Selena La tension était palpable, plus forte que jamais. Chaque mouvement de Selena était calculé avec une précision presque chirurgicale. Ce soir-là, elle se tenait dans son appartement au cœur de la ville, entourée de ses plus fidèles alliés : Santiago, Lorenzo, et un nouvel informateur, Elena, une ancienne membre du réseau de Viktor, reconvertie dans l’espionnage pour mon compte.Les informations que nous avions accumulées étaient cruciales. Nous avions mis la main sur un plan détaillé du réseau de communication du Conseil des Ombres. Mais je savais que la première étape, celle qui déciderait du cours de notre offensive, consistait à obtenir un renseignement vital sur la personne qui gérait cette communication : un homme nommé Nikolai.Nikolai était l’un des plus proches alliés du Conseil, et l’un des plus redoutés. C’était un expert en cryptographie, capable de déchiffrer n’importe quel code et de manipuler les réseaux de communication les plus sécurisés. Personne ne savait vraim
Selena La porte s’ouvre lentement, et avant même que l’intérieur de l’appartement ne se révèle, je sens l’atmosphère se densifier. Une lourdeur s’accroche à l’air, une tension invisible, mais bien réelle, prête à se matérialiser à tout instant. Il n’y a pas un bruit, pas un frémissement dans l’espace restreint du couloir, mais mon instinct hurle que nous ne sommes pas seuls.Je jette un regard rapide à Lorenzo, qui hoche imperceptiblement la tête. Il a senti la même chose. Nous savons que Nikolai est là, et surtout, nous savons qu’il nous attend.J’avance, mes talons résonnant faiblement contre le parquet sombre. Lorenzo me suit de près, une ombre aux aguets. La lumière tamisée de l’appartement baigne les lieux dans une froideur clinique. Les murs gris, les meubles épurés, sans âme, sans la moindre trace d’une véritable vie. Tout ici a été calculé, contrôlé, façonné pour être impersonnel. Comme s’il voulait se détacher du monde réel, se cacher derrière ce décor aseptisé.Et pourtant,
Selena Nikolai reste immobile, le regard figé sur moi. Ses mains tremblent légèrement, trahissant la tension qu’il tente de maîtriser. Il s’efforce de garder son calme, de ne pas laisser transparaître la peur qui lui noue la gorge, mais je la vois, cette panique sourde qui s’insinue en lui. Il comprend que la situation lui échappe, que le contrôle qu’il croyait absolu se fissure sous mes doigts. Il n’est plus le maître des lieux. Il n’est plus le stratège infaillible, celui qui dictait les règles dans l’ombre. Il n’a plus d’emprise sur ce qui se joue en cet instant.Je suis cette ombre qui s’étend sur lui. Cette force qu’il ne peut plus ignorer.Lorenzo s’avance lentement, imposant, implacable. Son regard est tranchant, celui d’un homme habitué à obtenir ce qu’il veut. Par la ruse ou par la force. Il sait quand il faut négocier, et quand il faut frapper. Ce soir, il ne négociera pas.— "Tu n’as pas le choix, Nikolai." Sa voix est basse, dangereusement calme. "Donne-lui ce qu’elle veu
ViktorLe silence.Un silence de mort, lourd, poisseux, seulement troublé par le bruit des corps qui s’effondrent un à un autour de moi. L’odeur métallique du sang envahit mes narines, et la douleur, elle, s’infiltre partout. Une brûlure dans ma poitrine, un étau autour de ma respiration.Je vacille.Le coup est précis. Une balle. Juste là, sous mes côtes. Une douleur fulgurante qui irradie dans tout mon corps. Mais je suis encore debout. J’entends Selena murmurer quelque chose. Ses mots me parviennent à travers un brouillard rouge."C’est fini, Viktor."Elle croit avoir gagné.Je relève la tête, lentement, croisant son regard. Elle est là, triomphante, droite, forte. Trop forte. Bien plus qu’elle ne l’a jamais été.Mais la guerre du pouvoir ne s’arrête pas à une victoire. Elle ne se joue pas en une seule nuit.Elle est un jeu d’endurance.Je serre les poings, sentant le sang chaud glisser sous ma chemise. Mon corps hurle, mais je refuse de tomber ici. Pas maintenant. Pas comme ça.Me
