Le lendemain matin, la lumière douce baignait la villa de Delta-9 pour la dernière fois. Kate, vêtue d’un simple pull beige, observait les derniers rayons dorés glisser sur les collines. Elle sentait au creux de son ventre les mouvements tranquilles des triplés, comme un adieu silencieux.Dans la cuisine, Joy refermait son ordinateur après un dernier point stratégique avec l’équipe de Redland.— Promets-moi de ne pas t’inquiéter pour l’entreprise. Je m’occupe de tout, dit-elle en serrant sa sœur dans ses bras.— Je sais que tu vas assurer. Tu es bien plus que ma sœur, Joy. Tu es mon pilier.Elles s’étreignirent longuement, puis Joy recula, les yeux brillants.— Reste en sécurité, d’accord ? Et envoie-moi des photos… même floutées.Evan entra dans le hall, un sac de voyage à la main, lunettes de soleil déjà sur le nez. Il lança un sourire à Kate.— Le jet est prêt. Maman et papa prennent le prochain vol dans l’après-midi. On sera tous les quatre là-bas ce soir.Kate hocha la tête, soul
La villa semblait suspendue hors du monde. Nichée au cœur des collines sèches et dorées du Pays C, elle offrait à Kate un havre de silence, d’ombre fraîche et de paix fragile. Elle y avait posé ses valises la veille, guidée par les gardes discrets engagés par Ylias. Tout était prêt à son arrivée — jusque dans les moindres détails.Evan avait ouvert toutes les fenêtres pour laisser entrer l’air tiède. Il avait déjà exploré les lieux, vérifié les dispositifs de sécurité, configuré le système numérique et repéré les angles morts.Mais Kate, elle, n’avait pas encore réussi à dormir.Ce matin-là, alors que le soleil commençait à lécher les murs blancs de la maison, un bruit de moteur discret monta depuis l’allée.Elle sortit sur la terrasse, le cœur serré d’émotion.Un taxi blindé apparut entre les cyprès. Et quand les portières s’ouvrirent, elle vit d’abord un grand manteau beige, puis des cheveux blancs ébouriffés. Sa mère.— Maman…Eva se précipita vers elle, larmes aux yeux, les bras d
Dans les hauteurs vitrées du siège de Hopkins Industries, Dave observait silencieusement la skyline. Il portait un costume sobre, ajusté, la cravate relâchée, les mains croisées dans le dos. Il n’était plus l’homme effacé d’hier. Il s’affirmait. Lentement, méthodiquement.Depuis plusieurs mois, il avait pris en main les affaires de la famille Greatwall. En apparence, il n’était que l’époux de Monica, gérant les affaires par alliance. En réalité, il en contrôlait déjà tous les leviers. Action après action, clause après clause, il avait discrètement transféré les pouvoirs. Les comptes. Les accès.La chute des Greatwall n’avait pas été brutale. Elle avait été précise. Chirurgicale.La porte du bureau s’ouvrit. Deux hommes entrèrent.— Arnold Hopkins, annonça la secrétaire. Et M. Henry Hopkins.Dave se retourna aussitôt.Son grand-père, toujours droit malgré son âge, avançait à pas lents mais fermes, vêtu d’un manteau noir, une canne argentée à la main. Son père, Henry, suivait derrière,
Deux semaines plus tard.— Un pique-nique ? répéta Kate, sourcils froncés.Eva, rayonnante, tourna dans la cuisine avec un panier déjà rempli de victuailles.— Oui ! Du soleil, de la verdure, un peu de brie coulant, des tomates cerises, du pain maison… et le docteur Swan !— Maman, non.— Si. Il est charmant, professionnel, drôle. Et célibataire, ajouta-t-elle en agitant une cuillère en bois comme un sceptre.Kate se redressa, posant une main sur son ventre.— Maman, je t’en prie.— Justement, ça commence toujours comme ça, répondit Eva en claquant la langue. Et puis regarde-toi, tu rayonnes. On dirait une déesse solaire. Tu crois qu’il va pas tomber sous le charme ?Evan passa la tête dans l’encadrement de la porte.— Euh, moi je veux juste savoir s’il y aura des cookies. C’est tout ce qui m’intéresse dans cette histoire de rencard organisé par Maman.— Ce n’est pas un rencard, grogna Kate.— Y’en aura, des cookies ! lança Eva.— Je viens.Kate leva les yeux au ciel. Trop tard. Le pi
