Quand j'ouvre les yeux, le soleil est déjà haut dans le ciel. La lumière traverse les grandes baies vitrées de la cabane et inonde la pièce de reflets dorés. Au loin, le murmure des vagues complète ce décor parfait, mais une tension sourde et oppressante me serre la poitrine.
J’essaie de repousser l’image de Kaito, cette silhouette inerte que j’ai tirée hors de l’eau la veille. Je repense à son regard, à la froideur avec laquelle il a refusé de recevoir de l’aide. Qui est-il vraiment ? Cette question tourne en boucle dans mon esprit, m’empêchant de retrouver une quelconque paix.
Je jette un coup d’œil à la vaste suite de luxe dans laquelle je vis désormais. Les meubles en teck, la décoration soignée, la terrasse privée avec piscine qui donne directement sur l’océan… Tout ici est fait pour détendre et apaiser l’esprit. Pourtant, rien n’arrive à chasser ce malaise qui s’est installé en moi depuis cette rencontre.
Il faut que je fasse quelque chose, me dis-je avec détermination.
Je me lève d’un bond, attrape l'éponge et le seau que le service de ménage a laissés, et commence à nettoyer frénétiquement les traces de sang sur le sol là où Kaito est passé la veille. Je frotte avec une intensité presque désespérée, comme si effacer ces marques pouvait aussi effacer mon angoisse. Chaque tache qui disparaît me laisse un peu plus nerveuse, mais je continue, incapable de m'arrêter tant que toute trace de son passage n'est pas effacée. La cabane est impeccable, bien sûr, comme tout ce qui fait partie de cet hôtel cinq étoiles, mais malgré mes efforts, l'inquiétude persiste. Le bruit des produits d’entretien et de l’aspirateur masque un instant mes pensées. L’odeur fraîche du désinfectant envahit la pièce, mais malgré cette apparente normalité, mon esprit n’est pas tranquille. Pourquoi Kaito a-t-il refusé de l’aide ? Suis-je en danger ?
Je continue à nettoyer de manière frénétique, jusqu’à ce que la fatigue finisse par m’arrêter. Je m’effondre sur le canapé, le regard fixé sur l’horizon, où la mer semble infinie.
À la fin de cette journée éprouvante, exténuée par mes efforts, je décide de m’offrir une récompense bien méritée : un bain relaxant. L’eau chaude coule à flots, quelques gouttes d’huile essentielle pour adoucir l’atmosphère. Je me glisse avec délice dans cette oasis, la chaleur enveloppant mon corps meurtri, m’emportant vers un autre monde. Pourtant, même dans mes rêves, le sang répandu et la bague argentée ornée de deux « koï » en noir et blanc tourmentent mon esprit.
Je sursaute, le cœur battant la chamade, et réalise que j’ai avalé de l’eau sans m’en rendre compte, m’étouffant légèrement. Je tousse, reprends péniblement mon souffle, puis me relève précipitamment.
De retour dans ma chambre, j’enfile mon kimono, cherchant un réconfort bienvenu. Allongée sur mon lit, j’essaie d’apaiser mes pensées agitées. Je ferme les yeux, respire profondément et lutte contre les images troublantes qui hantent mon esprit. L’épuisement finit par m’emporter dans un sommeil agité.
Au beau milieu de la nuit, une faim dévorante me tire de mon sommeil. En me redressant, encore ensommeillée, j’aperçois une silhouette sombre passer devant la grande baie vitrée de ma chambre. Un frisson glacial me parcourt, alertant tous mes sens.
L’instinct de survie prend le dessus. Je cherche un objet à portée de main pour me défendre. Mes yeux fouillent frénétiquement la pièce, ne trouvant que la lampe de chevet à mes côtés. Sans autre choix, je la saisis fermement, prête à l’utiliser comme une arme improvisée.
— Qui est là ?
— C’est… moi, pétasse, répond une voix féminine qui semble alcoolisée.
— Qui êtes-vous ?
— Tu vas ouvrir… Ou je démolis tout ! Réplique-t-elle en martelant la porte avec encore plus de force.
Prise de peur qu’elle ne réveille tout le voisinage, je cède et ouvre la porte. Je suis surprise de découvrir une jeune femme de grande taille, qui dégage une aura de mannequin. Elle est parfaitement maquillée et porte une magnifique robe courte de couleur dorée.
— Tu as mis du temps. S’exclame-t-elle en se jetant presque sur moi, visiblement incapable de rester droite.
