Ewan Le silence de la forêt s’était transformé en tension palpable. Chaque bruissement de feuille, chaque craquement de branche résonnait comme un avertissement. Nyx s’était relevée d’un mouvement souple et silencieux, ses sens en éveil. J’imitai son geste, mes muscles tendus sous l’adrénaline qui montait.— Combien ? soufflai-je.Nyx ferma les yeux un instant, écoutant attentivement. Puis elle les rouvrit, son regard doré brillé d’une intensité sauvage.— Trois, peut-être quatre. Ils se déplacent prudemment, ce ne sont pas des bêtes sauvages… Ils nous traquent.Mon cœur se mit à battre plus fort. Nous n’étions pas encore remis de notre dernier combat et la jeune femme blessée dormait toujours, vulnérable. Un affrontement ici, dans cette clairière ouverte, ne jouerait pas en notre faveur.— On doit bouger, maintenant.Nyx hocha la tête et s’accroupit près de la blessée, posant doucement une main sur son front.— Elle est encore faible, mais on n’a pas le choix.Je passai un bras sous
Ewan L’air vibrait encore sous la tension du combat. Le sol était marqué par les traces laissées par leurs échanges, et l’ombre de la lune projetait des lueurs incertaines sur la clairière.Nyx était debout, face à Varka, son regard incandescent de détermination. Le sorcier, bien qu’ébranlé par l’affrontement, affichait toujours ce sourire calculateur, comme s’il savait déjà comment se terminerait cette confrontation.— Tu as progressé… murmura-t-il en s’essuyant le coin des lèvres du revers de la main. Mais crois-tu vraiment pouvoir changer le destin ?Nyx ne répondit pas. Elle s’avança d’un pas, ses muscles tendus sous l’effort, chaque mouvement mesuré, prêt à réagir à la moindre attaque.Je restais en retrait, le souffle court, mes sens toujours en alerte après l’affrontement contre les sbires de Varka. Mon corps portait les marques du combat : des griffures, des contusions, une douleur sourde dans les côtes. Mais rien de cela n’avait d’importance. Seule comptait la situation actu
Ewan Elle ferma les yeux un instant, comme si elle luttait contre une pensée trop insistante. Puis elle recula d’un pas, rompant le contact.— Si Varka nous traque, c’est précisément à cause de ça. Parce que nous sommes liés. Parce que nous avons quelque chose qu’il veut posséder ou détruire.Sa voix était plus dure maintenant, teintée d’une détermination farouche.Je sentis mon cœur se serrer.— Tu penses vraiment qu’on serait plus en sécurité séparés ?Elle releva les yeux vers moi, et cette fois, je vis une ombre de peur derrière son masque de maîtrise.— Je pense que si je dois choisir entre te perdre et te voir mourir…Elle s’interrompit, mordant sa lèvre.— Alors je préfère que tu sois loin de moi.Je sentis une colère sourde monter en moi, pas contre elle, mais contre tout ce qui nous avait menés ici.Je fis un pas vers elle.— Et moi, je préfère affronter mille dangers plutôt que de passer une seule seconde sans toi.Elle écarquilla légèrement les yeux, surprise par la force
Ewan L’air était chargé d’une électricité étrange, un frisson invisible qui courait sur ma peau alors que nous pénétrions dans l’ancien sanctuaire. L’endroit semblait hors du temps, sculpté dans la pierre et le silence, comme s’il retenait son souffle depuis des siècles, attendant notre venue.Nyx marchait devant moi, chaque pas mesuré, comme si elle sentait la présence de spectres invisibles. Son corps était tendu, ses muscles prêts à réagir au moindre danger, mais ce n’était pas la peur qui la troublait.C’était autre chose.Une douleur sourde.Une mémoire qui cherchait à remonter à la surface.Je posai une main sur son épaule, et elle tressaillit légèrement avant de me lancer un regard furtif.— Ça va ? murmurai-je.Elle ne répondit pas tout de suite, ses yeux balayant les fresques effacées qui ornaient les murs. Des silhouettes gravées dans la pierre représentaient des loups et des félins entremêlés dans une danse à la fois féroce et intime. Une bataille ? Une union ?— Ce n’est
