AnibalLe retour à la réalité est brutal. Une sensation de vertige me secoue tandis que je sens enfin un sol familier sous mes pieds. L’air est plus dense, plus frais, chargé d’odeurs que je reconnais : celles de la ville, du bitume mouillé, de la vie normale. J’ouvre les yeux avec prudence, craignant un instant d’être encore prisonnier de l’autre monde.Mais non. Nous sommes bien là.Autour de moi, Claire, Luca et Serge reprennent lentement leurs esprits. On est tous sonnés, comme si on venait de vivre un rêve trop réel. Le silence qui nous entoure est presque irréel après tout ce que nous avons traversé. Plus de voix mystérieuses, plus de lieux étranges défiant la logique. Juste le bruit lointain des voitures, le clapotis d’une flaque sous une goutte de pluie, un chien qui aboie au loin.Claire se redresse d’un mouvement raide, ses yeux balayant les environs avec nervosité. "C’est bien… chez nous ?"Je hoche lentement la tête. "Oui. Je crois."Luca se passe une main sur le visage, c
AnibalIl y a des soirs où tout semble basculer. Où l’air devient trop lourd, trop dense. Où chaque silhouette croisée dans la rue paraît familière, comme un souvenir lointain qui refuserait de mourir. Ce soir est l’un de ces soirs.Je marche seul dans les ruelles du quartier, les mains dans les poches, incapable de rester enfermé plus longtemps. Trop de silences. Trop de souvenirs coincés entre les murs. La pluie s’est remise à tomber, fine, persistante. Elle trace des lignes tremblantes sur le bitume, comme si le monde lui-même était en train de fondre doucement.Depuis notre retour, je ne me reconnais plus. Mes gestes sont mécaniques. Je souris quand il faut sourire. Je parle quand on me parle. Mais à l’intérieur, c’est le chaos. Il y a quelque chose d’inachevé. Comme une porte qu’on aurait refermée trop vite, sans vérifier ce qu’on laissait de l’autre côté.Je m’arrête devant un vieux kiosque fermé, les néons clignotants d’un bar éclairant la vitrine poussiéreuse. Dans le reflet,
ClaireQuand je retrouve Anibal, il a le regard vide, les mains tremblantes.— Elles sont là, je dis.Il hoche lentement la tête.— Je sais.On rejoint Luca et Serge dans ce même café où tout avait basculé. Mais cette fois, personne ne fait semblant.Serge a les yeux injectés de sang, Luca tremble comme une feuille. Et moi… j’ai mal. Une douleur sourde au creux du ventre, comme si quelque chose me rongeait de l’intérieur.Anibal prend la parole, froid, déterminé.— On doit retourner là-bas.— Tu es malade, je murmure.— Non. On les a laissées passer. Elles ont franchi la faille. Ce monde… elles veulent le dévorer. Il faut refermer la porte.— Mais on ne sait même pas comment elle s’est ouverte !— Si, dit Serge. C’est nous.Un silence. Puis Claire comprend. Elle se lève lentement, les larmes aux yeux.— On l’a ouverte. En survivant.---LucaOn rentre chez nous cette nuit-là, mais quelque chose a changé. Les murs grincent comme des bêtes blessées. Les ombres bougent quand on ne regard
Annibal Je me tenais dans l'ombre, à l'orée de la ruelle, les yeux fixés sur l'immeuble d'en face. La nuit était d'un calme presque inquiétant, et j'appréciais ce silence. C'était le calme avant l'action, l'instant où chaque détail devenait crucial. Je connaissais bien cette position : immobile, parfaitement dissimulé, prêt à agir à la moindre alerte. Chaque mission était devenue une routine bien huilée, une danse silencieuse entre moi et ma cible. Ce soir, c'était une autre tâche à ajouter à mon tableau de chasse.La mission était claire : une nouvelle cible, une autre vie à effacer. Elle n'était qu'un nom sur un dossier, une ombre à éliminer. Rien de personnel, rien qui me concerne. C'était juste une autre transaction pour l'organisation qui me payait pour faire ce travail. Pas de place pour les sentiments, pas de place pour l'humanité. C'était une règle que je m'étais imposée dès le début : être un fantôme, sans passé ni futur, juste une tâche à accomplir.Je scrutais la fenêtre d
