SelenaJe me tiens dans la rue déserte, le cœur battant à un rythme que je refuse d’admettre comme nerveux. L’air nocturne est lourd, chargé d’électricité, et pourtant, je reste immobile, les poings serrés. Damien m’a trahie. Ce simple constat me brûle la gorge. Il n’a pas seulement changé de camp, il a misé sur Viktor, croyant pouvoir s’acheter une place de choix dans son empire. Mais il ignore une chose essentielle : Viktor ne laisse jamais personne s’élever trop haut.Un rictus amer déforme mes lèvres. Il a cru que j’étais finie, qu’il pouvait échanger notre alliance contre une illusion de sécurité. Il a oublié qui je suis. Il a oublié que je ne me contente jamais d’observer quand tout s’effondre autour de moi. Ce soir, je vais lui rappeler.Je pivote brusquement et me faufile dans les ruelles sombres. L’ombre est mon refuge, ma complice. Chaque recoin de cette ville est infesté d’yeux qui me traquent, de murmures qui se répercutent jusqu’aux oreilles de Viktor. Je n’ai plus le lux
SelenaJe me tiens dans l’ombre, chaque muscle tendu, prête à me mouvoir au moindre signal. L’atmosphère dans la salle est lourde, pesante, étouffante. Chaque mot prononcé par les membres de la réunion résonne comme une menace à mes oreilles. Ils sont tous là, les piliers du pouvoir de Viktor, ces hommes qui ont bâti son empire et qui se croient intouchables. Pendant des années, j’ai observé leurs manœuvres, leurs alliances, leurs trahisons.Mais ce soir, je ne suis plus une spectatrice.Ce soir, je ne les vois plus comme des alliés ni comme des ennemis. Ce ne sont que des cibles.Je prends une profonde inspiration, consciente que ce que je m’apprête à faire marquera un tournant décisif. Il n’est plus question d’attendre, de calculer dans l’ombre, de me contenter de survivre sous leur joug. Non. Ce soir, je vais retourner le jeu en ma faveur.Le grand salon où se déroule la réunion est à peine éclairé, baigné dans une lumière tamisée qui fait vaciller les ombres sur les murs. Des port
Selena Le silence qui suit la chute de Viktor est presque assourdissant. Son corps gît sur le sol, immobile, et pour la première fois depuis des années, son ombre ne plane plus sur cette organisation. Les hommes encore debout fixent la scène, hébétés, incapables d’assimiler ce qu’ils viennent de voir.Ils n'ont pas compris. Ils n'ont pas vu venir ce coup fatal. Je le lis dans leurs yeux : incrédulité, terreur, hésitation. Moi, une voleuse qu’ils prenaient pour une simple nuisance, une ombre dans leur monde de pouvoir, je viens de renverser leur roi.Je me tiens au centre de la pièce, le souffle régulier, le regard de glace. Je sens le sang encore chaud de Viktor imprégner le sol, son empire s’effondrer sous mes yeux. Pourtant, je n’éprouve ni triomphe ni satisfaction. Ce n'était pas une vengeance. Ce n'était pas un choix. C'était une nécessité. Mettre fin à son règne de terreur. Briser les chaînes invisibles qu’il avait enroulées autour de ce monde souterrain.Mais ce que je viens de
SelenaLe soleil décline lentement, déversant une lueur incandescente sur la ville. Les ombres s’allongent sur les murs, glissant sur les pavés comme des spectres silencieux. Une tension sourde flotte dans l’air, une attente pesante, comme si quelque chose de plus grand se préparait.Je suis assise dans la pièce principale de mon nouveau repaire, un verre d’alcool à moitié vide posé sur la table devant moi. L’ambre du liquide capte les dernières lumières du jour, un reflet trompeur d’apaisement. Mais il n’y a pas de paix. Il n’y en a jamais eu.Tout ce que j’ai bâti, tout ce que j’ai arraché aux mains de Viktor, repose sur une fondation fissurée. J’ai pris le contrôle, j’ai imposé mon nom, mais l’empire que j’ai conquis est loin d’être stable. L’odeur de la peur flotte encore dans l’air. Les hommes qui me suivent se demandent combien de temps avant que d’autres viennent réclamer ce trône.Je le sais. Je le sens.La porte s’ouvre brusquement, brisant le silence chargé d’électricité. Je
Selena L’air est lourd de tension. La ville, sous ses façades anonymes, grouille de rumeurs et de murmures qui se propagent comme un virus. Mon alliance prend forme, mais elle porte en elle son lot de dangers. Chaque partenaire que j’ai réussi à convaincre de me suivre n’est là que par intérêt. Aucun n’est vraiment fidèle. Aucun n’est prêt à se sacrifier pour moi. Mais je n’ai pas le luxe d’attendre des alliés loyaux. Je dois avancer, coûte que coûte.Dans mon quartier général, la lumière tamisée de la grande salle de réunion fait ressortir les visages tendus de mes plus proches alliés. Santiago est là, et cette fois, un autre homme l’accompagne : Lorenzo, un ancien associé de Viktor, habile en manipulation et en négociation.Bien qu’il ait travaillé pour Viktor, Lorenzo est maintenant l’un des rares à avoir choisi mon camp. Son visage marqué par l’expérience et sa posture rigide trahissent un homme qui ne joue pas les loyaux serviteurs. Comme les autres, il a ses propres ambitions.