Exaspérée par cette intrusion inattendue, je la scrute avec méfiance.
— Qui êtes-vous à la fin ? je demande avec un ton agacé.
— Je me suis encore trompée de chalet… Désolée… S’excuse-t-elle avant de courir dégueuler dans mes toilettes.
Il est fort probable que les chalets de cet hôtel aient une conception similaire, puisqu’elle retrouve facilement son chemin vers les sanitaires. Je la suis et lui tiens les cheveux en arrière pendant qu’elle se vide les entrailles. Une fois qu’elle a terminé, elle se lave les mains et la bouche, et s’excuse à nouveau.
— Je suis désolée de t’avoir dérangée à cette heure-ci. Je suis ta voisine du chalet d’à côté.
« Qu’est-ce qu’ils ont tous à me tutoyer ! »
— Ce n’est rien, ça arrive. Venez, je vais nous préparer du café. De toute façon, ma nuit est déjà fichue.
— Sinon, je suis Jennifer et toi ?
— Juliette.
— Enchanté Juliette. Elle me gratifie d’un sourire radieux malgré son air fatigué.
Elle s’installe naturellement dans le canapé pendant que je m’active dans la cuisine à faire couler deux expressos. Je lui propose ensuite une aspirine, qu’elle avale aussitôt. Mon esprit divague automatiquement vers la matinée que j’ai vécue, et je sens un court souffle m’envahir.
— Je viens de me faire larguer ce soir, et mes parents sont partis à Los Angeles hier. J’ai noyé mon chagrin dans le club le plus branché de la ville et je suis rentrée seule. Voilà ma petite histoire, me confie-t-elle.
J’écoute attentivement ses paroles, ne sachant pas vraiment quoi lui répondre face à ses problèmes de « petite fille de riche ».
— Tu peux passer la nuit ici si tu veux, je vis toute seule. Un peu de compagnie ne me ferait pas de mal. En réalité, j’ai besoin d’une présence, même celle d’une inconnue me conviendrait.
— Tu n’aurais pas des cigarettes ? demande-t-elle.
— Non, désolée, je ne fume pas.
— Tu vis seule ?
— Oui…
— Tu n’as pas l’air d’être une habituée. En fait, je descends dans cet hôtel depuis que je suis petite en compagnie de mes parents, et je connais presque tout le monde ici. Explique-t-elle.
— Je suis une nouvelle arrivante.
— Tu es dans quoi ? demande-t-elle.
— Comment ça ?
— Je veux dire, tu bosses dans quoi ? précise-t-elle.
— Rien.
— Ah, tu es une héritière ou quelque chose du genre ! S’exclame-t-elle.
— Non, même pas. J’ai juste gagné au loto, c’est tout. Je réponds tout simplement.
— Waouh, tu dois être une grande chanceuse ! S’exclame-t-elle à nouveau.
— Ça n’a pas toujours été le cas, je t’assure. Dis-je en évitant de m’étendre sur le sujet.
Je n’ai aucune envie de raconter ma vie à une inconnue.
— Et toi, « tu es dans quoi » ? J’utilise des guillemets imaginaires.
— Eh bien, rien du tout. Je suis ce qu’on appelle une « fille de riches ». Mon père travaille dans le pétrole.
Je ne peux m’empêcher d’esquisser un sourire en entendant cela.
— T’inquiète, je sais ce qu’on pense de moi en général, et honnêtement, je n’en ai rien à foutre. Répond-elle avec désinvolture.
— Non, c’est ta façon de le dire qui m’amuse. Tu le dis comme si c’était une fatalité. Je prononce avec le sourire.
— Ça te dit qu’on aille à la plage demain ensemble ? Je te ferai rencontrer mes amies, histoire que tu ne restes pas seule dans ton coin. Propose-t-elle.
— Ma solitude ne me déplait pas, tu sais. Je rétorque en restant correcte.
— Allez, ne sois pas rabat-joie. Insiste-t-elle.
— On en reparlera demain quand tu seras sobre. Je réplique
— Oui, mais mon radar de filles en manque d’amusement me dit que tu en es une, et je ne lâcherai pas l’affaire. Déclare-t-elle avec détermination.
— Tu es coriace, toi ! Je réponds amusée.
— Oui… Elle bâille de fatigue et finit par s’endormir rapidement.
