Éléonore – Retour au présent
Je me redresse en sursaut, haletante, le cœur battant à tout rompre.
Ma main tremble quand je lève les yeux vers lui.
— C’était…
— Un souvenir.
Sa voix est basse, presqu’un souffle.
Il a vu ce que j’ai vu.
Et dans ses yeux, je lis une vérité insoutenable.
Nous nous sommes déjà rencontrés.
Dans une autre vie.
Avant que tout ne soit brisé.
Avant qu’il ne soit assassiné.
L’ampleur de la révélation me coupe le souffle.
Je titube en arrière, mais il m’attrape, ses doigts s’enroulant autour de mon poignet. Sa prise est ferme, bien trop réelle pour un mort.
— Tu étais là.
Son regard s’enfonce dans le mien.
— Et tu étais à moi.
Ma gorge se serre.
Je ressens la vérité de ses mots jusque dans mes os.
Mais il y a quelque chose d’autre.
Une menace qui plane sur nous, tapie dans l’ombre de notre passé oublié.
— Que nous est-il arrivé ? chuchoté-je.
Son visage se ferme.
— Tu as été trahie.
Un frisson me traverse.
— Et toi ?
Il relâche lentement mon poignet.
— J’ai été condamné à errer dans l’oubli.
L’air s’épaissit autour de nous, comme si une présence invisible nous guettait.
Je sens un poids s’abattre sur ma poitrine.
Quelqu’un nous a séparés.
Quelqu’un a voulu nous effacer.
Et ce quelqu’un pourrait encore rôder dans l’ombre.
Je déglutis et fixe Andréas.
— Alors nous devons savoir.
Un silence.
Puis, lentement, il hoche la tête.
— Oui.
La décision est prise.
Nous devons percer ce mystère.
Même si cela signifie affronter l’enfer lui-même.
La nuit est tombée depuis longtemps lorsque nous quittons enfin la cabane. Andréas flotte à mes côtés, silencieux, son regard braqué sur l’horizon où les ruines du vieux château de Valmeray se découpent en ombres menaçantes contre le ciel nocturne.
Un frisson me traverse.
C’est là que tout a commencé.
Et c’est là que nous devons chercher les réponses.
Le vent siffle entre les arbres, portant avec lui des murmures indistincts. Je resserre ma cape autour de moi, consciente de la présence invisible qui nous suit depuis que nous avons quitté la clairière. Ce n’est pas seulement Andréas. Quelque chose d’autre veille dans l’ombre, tapi dans les recoins du passé.
— Tu l’entends aussi.
Ce n’est pas une question.
Je lève les yeux vers lui.
— Oui.
Il esquisse un sourire fugace, presque triste.
— Tu n’aurais jamais dû me rappeler, Éléonore.
Ses mots sont un avertissement, mais il est trop tard pour reculer.
Nous arrivons enfin devant les imposantes grilles de fer forgé du domaine de Valmeray. Le temps les a recouvertes de rouille et de lierre, comme si la nature elle-même tentait d’étouffer les souvenirs qu’elles renferment.
Je tends la main, hésitante.
Un instant, j’ai l’impression que le métal frémit sous mes doigts.
Puis, avec un grincement sinistre, les battants s’ouvrent d’eux-mêmes.
Un silence pesant s’abat sur nous.
Je croise le regard d’Andréas.
— Il nous attend.
Je ne pose pas de question.
Je sais de qui il parle.
Quelque chose au fond de moi s’en souvient aussi.
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Le château de Valmeray
Nous progressons lentement à travers la cour en ruine. Autrefois, ces lieux devaient être majestueux, mais aujourd’hui, il ne reste que des pierres brisées et des vestiges d’une époque révolue.
Pourtant, en posant les pieds ici, une sensation étrange m’envahit.
Comme si ces ruines se redressaient dans mon esprit, comme si le passé cherchait à refaire surface.
Je ferme les yeux un instant.
Un bal.
Des rires.
Un éclat de musique.
Puis… un cri.
Le goût du sang dans l’air.
Je me fige, les poings serrés.
Quelque chose s’est brisé ici.
Quelque chose que je dois comprendre.
— Andréas, qu’est-ce qui nous est arrivé ?
Il ne répond pas immédiatement. Il avance, effleurant les murs du bout des doigts, comme s’il cherchait à s’imprégner de chaque pierre.
— J’ai été trahi.
