Le mariage était un événement grandiose, un moment que presque toutes les célébrités de la ville ne pouvaient manquer. Karine, dans sa somptueuse robe de mariée en tulle et satin, rayonnait de bonheur, blottie dans les bras de Clément. Clément, lui aussi, arborait un élégant costume noir.« Il est indéniablement beau », a pensé Odile.Clément était un homme mûr, empli de dignité, dont le temps semblait avoir adouci les traits sans y laisser la moindre trace. Après treize ans, il était resté aussi séduisant et raffiné qu’au premier jour, celui où il l’avait portée hors de l’armoire. Odile s’est perdue dans le souvenir, ses yeux étaient rivés sur lui. Puis, rassemblant son courage, elle s’est avancée vers lui, les mains tendues pour lui offrir un cadeau, celui qu’elle avait préparé pour lui, le jeune marié.« Tonton, je te souhaite un joyeux mariage », a-t-elle dit d’une voix douce. Elle l’a béni sincèrement, lui souhaitant une vie de bonheur et de bien-être.Clément a pris le cadeau s
Une semaine plus tard, Clément est revenu chez lui avec Karine. L’endroit était calme, trop calme. Une sensation étrange lui a noué alors l’estomac, et sans même s’en rendre compte, il a froncé les sourcils. Quelque chose manquait. Puis il a compris : c’était la présence d’Odile.D’ordinaire, à chacun de ses retours de voyage, cette jeune femme se précipitait vers lui, un sourire espiègle aux lèvres : « Clément ! Qu’est-ce qui t’a pris si longtemps ? Tu m’as manqué ! »Mais cette fois-ci, il n’y avait rien. Aucun pas précipité dans le couloir, aucune voix joyeuse pour l’interpeller...Un léger malaise l’a envahi, mais il l’a repoussé rapidement, se rappelant qu’il avait laissé Odile en plan le jour de son anniversaire. C’était peut-être une façon pour elle de lui faire payer son absence.Il a poussé un soupir, puis a appelé : « Odile ? »Il avait pourtant pris la peine de lui rapporter un cadeau, une sorte d’excuse maladroite pour son comportement. Mais sa voix a résonné dans le vide
Sous l’impulsion de Karine, Clément en est venu lui aussi à se convaincre qu’Odile cherchait à se rebeller contre lui et qu’elle s’était enfuie.En un instant, une colère sourde s’est enflammée dans son cœur : « Elle serait partie pour une broutille pareille ? C’est ridicule de sa part ! »En le voyant ainsi hors de lui, Karine s’est réjouie intérieurement. Mais elle n’a rien laissé transparaître. Au contraire, elle a pris un air inquiet, fronçant délicatement les sourcils pour donner l’impression d’être préoccupée par le sort d’Odile.« Odile… Cette enfant, pourquoi est-elle si impulsive ? », a-t-elle soupiré d’une voix douce, « Clément, il n’est pas trop tard. Envoie quelqu’un la chercher. Une enfant seule dehors… c’est tellement dangereux ! »Le visage de Clément s’est crispé, tordu par la colère : « Une enfant ?! Elle a déjà dix-huit ans ! »Cet âge marquait l’entrée dans la vie adulte. On était censé être responsable de soi-même à partir de ce moment-là. Pourtant, aux yeux de Clém
Tout s’est déroulé comme un rêve.Clément était en transe lorsqu’il est revenu de la mairie, ne sachant même pas comment il avait fait pour rentrer chez lui.Il n’arrivait pas à comprendre pourquoi tout s’était déroulé ainsi. Pourtant, il y a une semaine à peine, lorsqu’il était parti, tout allait encore bien, et Odile lui avait même fait la moue en lui demandant de fêter avec elle son anniversaire…Comment se faisait-il qu’après seulement une semaine, les choses aient pris une telle tournure ? S’il avait su que c’était peut-être son dernier anniversaire, il n’aurait pas manqué le rendez-vous !« Clément, qu’est-ce qu’il y a ? » Karine est sortie de la chambre, vêtue d’une chemise de nuit en dentelle noire, sensuelle et provocante. D’un pas léger, elle s’est approchée de lui et a demandé : « Ton visage est si sombre… Tu t’inquiètes toujours pour Odile ? N’as-tu pas dit qu’Odile avait déjà dix-huit ans et qu’elle était adulte ? Nous ne pouvons plus la traiter comme une enfant. Ne t’en