Selena La tension était palpable, plus forte que jamais. Chaque mouvement de Selena était calculé avec une précision presque chirurgicale. Ce soir-là, elle se tenait dans son appartement au cœur de la ville, entourée de ses plus fidèles alliés : Santiago, Lorenzo, et un nouvel informateur, Elena, une ancienne membre du réseau de Viktor, reconvertie dans l’espionnage pour mon compte.Les informations que nous avions accumulées étaient cruciales. Nous avions mis la main sur un plan détaillé du réseau de communication du Conseil des Ombres. Mais je savais que la première étape, celle qui déciderait du cours de notre offensive, consistait à obtenir un renseignement vital sur la personne qui gérait cette communication : un homme nommé Nikolai.Nikolai était l’un des plus proches alliés du Conseil, et l’un des plus redoutés. C’était un expert en cryptographie, capable de déchiffrer n’importe quel code et de manipuler les réseaux de communication les plus sécurisés. Personne ne savait vraim
Selena La porte s’ouvre lentement, et avant même que l’intérieur de l’appartement ne se révèle, je sens l’atmosphère se densifier. Une lourdeur s’accroche à l’air, une tension invisible, mais bien réelle, prête à se matérialiser à tout instant. Il n’y a pas un bruit, pas un frémissement dans l’espace restreint du couloir, mais mon instinct hurle que nous ne sommes pas seuls.Je jette un regard rapide à Lorenzo, qui hoche imperceptiblement la tête. Il a senti la même chose. Nous savons que Nikolai est là, et surtout, nous savons qu’il nous attend.J’avance, mes talons résonnant faiblement contre le parquet sombre. Lorenzo me suit de près, une ombre aux aguets. La lumière tamisée de l’appartement baigne les lieux dans une froideur clinique. Les murs gris, les meubles épurés, sans âme, sans la moindre trace d’une véritable vie. Tout ici a été calculé, contrôlé, façonné pour être impersonnel. Comme s’il voulait se détacher du monde réel, se cacher derrière ce décor aseptisé.Et pourtant,
Selena Nikolai reste immobile, le regard figé sur moi. Ses mains tremblent légèrement, trahissant la tension qu’il tente de maîtriser. Il s’efforce de garder son calme, de ne pas laisser transparaître la peur qui lui noue la gorge, mais je la vois, cette panique sourde qui s’insinue en lui. Il comprend que la situation lui échappe, que le contrôle qu’il croyait absolu se fissure sous mes doigts. Il n’est plus le maître des lieux. Il n’est plus le stratège infaillible, celui qui dictait les règles dans l’ombre. Il n’a plus d’emprise sur ce qui se joue en cet instant.Je suis cette ombre qui s’étend sur lui. Cette force qu’il ne peut plus ignorer.Lorenzo s’avance lentement, imposant, implacable. Son regard est tranchant, celui d’un homme habitué à obtenir ce qu’il veut. Par la ruse ou par la force. Il sait quand il faut négocier, et quand il faut frapper. Ce soir, il ne négociera pas.— "Tu n’as pas le choix, Nikolai." Sa voix est basse, dangereusement calme. "Donne-lui ce qu’elle veu
SelenaIl dort enfin.Sa respiration est lente, un peu rauque. Le genre de souffle qui trahit encore la douleur sous la peau, malgré les médicaments, malgré le repos.Je devrais partir.Je devrais me lever, quitter cette pièce, tourner la page avant qu’il ne soit trop tard.Mais je suis toujours là.Toujours figée au bord de ce gouffre qu’il a creusé en moi.Ma main repose sur la couverture, tout près de la sienne. Il suffirait d’un frôlement, d’un geste, pour que je retombe.Je n’ai jamais eu peur de Viktor.Pas comme les autres.Pas comme ceux qui le craignent pour ce qu’il est, ce qu’il fait, ce qu’il incarne.Moi, j’ai peur de ce qu’il me fait ressentir.De ce qu’il éveille en moi.Derrière cette carapace de violence et d’arrogance, il y a un homme. Un homme capable de briser sans un mot. Capable d’enchaîner sans fers.Et moi, je suis déjà enchaînée.Je le sais depuis longtemps.Mais l’admettre ?C’est une autre histoire.Un soupir m’échappe.Je ferme les yeux une seconde, juste u