— Il s’est passé quelque chose d’étrange, m’informe Luna le lendemain matin, alors que je suis sur le point de prendre mon petit déjeuner sur la terrasse de ma chambre.Je me fige, la tasse de café suspendue à mes lèvres. Étrange ?— Quoi ? Et tu m’en informes seulement maintenant ? rugis-je, sentant la colère monter en flèche, au point de menacer de faire éclater mes points de suture.Mon flanc me lance, mais je l’ignore. Luna garde un calme imperturbable, bien que je sache qu'elle mesure chacune de mes réactions.— Ce n’est rien de grave, chef, juste une voisine fêtarde qui s’est trompée de chalet. Rien de plus.— Comment peux-tu en être aussi sûre ? répliqué-je, ma voix tranchante, chaque mot chargé de méfiance.La colère ne me quitte pas. Rien n’est jamais anodin.Luna me parle calmement, mais je ne peux pas laisser passer ça. Une simple erreur de chalet ? Non, il n’y a pas de coïncidences. Pas dans mon monde.— Une voisine fêtarde, vraiment ? Comment peux-tu en être aussi sûre ?
Je me réveille avant ma voisine, la trouvant allongée mode phoque sur le canapé, profondément endormie, ses longs cils caressant ses joues, et sa bouche légèrement entrouverte. Décidée à démarrer ma journée avec un bon café, je me dirige rapidement vers ma cafetière, avant de sortir chercher des viennoiseries. À mon retour, je découvre que la belle inconnue a déserté le canapé pour s’installer dans ma salle de bain.— J’ai pris la liberté de prendre une douche, m’informe-t-elle à son retour.— Pas de problème, le petit déjeuner est prêt, je réponds.— Merci, j’arrive.— Je ne savais pas quelles viennoiseries tu préfères, alors j’ai pris un assortiment, j’explique.— Merci, je raffole des pains au chocolat.Je la détaille tandis qu’elle savoure son petit-déjeuner. Sa peau dorée est enviable, sa silhouette gracieuse et ses lèvres pulpeuses. « Qui a pu être assez insensé pour larguer une femme aussi belle ? »— Ça va ? Tu as l’air un peu absente, remarque-t-elle.— Oui, Je suis juste un
Quelques heures plus tard, alors que je tente en vain de calmer mon esprit, le téléphone vibre brusquement. C’est Luna. Une mauvaise intuition me traverse.Je décroche immédiatement.— Chef, il y a un problème, commence-t-elle sans détours, son ton sec et professionnel. Nous avons repéré un homme suspect qui suivait Juliette pendant sa sortie shopping.Mon estomac se noue à ses mots. Je le savais.— Explique-moi. Que s’est-il passé exactement ?— Il a commencé à les suivre dès qu'elles ont quitté l’hôtel, dit-elle, évoquant Juliette et sa voisine. Nos hommes l’ont remarqué tout de suite. Il gardait ses distances, mais il ne les lâchait pas d’une semelle, passant d’une boutique à l’autre sans jamais les quitter des yeux. Nous avons tenté de l’approcher discrètement, mais il a disparu dans la foule avant que nous ne puissions le confronter.Disparu ? Mon pouls s’accélère. Ce genre d’individus ne disparaît pas par hasard. S’il a pu les suivre sans se faire repérer au départ, c’est qu’il
Je choisis une petite robe noir pailleté qui met en valeur ma silhouette, accompagnée d’une paire d’escarpins assortis et d’une pochette noir mat. Pour un effet naturel, je me maquille légèrement, soulignant mes yeux avec un peu de mascara et mes lèvres avec une touche de gloss. J’attache mes cheveux en une queue de cheval simple, mais élégante.De son côté, Jennifer a opté pour un haut rose pâle, sexy avec son dos nu et une mini-jupe blanche qui met en valeur ses jambes. Son maquillage est plus audacieux, avec des couleurs vives et scintillantes qui rappellent l’ambiance d’une soirée disco. Elle a l’air ravissante, prête à faire sensation.Une fois prêtes, nous nous regardons dans le miroir, satisfaites de notre apparence.— Tu es magnifique, Juliette. Il te manque juste un petit quelque chose. Elle tend la main pour enlever mon collier en argent, mais je recule légèrement pour l’en empêcher.— Non, je préfère le garder. C’est un cadeau de ma mère.— Oh, d’accord. Désolée, je ne sava