Ewan Le souffle encore haletant de notre baiser se mêlait à l’air glacé du sanctuaire. L’espace d’un instant, il n’y avait plus que nous, enfermés dans ce moment où tout semblait enfin avoir un sens. Mais ce fragile équilibre fut brisé par une sensation viscérale qui me traversa comme une lame invisible.Nous n’étions pas seuls.Je me raidis instantanément, mes instincts de loup en alerte maximale. Nyx ressentit la même chose. Son regard ambré se durcit, et sans même échanger un mot, nous pivotâmes en synchronie vers l’ombre qui s’étirait au fond du sanctuaire.Quelqu’un nous observait.Une silhouette se détacha lentement du mur de pierre, comme si elle se fondait dans les ténèbres. Une présence lourde, oppressante, qui fit vibrer l’air autour de nous.Puis, une voix s’éleva, profonde et sifflante, portant en elle le poids d’une menace millénaire.— Enfin, vous voilà.Un frisson me parcourut.Je savais qui il était avant même qu’il ne se révèle entièrement.Varka.L’Apparition du Sor
Ewan L’écho de la révélation résonnait encore dans l’air glacé du sanctuaire. La vision de notre passé venait de s’effacer, mais elle s’était gravée dans ma mémoire avec une clarté terrifiante.Nyx restait figée, son regard perdu dans le vide. Sa respiration était rapide, saccadée, comme si son propre corps refusait d’accepter la vérité qui venait de nous frapper .Nous nous étions déjà aimés.Et nous avions déjà été détruits.Varka nous observait, un sourire satisfait aux lèvres, savourant notre désarroi.— C’est troublant, n’est-ce pas ? susurra-t-il, avançant lentement dans l’espace sacré. Cette sensation de déjà-vu, cette peur sourde qui vous enserre le cœur… C’est le poids du destin.Ses paroles me firent l’effet d’un coup de poing.Je refusais de croire que tout était déjà écrit.— Non, grognai-je entre mes dents.Varka haussa un sourcil, amusé.— Non ? Ah… Tu es donc toujours aussi aveugle, Ewan.Je le foudroyai du regard.— Je ne crois pas au destin.Un rire rauque échappa au
Ewan L’écho de la révélation résonnait encore dans l’air glacé du sanctuaire. La vision de notre passé venait de s’effacer, mais elle s’était gravée dans ma mémoire avec une clarté terrifiante.Nyx restait figée, son regard perdu dans le vide. Sa respiration était rapide, saccadée, comme si son propre corps refusait d’accepter la vérité qui venait de nous frapper .Nous nous étions déjà aimés.Et nous avions déjà été détruits.Varka nous observait, un sourire satisfait aux lèvres, savourant notre désarroi.— C’est troublant, n’est-ce pas ? susurra-t-il, avançant lentement dans l’espace sacré. Cette sensation de déjà-vu, cette peur sourde qui vous enserre le cœur… C’est le poids du destin.Ses paroles me firent l’effet d’un coup de poing.Je refusais de croire que tout était déjà écrit.— Non, grognai-je entre mes dents.Varka haussa un sourcil, amusé.— Non ? Ah… Tu es donc toujours aussi aveugle, Ewan.Je le foudroyai du regard.— Je ne crois pas au destin.Un rire rauque échappa au
Ewan Nyx serra les poings.— Pourquoi ? souffla-t-elle enfin.Varka haussa un sourcil.— Pourquoi quoi ?Elle déglutit, son souffle erratique.— Pourquoi moi ?Un rire sombre s’échappa de ses lèvres.— Parce que tu es née pour moi, Nyx.Elle tressaillit, et il s’approcha lentement.— Tu as toujours été mienne. Depuis la première vie, depuis la première nuit où la Lune Noire t’a enveloppée.Il effleura une mèche de ses cheveux, et je vis Nyx frissonner.Mais ce n’était pas du désir.C’était du rejet.— Tu es ma clé, mon équilibre, mon immortalité.Son ton devint plus doux, presque séduisant.— Reviens à moi, et je te rendrai ce que tu as perdu.Elle se crispa.— Tu retrouveras ton passé. Ta force. Ta mémoire.Un murmure, un piège.— Et je t’offrirai le monde.Je vis la confusion danser dans les yeux de Nyx.Elle luttait.Contre les souvenirs.Contre l’ombre de ses vies passées qui tentaient de la noyer.Contre la douleur d’aimer quelqu’un que le destin ne voulait pas.— Choisis-moi.L