Annibal Je restai là, figé dans l'ombre de la ruelle, les yeux rivés sur la silhouette de la femme qui s'éloignait lentement. Chaque pas qu'elle faisait semblait résonner dans mon esprit, perturbant des pensées que j'avais toujours soigneusement maîtrisées. Elle n’était rien. Une simple inconnue, croisée par hasard dans cette ville immense. Une brève rencontre sans importance. Et pourtant, je n'arrivais pas à me détacher de son sourire, de cette légèreté qui m’avait surpris.Un frisson parcourut mon échine, bien que la nuit fût relativement chaude. Je pris une profonde inspiration, cherchant à chasser ce sentiment d'incertitude qui grandissait en moi. Ce n’était pas censé arriver. J’étais un assassin. J’avais toujours agi avec une précision clinique, sans émotion, sans sentiment. Mais ce soir… ce soir, je me sentais différent.Je secouai la tête, comme pour me débarrasser de cette sensation incongrue. Ce n’était qu’une rencontre sans conséquence. Je devais me concentrer sur la missio
Annibal Le noir total m'enveloppait, et je sentais mon cœur accélérer légèrement. La pièce semblait se resserrer autour de moi, chaque ombre devenant plus oppressante, chaque mouvement plus incertain. Je n’étais plus seul dans cet espace. Je le savais. Elle était toujours là, quelque part, à me fixer, à attendre. Mais où ? Comment réagir quand tout devient flou ?Je tendis l’oreille, cherchant un bruit, un indice, quelque chose qui puisse me guider dans ce vide absolu. Mais je n’entendais rien, à part ma propre respiration, maintenant plus rapide et plus bruyante que je ne l’aurais voulu. Puis, dans cette obscurité totale, une voix. Douce, mais ferme. Elle semblait provenir de tous les coins de la pièce, comme un écho invisible.« Vous êtes perdu, Anibal. »Le nom, prononcé par une voix féminine calme mais perçante, fit l'effet d'un électrochoc. Je n’avais jamais entendu quelqu’un prononcer mon nom. Ceux que j’éliminais, les victimes, étaient tous des anonymes. Je n’avais jamais eu d
Annibal Je m'arrête, figé devant la porte qui n’est plus là. Mon esprit se crispe, ma vision se trouble. L’espace autour de moi commence à se distordre, comme si la réalité elle-même se tordait sous l'effet d’une force invisible. Cette pièce… Ce n’est plus un appartement. C’est un piège. Un piège que je n’avais pas vu venir, un piège dont je ne peux plus échapper.Je scrute frénétiquement les murs, cherchant une sortie, mais tout se modifie autour de moi. Les angles de la pièce semblent se courber, de façon presque imperceptible. L’illusion d’un espace clos devient de plus en plus oppressante. Le labyrinthe invisible s’étend et les frontières disparaissent dans l’ombre.Je me tourne vers elle. Elle est toujours là, calme, sereine, observant mon agitation avec une tranquillité déconcertante. C’est fou, mais c’est comme si elle était devenue l’épicentre de tout ce qui m’arrive. Son calme, sa certitude, c’est comme des lames plantées dans mon esprit. Elle sait. Elle sait ce qui se passe
Annibal Le silence qui suivit ses mots pesa lourdement dans l’air. Je me tenais là, à quelques pas d'elle, les sens en alerte, mais une part de moi commençait à douter. Douter de mes certitudes, de ma mission, de tout ce que je croyais savoir sur moi-même. L'ombre qui m’enveloppait n’était pas simplement une menace physique. C’était un miroir, un miroir tendu vers ma propre image, celle que je n'avais jamais voulu regarder.Les murs de l’appartement semblaient se resserrer encore, les contours devenant de plus en plus flous, les couleurs plus vives, comme un vertige qui s’emparait de mon esprit. Chaque mouvement que je faisais, chaque respiration que je prenais, semblait résonner dans un espace de plus en plus étroit, comme si j’étais en train de me perdre dans une dimension parallèle.Je clignai des yeux, cherchant à me concentrer. Non. Je ne pouvais pas me laisser emporter par cette étrange atmosphère. Je devais rester lucide. Je devais finir cette mission."Je suis ici pour une ra
ClaireQuand je retrouve Anibal, il a le regard vide, les mains tremblantes.— Elles sont là, je dis.Il hoche lentement la tête.— Je sais.On rejoint Luca et Serge dans ce même café où tout avait basculé. Mais cette fois, personne ne fait semblant.Serge a les yeux injectés de sang, Luca tremble comme une feuille. Et moi… j’ai mal. Une douleur sourde au creux du ventre, comme si quelque chose me rongeait de l’intérieur.Anibal prend la parole, froid, déterminé.— On doit retourner là-bas.— Tu es malade, je murmure.— Non. On les a laissées passer. Elles ont franchi la faille. Ce monde… elles veulent le dévorer. Il faut refermer la porte.— Mais on ne sait même pas comment elle s’est ouverte !— Si, dit Serge. C’est nous.Un silence. Puis Claire comprend. Elle se lève lentement, les larmes aux yeux.— On l’a ouverte. En survivant.---LucaOn rentre chez nous cette nuit-là, mais quelque chose a changé. Les murs grincent comme des bêtes blessées. Les ombres bougent quand on ne regard