Posté sur le toit d’un bâtiment adjacent, à environ deux cents mètres de la villa de Diego, je domine la propriété avec une vue dégagée sur l’ensemble du domaine. D’ici, j’ai une ligne de tir presque parfaite sur la majorité des accès : l’entrée principale, les baies vitrées du salon et une partie des couloirs du premier étage.Mon fusil repose sur un trépied ajustable, stabilisé par une plaque de fixation ancrée dans la structure métallique du toit. J’utilise un Barrett MRAD, un fusil de précision modulaire conçu pour les opérations longue distance. Chambré en .338 Lapua Magnum, il offre une portée effective bien au-delà de ce dont j’ai besoin ce soir. Avec une lunette Nightforce ATACR 7-35x56, je peux observer le moindre mouvement derrière les vitres sans être détecté.L’atout majeur reste mon système d’écoute directionnelle. Un micro parabolique Telinga PRO-9 capte les conversations à l’intérieur de la villa avec une clarté suffisante pour distinguer les voix malgré le bruit ambian
Je m’éveille dans une ravissante chambre à coucher, baignée d’une ambiance bohème où se mêlent les tons délicats du blanc cassé et du marron. Diego est assis sur une chaise à proximité du lit, son visage arborant une expression sérieuse.— Juliette, comment te sens-tu ? Son regard se pose sur moi, empreint de préoccupation.— J’ai un affreux mal de tête. J’essaie de m’asseoir avec précaution.— Le médecin est passé, tu as perdu connaissance à cause du choc.— Je suis désolée de t’avoir causé autant d’ennuis. Je lui dis, remplie de remords.— Ne dis pas de bêtises. Juliette, ce n’est peut-être pas le moment, mais j’ai remarqué la bague autour de ton cou. Il me fixe attentivement.— Tu sais quelque chose à propos de cette bague ? Je la cherche du bout des doigts, inquiète.— Tu dois me révéler qui te l’a donnée en premier. Insiste-t-il.— Désolée, je ne peux pas. J’ai fait une promesse. Je réponds avec réticence.— Je respecte ta loyauté, mais sache que cette bague porte le symbole d’un
Ce matin, sortir du lit relève de l’exploit. Une multitude de questions sans réponses m’ont torturée toute la nuit. Dois-je appeler la police ? L’idée tourne en boucle dans ma tête, mais chaque fois que j’y réfléchis, les conséquences me semblent insurmontables : les interrogatoires interminables, l’agitation, les regards qui scrutent tout. Et si Diego a raison à propos de la mafia japonaise, alors je risque de déclencher quelque chose de bien pire qu’une enquête policière.Je chasse ces pensées en plongeant dans la piscine de l’hôtel. L’eau froide mord ma peau, mais l’effet est immédiat : mes idées se clarifient, ou du moins, elles se calment un instant. Après une longue nage, je prends un petit-déjeuner léger accompagné d’une tasse de café noir. L’amertume du café s’accorde parfaitement avec mon état d’esprit.Vers midi, Jennifer débarque chez moi, comme à son habitude ces derniers jours. Ses yeux trahissent son inquiétude, mais je ne suis pas d’humeur à la gérer.— Comment te sens-
Une semaine s’écoule. Les hommes de sécurité continuent de faire leur travail dans l’ombre, presque invisibles, mais leur présence me rappelle sans cesse que ma vie a pris un tournant étrange, voire dangereux. Diego, quant à lui, reste introuvable. Jennifer m’a vaguement parlé d’un voyage d’affaires, mais je n’ai pas cherché à en savoir plus. De toute façon, j’ai décidé de prendre mes distances avec lui.Je tente de reprendre le cours normal de ma vie. Enfin… « normal » est un grand mot. Maintenant, je dois composer avec une amie un peu trop collante et, accessoirement, des yakuzas à mes trousses.Jennifer, justement, n’a pas lâché l’affaire. Toute la semaine, elle a insisté pour que je l’accompagne dans le club le plus sélect de l’île, un lieu qu’elle fréquente avec une régularité presque religieuse. J’ai résisté autant que j’ai pu, mais elle a fini par m’avoir à l’usure.— Allez, Juliette, tu ne peux pas rester enfermée éternellement, m’avait-elle lancé avec son sourire pétillant.E
Il s’en va en refermant les portes coulissantes, ignorant mes protestations.— Vous devez vous calmer, ce comportement n’est pas digne d’une jeune femme comme vous. Balance-t-elle d’un ton hautain.— Digne ou pas, je n’en ai rien à foutre ! Que s’est-il passé pour qu’il me traite de la sorte ?— Ce soir, nous accueillons une personne d’une grande importance, et le rendez-vous chez la conseillère en image avait pour but de vous préparer en conséquence.— Qui est cette personne ?— Le doyen du clan Inagawa monsieur Makoto Inagawa. Kaito le respecte énormément et voulait te présenter officiellement à notre famille.— Et j’ai besoin d’une conseillère en image pour ça ?— Tu… Vous ne connaissez rien de nos coutumes, de notre culture, de notre façon d’être... vous allez vous ridiculisez et ridiculiser Kaito sama. Balance-t-elle le regard noir.— Tu peux me tutoyer. Je m’assois par terre, épuisée. Désolée, je ne savais pas que c’était aussi important. Essayons de rectifier le tir, dis-moi ce