Erwan, Nyx, Lyam, Nolen, KaelL’hiver s’accroche à la terre, aussi tenace que nous. Les jours s’étirent dans un silence tendu, chaque heure plus lourde que la précédente. On a attendu ce moment trop longtemps. Maintenant, il est là.Erwan— C’est ce soir.Ma voix brise le silence. Nyx relève la tête, ses traits figés par la détermination. Lyam hoche la tête. Il a récupéré des armes, des cartes. Tout est prêt.Nyx— On ne revient pas en arrière.Lyam— On n’est jamais revenus en arrière. On a juste mis le feu aux ponts, un par un.Nolen ne parle pas. Il sait. Il a compris. Ses petits poings serrés contre sa poitrine.Nolen— Reviens, maman. Reviens cette fois.Nyx s’accroupit, pose une main sur sa joue.Nyx— Je reviens. On va se construire cette maison, tu te souviens ? Avec un lit qui grince pas.Il hoche la tête, mais je vois ses yeux briller. C’est un adieu qu’on lui arrache sans oser le dire.On part à la nuit tombée. Le domaine de Kael est à deux jours de marche, mais Lyam connaî
Erwan, Nyx, Nolen, LyamLa nuit est glaciale, mais je ne sens plus rien. Mon bras autour de Nyx, mes forces vacillantes, et devant nous, Lyam ouvre la route. Nolen dort contre elle, le visage enfoui dans son cou comme s’il refusait de voir ce monde en ruines.Erwan— Combien de temps avant qu’ils nous retrouvent ?Lyam ne répond pas tout de suite. Ses yeux balayent l’horizon. La forêt dévore la route, les arbres se referment sur nous.Lyam— On a gagné du temps. Kael est mort. Mais tu sais comment ça marche… Un autre prendra sa place.Je serre les dents. Nyx me soutient sans un mot, sa main tremblante sur ma hanche. Elle m’a sauvé. Elle nous a tous sauvés.Nyx— On trouvera un endroit. Assez loin. Pour respirer. Pour penser.Sa voix est rauque, abîmée. Mais elle est là. Vivante. Et plus forte que jamais.On marche encore des heures. La douleur pulse dans ma jambe. Je tombe une fois, deux fois. Nyx refuse de me lâcher.Erwan— Tu devrais partir devant avec Nolen. Me laisser là si je te
Erwan, Nyx, LyamLe vent souffle en bourrasques, charriant des odeurs de terre humide et de bois brûlé. La nuit s’étale sur nous comme une ombre vivante. À l’horizon, la forteresse se dresse, massive, impénétrable.Nous sommes trois. Eux, une trentaine. Mais la peur ne fait plus partie de l’équation.Nyx— On entre par les tunnels. Il y a un passage sous la falaise, une ancienne galerie d’évacuation.Je la fixe.Erwan— Tu en es sûre ?Elle ne cille pas.Nyx— Kael l’a fait condamner, mais je sais comment passer. C’est notre seule chance d’arriver jusqu’à Nolen sans alerter tout le camp.Lyam serre son fusil, vérifie son chargeur.Lyam— Combien de temps avant l’aube ?Je jette un œil au ciel.Erwan— Quatre heures. On doit être rapides.Nyx passe devant. Elle connaît chaque pierre, chaque fissure de cette terre damnée. On descend en silence, courbés contre les ombres.Les tunnels sont étroits, humides. L’air y est lourd, chargé d’un relent de moisissure et de sang ancien.On progress
Erwan, Nyx, LyamLa nuit ne veut pas finir. Elle s’accroche à nous comme une malédiction. Pourtant, on ne bouge plus. Figés dans cette étreinte bancale, incapables de dire ce qui brûle encore nos tripes. La rage, la peur, l’espoir, tout se mélange. Et dans le silence, c’est Nyx qui finit par parler. Sa voix est rauque, étranglée, presque brisée.Nyx— Le premier… il s’appelait Kael. C’est lui qui m’a trouvée la première nuit. Il m’a tendu la main quand je crevais de froid et de faim… Et il m’a enchaînée avec.Elle se redresse, les yeux perdus dans les flammes.— Il dirige un réseau, là-bas, de l’autre côté des montagnes. Un empire bâti sur la peur, la chair et le sang des autres. Il m’a vendue, rachetée, brisée, et toujours, il me ramenait à lui. Parce que c’est ce qu’il fait. Il garde ce qu’il a brisé. Comme un trophée.Lyam serre les poings, son regard noir fixé sur elle.Lyam— Et tu veux qu’on commence par lui ?Nyx hoche la tête.Nyx— Je veux voir ses yeux quand il comprendra qu
Erwan— Viens.Je tends la main. Ma voix est rauque. Elle hésite, puis s’approche. Et quand ses doigts frôlent les miens, c’est un torrent qui me traverse. Toutes ces années à croire qu’elle était morte. Toutes ces nuits à la maudire et à la pleurer.Je l’attire brutalement contre moi. Mon front se pose contre le sien.— Tu m’as tué, Nyx. Tu m’as laissé mourir avec toi.Elle sanglote. Ses doigts s’agrippent à ma veste.— Je sais… je sais… Mais je suis là maintenant. Et je vous lâcherai plus.LyamIl nous regarde, les poings serrés. Puis, d’un geste brusque, il frappe la table.— Je sais même pas ce que je ressens. Y’a trop de rage, trop d’amour… Je veux te détester, mais j’y arrive pas. Je veux te prendre dans mes bras, mais j’suis incapable de bouger.Nyx le regarde avec cette douleur immense dans les yeux.— Je comprends. Mais laisse-moi te montrer. Laisse-moi rattraper ce que j’ai perdu.LyamIl craque. Ses épaules s’affaissent. Et dans un soupir, il laisse tomber la hache de guerr