ViktorMais ils ne nous trouveront pas.Lev et moi arrivons enfin à une trappe dissimulée sous des pierres. Il l’ouvre sans effort et me hisse à l’extérieur. L’air froid de la nuit me frappe en plein visage.L’adrénaline m’a tenu debout jusqu’ici. Maintenant, elle commence à s’effriter.Lev me pousse dans un véhicule noir garé à l’abri des regards.— Tiens bon, dit-il en démarrant en trombe.Je serre les dents alors qu’une nouvelle vague de douleur me traverse.Je ne tiens pas bon.Je suis en train de sombrer.Un battement sourd.Un bruit qui cogne contre mon crâne.J’ouvre les yeux.Une lumière aveuglante.L’odeur de désinfectant.Je suis allongé. Une douleur sourde pulse dans mon flanc, mais elle est différente.Je tente de bouger, mais un poids m’en empêche.— Ne fais pas ça.Je tourne la tête.Lev est là, assis dans un fauteuil, un regard grave braqué sur moi.— Tu es resté inconscient pendant deux jours.Deux jours ?Je fronce les sourcils.Tout me revient.Selena. La balle. La f
ViktorLa nuit est tombée, lourde et oppressante, une ombre qui s’étend sur la ville comme une promesse de chaos. La douleur pulse sous mes côtes à chaque respiration, un rappel de la trahison qui a failli me coûter la vie. Mais je suis encore là. Debout. Vivant. Et prêt à reprendre ce qui m’appartient.Lev se tient à mes côtés, silencieux, observant l’assemblée d’hommes devant moi. Ils sont une vingtaine, certains loyaux, d’autres simplement trop prudents pour choisir un camp avant d’être sûrs du vainqueur. Je les observe un à un, captant l’incertitude dans leurs regards.— Vous avez tous prêté allégeance à mon empire.Ma voix claque dans l’entrepôt désert, brisant le silence tendu.— Et en une seule nuit, vous avez laissé une femme vous dicter sa loi.Je fais un pas en avant. Certains baissent les yeux.— Vous pensez que Selena a gagné ? Que son règne est légitime ?Un rire glacé m’échappe.— Elle a oublié une chose essentielle.Je marque une pause, laissant le silence peser.— Je n
SelenaLa première attaque est invisible.Un chargement d’armes disparaît au port. Puis un deuxième.L’un de mes associés les plus fidèles est retrouvé pendu dans son appartement, un couteau planté dans la paume.Un message gravé dans le mur, en lettres de sang :"Rends-moi mon trône."Je serre les dents, mes doigts crispés autour du bord du bureau.— Trouvez-moi Viktor.Roman ne bouge pas.— Selena… On sait où il est.Je relève brusquement la tête.— Quoi ?Il inspire profondément.— Il t’attend.Un silence tombe entre nous.Puis un sourire lent s’étire sur mes lèvres.— Alors jouons.ViktorLe bar est presque vide quand elle entre.Je suis installé au fond de la pièce, un verre d’alcool à la main, mon regard posé sur elle comme un piège prêt à se refermer.Selena avance lentement, ses talons résonnant sur le sol en bois.Elle s’arrête à quelques mètres, les bras croisés, son regard brûlant de défi.— Tu veux ton trône, Viktor ?Je prends une gorgée de mon whisky avant de répondre.—
SelenaLa tension est une corde tendue entre nous, prête à céder.Ses yeux, noirs d’ombre et de promesses, me dévorent. Il n’a pas besoin de parler. Son regard me dit tout. Il veut reprendre ce qui lui appartient. Il veut me faire plier.Je ne plierai pas.Je m’approche, lentement, mes talons résonnant sur le sol marbré. Viktor ne bouge pas, mais je sens son corps se raidir imperceptiblement. Il est blessé, affaibli, mais pas vaincu. Jamais.— Tu crois pouvoir me posséder encore ?Ma voix est un murmure de défi, une lame effleurant sa peau.Son sourire est carnassier.— Je ne crois pas. Je sais.Un frisson me parcourt. Parce qu’il ne ment pas. Il sait exactement comment m’attirer dans ses pièges.Je lève la main, glisse lentement mes doigts le long de son torse. Je sens sa respiration se suspendre une fraction de seconde avant qu’il ne se ressaisisse. Je joue avec le feu, mais c’est lui qui brûle le plus.Ses muscles tressaillent sous ma paume. Je les connais, je les ai marqués autant
