ElyaLe silence. Il gronde plus fort que les mots. Il me déchire la gorge, me pousse au bord du gouffre. Ils ne parlent plus. Ils me regardent. Comme s’ils attendaient. Que je décide. Que je cède.Mais je ne suis pas un prix.Je recule. Une fois. Deux. Mes talons s’enfoncent dans le sable. Mes mains tremblent. Mes paumes brûlent encore de l’éclat disparu. Et dans mes veines… une énergie ancienne. Sauvage. Affamée.Caïn(s’avance, d’un pas lent, comme s’il craignait de me briser)« Tu te bats contre ce que tu es. Mais il est trop tard, Elya. Tu es l’Offrande. L’Origine. Celle qui nous lie tous. »ElyaJe le fixe. Le sable tourbillonne entre nous.« Et toi ? Tu es quoi, Caïn ? Un protecteur ? Un bourreau ? Tu me parles de rêves, mais tu m’y enfermes. »Caïn(sa mâchoire se serre, ses yeux s'assombrissent)« Je suis celui qui brûle pour toi depuis des siècles. Celui qui a regardé ton ombre mourir dans chaque vie passée. Et cette fois, je refuse. Tu m’entends ? Je refuse de te perdre encor
Elya(d’une voix claire, déterminée)« Alors devenez un. Ou disparaissez. Je ne choisirai pas. Je transcenderai. »La lumière nous enveloppe. Crue. Fulgurante. Le choc me traverse. Mes os craquent. Mon sang hurle. Je vois leurs souvenirs. Leur passé. Leur naissance. Leur chute. Leurs promesses. Et je les engloutis.Je me noie dans eux.Et eux en moi.Une seule voix résonne désormais dans mon crâne. Une voix multiple. Une voix ancienne.La Voix« Le prix du lien est le sacrifice de l’identité. Es-tu prête ? »Je ne réponds pas. Je tends le bras. J’offre mon cœur. Mes souvenirs. Mon nom.Tout.Et je tombe.---Je me réveille dans un lit de pierre. Le monde est gris. Le sable est tiède. Une brise effleure mon visage. Je suis vivante. Changée.Ils sont là.Caïn.Adrian.Mais leurs visages se confondent. Leurs auras se mêlent. Leur regard est un.Un seul être. Deux âmes.Le Pacte est scellé.Elya(à voix basse)« Qui êtes-vous maintenant ? »Lui(s’incline)« Nous sommes ce que tu as fait d
Elya, Caïdrian, Le Gardien du Seuil, La Voix, La Prophétesse RougeElya(à genoux, nue sur la pierre encore vibrante)« Je suis à l’endroit où tout commence. Et où tout se défait. »Le sol palpite sous mes paumes. Il vibre comme une bête sur le point de mordre.La pierre est chaude, chargée de mémoire et de pouvoir ancien.Le vent se lève, coupant, saturé d’éclats métalliques, de poussière ancienne et de murmures oubliés.Il me parle sans mots. Il m’écorche de vérités que je ne veux pas entendre.Je ne suis plus seule.Des présences s’infiltrent par les failles de ce lieu sacré.Des yeux invisibles m’enserrent, pesants.Le monde entier semble s’être figé, suspendu à mon souffle.Des silhouettes apparaissent à l’horizon. Hautes, drapées de brume et d’ombre.Elles avancent sans bruit, comme des spectres arrachés au sommeil des siècles.Leurs contours vacillent, mais leur autorité est implacable.Elles ne parlent pas. Pas encore.Caïdrian(la voix encore tremblante de notre union)« Les
Caïd riantNos corps parlent une langue oubliée.Celle des dieux.Celle des damnés.Celle des âmes qui se reconnaissent dans la chute.Il gémit contre ma gorge, sa main nouée dans mes cheveux.Il se tend. Se retient.Puis se brise en moi.Je le rejoins dans la rupture.Ma colonne s’arque.Ma voix se perd.Le monde explose.Et dans cette dernière secousse, je sens une vérité ancienne s’ouvrir.Un lien nouveau se tisser.Pas une chaîne.Un fil d’éclat.Tendu entre nos deux abîmes.---Le silence revient.Mais il n’est plus vide.Il est plein de nous.De cette collision.De cette offrande.Caïdrian(la voix éraflée)« Tu sais qu’elle arrive. La Prophétesse. Que le jeu ne fait que commencer. »Je hoche la tête.Mais je souris.Je le tiens contre moi.Et dans ce brasier tiède, je n’ai pas peur.Elya« Qu’elle vienne. Qu’elle essaie de m’effacer. Il faudra qu’elle passe à travers toi. À travers nous. »Et cette nuit-là, le ciel s’ouvre un peu.Une étoile tombe.Une autre naît.Et au centre