AnibalIl y a des soirs où tout semble basculer. Où l’air devient trop lourd, trop dense. Où chaque silhouette croisée dans la rue paraît familière, comme un souvenir lointain qui refuserait de mourir. Ce soir est l’un de ces soirs.Je marche seul dans les ruelles du quartier, les mains dans les poches, incapable de rester enfermé plus longtemps. Trop de silences. Trop de souvenirs coincés entre les murs. La pluie s’est remise à tomber, fine, persistante. Elle trace des lignes tremblantes sur le bitume, comme si le monde lui-même était en train de fondre doucement.Depuis notre retour, je ne me reconnais plus. Mes gestes sont mécaniques. Je souris quand il faut sourire. Je parle quand on me parle. Mais à l’intérieur, c’est le chaos. Il y a quelque chose d’inachevé. Comme une porte qu’on aurait refermée trop vite, sans vérifier ce qu’on laissait de l’autre côté.Je m’arrête devant un vieux kiosque fermé, les néons clignotants d’un bar éclairant la vitrine poussiéreuse. Dans le reflet,
AnibalLe retour à la réalité est brutal. Une sensation de vertige me secoue tandis que je sens enfin un sol familier sous mes pieds. L’air est plus dense, plus frais, chargé d’odeurs que je reconnais : celles de la ville, du bitume mouillé, de la vie normale. J’ouvre les yeux avec prudence, craignant un instant d’être encore prisonnier de l’autre monde.Mais non. Nous sommes bien là.Autour de moi, Claire, Luca et Serge reprennent lentement leurs esprits. On est tous sonnés, comme si on venait de vivre un rêve trop réel. Le silence qui nous entoure est presque irréel après tout ce que nous avons traversé. Plus de voix mystérieuses, plus de lieux étranges défiant la logique. Juste le bruit lointain des voitures, le clapotis d’une flaque sous une goutte de pluie, un chien qui aboie au loin.Claire se redresse d’un mouvement raide, ses yeux balayant les environs avec nervosité. "C’est bien… chez nous ?"Je hoche lentement la tête. "Oui. Je crois."Luca se passe une main sur le visage, c
AnibalL’espace autour de nous se tord et se plie sous une force invisible. Nous sommes prisonniers d’un monde qui ne nous appartient pas, un entre-deux où le temps lui-même semble hésitant. Depuis des jours – ou peut-être des semaines – nous errons dans ce royaume de brume et d’ombres, cherchant une issue qui semble toujours se dérober sous nos pas.Nous avons traversé des ruines hantées par des murmures indistincts, franchi des ponts suspendus au-dessus de gouffres sans fond, et marché sous des cieux où flottent des étoiles mortes. Partout où nous allons, ce monde cherche à nous garder en lui, nous séduisant par des visions de puissance et de liberté. Mais nous ne sommes pas dupes. Nous voulons rentrer.Claire est la plus affectée par ces illusions. Parfois, elle s’arrête en plein milieu du chemin, ses yeux vides, fascinée par une scène que nous ne pouvons voir. Des fragments de son passé, ou peut-être du futur. Luca et Serge doivent la secouer pour la ramener à la réalité.Moi, je
AnibalLe poids du passé s'abat sur moi comme un fardeau que je ne peux plus ignorer. Devant mes yeux, mon souvenir prend forme, s'animant comme une scène qu'un être invisible aurait décidé de rejouer. Je suis à la fois spectateur et acteur de mon propre drame.Le soleil tape sur le bitume. Des cris résonnent au loin, ceux d'un gamin à peine plus jeune que moi, acculé contre un mur. Son souffle est court, ses mains tremblantes. Moi, je suis là, figé, incapable d'agir. L'homme face à lui, un voyou du quartier, brandit un couteau.Je me rappelle ce jour comme si c'était hier. J'avais le choix : intervenir ou rester immobile. Ce que j'ai fait ce jour-là a défini tout le reste de ma vie. Et maintenant, ce monde m'offre une seconde chance.Je tourne la tête vers mon double plus jeune. Cette fois, je refuse d'être simple spectateur."Bouge", ordonné-je à mon moi d'autrefois.Il fronce les sourcils, comme s'il pouvait m'entendre. Mais l'instant ne change pas. Le gamin contre le mur continue
