme un écho dans ma tête. Le travail est une distraction, mais il n’est qu’une illusion. Mes pensées reviennent sans cesse à elle. Qu'est-ce qu'elle fait ? Où est-elle ? Pourquoi m'a-t-elle échappé ? Pourquoi ai-je échoué ?Je me redresse et regarde la pièce autour de moi. Cette maison, ces murs, cette vie construite sur des fondations qui me semblent désormais fragiles, si fragiles. Camille entre dans le bureau, silencieuse comme toujours, mais ce soir, même sa présence ne m'apaise pas. Elle m’observe d’un air inquiet, les sourcil
AnnaJe me tiens devant le miroir, observant mon reflet avec une étrange sensation. Mes yeux suivent les contours de mon visage, les traits tirés, le regard plus sombre qu'autrefois. Mais c’est mon ventre qui capte toute mon attention.Je touche doucement la légère courbe, cette présence fragile qui commence à s’installer. Je suis enceinte. Je ne pensais pas que cela serait possible, après tout ce que j’ai traversé. Mais il est là, à l’intérieur de moi, un petit être fragile, qui bat et qui grandit sans que je puisse vraiment le comprendre.Ce n’était pas prévu. Au début, la peur m’a envahie. Comment vivre avec ça, dans cette fuite incessante, dans cette vie de mensonges et de secrets ? Mais plus le temps passe, plus je réalise que cet enfant… cet enfant est ma seule lumière. La seule chose vraie dans ce monde de ténèbres.Je me baisse, posant mes mains sur mon ventre, ressentant pour la première fois cette petite pression. Il est là, bien là. Et je le sens. Il vit. Et ça me donne une
Louis Elle pleure, tremblante, et ses yeux cherchent une issue. Mais il n'y en a plus. Pas pour elle.— Je… je sais pas… je… je vous en supplie… je vous le jure…Je lâche un soupir de dégoût, et je donne un autre ordre, ferme. Je ne m’arrêterai pas tant que je n’aurai pas ce que je veux. Tout ce que j’ai perdu. Et tout ce que je dois reprendre.— Alors faites-la parler, peu importe le prix.AnnaJe n’ai jamais été aussi loin de tout ce que j’ai connu. De tout ce que j’ai aimé. De tout ce que j’ai perdu.Il y a des moments où j’aurais voulu que tout cela n’existe pas. Que cette fuite, ce masque, cette vie de mensonges et de secrets ne soient qu’un mauvais rêve dont je pourrais me réveiller. Mais la réalité, elle, est implacable. Elle ne me laisse pas de répit.Je suis maintenant Silvia Warren. Un nom de plus parmi tant d’autres. Une inconnue dans une ville où personne ne me cherche, où tout ce qui me lie à mon passé est enterré sous des couches de poussière et de silence.Les États-Un