Erwan, Lyam, NyxErwanLa nuit s’épaissit. Le silence est lourd, étouffant. Nyx est assise face à nous. Le feu projette des ombres sur son visage marqué. Ses yeux ne fuient pas. Elle attend.— Parle.Ma voix claque. Elle tressaille. Puis elle sourit, ce rictus qui me vrille le cœur.Nyx— Ils m’ont prise la nuit où tout a basculé. Quand vous avez cru que j’étais morte… je l’étais presque. Ils ont tiré sur moi, Erwan. Et pendant que tu hurlais mon nom, pendant que tu courais, j’étais là, couchée dans la boue, le sang dans la bouche. J’entendais encore ta voix. Et puis, plus rien. Le noir.Elle s’interrompt. Je serre les dents. Lyam ne bouge plus, figé.— Je me suis réveillée dans un lieu que vous ne pouvez pas imaginer. Des murs sans fenêtres. L’odeur de la mort partout. Le Conseil voulait que je parle. Que je livre vos secrets. Les miens. Tout ce que je savais de la rébellion, de nos projets, de toi, Erwan. Ils m’ont broyée. Jour après jour. Mois après mois.Elle lève les yeux.— Et t
ErwanDes années ont passé. Je ne sais plus combien. J’ai arrêté de compter.Le monde a continué de tourner, sans elle. Et moi, je me suis noyé dans cette absence, jour après jour, jusqu’à ne plus savoir où commençait ma douleur, où finissait mon corps.Mais il y a lui.Il est là, dans cette pièce, assis près de la fenêtre, le visage baigné de lumière. Il lui ressemble. Trop. Chaque jour un peu plus.Ses cheveux sombres. Ses yeux. Son silence. Cette manière d’observer le monde, sans rien dire, comme s’il savait déjà que personne ne tiendrait ses promesses.— Lyam.Il tourne la tête. Pas un sourire. Pas une plainte. Juste ce regard qui me traverse et me condamne.Il ne sait rien. Pas encore. On me l’a interdit. On m’a supplié d’attendre. De le laisser grandir sans le poids des morts.Mais aujourd’hui…Je m’approche. Mes mains tremblent. Je m’agenouille devant lui.— Tu sais qui était ta mère ?Il secoue la tête.Je prends une inspiration. Et je me brise en mille morceaux.— Elle s’appe
NyxJe sens mon corps s’effacer. Mon âme se détacher. Ce n’est pas douloureux. C’est pire. C’est doux. Comme si la mort était une caresse, une promesse.Je suis là, dans cette tour. Seule. Vaelor m’a tout expliqué. Le choix. Le prix. Le sacrifice.Il me regarde. Son sourire est triste.— Tu es certaine ?Je hoche la tête. C’est la seule façon.— L’enfant vivra…— Oui.— Et lui… ?Vaelor détourne les yeux.— Erwan t’oubliera. C’est le pacte. C’est le prix.Je ferme les yeux. Juste un instant. Je revois son visage. Ses mains. Sa voix quand il disait mon nom.— Alors, je suis prête.Je ne pleure pas. Je ne crie pas. C’est trop tard pour ça.Je laisse mon corps tomber à genoux. Le sol est froid. Mes doigts tremblent mais je les tends vers Vaelor.— Donne-moi ce qu’il reste. Donne-moi sa mémoire… pour une dernière fois.Vaelor hésite. Puis il s’approche. Ses mains effleurent mes tempes.Et soudain, tout me revient. Lui. Erwan. Sa colère, son amour, ses promesses. Nos nuits. Nos silences. C
ErwanLa nuit s’abat sur la vallée, lourde et suffocante. La tour de pierre noire s’élève, témoin silencieux d’un temps révolu, d’un monde où les hommes marchaient aux côtés des dieux et pactisaient avec la mort.Vaelor nous regarde. Ses yeux sont d’un gris d’acier, vides de toute humanité. Cet homme n’existe plus vraiment. Il n’est qu’un fragment de mémoire, un vestige de l’ancien monde, un gardien fatigué de porter ce fardeau.— Le sang a parlé, Erwan.Sa voix est rauque, usée par les siècles.— Le pacte n’a jamais été brisé. Tu n’as fait que retarder l’inévitable. L’enfant… n’est plus un simple héritier. Il est la clef. La porte. La fin et le commencement.Je serre Nyx contre moi. Elle ne parle plus. Elle fixe Vaelor comme on fixe un cauchemar éveillé. Ses doigts crispés sur mon bras sont glacés.— Dis-le, gronde-t-elle enfin. Dis-moi ce que je dois faire. Le prix… Quel est-il ?Vaelor esquisse un sourire triste.— Tu ne peux plus fuir, Nyx. Le prix, c’est lui.Il désigne mon ventr