Voyant que tout était désormais révélé, Karine a cessé de se défendre. Elle s’est agenouillée sur le sol, a enlacé les jambes de Clément et a éclaté en sanglots : « Clément, je suis désolée ! Mais tu dois me croire, je n’ai jamais voulu faire de mal à Odile. Tout ceci, en réalité, était l’idée de mon père. Il voulait m’utiliser pour s’introduire dans ta vie, alors il m’a forcée à monter ce plan pour piéger Odile… »Elle a poursuivi : « Au début, je n’étais pas d’accord. J’ai supplié mon père de renoncer, de ne pas aller plus loin, mais il m’a dit que les sentiments d’Odile pour toi n’étaient pas ceux d’une simple fille adoptive envers son père adoptif. C’était l’amour d’une femme pour un homme ! Il m’a aussi dit que si tu avais su qu’Odile avait un cancer, tu l’aurais acceptée par pitié et chagrin… Cela m’aurait laissé sans aucune chance. »« Clément, c’est vrai que j’ai fait quelque chose de mal, mais c’est parce que je t’aime trop. Le temps passé à tes côtés m’a fait tomber follement
En entendant le fou rire de Karine, Clément aurait dû être furieux, mais il ne l’était pas, car Karine avait raison. Il était bien l’homme le plus stupide du monde !Lorsqu’il avait appris qu’Odile l’aimait, sa première réaction n’était pas la colère, mais la joie. Parce qu’il s’intéressait à elle depuis longtemps…Mais c’était impossible ! Comment pourrait-il être avec elle, alors qu’il était le meilleur ami de son père et son père adoptif ?Elle était légitimement attachée à lui ; après tout, elle n’était encore qu’une enfant. Mais lui, il n’était plus un enfant ! C’était un adulte, beaucoup plus âgé qu’elle. Il se devait donc d’être plus raisonnable, de ne pas céder à ses sentiments. Il devait se retenir, et ensuite, être suffisamment impitoyable pour étouffer cette relation, avant qu’elle ne prenne racine.Après l’euphorie, il s’était dégonflé, l’avait réprimandée sévèrement, puis avait retrouvé Karine et lui avait demandé de se faire passer pour sa petite amie afin de couper court
Au moment où l’enveloppe était ouverte, l’écriture soignée d’Odile est apparue à nouveau :« Clément, c’est toi qui as ouvert cette lettre ? Je suppose qu’il n’y a personne d’autre pour moi, non ? C’est triste de penser qu’après avoir vécu tant d’années, je ne vois personne d’autre que toi venir me chercher. Et ce qui est encore plus triste, c’est que je ne suis même pas sûre que tu viendras me chercher. Après tout, tu as déjà Karine…Désolée d’avoir encore dit quelque chose qui te déplaît, ne te fâche pas. Je ne veux pas me lamenter. En fait, je suis vraiment heureuse pour toi. C’est une bénédiction de pouvoir trouver quelqu’un que l’on aime et de passer sa vie à ses côtés. La vie est tellement solitaire, tu sais.Je ne sais pas pourquoi, mais chaque fois que je te donne ma bénédiction, tu ne me crois pas. Tu penses toujours que je suis encore amoureuse de toi, que toutes mes bénédictions sont fausses, qu’elles sont pleines de mensonges et d’arrière-pensées. Mais non, en vérité, je t’
Il a fini enfin de lire la lettre. Une larme a roulé silencieusement sur le papier, le mouillant. Clément a levé la tête et a réalisé, à sa grande surprise, qu’il était en larmes.« Clément, je te souhaite un heureux mariage, j’espère que ta vie sera remplie de bonheur et que tu ne connaîtras jamais de regrets. »En voyant la dernière ligne de la lettre, où Odile lui offrait sa bénédiction, il s’est laissé emporter dans une folie passagère, pleurant et riant à la fois.Il s’est dit en sanglot : « Odile, comment pourrais-je être heureux quand tu n’es plus là ? Savais-tu que tout ce que tu as vu avant de mourir n’était que mon mensonge ? »Le mensonge les avait séparés, les plongeant dans un abîme de regrets profonds.…Après un long moment, Clément est sorti de la pièce. Lorsqu’il a franchi le seuil, il avait l’étrange impression de s’éloigner du monde.« M. Jégou, la cryogénisation de Mme Ramus est parfaitement légale », a dit le directeur, « voici les informations pertinentes. Et là
Odile, pleine de curiosité, lui a demandé : « Qu’est-ce qu’il t’a dit ? Peux-tu me le raconter ? »Clément a baissé la tête, a déposé un tendre baiser sur le front d’Odile, puis, d’une voix grave, lui a raconté la rencontre fortuite survenue il y a cinquante ans.Après avoir terminé son récit, il n’a pas pu s’empêcher de soupirer : « Maintenant que cinquante ans ont passé, je ne sais pas si ce jeune homme a épousé sa bien-aimée… »À peine ses mots étaient-ils prononcés que la porte du salon s’est ouverte soudainement, poussée de l’extérieur. Le chef de la base, accompagné des chercheurs, est entré en s’appuyant sur ses béquilles.C’était un vieil homme aux cheveux grisonnants. Bien que très âgé, il semblait d’une vivacité surprenante.« M. Jégou, voici Pascal Desjeux, le directeur général de notre base d’expérimentation cryogénique », a annoncé le chercheur, tout en désignant l’homme, « la méthode combinant agitations laser et vapeur utilisée pour votre décongélation, ainsi que celle d