Elya(le souffle s’accélère, les paupières lourdes, prise au piège d’un sommeil que je n’ai pas choisi)Je ferme les yeux une seconde.Une seconde.Et le monde bascule.La pièce disparaît.La lumière aussi.Je tombe.Je ne rêve pas.Je suis tirée.Aspirée.Arrachée au réel comme une page qu’on brûle.Tout devient absence.Le silence s’épaissit, devient matière.Pas de sol.Pas de ciel.Seulement une plaine de cendres suspendues, mouvantes, comme si le monde avait été réduit à sa dernière respiration.Et au centre… un feu blanc.Lointain.Fixe.Comme un œil ouvert au cœur du néant.Et elle est là.La Prophétesse Rouge(assis sur un trône de racines brûlées, la peau craquelée comme un parchemin ancien, la chevelure fumante d’étincelles rouges)« Enfant-Éclat… enfin. »Sa voix fend l’air comme une lame.Elle traverse mon crâne.Elle fouille mes souvenirs.Elle n’attend pas de réponse.Elle m’écorche.Et je vacille.Elya(je recule d’un pas, mais le sol se tord sous moi, devient braises,
Caïdrian« La tienne ? »(d’un ton tranchant)Varès« Pas comme tu le crois. Elle m’a sauvé. Une fois. Et j’ai juré de ne pas la perdre. Même quand elle s’est oubliée. »Il sort un objet de sa cape.Un médaillon.Fendu.À l’intérieur : deux initiales.Un E et un V.Un symbole gravé.Une lame entourée de racines.Elya(mon cœur s’arrête)Je l’ai vu.Dans mes rêves.Je l’ai brisé.Elya« Le pacte. C’était entre nous. »(ma voix tremble)« Et la Prophétesse… elle m’a volé ce souvenir. »Varès« Non. Elle l’a scellé. Parce que tu le lui as demandé. Parce que tu pensais que t’oublier était la seule façon de survivre. »---Elya(je recule, les jambes coupées)Tout vacille.La neige. Le vent. Les visages.Je vois l’enfant que j’ai été.Je vois les flammes.Le sang.Et le moment où j’ai dit : Fais que je n’y retourne jamais.Varès« Elle t’attend aux Terres Brûlées. Mais ce qu’elle veut, ce n’est pas ta chute. C’est ton choix. Tu es la dernière à pouvoir briser le cercle. »---Caïdrian(me s
Elya(la chaleur est insoutenable. Le vent secoue le sable et la poussière. L’air est une mer de braises qui s’étend à perte de vue)Les Terres Brûlées.Tout est si silencieux.Pas un oiseau. Pas un arbre. Juste le sol, comme une peau morte.Et au loin, la silhouette imposante de la cité.Elle se dresse. Immobile.Un monstre de verre, brûlant sous la lumière d’un soleil sans pitié.C’est là qu’elle m’attend.La Prophétesse.L’ombre que j’ai laissée grandir dans mes entrailles.Je serre les dents.La marche devient plus difficile à chaque pas.Mais je ne ralentis pas.Je ne peux pas.---Caïdrian(à mes côtés, son regard fixé sur l’horizon, les muscles tendus comme un arc prêt à se rompre)« Nous y sommes presque. »Son souffle est un feu qui se mêle au mien.Son cœur bat plus fort que le mien.Je sens sa présence. Comme un ancrage dans ce monde où tout se déchire.Varès(sourit légèrement, son visage marqué par des années passées à se battre contre le sable et la chaleur)« Elle te ch
Elya(le cœur qui bat dans un rythme effrayant, la chaleur me suffoque, mais une vague de froid me traverse)Elle parle.Elle a toujours cette voix comme un chant de feu.Je suis prête à l’affronter.Prête à tout pour briser les chaînes de ce destin que j’ai oublié.Mais ce qu’elle me propose… ce choix…C’est plus qu’une simple épreuve.C’est une déchirure.Je fixe la Prophétesse.Elle sait tout.Tout de moi.Mais elle n’a pas vu ce que j’ai oublié.---La Prophétesse Rouge(sourit, les flammes se tordant autour d’elle, comme des serpents vivants)« Tu crois avoir le contrôle, Elya. Mais tu n’es qu’un reflet, une ombre projetée dans ce monde. Le feu qui t’a forgée est le même qui te consume. Et maintenant, tu dois choisir : sauver celui que tu aimes, ou te sauver toi-même. »---Je regarde Caïdrian.Son visage, marqué par la douleur et la détermination.Je le vois.Dans ses yeux, la même question. La même angoisse.Mais il ne dira rien.Parce qu’il sait.---Caïdrian(les lèvres serré
(Elya)---Nous marchons.Pas pour fuir. Pas pour chercher.Nous marchons parce que nous en avons décidé ainsi.Le couloir s’efface lentement derrière nous. Ce couloir qui fut tour à tour prison, sanctuaire, labyrinthe. Il nous a tenus en otages de nos douleurs et de nos espoirs. Il nous a mis face à nos pires reflets. Il nous a séparés autant qu’il nous a liés.Mais maintenant, ce n’est plus lui qui trace notre route. C’est nous.Le silence qui nous enveloppe n’a plus la texture de la peur. Il n’a plus le goût de l’attente. Il est doux. Habité. Dense. Chaque pas que je fais vibre dans mes os. Je sens la pierre sous mes pieds, l’air s’élargir autour de moi, la lumière qui grandit. Et je sens Caïdrian à mes côtés.Pas comme une menace.Pas comme un souffle qui m’épie.Mais comme une évidence.Nous sortons. Le ciel est immense. Le vent est franc, piquant. La lumière du matin nous tombe dessus comme une gifle tendre. Mes yeux pleurent un peu, sans tristesse. C’est la brûlure de la renais
