AnnaUn bruit.Un putain de bruit.Mon cœur s’arrête.Je retiens mon souffle.Léo aussi.On se regarde, immobiles, pétrifiés.Puis, sans un mot, il m’attrape par le poignet et m’entraîne vers l’ombre la plus proche.J’ai l’impression que mon corps tout entier vibre d’adrénaline.Mes oreilles bourdonnent.Mais je l’entends.Des pas.Lents.Méthodiques.Quelqu’un s’approche.On est piégés.---Léo se tend.Son regard fouille les environs.La vieille usine autour de nous est un labyrinthe de métal rouillé, de machines abandonnées et de couloirs sombres.— Par ici, chuchote-t-il.Je le suis.On s’enfonce dans l’obscurité.Le sol craque sous mes pieds.J’ai peur que le bruit nous trahisse.Mais Léo continue d’avancer, trop concentré pour hésiter.Qui est là ?Un flic ?Un tueur ?Quelqu’un qui sait ce qu’on a fait ?Mon ventre se serre.Non. Pas maintenant.---On atteint une porte en métal.Léo l’ouvre lentement, sans bruit.On se faufile à l’intérieur.Une pièce vide, à part quelques cai
AnnaOn marche vite.Silencieux.Je sens la tension dans ses épaules.La mienne est pire.Mes mains tremblent.Chaque bruit me fait sursauter.J’ai l’impression qu’on nous suit.Ou que je suis hantée.Puis soudain…Léo s’arrête.Raide.Je le regarde, puis je vois.Devant nous.Sur le mur d’une vieille boutique.Un message.Écrit en lettres rouges, dégoulinantes."TU NE PEUX PAS TE CACHER."Mon sang se glace.Ce n’est pas de la peinture.C’est du sang.Un bruit derrière nous.Je me retourne trop vite.Personne.Mais je sens une présence.On nous regarde.Léo serre le couteau dans sa main.— On bouge. Maintenant.Je veux courir.Mais mes jambes sont en plomb.Je fixe le message.Les lettres tremblantes.Le sang encore frais.Et un détail me frappe.Il manque une lettre.Le T de "TE".Comme si l’auteur avait été interrompu.Comme si quelqu’un était encore là.---Léo m’attrape par le bras et me tire en avant.Je le laisse faire.On marche vite.Sans regarder en arrière.Sans parler.L’an
AnnaSon souffle est à peine audible.Le mien est trop fort.Il va nous trahir.Il va m’achever.---BANG.Un bruit sourd retentit de l’autre côté.Je sursaute violemment.Léo se tend, comme un prédateur prêt à bondir.Mes tripes se tordent.Puis, plus rien.Aucun pas qui s’éloigne.Aucun mouvement.Juste ce silence, trop épais, trop écrasant.---Léo me jette un regard.Je secoue la tête.N’ouvre pas.Il le sait.Mais il approche quand même.Ses doigts effleurent la poignée.J’ai envie de hurler.Ne fais pas ça.Mais je suis incapable de parler.Mon souffle est bloqué dans ma poitrine.---Léo attrape la poignée.Et d’un geste brusque, il ouvre.Rien.Personne.Juste la ruelle déserte, éclairée par les néons crasseux d’un lampadaire vacillant.Je peine à respirer.— Il n’y a rien, murmure-t-il.Je secoue la tête.Je sais que ce n’est pas vrai.Quelqu’un était là.Et cette personne sait quelque chose.---Léo referme la porte et la verrouille.Il s’approche de moi, accroupi, son regar
AnnaLe sommeil ne vient pas.J’ai essayé de fermer les yeux.Essayé de respirer lentement.Mais à chaque fois, le sang me revient en mémoire.Le rouge, si vif.L’odeur métallique.Et Ethan.Son corps inerte.Sa peau glacée.Je frissonne sous la couverture, incapable d’échapper à la sensation oppressante qui m’écrase la poitrine.---Dans la pièce voisine, Léo est encore éveillé.Je l’entends bouger, soupirer, griffonner quelque chose sur du papier.Il ne dort pas non plus.Il réfléchit.Moi, j’essaie d’oublier.---Quand je finis par m’endormir, c’est pire encore.Je rêve.Un rêve trop réel.Je suis dans mon lit.Le même.Le même drap froissé.La même lumière blafarde de la lune filtrant à travers la fenêtre.Et il est là.Ethan.Mais cette fois…Il me regarde.Ses yeux, ouverts et morts, me fixent.Son visage est figé dans une expression d’agonie.Son corps tremble.Il murmure quelque chose.Je ne comprends pas.Le sang suinte toujours de sa gorge tranchée.Je veux hurler.Fuir.Mai