SelenaPersonne ne parle.Nous avons gagné.Mais pourquoi ai-je l’impression d’avoir perdu ?— Tu devrais te reposer, murmure Dimitri.Je secoue la tête.Pas tant que Viktor n’ouvre pas les yeux.Pas tant que je ne sais pas s’il va…Non.Je refuse de penser à cette possibilité.Je m’assois à côté de lui et prends sa main dans la mienne.Elle est chaude. Solide.Il est vivant.C’est tout ce qui compte.ViktorLe sommeil me tient prisonnier.Je flotte dans le néant, incapable de bouger.Mais je ressens quelque chose.Une chaleur.Une présence.Un souffle.Je force mes paupières à s’ouvrir.La lumière m’aveugle.Et puis, peu à peu, un visage se dessine.Selena.Elle est là.Épuisée. Magnifique.Je veux parler, mais ma gorge est sèche.Elle serre ma main.— Tu es un idiot, murmure-t-elle.Je souris faiblement.— Mais je suis en vie.Elle ferme les yeux, son front tombant contre ma main.Et pour la première fois depuis longtemps, je ressens autre chose que la rage.Je ressens la paix.Parc
SelenaLa nuit nous engloutit.L’immeuble est une ombre massive contre le ciel noir. Quatre étages. Peu d’issues. Un piège. C’est évident. Mais nous n’avons plus le luxe de reculer.Dimitri vérifie son chargeur. Luka ajuste son couteau à sa ceinture. Chaque mouvement est précis, contrôlé.Nous avons fait ça des dizaines de fois.Mais ce soir est différent.Ce soir, nous allons brûler ce qui reste de Roman.Viktor est devant moi, silhouette immobile, tendue. Il ne parle pas. Mais je le sens. Il est prêt à tout.Prêt à tuer.Prêt à mourir.Je resserre mes doigts autour de mon arme.— On y va, murmure-t-il.L’air est glacé. Pourtant, une chaleur brutale me consume de l’intérieur.La porte explose sous l’impact de Luka. Nous entrons en force.Et l’enfer s’ouvre sous nos pas.ViktorLes balles sifflent avant même que nous atteignions le couloir principal.Je me plaque contre un mur, tire à l’aveugle. Un cri. Une silhouette s’effondre.À ma gauche, Dimitri se bat corps à corps avec un homme
SelenaLe moteur vrombit dans le silence pesant.Viktor ne parle pas.Moi non plus.Le bruit du monde extérieur semble étouffé, comme si nous étions enfermés dans une bulle prête à éclater.Roman a lancé un ultimatum.Nous avons choisi.La guerre commence.Mais ce n’est pas la violence qui me hante à cet instant.C’est ce qui vient après.Les conséquences. Les pertes.Et cette vérité glaciale qui s’accroche à moi comme un poison : il n’y a pas d’issue.Viktor serre le volant.Je le vois dans la tension de sa mâchoire, dans la façon dont ses doigts se crispent sur le cuir.Il pense. Il planifie.Il prépare le coup fatal.— Nous devons frapper vite et fort, dit-il enfin, sa voix un grondement rauque.J’acquiesce.Il tourne enfin la tête vers moi, ses yeux brûlant d’une intensité froide.— Tu es prête ?La question flotte entre nous.Elle est plus grande que les mots.Elle ne demande pas seulement si je suis prête pour cette guerre.Elle me demande si je suis prête à plonger encore plus
SelenaSa voix est un murmure traînant, teinté de fausse cordialité.Je ne réponds pas.Je ne joue pas à ses jeux.Viktor non plus.Il se contente de croiser les bras, son regard d’acier braqué sur lui.Roman nous observe, son sourire s’élargissant.— Je dois dire… Je ne m’attendais pas à vous voir si tôt.Il se lève lentement, s’approchant de nous à pas mesurés.— La mort de Dimitri… Quelle tragédie.Son regard brille d’une lueur qui me donne envie de le frapper.Il se moque de nous.Il teste nos réactions.— Coupe les conneries, Roman, lâche Viktor d’un ton tranchant.Roman rit doucement.— Toujours aussi direct…Son regard se pose sur moi.— Et toi, Selena ? Toujours fidèle à Viktor ?Je ne bronche pas.— Si tu as une question, pose-la. Sinon, on s’en va.Il plisse les yeux, amusé.— Très bien.Il fait un geste de la main.Les portes derrière nous se referment.Les hommes de Roman resserrent leur position.Viktor se tend à mes côtés.— Vous avez tué Dimitri.Il ne pose pas la quest