Il s’arrête devant ce qui reste d’une grande porte de bois sculpté.
Je le rejoins.
— Par qui ?
Il tourne lentement la tête vers moi.
— Par lui.
Un frisson me parcourt l’échine.
— Qui ?
Ses lèvres s’entrouvrent, mais avant qu’il ne puisse répondre, un grondement sourd résonne à travers les ruines.
Je me tends instinctivement.
— Nous ne sommes pas seuls.
Un souffle glacé traverse la cour.
Et soudain, une ombre surgit du néant.
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Andréas
Je ressens sa présence avant même de le voir.
Une énergie sombre, malveillante, différente de la mienne. Là où je suis un spectre retenu entre deux mondes, lui est autre chose.
Quelque chose de plus ancien.
De plus dangereux.
Une silhouette se détache lentement de l’obscurité. Grande, imposante, drapée d’un manteau d’ombre qui semble flotter autour d’elle comme un voile vivant. Son visage est indistinct, caché par un capuchon, mais ses yeux…
Deux lueurs rouges s’ouvrent dans le noir.
Un sourire cruel se dessine sous sa capuche.
— Enfin.
Sa voix est un souffle rauque, un écho d’outre-tombe.
Je me place instinctivement devant Éléonore.
— Montre-toi.
L’ombre rit doucement.
— Comme tu l’exiges, seigneur de Valmeray.
D’un mouvement fluide, il baisse lentement son capuchon.
Et mon cœur mort se serre.
Je reconnais ces traits.
Ce visage.
L’homme devant moi est un reflet du passé, un vestige d’une vie que j’avais cru oubliée.
— Léandre.
Je sens Éléonore tressaillir derrière moi.
— Qui est-il ? murmure-t-elle.
Ma gorge se noue.
— Mon frère.
Un silence.
Puis Léandre sourit.
— Alors tu te souviens.
Un éclat de douleur traverse mon esprit, comme un poignard enfoncé dans ma mémoire.
Des images s’imposent à moi.
Nos rires d’enfants.
Nos promesses murmurées au crépuscule.
Puis, le poison dans mon vin.
Le froid du marbre sous mon corps.
Son regard vide alors qu’il regardait mon sang couler sur la pierre.
Ma trahison.
Ma mort.
Éléonore recule d’un pas, et je sens son trouble.
Léandre la regarde, puis reporte son attention sur moi.
— Elle ne sait pas, n’est-ce pas ?
Ma mâchoire se serre.
— Ne
la touche pas.
Il rit doucement.
— Toujours aussi protecteur…
Puis, son regard s’assombrit.
— Mais cette fois, tu ne pourras pas la sauver.
D’un geste, il tend la main.
Un vent noir se lève dans les ruines.
Les pierres tremblent.
Et l’ombre nous engloutit .
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ÉléonoreUn hurlement de vent.Un choc violent.Je me retrouve projetée au sol, la tête tournoyant sous l’impact. Lorsque je relève les yeux, tout autour de moi n’est que nuit et brouillard.Andréas a disparu.Mon cœur se serre.— Andréas !Aucune réponse.Puis, une voix s’élève dans l’obscurité.— Tu ne devrais pas être ici, sorcière.Léandre.Je me relève lentement, mes doigts se refermant sur le pendentif autour de mon cou. Un instinct ancien me murmure que je dois me battre.Que je dois résister.— Qu’est-ce que tu veux ?Son rire est un grondement sinistre.— Reprendre ce qui m’appartient.Une ombre glisse autour de moi, sinueuse, menaçante.— Tu as volé mon frère autrefois.Il marque une pause, puis murmure :— Cette fois, je te prendrai à lui.Une vague de ténèbres s’abat sur moi.Je n’ai que le temps de lever la main avant qu’elle ne m’engloutisse.Puis tout devient noir.ÉléonoreLe vide.Je suis prisonnière d’une obscurité absolue, une nuit sans étoiles, sans fin. Tout mon c