AnnaQuand il démarre, la tension est palpable.Ses mains sont crispées sur le volant.Ses yeux fixent la route, mais je sais qu’il réfléchit à mille à l’heure.Je veux parler.Mais que dire ?Tout ça me dépasse.Alors je ferme les yeux un instant.Respire profondément.Tente de retrouver mes esprits.Puis…Un frisson violent me traverse.Quelque chose cloche.Je rouvre les yeux et tourne la tête vers la vitre.Et mon cœur s’arrête.Dans la ruelle que nous venons de dépasser…Sous un lampadaire vacillant…Il est là.Debout.Immobile.Le visage dans l’ombre.Je ne distingue pas ses traits.Mais je sens son regard.Brûlant.Fixé sur moi.Un frisson me glace le sang.Il ne bouge pas.Il attend.Je n’ai pas le temps de crier.La voiture file à toute vitesse, nous laissant derrière lui.Mais je sais.Je sais que ce n’est pas fini.Je sens que c’est seulement le début.Que cette ombre…Ce message de sang…Ce murmure dans mon cauchemar…Tout est lié.Et que peu importe où je vais…Il me retr
AnnaLe silence hurle.Il est assourdissant.Il me déchire de l’intérieur.Mon regard va du corps attaché sur la chaise à Léo, dont le visage est impassible.Mon cœur tambourine dans ma poitrine, prêt à éclater.— Qu’est-ce que tu veux dire… ce n’est pas lui ?Ma voix tremble.Mon corps aussi.L’odeur de sang emplit mes narines, me rendant nauséeuse.Le corps devant moi est Ethan.Je le vois.Je le sens.Alors pourquoi Léo dit-il que ce n’est pas lui ?---Un ricanement résonne à nouveau, glacial.L’ombre au fond de la pièce se détache peu à peu.Je plisse les yeux, mon souffle coupé.Quelqu’un est là.Quelqu’un d’autre.Une silhouette longue et fine, presque spectrale.Puis, une main pâle sort de l’ombre et caresse doucement la joue ensanglantée d’Ethan.Il gémit faiblement.Je me fige.La voix revient, suintante de poison.— Les morts ne meurent jamais vraiment, Anna.---Un frisson violent parcourt mon échine.Je ne reconnais pas cette voix.Ou peut-être que si.Peut-être qu’elle m
AnnaMême cicatrice fine près de la tempe, là où Ethan s’était blessé en tombant à vélo, à onze ans.Même tout.Sauf…Sauf ce regard.Ce regard qui n’est pas le sien.Léo parle, sa voix tranchante comme une lame.— Explique.L’homme—le faux Ethan ?—rit doucement.Un rire rauque, presque amusé.— Il n’y a rien à expliquer.Son regard clair brille d’une lueur glaciale.— Je suis Ethan.Mon estomac se noue.Je secoue la tête.— Non.Ma voix est rauque, tremblante.— Non, tu mens.Son sourire s’élargit.— Toujours aussi perspicace, Anna.Il s’arrête à quelques mètres de moi.Léo est une barrière entre nous.Mais il sait.Il sait que quelque chose ne tourne pas rond.Le vrai Ethan—celui sur la chaise—gémit à peine, essayant de lever la tête.Il tente de parler.Mais il est trop faible.---— Tu as enterré un corps, Anna.La phrase claque comme un fouet.Léo sursaute.Je blêmis.La pièce se met à tanguer.Le sol s’effondre sous moi.Je tombe.Je tombe dans des souvenirs que j’avais enfouis,
AnnaLéo ne parle pas.Ethan ne bouge plus.Et moi…Je ne respire même pas.Le miroir est brisé.Mais l’image est toujours là.Elle s’imprime dans mon crâne, obsédante, intolérable.Une femme qui me ressemble.Une femme qui me connaît.Une femme qui affirme que je l’ai enterrée.---— Anna.La voix de Léo me ramène brutalement.Son regard est rivé sur moi, mais il n’ose pas poser la question.Celle qui flotte dans l’air, lourde, empoisonnée.“Qu’est-ce qui vient de se passer ?”Mais je ne peux pas répondre.Parce que je ne sais pas.Ou pire.Parce que je sais.---Léo se redresse lentement.Son corps me frôle à peine, mais je ressens sa tension.Un prédateur prêt à attaquer.Un homme qui sent que quelque chose lui échappe.Et je suis cette chose.Cette anomalie.Ce mensonge vivant.— On doit partir.Sa voix est ferme, sans appel.Il sait que quelque chose cloche.Mais il ne sait pas quoi.Pas encore.---J’acquiesce sans un mot.Mon regard glisse vers Ethan.Son souffle est plus court,
AnnaMais ce n’est pas le Eliel que j’ai connu. Pas celui qui avait encore l’espoir au bord des lèvres. Son visage est plus dur. Son regard, plus sombre. Il a vu des choses. Et il porte quelque chose en lui. Une douleur vivante.« Pourquoi es-tu là ? » ma voix tremble malgré moi.Il s’approche d’un pas, puis s’arrête.« Parce que le monde va se fendre, Anna. Et que toi seule peux empêcher qu’il s’effondre. »Je déglutis. Chaque mot est une lame.« Tu savais, n’est-ce pas ? Tu savais ce que j’étais. »Il ferme les yeux. Puis, d’une voix basse :« Je savais que tu étais plus que ce qu’on t’avait dit. Mais je ne savais pas que tu étais… l’éclat brisé. »« L’éclat brisé ? »Il me regarde avec une intensité glaciale.« Celle qui a le pouvoir de refaire le monde… ou de le détruire entièrement. »Le silence tombe, plus lourd que jamais.Je sens mon cœur battre dans mes tempes.« Et toi ? Tu viens m’aider ? Ou m’arrêter ? »Un silence. Long. Tranchant.Puis il murmure :« Je ne sais pas encor