SelenaIl dort enfin.Sa respiration est lente, un peu rauque. Le genre de souffle qui trahit encore la douleur sous la peau, malgré les médicaments, malgré le repos.Je devrais partir.Je devrais me lever, quitter cette pièce, tourner la page avant qu’il ne soit trop tard.Mais je suis toujours là.Toujours figée au bord de ce gouffre qu’il a creusé en moi.Ma main repose sur la couverture, tout près de la sienne. Il suffirait d’un frôlement, d’un geste, pour que je retombe.Je n’ai jamais eu peur de Viktor.Pas comme les autres.Pas comme ceux qui le craignent pour ce qu’il est, ce qu’il fait, ce qu’il incarne.Moi, j’ai peur de ce qu’il me fait ressentir.De ce qu’il éveille en moi.Derrière cette carapace de violence et d’arrogance, il y a un homme. Un homme capable de briser sans un mot. Capable d’enchaîner sans fers.Et moi, je suis déjà enchaînée.Je le sais depuis longtemps.Mais l’admettre ?C’est une autre histoire.Un soupir m’échappe.Je ferme les yeux une seconde, juste u
SelenaPersonne ne parle.Nous avons gagné.Mais pourquoi ai-je l’impression d’avoir perdu ?— Tu devrais te reposer, murmure Dimitri.Je secoue la tête.Pas tant que Viktor n’ouvre pas les yeux.Pas tant que je ne sais pas s’il va…Non.Je refuse de penser à cette possibilité.Je m’assois à côté de lui et prends sa main dans la mienne.Elle est chaude. Solide.Il est vivant.C’est tout ce qui compte.ViktorLe sommeil me tient prisonnier.Je flotte dans le néant, incapable de bouger.Mais je ressens quelque chose.Une chaleur.Une présence.Un souffle.Je force mes paupières à s’ouvrir.La lumière m’aveugle.Et puis, peu à peu, un visage se dessine.Selena.Elle est là.Épuisée. Magnifique.Je veux parler, mais ma gorge est sèche.Elle serre ma main.— Tu es un idiot, murmure-t-elle.Je souris faiblement.— Mais je suis en vie.Elle ferme les yeux, son front tombant contre ma main.Et pour la première fois depuis longtemps, je ressens autre chose que la rage.Je ressens la paix.Parc
SelenaLa nuit nous engloutit.L’immeuble est une ombre massive contre le ciel noir. Quatre étages. Peu d’issues. Un piège. C’est évident. Mais nous n’avons plus le luxe de reculer.Dimitri vérifie son chargeur. Luka ajuste son couteau à sa ceinture. Chaque mouvement est précis, contrôlé.Nous avons fait ça des dizaines de fois.Mais ce soir est différent.Ce soir, nous allons brûler ce qui reste de Roman.Viktor est devant moi, silhouette immobile, tendue. Il ne parle pas. Mais je le sens. Il est prêt à tout.Prêt à tuer.Prêt à mourir.Je resserre mes doigts autour de mon arme.— On y va, murmure-t-il.L’air est glacé. Pourtant, une chaleur brutale me consume de l’intérieur.La porte explose sous l’impact de Luka. Nous entrons en force.Et l’enfer s’ouvre sous nos pas.ViktorLes balles sifflent avant même que nous atteignions le couloir principal.Je me plaque contre un mur, tire à l’aveugle. Un cri. Une silhouette s’effondre.À ma gauche, Dimitri se bat corps à corps avec un homme
SelenaLe moteur vrombit dans le silence pesant.Viktor ne parle pas.Moi non plus.Le bruit du monde extérieur semble étouffé, comme si nous étions enfermés dans une bulle prête à éclater.Roman a lancé un ultimatum.Nous avons choisi.La guerre commence.Mais ce n’est pas la violence qui me hante à cet instant.C’est ce qui vient après.Les conséquences. Les pertes.Et cette vérité glaciale qui s’accroche à moi comme un poison : il n’y a pas d’issue.Viktor serre le volant.Je le vois dans la tension de sa mâchoire, dans la façon dont ses doigts se crispent sur le cuir.Il pense. Il planifie.Il prépare le coup fatal.— Nous devons frapper vite et fort, dit-il enfin, sa voix un grondement rauque.J’acquiesce.Il tourne enfin la tête vers moi, ses yeux brûlant d’une intensité froide.— Tu es prête ?La question flotte entre nous.Elle est plus grande que les mots.Elle ne demande pas seulement si je suis prête pour cette guerre.Elle me demande si je suis prête à plonger encore plus
SelenaSa voix est un murmure traînant, teinté de fausse cordialité.Je ne réponds pas.Je ne joue pas à ses jeux.Viktor non plus.Il se contente de croiser les bras, son regard d’acier braqué sur lui.Roman nous observe, son sourire s’élargissant.— Je dois dire… Je ne m’attendais pas à vous voir si tôt.Il se lève lentement, s’approchant de nous à pas mesurés.— La mort de Dimitri… Quelle tragédie.Son regard brille d’une lueur qui me donne envie de le frapper.Il se moque de nous.Il teste nos réactions.— Coupe les conneries, Roman, lâche Viktor d’un ton tranchant.Roman rit doucement.— Toujours aussi direct…Son regard se pose sur moi.— Et toi, Selena ? Toujours fidèle à Viktor ?Je ne bronche pas.— Si tu as une question, pose-la. Sinon, on s’en va.Il plisse les yeux, amusé.— Très bien.Il fait un geste de la main.Les portes derrière nous se referment.Les hommes de Roman resserrent leur position.Viktor se tend à mes côtés.— Vous avez tué Dimitri.Il ne pose pas la quest