Assise à son immense bureau, Monica fixait l’écran d’un ordinateur portable ouvert devant elle, les mâchoires serrées.— Toujours aucune trace de Marius ?Le garde du corps en costard noir hocha lentement la tête, mal à l’aise.— Il a quitté sa planque au Pays B il y a trois semaines. Il aurait pris un vol discret vers Delta-9, pour suivre une piste. Et depuis… plus rien. Aucune communication. Pas de mouvement bancaire. Même son tracker a été désactivé.Monica ferma brutalement le couvercle de l’ordinateur.— Marius ne disparaît pas. Pas comme ça. Pas sans m’avertir.Elle se leva d’un bond, ses talons claquant contre le parquet luxueux.— Il a forcément trouvé quelque chose. Ou alors quelqu’un l’a trouvé avant qu’il ne parle.Son regard glissa vers le grand tableau de liège derrière son bureau. Des photos, des notes, des fils rouges tendus dans tous les sens. En son centre : Kate Jensen, entourée de portraits de ses proches. Eva. Yvan. Joy. Evan.— Ils étaient tous au Delta-9 le mois
Le téléphone d’Ylias Jensen vibra sur la table basse, dans le salon silencieux de sa demeure du Pays B. Il ne s’attendait pas à cet appel.Dave Hopkins.Un bref instant de méfiance passa dans les yeux du patriarche mafieux. Il hésita. Puis décrocha.— Jensen, répondit-il d’une voix grave.— C’est Hopkins.Un silence tendu s’installa.— J’imagine que tu ne m’appelles pas pour discuter météo, répondit Ylias.— Non. C’est à propos de Kate.Les yeux d’Ylias s’assombrirent. Sa mâchoire se contracta.— Qu’est-ce qu’il y a ?— Elle est en danger. Je ne sais pas où elle est exactement… mais je sais que Monica la cherche activement. Et elle ne recule devant rien.Ylias s’assit lentement, le ton de Dave réveillant une alarme intérieure. Il ne s’attendait pas à entendre cela de la bouche du mari de Monica.— J’écoute, dit-il enfin.— Je ne peux pas en dire plus par téléphone. Rencontrons-nous. Ce soir. Toi et moi. Pas d’escorte.Un soupir long passa entre les dents d’Ylias.— Très bien. À 22h. L
Le lendemain de son appel avec Kate, Dave Hopkins n’était plus le même.Quelque chose en lui s’était libéré.Des mois de faux-semblants, de jeux de rôle avec Monica, de courbettes hypocrites face aux Greatwall… Tout cela n’avait plus aucun sens.Il était temps d’agir.08h14 – Una Tower, étage 71 – Salle de réunion Greatwall IndustriesMonica entra dans la salle de réunion, confiante, habillée d’un tailleur blanc cassé, l'air implacable. Elle était venue pour une séance stratégique avec le conseil d'administration… mais elle n’était pas prête pour ce qui allait se passer.La pièce était déjà pleine. Tous les actionnaires. Tous les avocats. Et Dave, assis à la place centrale, l’air glacial.Monica fronça les sourcils.— Qu’est-ce que c’est que ça ?Dave ne répondit pas. Il fit signe à une assistante, qui distribua des documents à chacun des membres présents.Des relevés. Des transactions. Des transferts d’actions. Des déclarations de créance. Des enregistrements.Dave déclara calmement
Dans le salon paisible de la maison située au cœur du Pays C, tout semblait calme.La grande baie vitrée laissait passer les dernières lueurs dorées du jour. Eva, Yvan, Evan et Kate s’étaient installés ensemble pour le dîner, comme ils en avaient pris l’habitude. Peter leur avait proposé un jeu de société, mais Eva avait insisté :— On regarde les infos d’abord. Juste les titres.Kate, bien que distraite, avait accepté. Un léger malaise persistait en elle depuis une heure. Un pincement inexpliqué au cœur. Quelque chose n’allait pas. Elle le sentait.Elle posa sa main sur son ventre, caressant doucement les vies qui y grandissaient.Puis l’écran s’alluma. Le journal de 20 heures venait de commencer.« Ce soir, drame dans le quartier ultra-sécurisé de Greenlake, au Pays B. Le milliardaire Dave Hopkins, héritier de l’empire Hopkins Industries, a été retrouvé gravement blessé dans sa résidence de luxe. L’attaque, menée par un commando inconnu, a failli lui coûter la vie… »L’image de Dave
Le soleil se couchait doucement sur les jardins de la villa, teignant le ciel d’un rose orangé. Les familles, réunies pour un dîner en extérieur, savouraient les derniers instants d’une journée parfaite. Tandis que les bébés dormaient paisiblement à l’étage, bercés par les soins experts de leurs grands-parents, les jeunes mariés profitaient d’un rare moment de calme.Dave, accoudé à la rambarde de la terrasse, sirotait un jus de citron frais, le regard perdu dans l’horizon. À ses côtés, Greg sirotait un soda glacé, les pieds posés sur une chaise vide.Soudain, Dave tourna la tête vers lui, un sourire malicieux au coin des lèvres.— Tu te souviens du pari qu’on avait fait, il y a un an ? Juste après que j’ai rencontré Kate ?Greg haussa un sourcil, l’air intrigué… puis éclata de rire en recrachant presque sa gorgée.— Comment oublier ça ! J’avais parié que tu finirais par tomber fou amoureux d’elle, et que tu l’épouserais !— Et moi j’avais dit que c’était impossible… répondit Dave, fa