(Elya)---Nous marchons. L’un à côté de l’autre. Silencieux. Mais ce silence n’est plus vide.Il pulse.Comme une respiration nouvelle. Comme un cœur qu’on aurait cru mort, et qui recommence à battre.Le couloir semble s’étirer à l’infini, ce long ventre de pierre que nous quittons enfin. Il y a encore l’écho de tout ce qu’on y a vécu. Les cris tus. Les visages qu’on a croisés. Ceux qu’on a aimés, détruits, pardonnés. Tout ce qui nous a modelés, arrachés, défaits. Chaque pierre a gardé une empreinte de nous.Mais je n’ai plus peur de la distance. Le poids de mes pas ne m’écrase plus. Chaque mouvement est un acte de volonté. Ce n’est plus une fuite. Ce n’est plus une quête. C’est un choix.Et dans ce choix, il y a Caïdrian. Et il y a moi.Pas l’ancienne moi. Pas le fantôme brûlé par les vies passées. Pas l’éclat blessé qu’il a tant cherché à réparer.Moi, ici. Maintenant. Entière. Debout.Et libre.Je ne le regarde pas. Je n’ai pas besoin. Il est là, à la lisière de moi. Comme un ryth
(Elya)---Je ferme les yeux.Et dans le silence, les cendres recommencent à tomber.Pas du feu. Pas de la destruction.Mais d’un souvenir ancien. Un temple brûlé. Une promesse faite dans l’ombre. Une main tendue vers moi, que j’avais refusée, alors. Trop tôt. Trop fort.Aujourd’hui, je ne la repousse plus.---(Caïdrian)---Ses paupières closes, son visage tendu vers moi, comme une offrande. Pas de soumission. Pas de pardon. Juste cette ouverture totale, vulnérable, vertigineuse.Je pose ma main sur la sienne, là où elle sent mon cœur. Et je la couvre de mes doigts, doucement, comme si ce geste pouvait effacer tous les siècles de douleurs, toutes les incarnations manquées, toutes les fois où je l’avais perdue.Elle est là. Pas un écho, pas une illusion. Elya. Entière. Brisée et reconstruite. Elle n’a plus peur. Et je le sens, au plus profond de moi : c’est elle qui me tient désormais en vie.« Ce que nous avons traversé… » Ma voix est rauque, presque étranglée. « Ce que je t’ai fait
(Elya)---La lumière m’aveugle. Elle ne m’enveloppe pas — elle me transperce. Chaque cellule de mon corps semble exploser dans cette clarté absolue, comme si j’étais faite de verre et que je venais de voler en éclats. Je ne tombe pas, je suis arrachée. Arrachée au monde, à lui, à moi.Le sol se dérobe, le ciel s’effondre, et dans cette chute sans fond, il ne reste que la sensation d’un arrachement. Je veux crier, mais aucun son ne franchit mes lèvres. L’air n’existe plus. Le temps non plus. Il n’y a que ce vertige, cette chute intérieure, comme si mon âme elle-même était dissoute dans un océan d’échos oubliés.Puis… le silence. Épais, absolu. Il me plaque contre un sol froid, rugueux. Mes yeux s’ouvrent, lents, comme s’ils traversaient plusieurs vies avant d’atteindre cette réalité. La lumière a disparu. L’espace est nu, gris, suspendu dans une brume translucide.Je ne suis pas seule.Elle est là.La silhouette se tient devant moi, immobile. Elle ne parle pas. Elle n’a pas besoin. El
(Elya)---L’air est plus lourd ici. Il vibre d’une énergie étrange, une force qui semble se concentrer au centre de cette immense pièce. La lumière qui nous a guidés jusqu’ici vacille, projetant des ombres déformées sur les murs. Et alors que nous franchissons ce seuil invisible, je sens que quelque chose a changé. Comme si chaque pas nous rapprochait davantage de la vérité, mais aussi du danger.Caïdrian marche devant moi, chaque mouvement, chaque geste chargé d’une détermination que je n’ai jamais vue auparavant. Ce n’est plus simplement lui qui avance avec moi, mais une version de lui-même que je n’ai jamais connue. Un homme qui a fait face à des vérités qu’il n’aurait jamais voulu connaître. Un homme qui semble accepter que ce qui nous attend ici, dans cette salle, changera tout.Je n’ai pas le temps de réfléchir davantage, car la pièce devant nous semble prendre forme. Ce n’est pas une simple chambre, ni une salle. C’est un lieu. Un lieu ancien, marqué par une présence imposante