SelenaLe matin s’étire, lent et pesant. L’air est lourd, chargé de cendres invisibles, de non-dits qui s’accumulent. Je fixe le plafond, incapable de me lever, incapable de dormir.Viktor respire profondément à côté de moi, encore perdu dans un sommeil que je lui envie. Son bras repose toujours sur ma taille, possessif même dans l’inconscience.J’aurais dû partir.J’aurais dû fuir avant que la lumière ne vienne révéler ce que la nuit a laissé derrière elle.Mais je suis encore là.Je suis toujours là.Le poids de ses doigts contre ma peau me brûle, mais c’est une brûlure que je ne peux plus ignorer. Pas maintenant. Pas après tout ce que j’ai fait.Je me glisse hors du lit, mes pieds nus frôlant le parquet froid. Un frisson me traverse, et pas seulement à cause de la température.Le miroir de la salle de bain me renvoie une image que je ne reconnais plus.Les traces de cette nuit sont encore visibles.Mes lèvres sont gonflées. Mon cou porte des marques. Mon corps est un champ de batai
Selena Je me retourne lentement.Il est là, juste derrière moi, dans l’encadrement de la porte.Ses yeux captent les miens. Un abîme. Une promesse.Un piège.— Je ne fuis pas.Il s’avance d’un pas.— Alors regarde-moi.Je le fais.Et je me perds.Son torse est couvert de cicatrices, des fragments de violence gravés à même la chair. Son regard est un océan sombre, un gouffre où il est trop facile de sombrer.Et moi, je suis fatiguée de lutter.Il le sait.Alors, il tend la main, caresse mon visage avec une douceur qui me fait plus mal qu’un coup.— Selena.Mon souffle se brise.Ses doigts effleurent ma joue, descendent lentement jusqu’à mon cou.— Qu’est-ce que tu veux ?Un murmure.Une demande.Un piège, encore.Je n’ai qu’à le repousser.Je n’ai qu’à dire non.Mais au lieu de ça, mes mains s’accrochent à ses bras.Je me hais pour ça.Je le hais pour ça.Mais ce soir, il est la seule chose qui me maintient debout.Alors je cède.Et lui, il me prend.Comme il l’a toujours fait.Avec u
SelenaDimitri rit doucement, un rire amer.— Tu crois que ça va changer quoi ?Je ne réponds pas.— Tu penses que tuer un homme fera de toi une autre personne ? Tu l’as déjà fait, non ?Son sourire se tord.— Ou peut-être que tu veux juste te prouver que tu peux être comme lui.Un silence.Un battement de cœur.Un souffle retenu.Je me tiens entre deux mondes.Celui que j’ai fui.Celui que j’ai rejoint.Et il ne me reste plus qu’un choix.— Selena.Viktor murmure mon nom, une ombre d’impatience dans la voix.Alors je tire.Le coup de feu claque dans l’entrepôt, rebondissant contre les murs de métal comme un écho funeste. Dimitri s’effondre en avant, une grimace de surprise sur les lèvres.Mais il respire encore.Je l’ai raté.Non.Je l’ai épargné.Ma main tremble légèrement alors que je baisse l’arme. Mon cœur cogne si fort que j’ai l’impression qu’il va déchirer ma cage thoracique.Viktor ne bouge pas.Puis, lentement, il s’approche.Son regard croise le mien.— Pourquoi ?Un murmur
SelenaLe moteur gronde sous nous alors que la voiture file à travers la ville encore endormie. Viktor est silencieux, ses doigts crispés sur le volant, son regard fixé droit devant lui. La tension dans l’habitacle est presque palpable, lourde, suffocante.Je le sens.Il essaie de garder le contrôle.Sur la situation. Sur moi. Sur lui-même.Mais il sait, tout comme moi, que nous fonçons droit dans l’abîme.Je m’adosse contre le siège, croisant les jambes et posant mes mains sur mes genoux.— Tu comptes me dire où on va, ou c’est une surprise ?Il ne tourne même pas la tête.— Tais-toi, Selena.Un rire sans joie m’échappe.— Charmant.Il serre un peu plus le volant, les jointures de ses doigts blanchissant légèrement.— Tu crois que c’est un jeu ?— Non.Je le fixe, mais il garde son regard braqué sur la route.— Mais toi, Viktor, tu crois que tu peux encore me contrôler.Cette fois, il tourne brusquement la tête vers moi, ses yeux brûlants de colère.— Parce que je peux.Je souris, un