Le grand jour était enfin arrivé.Sous un ciel bleu limpide et une brise douce parfumée de jasmin, la grande villa des Hopkins avait été transformée en un jardin de conte de fées. Guirlandes suspendues entre les arbres, pétales de roses jonchant l’allée, arche florale majestueuse… tout semblait tout droit sorti d’un rêve.Mais comme dans tout rêve parfait, il y avait... quelques imprévus.Evan courait partout avec une cravate de travers.— Quelqu’un a vu les chaussures de Greg ?! Mathias a bavé sur mes fichues notes de discours ! Et Christiana vient de faire pipi sur la robe de Joy. CATASTROPHE !Kate sortit de la chambre, rayonnante dans sa robe ivoire. Elle attrapa Evan par les épaules :— Respire. Tout va bien.— Je vais m’évanouir avant vous !Greg arriva au même moment, torse nu, une chaussette sur la tête au lieu du pied.— Je suis prêt ? Non ? Trop de pression. Dave respire comme Dark Vador dans le dressing. Joy pleure parce qu’elle a marché sur sa traîne. Et Mathias veut un bib
La villa de Kate et Dave bourdonnait d’une effervescence douce et joyeuse. Depuis l’annonce de leur double mariage, les familles Kitson, Hopkins, Jensen et Hanson ne parlaient plus que de ça : le grand jour. Ou plutôt... les deux grands jours réunis en un seul.Car oui, l’amour avait frappé fort et d’un coup : Kate et Dave, les âmes reconnectées après mille tempêtes, allaient dire oui... en même temps que Joy et Greg, les cœurs nouveaux, surpris mais sincèrement liés.La première à fondre en larmes en voyant les robes de mariées alignées sur les portants, ce fut Eva, la maman de Kate et Joy.— Mes bébés vont se marier... et le même jour en plus !— Tu veux que je te dise, maman ? lança Joy en souriant. J’ai toujours su qu’on ferait tout ensemble. Même tomber amoureuse au même moment.— On va vous voler la vedette, ajouta Kate en riant, les yeux fixés sur sa sœur.Pendant ce temps, Greg et Dave, eux, testaient leurs costumes devant un miroir géant.— Je crois que j’ai un air de prince
Le lendemain matin, la nouvelle s'était répandue comme une traînée de poudre. Greg et Joy étaient ensemble. Ou, selon les rumeurs des plus enthousiastes : "ils s'aiment comme des fous et élèvent déjà Mathias ensemble dans une villa pleine de fleurs et de biberons."C'était Henry Hopkins qui avait lancé les festivités. Assis avec Eva Kitson sur un banc au jardin, il tapota son téléphone, lut le message de Greg… et explosa de rire :— Mais alors c’est vrai ?! Ma future belle-fille, c’est la petite Joy ? Ha ! J’aurais dû m’en douter !Eva fronça les sourcils avec un sourire en coin.— Qu’est-ce qui te fait rire, Henry ?— Notre Greg est amoureux de de votre Joy, et moi, je trouve ça parfait ! On devrait faire un arbre généalogique en spirale, tiens, ça ira plus vite !Dans le salon de Kate, Yvan Kitson – toujours très sérieux – était en train de lire le journal quand Dave entra, hilare :— Papa Yvan, tu savais que Joy et Greg sont ensemble ?Yvan leva un sourcil, très calme.— Oui. Et j’
Quelques semaines après le procès, la vie reprenait lentement son cours. Dave et Greg avaient un besoin urgent de tourner la page, de construire quelque chose de nouveau – de solide – pour leurs familles respectives. Et cela passait, d’abord, par un nouveau foyer.Dave tomba amoureux d’un domaine immense situé à flanc de colline, une villa de 2000m² avec un jardin luxuriant, une piscine naturelle, une serre, et même une petite forêt en bordure. Lorsqu’il emmena Kate la visiter, elle n’en revenait pas.— Dave… tu es fou ! C’est gigantesque.— Fou de toi, surtout, répondit-il avec un sourire espiègle. Il nous faut de l’espace pour les triplés. Et pour toi. Je veux que tu te sentes libre ici.Kate avait les larmes aux yeux en découvrant la chambre des bébés, déjà décorée. Son cœur battait à tout rompre.De son côté, Greg avait opté pour une villa plus discrète mais pleine de charme, avec un jardin fleuri, des baies vitrées, une terrasse en bois et une chambre spécialement conçue pour Mat