AnibalNous avançons dans cette lumière omniprésente, sans comprendre où elle nous mène. Le sol sous nos pieds reste stable, mais l'air semble vibrer autour de nous, comme si nous étions prisonniers d'une réalité fluctuante. La silhouette lumineuse qui nous a accueillis ne bouge pas, mais sa présence nous oppresse."Vous êtes prêts ?" demande-t-elle, sans que nous sachions vraiment comment elle s'exprime. Sa voix résonne directement dans nos esprits, plus qu'elle ne se propage dans l'air.Je serre les poings, sentant l'angoisse de mes compagnons. Claire fixe l'entité avec une détermination qu'elle ne semble pas réellement ressentir. Luca, quant à lui, paraît plus tendu que jamais."Prêts pour quoi ?" demande Serge avec méfiance.La silhouette ne répond pas tout de suite. Puis, une onde invisible nous traverse, et soudain, tout bascule.---Nous ne sommes plus ensemble.Je me retrouve seul, dans un espace différent. Devant moi, une scène familière se dessine. C'est mon enfance. Mon pèr
AnibalIls sont là, debout, figés dans un monde qui n’a aucune ressemblance avec ce qu’ils connaissent. Le sol sous mes pieds est lisse, comme du verre poli, et pourtant, il semble offrir la solidité d'une terre ferme. Aucun bruit, aucun souffle de vent. Seule une lumière douce et omniprésente baigne cet endroit. Une lumière qui ne vient ni du ciel, ni de la terre, mais semble émaner de chaque particule de l’air autour de nous.J’avance prudemment, mes pas ne produisant aucun son. Mes yeux scrutent l’horizon, cherchant des repères dans cet environnement étrange. À perte de vue, il n'y a que des formes indistinctes qui se dissolvent dans l'air, des ombres qui flottent comme des souvenirs oubliés. C'est comme si le temps lui-même était suspendu ici, à l’abri de tout changement."Ce n'est pas réel," murmure Claire, presque pour elle-même, son ton trahissant un mélange de confusion et de peur.Je me tourne vers elle, cherchant à la rassurer, mais je sais tout aussi bien qu'elle que ce lie
AnibalL’atmosphère qui nous entoure est oppressante de silence. Le sol sous nos pieds est doux, presque spongieux, comme une mousse dense, mais qui n’offre aucune résistance. Chaque pas semble se faire dans un vide intangible, un espace où le temps n’est ni défini ni mesurable. Je prends une grande inspiration, cherchant à retrouver mes repères dans ce monde qui n’a rien de familier. Instinctivement, nous nous regroupons, conscients qu’il ne faut surtout pas se perdre ici.Autour de nous, tout semble suspendu dans une sorte d’équilibre fragile. Les formes floues qui nous entourent ne sont ni entièrement des arbres ni des plantes, mais quelque chose d’intermédiaire, des silhouettes faites de lumière et d’ombre. Leur surface est translucide, miroitante, comme si elles étaient constituées d’une matière que mes yeux ne peuvent complètement saisir.— On est... où ? murmure Claire, la voix tremblante, son regard allant de gauche à droite, cherchant un repère.Il n’y a ni ciel, ni sol clair
AnibalNous nous remettons en marche avec une prudence accrue. Chaque membre du groupe sait que le moindre faux pas peut nous entraîner dans l'inconnu. Le sol sous mes pieds devient plus détrempé, les racines des arbres plus visibles, tordues et sombres, comme si elles cherchaient à nous emprisonner. La forêt change, elle se transforme autour de nous. Chaque pas semble modifier son essence, ajoutant une couche de mystère au-delà de tout ce que nous avons déjà rencontré.Je marche en tête, scrutant la lisière des arbres, cherchant le moindre signe de danger ou de changement. Claire et Serge suivent derrière moi, plus silencieux que jamais, observant les alentours avec une vigilance palpable. Luca, en queue de file, semble préoccupé. Son regard revient sans cesse vers l’arrière, comme s’il craignait que quelque chose surgisse des ombres pour nous happer.— Il a raison, n’est-ce pas ? murmure Claire après un long silence. Il y a quelque chose d’étrange dans cette forêt.Je ne réponds pas