AnnaUn cercle de pierres se dessinait dans la clairière, parfaitement symétrique. Au centre, une colonne de lumière bleutée s’élevait du sol, sans source apparente. L’air y vibrait, distordu, chargé d’une magie ancienne et inaltérable. C’était comme si le monde retenait son souffle.Je sentis mes jambes trembler, mais je restai droite. Pas cette fois. Je voulais savoir. Je voulais tout affronter.« Qu’est-ce que c’est ? » soufflai-je, hypnotisée.« Le seuil. » La voix de ma mère était douce mais ferme. « Le lien entre ce qui a été et ce qui peut être. C’est ici que les gardiens veillent. C’est ici que tu sauras. »« Les gardiens ? »Elle me regarda, et pour la première fois, j’y lus de la peur.« Ils ont connu la vérité avant nous. Ils ont vu les erreurs, les sacrifices, les serments trahis. Et maintenant… ils attendent ton choix. »Je reculai d’un pas.« Mon choix ? »« Tu es celle qui brise le cycle, Anna. Mais tu es aussi celle qui peut en créer un nouveau. »Un grondement sourd m
AnnaLe sol sous mes pieds vibre à chaque pas. Une pulsation sourde, presque imperceptible, comme si la terre elle-même réagissait à notre passage. Ma main ne quitte pas celle de ma mère. Je sens sa chaleur, sa force, son énergie fluide, ancrée en moi comme une certitude. Nous avançons en silence, mais nos pensées sont bruyantes.Je sens le poids du monde s'alléger. Non pas parce que le danger a disparu, mais parce que, pour la première fois, j'avance sans fuir. J'avance pour comprendre. Pour choisir. Pour affronter.La forêt s'efface lentement, remplacée par des clairières où la lumière lunaire coule comme du lait sur les feuilles argentées. Puis un sentier, une ouverture dans l’obscurité, bordée de pierres anciennes, couvertes de mousse. L’air change. Il devient plus dense, chargé de souvenirs que je ne reconnais pas mais que mon corps semble connaître. Mon sang palpite d’une mémoire plus vieille que moi.« Nous y sommes presque », souffle ma mère, la voix tremblante d’un pressentim
AnnaEt au fond de moi, je savais que même si les ombres du passé ne disparaîtraient jamais complètement, j'étais prête à affronter quoi que ce soit. Avec ma mère à mes côtés, nous pourrions braver toutes les tempêtes à venir. L'héritage de nos ancêtres continuait de vivre à travers nous, et ensemble, nous étions invincibles.Mais quelles autres ombres se cachaient encore dans les recoins de notre avenir ?Alors que le silence s'étendait autour de nous, je me relevai lentement, encore tremblante d'émotions. La forêt, autrefois assombrie par l'angoisse et le danger, semblait maintenant vibrant d'une nouvelle énergie. Le souffle du vent caressait ma peau, porteur d'un ressenti de renouveau. Mais les luttes passées assombrissaient toujours mes pensées. Que se passerait-il maintenant ? Ma mère se tenait à mes côtés, une aura de sérénité émanant de sa présence. Je pouvais lire dans ses yeux qu'elle ressentait la douleur et la fatigue que je portais dans mon cœur. Mais elle avait aussi une
AnnaL’impact de mon attaque avait fait trembler le sol sous mes pieds, et je pouvais sentir l’écho de la déflagration résonner dans chaque fibre de mon être. Il vacillait, mais ses yeux brûlants de rage et de défi me fixaient, et un frisson d’excitation mêlé à l'angoisse parcourut mon échine.La créature, bien que blessée, semblait ne pas vouloir abandonner. Il se redressa lentement, son rire sinistre résonnant dans la forêt comme un écho funeste.« Tu penses vraiment que tu peux m’arrêter avec ça ? » cracha-t-il, le visage illuminé d’un sourire déformé. « Tu es encore si naïve. » Je sentais les battements de mon cœur s’emballer, chaque pulsation me poussant à maintenir la concentration. L’énergie vibrante en moi s’intensifiait, mais je savais que chaque instant de faiblesse pourrait être fatal. La fusion de la lumière et de l’ombre était ma force, mais elle demandait du contrôle et de la maîtrise.« Si je suis naïve, alors tu dois être bien aveugle, » répliquai-je, ma voix résonnan