ÉléonoreL’obscurité m’engloutit, me fait chavirer dans un gouffre sans fin. L’air est glacé, lourd d’une présence oppressante. Je lutte pour garder pied, mais mes membres sont engourdis, mon esprit vacille sous la pression d’une force invisible.Puis, tout s’arrête.Un frisson me traverse lorsque j’ouvre les yeux.Je ne suis plus dans les ruines du château.Autour de moi s’étend une vaste salle aux colonnes sculptées, recouvertes de symboles anciens qui semblent vibrer d’une lumière spectrale. Le sol est de marbre noir, lisse et froid sous mes doigts.Un temple.Un autel trône au centre de la pièce, baigné d’une lueur pâle.Et face à moi…Léandre.Drapé dans son manteau d’ombre, il se tient immobile, m’observant avec un amusement cruel.— Bienvenue dans l’entre-monde, Éléonore.Je me redresse lentement, tentant de masquer ma faiblesse.— Qu’as-tu fait ?Son sourire s’agrandit.— Je t’ai offert une opportunité.Il fait un pas vers moi, ses yeux rougeoyants transperçant mon âme.— Tu v
ÉléonoreUn vide oppressant m’envahit alors que les paroles de Léandre résonnent encore dans mon esprit."Elle m’appartient, maintenant."Je sens le poids de cette vérité peser sur moi comme une entrave invisible. Je lève les yeux vers Andréas, cherchant un réconfort dans son regard, mais je n’y trouve que de la douleur… et une pointe de colère.— Éléonore… dis-moi que ce n’est pas vrai.Sa voix tremble, chargée d’émotions contradictoires.Je veux lui dire que tout ira bien.Je veux le rassurer.Mais je ne peux pas.Je sens le lien se refermer sur moi comme des chaînes d’ombre, un serment ancien ravivé par ma propre faiblesse.Léandre s’avance lentement, savourant chaque seconde de notre tourment.— Elle a fait son choix, frère. Un choix qui lui coûte cher, mais elle l’a fait en toute conscience.Je serre les dents.— Tu ne m’as jamais laissé d’autre option.Il rit doucement.— Tu en avais une. Tu pouvais le laisser mourir.Mon souffle se coupe.Non.Jamais.Je regarde Andréas, qui lu
ÉléonoreLe feu crépite dans l’âtre, projetant des ombres mouvantes sur les murs de pierre. Je suis assise sur un fauteuil ancien, le regard perdu dans les flammes, le cœur serré par une douleur que je ne comprends pas entièrement.Des souvenirs que je ne devrais pas avoir s’entrechoquent dans mon esprit, des images fugitives où Léandre occupe une place que je lui ai toujours refusée.Je serre mes bras contre moi, comme pour empêcher ces visions de m’engloutir.Andréas…Je ferme les yeux, cherchant désespérément à me raccrocher à lui, à la certitude de notre amour. Mais même cette certitude vacille sous le poids du passé qui revient me hanter.Derrière moi, je sens la présence de Léandre.Il ne dit rien.Il n’a pas besoin de parler.Il sait que le venin a déjà fait son œuvre.Il attend simplement que je plie sous le poids de mes souvenirs.Mais je refuse.Je ne suis pas sienne.Je ne le serai jamais.— Tu cherches à fuir ce qui est en toi, Éléonore.Sa voix est un murmure, une caresse
ÉléonoreJe referme la porte derrière moi, le souffle court.Le silence de ma chambre est un répit, mais il ne suffit pas à calmer le chaos dans mon esprit.Je me passe une main sur le visage.Il faut que je pense clairement.Il faut que je retrouve mes souvenirs par moi-même, sans l’influence de Léandre.Sans ses murmures venimeux.Je ferme les yeux.J’essaie de me rappeler.Andréas et moi.Notre rencontre.Notre amour.Notre promesse de nous libérer ensemble de cette malédiction.Mais derrière ces images rassurantes, d’autres surgissent.D’autres qui me hantent.Un autre amour.Un autre serment.Une trahison.Un cri déchirant dans la nuit.J’ouvre les yeux en sursaut, le cœur battant à tout rompre.Je recule, heurtant la coiffeuse derrière moi.Le miroir vibre…Et une silhouette apparaît dans la surface argentée.Une femme aux yeux emplis de chagrin.Une femme qui me ressemble.— Qui es-tu ? murmuré-je d’une voix tremblante.La silhouette me fixe, et ses lèvres s’entrouvrent pour pr