Juliette arrive enfin. Dès que je pose les yeux sur elle, une tension glaciale s’installe entre nous, aussi tranchante qu’une lame de rasoir. Mon visage reste impassible, figé dans un masque de contrôle, mais en moi, la colère bouillonne, sourde, grondante, prête à exploser. Je croise les bras, crispant légèrement les doigts contre mes biceps, et je l’observe avec une minutie froide. Chaque mouvement, chaque battement de cils, chaque respiration est passé au crible.Son absence a déjà causé trop de complications.— Où étais-tu ?Ma voix fend l'air comme une lame affûtée. Pas un mot de plus. Juste cette question, sèche, implacable.Juliette relève le menton, défiant l’orage qui menace de s’abattre sur elle. Son regard accroche le mien, brûlant d’une insolence contenue.— Quel est le problème ?Son ton est sec, presque moqueur. Une provocation.Je serre les dents, ma mâchoire se contracte. L’agacement pulse dans mes tempes, une rage froide, calculatrice. À mes côtés, Luna croise les bra
Une fois au sol, trois Mercedes noires nous attendent. Nous prenons place dans celle du milieu. Luna s’installe près du conducteur tandis que Kaito s’assied près de moi. Alors qu’ils plongent dans leurs agendas et ordinateurs portables, je me contente de contempler la vue à travers la vitre teintée. Les rues paisibles du matin défilent devant mes yeux, témoignant d’une propreté impressionnante.Le paysage urbain se révèle à moi dans toute sa splendeur. Les buildings majestueux se dressent fièrement, reflétant les rayons du soleil naissant. Les passants se déplacent avec une certaine grâce et les boutiques dévoilent des devantures élégantes. Tokyo dégage une atmosphère unique, où modernité et tradition se côtoient harmonieusement.La voiture achève son trajet devant une magnifique bâtisse traditionnelle nichée dans un quartier paisible de Tokyo. À peine le véhicule garé devant l’entrée, une horde d’hommes en costumes noirs se précipite pour nous ouvrir les portières. Dans un ballet har
À vingt heures précises, l’avion privé entame son ascension vers Tokyo. Kaito succombe rapidement au sommeil, tandis que Luna reste absorbée par son ordinateur portable, me laissant dans l’indifférence, une situation qui, je dois l’admettre, me convient parfaitement.Malgré tout le confort offert, les voyages en avion ne parviennent pas à conquérir mon appréciation. De plus, ma nouvelle liseuse ne me satisfait guère. Trop moderne, trop imposante, trop onéreuse, elle semble étrangement dépourvue d’âme. Il peut paraître futile, mais il m’arrive de m’attacher aux objets, allant même jusqu’à leur attribuer des noms. La liseuse que j’ai égarée était un véritable bijou technologique, acquise avec mon tout premier salaire. Je finis par abandonner ma lecture pour me plonger dans la musique.Quelques minutes plus tard, l’hôtesse réapparaît pour s’assurer de notre bien-être à bord. Elle me propose un verre de vin, que j’accepte volontiers pour me détendre. Cependant, je ne m’arrête pas à un sim
La nuit est dense, étouffante. Loin de la ville, il n’y a que le silence et l’obscurité qui s’étirent à perte de vue. Pas de circulation, pas de néons, juste le bruissement des feuilles sous la brise et le clapotis discret d’une fontaine dans le jardin. Ici, dans ma villa, perchée loin de tout, personne n’entend les cris.Sous la lumière tamisée des lampes extérieures, l’homme est agenouillé, la tête basse, les poignets bien attachés dans son dos. Son crâne luit d’un mélange de sang et de vin rouge, vestige de la bouteille que j’ai brisée sur lui quelques minutes plus tôt. À ses pieds, des éclats de verre scintillent sur le carrelage clair, parmi les taches sombres qui s’étendent lentement.Il halète légèrement, le souffle saccadé, mais il ne dit rien. Il sait qu’il a merdé. Il sait que la suite ne dépend plus de lui.Je croise les bras et l’observe en silence. Derrière moi, cinq de mes hommes attendent, immobiles, leurs silhouettes fondant dans l’ombre. Ils n’ont pas besoin d’instru