(Elya)---La chaleur du tunnel se dissipe progressivement, remplacée par un froid glacé. La lumière, faible mais persistante, éclaire à peine notre chemin. Chaque pas résonne dans ce vide oppressant. Je serre ma main autour de celle de Caïdrian, mais même son contact, habituellement un réconfort, semble moins solide, moins ancré. Une étrange sensation m’envahit, une peur sourde, presque viscérale. Cette sensation que nous ne sommes pas seuls.Le regard de Caïdrian ne me quitte pas, mais il semble plus distant, comme si une part de lui-même s’éloignait de ce qui nous attend. Ce monde, cet endroit, semble avoir pris une emprise sur lui que je n'arrive pas à comprendre. Il n’a pas dit un mot depuis un long moment, et cette absence me ronge.Je voudrais briser le silence, le sortir de ses pensées sombres, mais une question m'obsède. Le lien que nous partageons… N’est-il pas plus qu’une simple promesse d’amour ? Est-ce une malédiction, un destin inéluctable ? Et si cette silhouette avait
(Elya)---Le silence est lourd, presque palpable. Une angoisse sourde m'envahit alors que je fixe l'endroit où la silhouette a disparu. Elle n'était pas une simple illusion, pas une menace banale. Non, cette entité, cette présence, avait un poids. Et elle nous a laissés avec plus de questions que de réponses.Je sens Caïdrian près de moi, ses bras me tenant toujours, mais il y a quelque chose dans son étreinte qui n'est plus aussi rassurant qu’avant. Une tension. Une incertitude qu'il n'a pas voulu montrer jusque-là, mais qui est maintenant évidente dans la manière dont ses doigts serrent légèrement ma taille. Il a vu quelque chose en nous. Quelque chose qu’il ne comprend pas totalement. Mais il se bat encore pour le cacher, pour ne pas me laisser voir la profondeur du gouffre dans lequel nous venons de nous plonger.Je tourne la tête vers lui, cherchant son regard, mais il ne me le rend pas tout de suite. Il semble perdu dans ses pensées, comme si une part de lui-même se préparait à
(Elya, Caïdrian)---Le silence qui suit les paroles de la silhouette est lourd, suffocant, comme si l’air s’était figé dans une dernière exhalation avant la tempête. Une tension palpable vibre autour de nous, s’intensifiant à chaque seconde. Je suis consciente de la chaleur de la main de Caïdrian dans la mienne, mais tout le reste semble éloigné, flou, comme si le temps lui-même hésitait à nous accorder un instant supplémentaire avant que tout ne bascule.La silhouette, cette entité, semble se redresser avec une lenteur calculée, comme une danse macabre, et ses yeux — ces orbes insondables — se fixent sur nous. Chaque battement de mon cœur est une alerte, un avertissement, et pourtant, je ne peux m’empêcher d’être attirée par cette présence, une force sombre et irrésistible.---Silhouette (d’une voix infiniment grave, les mots flottant dans l’air comme des éclats de glace)« Le prix, vous l'avez déjà payé. Ce que vous cherchez… vous le portez déjà en vous. »(Il y a une pause, comme
Elya---Nous avançons à travers la grande salle, le sol de marbre froid résonnant sous nos pas. La silhouette, toujours immobile mais omniprésente, nous observe de ses yeux perçants. Plus nous nous approchons, plus l’atmosphère devient lourde, et je sens la pression sur ma poitrine grandir. Comme si l’air même ici, dans ce lieu ancien, était saturé de secrets que l’humanité ne devrait pas connaître.Chaque symbole sur les murs semble se réveiller, brillant d’une lumière spectralement douce, mais elle est aussi inquiétante. Ces marques, ces gravures anciennes, sont les témoins d’un savoir perdu depuis des siècles. Je les scrute, tentant de comprendre, mais elles restent énigmatiques, indéchiffrables.Caïdrian reste à mes côtés, son corps tendu, ses muscles prêts à réagir à la moindre menace. Il ne dit rien, mais je sais qu’il ressent cette pression, cette tension qui se fait plus vive à chaque seconde.---Caïdrian (sa voix basse, comme s’il craignait d’altérer le calme de ce lieu)«