Andrea Je me dirige vers sa chambre, chaque pas résonnant dans le silence de la bâtisse.Et lorsque j’ouvre la porte…Je les vois.Éléonore et Léandre.Face à face.Trop proches.Trop intimes.Un frisson glacé me traverse.Son regard.Celui d’Éléonore.Elle est troublée.Elle doute.Mon sang ne fait qu’un tour.— Éléonore !Elle sursaute, se détournant brusquement vers moi.Léandre, lui, ne bouge pas.Un sourire satisfait se dessine sur ses lèvres.— Tu arrives trop tard.Une peur sourde s’empare de moi.Éléonore me regarde…Mais pour la première fois, je ne sais plus ce qu’elle voit en moi.ÉléonoreLe temps s’arrête.Andréas est là, à l’entrée de ma chambre, le regard chargé d’émotions.Je peux presque sentir sa détresse, sa peur… et surtout, sa colère.Il me scrute, ses yeux brûlant d’une intensité qui me transperce.Je veux lui parler, lui dire que rien n’a changé.Que je suis encore moi.Mais les mots meurent sur mes lèvres.Parce qu’au fond, je ne suis plus sûre.Léandre est à
ÉléonoreIl s’approche de moi, lentement, dangereusement.Je devrais reculer.Fuir.Mais je ne bouge pas.Parce que malgré tout…Il y a une part de moi qui le connaît.Qui le reconnaît.Léandre tend la main et effleure ma joue, un contact à peine perceptible.Un frisson me parcourt.— Si je suis un monstre… murmure-t-il, son souffle glacial contre ma peau, … alors que suis-je pour toi ?Je ferme les yeux un instant, bouleversée.Puis, d’une voix tremblante, je murmure la seule réponse qui me vient.— Je ne sais pas.Et c’est peut-être ça, le plus effrayant.La nuit est plus sombre que jamais.Le château semble retenir son souffle, comme s’il savait que l’instant qui vient de s’écouler a tout changé.Je suis figée entre les deux hommes qui incarnent mon passé et mon présent.Léandre, son ombre pesante derrière moi, son regard perçant fouillant le mien.Andréas, affaibli mais toujours debout, ses yeux brûlant d’une douleur que je ne veux pas voir.Je devrais dire quelque chose.Briser c
ÉléonoreLe temps s’étire dans un silence oppressant.Un battement de cœur.Deux .Puis un pas.Un seul.Le mien.Vers Léandre.Je l’entends avant de le voir.Le souffle coupé d’Andréas.Un souffle brisé.Je sens la douleur qui l’étrangle, la souffrance dans chaque fibre de son être.Mais je ne peux pas reculer.Pas maintenant.Pas alors que je suis si proche de comprendre.Léandre ne dit rien.Il ne triomphe pas, ne me presse pas.Il attend.Comme il a toujours attendu.Je me tiens face à lui, les yeux dans les siens.Et pendant un instant, tout disparaît.Le château.Les ombres.Le passé et le présent.Il ne reste que nous deux.Un frisson me parcourt.Léandre lève la main.Doucement.Prudemment.Comme s’il craignait que je m’enfuie.Ses doigts effleurent mon poignet, et une vague de chaleur me traverse, surprenante, déstabilisante.Un feu ancien.Un feu oublié.Mon souffle se bloque.Quelque chose… change en moi.Un souvenir m’envahit brutalement.---Une nuit sans lune.Une silhou
ÉléonoreLe vent hurle à travers les murs de la demeure.La chandelle que je tiens vacille, projetant des ombres tremblantes sur les pierres. Andréas est à mes côtés, silencieux, son regard fixé sur le grimoire ouvert devant nous. Léandre, de l’autre côté de la table, trace des symboles sur le sol avec une poudre argentée.— Une fois que nous aurons commencé, il n’y aura pas de retour en arrière, prévient-il. Si l’un de vous hésite, l’ombre en profitera.Je déglutis .Hésiter ?Non.Je suis terrifiée, oui. Mais je sais ce qui nous attend si nous ne faisons rien.La mort d’Andréas.Ou la mienne.— On est prêts, murmure Andréas d’une voix ferme.Je hoche la tête, serrant sa main dans la mienne.Léandre souffle.Puis il allume l’encens.L’odeur d’herbes et de résine envahit l’air. Les flammes dans l’âtre diminuent, comme si quelque chose aspirait leur lumière.— Placez-vous au centre du cercle, face à face.Nous obéissons .Andréas me fixe, ses yeux d’un bleu profond emplis de déterminat