Au réveil, je découvre une liseuse et un téléphone portable flambant neufs, déposés avec délicatesse sur ma table de nuit. En me levant, je me dirige vers le dressing et découvre un spectacle impressionnant. Les étagères sont remplies de vêtements, de chaussures et d’une variété d’accessoires et de bijoux. C’est comme si quelqu’un avait pris le temps de sélectionner chaque pièce en fonction de mes goûts et de mes besoins. Je suis émerveillée par la diversité des choix qui s’offrent à moi.Après une douche rafraîchissante, je me demande quelle tenue choisir parmi toutes les options qui s’offrent à moi. Finalement, je décide d’opter pour une chemise blanche impeccablement repassée, associée à un jean noir classique qui met en valeur ma silhouette. Je complète mon look avec une paire de baskets confortables, ajoutant une touche décontractée à l’ensemble. C’est un choix basique, mais efficace.Au moment où je me prépare à sortir, Luna entre dans ma chambre sans même frapper à la porte.—
A mon réveille une douleur sourde pulse dans mon crâne, me ramenant lentement à la réalité. Mon corps s’enfonce dans un lit spacieux, enveloppé de draps d’un blanc immaculé. Un voilage délicat danse légèrement sous la brise qui s’infiltre par une fenêtre entrouverte. Tout semble paisible. Trop paisible.Puis, les souvenirs reviennent en rafale.La soirée au club.Le bureau de Kaito.Son regard glacial.Son emprise sur moi.Mon cœur s’emballe brutalement.Je me redresse d’un coup, mais une vague de nausée me coupe net dans mon élan. Mon estomac se tord, mes muscles sont engourdis. L’air me manque, et ma respiration devient saccadée.— Putain…Je me prends la tête entre les mains, inspirant profondément pour calmer le chaos qui gronde en moi. Mais la colère monte, violente et brûlante.— Qu’est-ce que c’est que ce délire ?!Mes yeux balaient la pièce. Luxueuse. Trop luxueuse. Et surtout… inconnue.Un frisson glacé me parcourt lorsque je remarque ma tenue. Une nuisette.— Putain, je vais
Je traverse la grande salle d’un pas déterminé, mon regard froid balayant la foule insouciante. La musique vibre contre les murs, les corps se mêlent sur la piste de danse, inconscients du poids des décisions qui se prennent bien au-dessus de leurs têtes.Juliette marche à mes côtés, silencieuse. Je sens sa confusion, sa peur, même si elle tente de masquer son malaise sous une façade d’indifférence. Elle a raison de se méfier. Ce monde n’est pas le sien.Nous montons les escaliers qui mènent à l’étage. À travers les vitres du couloir, la vue plongeante sur la fête en contrebas contraste avec la tension qui plane entre nous. Chaque pas nous éloigne un peu plus de cette illusion de normalité.Devant une porte discrète, deux de mes hommes montent la garde, impassibles. Leurs regards se posent brièvement sur Juliette, et je n’aime pas l’éclat amusé qui traverse leurs yeux.— Vous avez un problème ? dis-je d’un ton glacial.Ils se redressent aussitôt. L’un d’eux ouvre la porte.— Entrez, o
Une semaine s’écoule. Les hommes de sécurité continuent de faire leur travail dans l’ombre, presque invisibles, mais leur présence me rappelle sans cesse que ma vie a pris un tournant étrange, voire dangereux. Diego, quant à lui, reste introuvable. Jennifer m’a vaguement parlé d’un voyage d’affaires, mais je n’ai pas cherché à en savoir plus. De toute façon, j’ai décidé de prendre mes distances avec lui.Je tente de reprendre le cours normal de ma vie. Enfin… « normal » est un grand mot. Maintenant, je dois composer avec une amie un peu trop collante et, accessoirement, des yakuzas à mes trousses.Jennifer, justement, n’a pas lâché l’affaire. Toute la semaine, elle a insisté pour que je l’accompagne dans le club le plus sélect de l’île, un lieu qu’elle fréquente avec une régularité presque religieuse. J’ai résisté autant que j’ai pu, mais elle a fini par m’avoir à l’usure.— Allez, Juliette, tu ne peux pas rester enfermée éternellement, m’avait-elle lancé avec son sourire pétillant.E