SelenaLe matin s’étire, lent et pesant. L’air est lourd, chargé de cendres invisibles, de non-dits qui s’accumulent. Je fixe le plafond, incapable de me lever, incapable de dormir.Viktor respire profondément à côté de moi, encore perdu dans un sommeil que je lui envie. Son bras repose toujours sur ma taille, possessif même dans l’inconscience.J’aurais dû partir.J’aurais dû fuir avant que la lumière ne vienne révéler ce que la nuit a laissé derrière elle.Mais je suis encore là.Je suis toujours là.Le poids de ses doigts contre ma peau me brûle, mais c’est une brûlure que je ne peux plus ignorer. Pas maintenant. Pas après tout ce que j’ai fait.Je me glisse hors du lit, mes pieds nus frôlant le parquet froid. Un frisson me traverse, et pas seulement à cause de la température.Le miroir de la salle de bain me renvoie une image que je ne reconnais plus.Les traces de cette nuit sont encore visibles.Mes lèvres sont gonflées. Mon cou porte des marques. Mon corps est un champ de batai
Selena Je me retourne lentement.Il est là, juste derrière moi, dans l’encadrement de la porte.Ses yeux captent les miens. Un abîme. Une promesse.Un piège.— Je ne fuis pas.Il s’avance d’un pas.— Alors regarde-moi.Je le fais.Et je me perds.Son torse est couvert de cicatrices, des fragments de violence gravés à même la chair. Son regard est un océan sombre, un gouffre où il est trop facile de sombrer.Et moi, je suis fatiguée de lutter.Il le sait.Alors, il tend la main, caresse mon visage avec une douceur qui me fait plus mal qu’un coup.— Selena.Mon souffle se brise.Ses doigts effleurent ma joue, descendent lentement jusqu’à mon cou.— Qu’est-ce que tu veux ?Un murmure.Une demande.Un piège, encore.Je n’ai qu’à le repousser.Je n’ai qu’à dire non.Mais au lieu de ça, mes mains s’accrochent à ses bras.Je me hais pour ça.Je le hais pour ça.Mais ce soir, il est la seule chose qui me maintient debout.Alors je cède.Et lui, il me prend.Comme il l’a toujours fait.Avec u
SelenaDimitri rit doucement, un rire amer.— Tu crois que ça va changer quoi ?Je ne réponds pas.— Tu penses que tuer un homme fera de toi une autre personne ? Tu l’as déjà fait, non ?Son sourire se tord.— Ou peut-être que tu veux juste te prouver que tu peux être comme lui.Un silence.Un battement de cœur.Un souffle retenu.Je me tiens entre deux mondes.Celui que j’ai fui.Celui que j’ai rejoint.Et il ne me reste plus qu’un choix.— Selena.Viktor murmure mon nom, une ombre d’impatience dans la voix.Alors je tire.Le coup de feu claque dans l’entrepôt, rebondissant contre les murs de métal comme un écho funeste. Dimitri s’effondre en avant, une grimace de surprise sur les lèvres.Mais il respire encore.Je l’ai raté.Non.Je l’ai épargné.Ma main tremble légèrement alors que je baisse l’arme. Mon cœur cogne si fort que j’ai l’impression qu’il va déchirer ma cage thoracique.Viktor ne bouge pas.Puis, lentement, il s’approche.Son regard croise le mien.— Pourquoi ?Un murmur
SelenaLe moteur gronde sous nous alors que la voiture file à travers la ville encore endormie. Viktor est silencieux, ses doigts crispés sur le volant, son regard fixé droit devant lui. La tension dans l’habitacle est presque palpable, lourde, suffocante.Je le sens.Il essaie de garder le contrôle.Sur la situation. Sur moi. Sur lui-même.Mais il sait, tout comme moi, que nous fonçons droit dans l’abîme.Je m’adosse contre le siège, croisant les jambes et posant mes mains sur mes genoux.— Tu comptes me dire où on va, ou c’est une surprise ?Il ne tourne même pas la tête.— Tais-toi, Selena.Un rire sans joie m’échappe.— Charmant.Il serre un peu plus le volant, les jointures de ses doigts blanchissant légèrement.— Tu crois que c’est un jeu ?— Non.Je le fixe, mais il garde son regard braqué sur la route.— Mais toi, Viktor, tu crois que tu peux encore me contrôler.Cette fois, il tourne brusquement la tête vers moi, ses yeux brûlants de colère.— Parce que je peux.Je souris, un