Éléonore Il n’y a pas de reproche dans sa voix, juste un constat.Je ne réponds pas .Je n’en ai pas la force .Andréas s’appuie sur un coude et plonge son regard dans le mien. Il n’a pas besoin de poser de questions. Il sent que quelque chose ne va pas.— Dis-moi, Éléonore.Je pourrais mentir.Je pourrais fuir.Mais ça ne changerait rien.Alors je lâche la vérité, brutale et tranchante.— L’ombre est venue cette nuit.Il se fige .— Elle m’a donné un ultimatum .Un silence.Son regard s’assombrit, mais il attend que je continue.— Soit je lui rends ce qui lui appartient… soit elle te prend à ma place.L’air devient glacé entre nous.Andréas ne bouge pas.Il ne parle pas.Mais je vois ce qu’il essaie de cacher.La peur.Pas pour lui.Pour moi.— Et quelle est ta décision ? demande-t-il enfin.Je détourne les yeux .— Je ne peux pas te laisser mourir.— Et moi, tu crois que je peux te laisser partir ?Sa voix est tranchante, brisée.Il passe une main nerveuse dans ses cheveux, se lève
ÉléonoreElle ne parle pas, mais je sais qu’elle attend.Attendre .C’est ce qu’elle fait depuis toujours, n’est-ce pas ?Elle a patienté toutes ces années, tapie dans l’oubli, à l’affût du moment où je comprendrais enfin l’ampleur du pacte.Et maintenant que je sais, elle n’a plus besoin de se cacher.Mon souffle est court.Je me redresse lentement, mes doigts s’accrochant aux draps comme si je pouvais retenir une part de réalité, quelque chose qui m’empêcherait de basculer.Mais il n’y a rien .Rien d’autre que cette voix qui chuchote au creux de mon âme.— Il est temps, Éléonore.Je me fige.Elle ne parle pas à voix haute.Elle murmure en moi, comme une seconde pensée, un écho de mon propre esprit.— Viens.Un appel .Un ordre .Mon cœur cogne si fort que j’en ai mal.Je ne veux pas y aller.Mais mes jambes bougent d’elles-mêmes.Je descends les escaliers d’un pas lent, comme dans un rêve.Le manoir est plongé dans un silence oppressant, chaque ombre semblant plus profonde, plus me
Éléonore— Et maintenant quoi ? Je dois juste… retourner à l’ombre ? Lui donner ce qu’elle veut ?Léandre baisse la tête.— Si tu ne le fais pas… elle prendra ce qu’elle veut d’une autre manière.Je serre les dents.Je sens la magie s’agiter en moi, instable.Andréas entre dans la pièce, alerté par ma détresse.Il regarde tour à tour Léandre et moi.— Qu’est-ce qui se passe ?Je me tourne vers lui.Et je vois la douleur dans ses yeux.Parce que lui aussi comprend.Parce qu’il sait.L’ombre réclame mon âme.Et je vais devoir choisir :Me livrer à elle…Ou risquer de voir ceux que j’aime tout perdre à leur tour.Et pour la première fois, je ne sais pas quelle voie emprunter.Le silence dans la bibliothèque est écrasant.Andréas ne détourne pas le regard. Ses yeux cherchent les miens, mais je n’arrive pas à soutenir leur intensité. Comment pourrais-je ?Je suis une erreur .Une anomalie dans l’équilibre du monde.Je ne devrais même pas être en vie.Ma gorge est nouée, mes pensées en déso
ÉléonoreLes mots de Léandre résonnent encore dans la pièce, lourds de conséquences.— Nous devons honorer le pacte.Je sens Andréas se raidir à mes côtés.— Hors de question. Son ton est tranchant, sans appel.Léandre ne bronche pas, son regard froid rivé sur moi .— Et quelle est ton alternative, Andréas ? Attendre qu’elle prenne ce qui lui appartient ? Qu’Éléonore soit consumée par cette entité ? Nous n’avons pas le luxe du choix.Je ferme les yeux un instant, tentant de rassembler mes pensées.L’ombre m’a appelée par mon nom.Elle m’attendait.Parce qu’un jour, j’ai promis quelque chose.Mais quoi ?L’image du rituel revient à moi, floue, fragmentée. Je revois mes mains liées à celles d’Andréas, l’éclat rougeoyant de la magie entourant nos corps.Je revois l’ombre se former devant nous, attendant…Un prix.Un sacrifice.Et puis—Le trou noir.La mémoire s’arrête là, comme si un voile m’empêchait d’aller plus loin.— Il doit y avoir une autre solution, dis-je d’une voix plus faible