La santé d’Odile était faible, et elle a dû se reposer un long moment avant que les effets indésirables de la décongélation ne commencent à s’estomper peu à peu.Pendant ce temps, Clément, patient, est resté à ses côtés et lui a raconté tout ce qui s’était passé depuis son hibernation.Les yeux d’Odile, embués d’émotion, se sont écarquillés : « Alors, tout était faux ? Tout est ton mensonge ? Karine n’était même pas ta copine ? Elle a été payée par toi pour me mentir ? »Sous le poids de ce regard sombre et humide qui le fixait, Clément s’est senti, l’espace d’un instant, démuni et coupable.« Odile… » Il a froncé légèrement les sourcils, prenant un air grave et sérieux, puis, sur un ton faussement condescendant, comme s’il grondait une enfant capricieuse, il a ajouté : « C’était il y a cinquante ans. Tu ne vas pas sérieusement chercher à régler tes comptes avec un Clément d’il y a un demi-siècle, n’est-ce pas ? »« Cinquante ans ? », a soufflé Odile, indignée, « C’était clairement hie
« Le compte à rebours de la décongélation commence », la voix artificielle, froide et précise, a résonné dans la pièce, et un frisson a parcouru la foule présente.Les nouveaux recrutés murmuraient entre eux :« J’ai entendu dire que celui qui se décongèle cette fois est l’actionnaire principal de notre base cryogénique, et que beaucoup de nos installations expérimentales, ainsi que nos salles de stockage des cellules réfrigérantes, ont été financées par lui. »« C’est exact ! J’ai aussi entendu dire qu’il était immensément riche avant la cryogénisation, mais que sa petite amie souffrait d’une maladie incurable, et qu’il avait choisi de se faire congeler pour pouvoir être avec elle. »« Si riche et si profondément amoureux, quel genre d’homme merveilleux doit-il être ! Sa bien-aimée doit être tellement chanceuse ! »Clément était le plus grand actionnaire de leur base cryogénique, et l’histoire de l’amour entre lui et Odile avait traversé les décennies, se répandant sous de multiples f
Ce directeur parlait sincèrement, espérant encore convaincre Clément de renoncer à son projet de cryogénisation. Mais malgré ses efforts, Clément n’avait qu’une seule réponse : « Que je réussisse ou non à me décongeler à l’avenir, je ne changerai pas d’avis. »Son regard était implacable, sans la moindre hésitation ni trace de doute dans ses yeux : « Je l’ai déjà perdue une fois, je ne veux pas faire la même erreur. »Si, un jour, la technologie de décongélation réussissait, il la retrouverait. Sinon, il la rejoindrait au paradis. Dans l’obscurité glacée des profondeurs marines, que ferait-elle, toute seule, elle qui avait toujours eu peur du noir et du froid ?Il n’avait pas besoin de plus de mots pour expliquer sa décision. Le directeur n’avait d’autre choix que de lui apporter le formulaire de consentement à la cryogénisation pour qu’il le signe.Signature, bilan médical, choix d’une cellule réfrigérante… Tout le processus s’est déroulé en une journée, avec une efficacité implacable
« M. Jégou, vous ne plaisantez pas, n’est-ce pas ? » Le directeur du laboratoire pour la cryogénisation s’est exclamé, stupéfait, « Vous nous demandez de vous cryogéniser ? »Clément a acquiescé calmement : « C’est exact. Et à partir d’aujourd’hui, je suis le principal actionnaire de votre groupe de recherche. Désormais, dix pour cent des revenus annuels du groupe Jégou seront investis dans votre base de recherche pour soutenir vos travaux sur la technologie de décongélation. »Dix pour cent… Ce n’était peut-être pas énorme en apparence, mais il s’agissait du groupe Jégou. Leur bénéfice net mensuel atteignait des centaines de milliards !Le responsable est resté interdit quelques instants avant de répondre avec patience :« Nous vous sommes très reconnaissants pour votre soutien financier, mais la cryogénisation est principalement destinée aux patients en phase terminale. »Il a marqué une légère pause avant de poursuivre : « Des maladies comme l’acromégalie, le cancer avancé, ou la dé