AnnaÀ côté de moi, ma mère marchait silencieusement, son regard perdu dans les ténèbres. J'avais la sensation qu'elle était déjà loin, déjà dans un autre monde, ailleurs. Je ne savais pas si elle avait vu ce que j'avais vu dans le médaillon, ou si elle savait ce que cela signifiait pour moi. Mais j'avais besoin de réponses, et elle était la seule à pouvoir me les fournir.Maman, dis-je d’une voix calme mais tremblante, que signifient les mots de cette vision ? « La clé réside en toi… » Que dois-je faire maintenant ?Elle s'arrêta un instant, ses mains s'ouvrant légèrement, comme si elle cherchait une réponse dans l’air qui l’entourait. Puis, enfin, elle parla, sa voix grave et marquée par le poids des années.Ce que tu as vu, ce n’est pas un hasard, Anna. Ce n’est pas une simple vision. Ce sont des fragments de la vérité. La vérité que nous avons tenté de cacher, pour te protéger.Je la regardai, les yeux écarquillés, déstabilisée. Elle semblait peser chaque mot, chaque syllabe, comm
AnnaJe n'avais jamais vu ma mère aussi gravement déterminée, aussi fragile dans sa posture malgré la force qui émanait d’elle. Ses mains tremblaient légèrement lorsqu'elle s'approcha du vieux coffre, comme si chaque mouvement était empreint de significations et de souvenirs enfouis depuis longtemps. Ses gestes lents et mesurés semblaient chercher à masquer une anxiété palpable. Je la suivis, mes pas hésitants résonnant dans la pièce silencieuse.Elle s'arrêta devant le coffre et l'ouvrit, révélant un intérieur sombre, où une lumière douce émanait d’un objet posé à l'intérieur. L’instant sembla suspendu, comme si la pièce entière retenait son souffle. La poussière flottait dans l’air, un mélange de vieux papiers et de secrets entassés. Mais au fond, ce qui captait toute mon attention était ce petit médaillon en argent, brillant d'une lueur étrange.Ce médaillon, dit-elle d'une voix basse, est la clé. Non seulement de ton passé, mais aussi de ce qui t'attend.Je m’approchais avec préca
AnnaQue veux-tu savoir, Anna ? Sa voix est calme, mais il y a une intensité cachée derrière chaque syllabe. Je ne peux pas tout te dire d’un coup. Mais si tu veux connaître la vérité, tu dois être prête à accepter tout ce qui vient avec.Je n’ai pas de réponse immédiate. La vérité… Que puis-je en savoir ? Que puis-je en accepter ? Pendant si longtemps, j’ai vécu dans l’ignorance, dans le flou. Mais aujourd’hui, ce flou se dissipe, et avec lui, une terreur froide s’installe dans mes entrailles. Ce que ma mère cache, ce n’est pas quelque chose que l’on veut découvrir.Je respire profondément. L’air dans cette salle semble plus lourd, plus épais, comme si chaque mot qu’elle allait prononcer alourdissait l’atmosphère.Je suis prête, finis-je par dire, ma voix presque rauque. Dites-moi tout.Elle hoche lentement la tête, un geste qui semble approuver mes paroles, mais il y a toujours cette distance entre nous. Elle semble plus distante encore maintenant qu’elle va enfin commencer à parler
AnnaLa lumière du matin pénètre lentement dans la pièce, balayant les ombres qui s’y sont installées durant la nuit. Le silence est lourd, presque oppressant. Mais à l'intérieur de moi, quelque chose a changé. Une certitude s’est installée, une vérité que je ne peux plus ignorer. Je suis prête à affronter ce passé, à découvrir tout ce qui a été caché sous des couches de mystère et de silence.Léo est à mes côtés, toujours aussi présent, mais je sais qu’il attend. Il comprend la profondeur de ce que je ressens, de ce que je suis en train de découvrir. Mais il ne peut pas tout comprendre. Il ne connaît pas le poids de ce que je porte en moi.Tu es prête ? demande-t-il, sa voix douce mais emplie d’une certaine inquiétude.Je me tourne vers lui, un léger sourire au coin des lèvres.Je n’ai pas vraiment le choix, dis-je, ma voix assurée malgré l’incertitude qui fait écho dans mes entrailles. Il est temps. Le temps de comprendre ce qu’elle voulait. De savoir pourquoi elle m’a laissée avec