ÉléonoreLéandre hoche lentement la tête.— Nous avons tenté de défier l’ordre naturel des choses. Toi et Andréas, vous vouliez unir vos âmes pour être ensemble au-delà de la mort… mais la magie ancienne exige toujours un prix.Je secoue la tête, refusant d’y croire.— Non…Andréas reste figé, le regard dur.— Pourquoi n’as-tu jamais rien dit ?Léandre rit, un rire amer .— Et tu aurais accepté la vérité, toi ? Tu aurais accepté qu’en scellant son âme, je la protégeais d’un destin pire que la mort ?Il se tourne à nouveau vers moi.— En reprenant ton âme, Éléonore, tu as brisé le sceau qui retenait la créature à qui nous avons offert ce pouvoir.Un frisson glacé me parcourt l’échine.— Quelle créature ?Léandre serre les dents.— L’Ombre de Valmeray.Le nom résonne dans l’air comme une menace suspendue.Un courant d’énergie malveillante semble parcourir la pièce, comme si quelque chose venait de s’éveiller.Et dans le silence pesant, un son s’élève.Un murmure.Distant.Sifflant .Ven
ÉléonoreLe silence est une lame suspendue au-dessus de mon cœur.Andréas me fixe avec espoir, tandis que Léandre reste en retrait, le visage fermé.Et moi…Je me tiens entre eux, avec cette vérité insoutenable qui m’écrase.Je suis morte.Ou plutôt, une partie de moi l’est.Et le choix qui m’est imposé est cruel.Récupérer mon âme signifie me souvenir de tout…De mon amour pour Andréas.De ma souffrance.De ma mort.Ne rien faire, c’est rester incomplète, à jamais tiraillée entre ce vide en moi et cette vie volée que j’ai construite malgré tout.L’apparition — mon reflet brisé — s’approche encore.— Le temps presse, Éléonore. Ta décision ne concerne pas que toi.Sa voix est douce, mais implacable.Andréas pose une main sur mon bras.— Éléonore…Léandre, lui, ne parle pas. Il attend. Il sait que toute parole serait vaine.Je ferme les yeux un instant.Puis je décide.— Je veux récupérer mon âme.Un souffle glacé parcourt la pièce.Léandre tressaille.— Non…Mais il ne peut plus rien f
ÉléonoreJe fixe cette apparition avec un mélange de terreur et de fascination .Cette femme… moi, et pourtant pas moi.Elle se tient là, drapée d’ombres, son regard figé dans une expression que je ne peux comprendre entièrement.Mais ce qu’elle vient de dire me glace le sang.— Nous sommes déjà mortes.— Non…Ma voix tremble .Je recule d’un pas, mais mes jambes peinent à me porter. Andréas me soutient par le bras, sa prise ferme et réconfortante malgré la tension dans son corps.Léandre, quant à lui, ne bouge pas. Son visage est fermé, presque résigné.L’apparition esquisse un sourire amer.— Tu ne veux pas l’entendre, n’est-ce pas ? Mais la vérité est là, juste sous tes yeux.Je secoue la tête, refusant d’accepter ce qu’elle insinue.— Qui es-tu ?Elle rit doucement, un son fragile, presque mélancolique.— Je suis toi, Éléonore. Je suis celle que tu étais avant que l’on te vole tes souvenirs. Celle qui a aimé, qui a souffert… et qui est morte pour ce lien maudit.Mon cœur rate un b
ÉléonoreLe silence s’étire entre nous, aussi tranchant qu’une lame invisible.Andréas et Léandre sont figés, comme deux ombres prêtes à s’affronter.Et moi…Mon cœur bat trop vite.Je suffoque sous le poids des révélations .Je veux comprendre. Je veux savoir pourquoi Léandre a brisé mon lien avec Andréas.Mais surtout, je veux me souvenir.Alors je serre les poings et je déclare :— Dites-moi tout .Ma voix est calme, mais ferme.Un instant, ni l’un ni l’autre ne répond.Puis, enfin, Léandre soupire.— Très bien .Il se tourne légèrement, observant l’horizon de l’Entre-Monde.— Tu veux la vérité, Éléonore ? Alors écoute bien.Il marque une pause, puis reprend d’une voix plus grave.— Tout a commencé bien avant que nous nous rencontrions.---Léandre – Il y a des sièclesLes torches brûlent dans la nuit, projetant des ombres vacillantes sur les murs du sanctuaire.Je suis agenouillé devant le Conseil des Sages, le cœur battant.— Nous avons pris notre décision.La voix du grand maîtr