La nuit était tombée à l’Escala. Les rires s’étaient tus, les berceaux bercés, les familles reparties. Le calme régnait enfin, un calme doux et feutré, comme si le monde entier retenait son souffle pour ne pas déranger ce moment.Dans la chambre principale devenue leur cocon, Dave et Kate étaient enfin seuls. Les triplés dormaient à quelques mètres d’eux, paisibles. Leurs petits soupirs étaient les seuls sons qui brisaient le silence.Kate, encore vêtue d’une robe légère, se tenait debout face à la fenêtre, contemplant le jardin nocturne. Dave, adossé au chambranle de la porte, la regardait en silence. Il n’y avait plus Monica, plus de poison, plus de secrets — juste elle et lui. Et le poids insupportable de toutes ces mois à se désirer sans se retrouver.— Tu comptes rester là toute la nuit ? demanda Kate d’un ton doux mais chargé de sous-entendus.Dave sourit. Ce sourire. Celui qu’elle avait aimé dès le premier jour.— Je n’ose pas m’approcher. Tu es… comme un mirage.Kate se retourn
La nouvelle de la naissance de Mathias Hanson s’était répandue aussi vite qu’un éclair dans un ciel d’été. À peine quelques heures après l’accouchement, la salle de repos de la maternité était remplie de visages rayonnants, curieux, parfois émus jusqu’aux larmes.Greg, blême de fatigue mais souriant jusqu’aux oreilles, tenait son fils dans ses bras avec la maladresse d’un homme qui apprend encore à respirer en même temps que son bébé.— Il est là… souffla-t-il, les yeux brillants, en voyant les premiers invités arriver.La grand-mère de Greg, une dame élégante au regard perçant, entra en tête du petit groupe, suivie des parents de Greg et de sa sœur Johanne. Tous s'arrêtèrent en le voyant.— Greg… mon dieu… c’est ton fils ? souffla sa mère, les larmes aux yeux.— Oui, maman. Je vous présente Mathias.Sa grand-mère, d’ordinaire un roc d’austérité, dut sortir un mouchoir. Son père s’éclaircit bruyamment la gorge pour contenir l’émotion, tandis que Johanne fondait carrément en larmes.—
Le van noir fonça jusqu’à l’hôpital à une vitesse qui aurait fait pâlir un pilote de Formule 1. Dave klaxonnait à chaque virage.— Dave ! Tu vas nous tuer !— T’as crié « elle accouche » ! C’est soit ça, soit tu coupes le cordon toi-même dans le salon, Greg !Ils freinèrent net devant les urgences maternité, Greg sauta hors de la voiture... et se tordit la cheville en atterrissant.— Aïe ! Aïe ! Je suis foutu ! J’arriverai jamais !Dave, hilare, le soutint sous l’épaule.— Allez papounet, debout ! Si t’es pas là pour couper le cordon, c’est moi qui le fais, et je te promets que je le ferai avec les dents.Greg hurla un "NOOONNNNNN", qui fit se retourner toute la salle d’attente.Une infirmière, alertée, accourut.— Vous êtes monsieur Greg ? Vite, suivez-moi, elle est en salle de naissance, vous avez juste le temps d’enfiler la blouse !Greg attrapa la blouse, se trompa de sens, s’emmêla dedans, manqua de tomber sur un brancard, puis… enfin, entra.Monica était pâle, en sueur, exténuée
La douleur frappa Monica comme un éclair dans la colonne. Brutale. Sèche. Elle tomba à genoux sur le sol glacé de sa cellule. Ses cris résonnèrent dans les couloirs bétonnés de l’aile d’isolement.— Aaaahhh… oh mon Dieu… AAHHH !Le gardien accourut, alerté par l’alarme déclenchée dans la cellule.— Elle perd les eaux ! URGENCE MÉDICALE !Monica, haletante, transpirante, hurla :— Appelez Greg ! Je veux Greg ! Appelez-le maintenant !Deux gardes la hissèrent sur une civière, sous le regard figé d’une infirmière carcérale. Monica agrippa l’un d’eux par le col, les yeux fous :— Appelez Greg, je vous en supplie ! Dites-lui que je… que je vais accoucher !Son regard n’avait plus rien de froid ou stratégique. Il n’y avait plus de manipulation. Plus de contrôle. Juste une femme terrifiée par l’inconnu, acculée par la douleur, le ventre en feu, un bébé prêt à naître dans un monde qui la rejetait.— Hôpital central, maternité haute sécurité ! hurla l’un des gardes dans son talkie.— Prévenez