Trois jours plus tard, Clément a enfin rencontré Odile, celle qu’il avait tant désirée.Odile était allongée dans une petite cellule réfrigérante. Ses yeux étaient clos, son expression sereine et tranquille, comme si elle dormait paisiblement.En la contemplant, cette jeune femme endormie là, Clément n’a pas pu s’empêcher de se remémorer les innombrables nuits où il l’avait bercée, elle était alors aussi fragile et douce, les yeux fermés, repliée docilement dans ses bras, ses longs cils délicatement recourbés, aussi belle qu’une poupée.La seule différence résidait dans le givre léger qui s’était déposé sur ses cils. Son visage était d’une pâleur presque irréelle, le froid devait être insoutenable.« Odile, n’aie pas peur, je suis là, je vais te rejoindre », a-t-il pensé.« Odile, je suis désolé, je t’ai menti », a-t-il dit à voix basse. Il a tendu la main, voulant effleurer la peau pâle d’Odile, mais c’est le couvercle glacial de la cellule qu’il a touchée. Il ne pouvait pas toucher s
Clément a pris le stylo que lui tendait le jeune homme et, avec un cœur rempli de dévouement et un profond respect pour l’amour, il a inscrit ses observations dans le carnet que celui-ci lui avait confié :« Bonjour. Il m’a raconté votre histoire. Et tout au long de son récit, ce que j’ai ressenti, du début à la fin, c’est l’amour qu’il vous porte, et le désir qu’il éprouve pour vous. Même lorsque vous l’avez repoussé, il n’a jamais interprété ce refus comme un rejet ou comme une indifférence, mais comme la douleur intime que vous cachiez.Je me permets donc de supposer que vous l’aimez aussi, ce jeune homme un peu naïf et fougueux, qui n’a que vous en tête. Mais vous n’osez pas admettre votre amour, car vous êtes l’aînée. Vous vous sentez tenue à plus de raison. Vous pensez qu’il est encore trop jeune, qu’il manque de maturité. Vous croyez qu’il faut être impitoyable, qu’il faut couper court à ce qui n’est pas reconnu par la société. Mais est-elle vraiment si importante ?On ne vit qu
Les yeux de ce jeune homme se sont illuminés lorsqu’il a parlé de sa voisine, comme si une lumière vive s’était soudainement allumée dans l’obscurité de la nuit, éclairant toute sa vie grâce à elle.« J’ai longtemps attendu et finalement grandi, mais après m’être confié, avec tant d’impatience, elle m’a repoussé... » En prononçant ces mots, la lumière dans ses yeux s’est éteinte brusquement, « Elle a dit qu’elle avait douze ans de plus que moi et que, si nous étions ensemble, les gens se moqueraient de nous... »« Je ne suis pas d’accord avec elle, je pense que l’âge n’est rien, l’amour véritable peut tout surmonter ! Et je veux lui prouver que le monde moderne est beaucoup plus ouvert d’esprit, que l’amour entre nous n’est rien de répréhensible. Tant que nous avons le courage de franchir ce pas, je suis sûr que nous pourrons obtenir le bonheur. »« C’est pour ça que je suis venu ici, dans la rue, pour recueillir l’opinion des gens. Monsieur, puis-je vous déranger quelques instants pou
La cellule conservant le corps d’Odile a été placée en haute mer.Le directeur a expliqué à Clément que leur groupe de recherche avait seulement construit une salle de stockage pour les cellules réfrigérantes en haute mer, et non une véritable base expérimentale. Cette salle de stockage, elle ne contenait donc que des cellules pour des recherches, et personne de vivant n’y avait accès.« M. Jégou, vous devez aussi comprendre que le fond marin est différent de la surface. La température y est très basse, et la pression extrêmement élevée. Construire une base expérimentale au fond de la mer coûterait une somme colossale… Je n’ai pas peur de vous faire rire en le disant tout haut, notre groupe a toujours eu des financements limités. C’est pourquoi nous avons uniquement construit cette salle de stockage et non une véritable base expérimentale. »« Et pour protéger les cellules contre l’érosion de l’eau de mer, la salle de stockage est parfaitement hermétique. Même l’air a été évacué, car l