Je passe mon regard sur l’un puis sur l’autre et même si mes mains tremblent un peu, je les lève quand même et je les pose sur chacun de leur cœur : Une sur la poitrine de Loan et l’autre sur celle de Kalyus, et je ressens immédiatement deux battements de cœur distincts, puissants, mais deux chaleurs différentes, deux énergies similaires mais contraires comme deux tensions prêtes à exploser. — Il faut que… Peut-être que je manque de courage car je dois me forcer à terminer ma phrase. — J’ai besoin de réfléchir à tout ça, d’accord ? Ma voix se brise légèrement, comme mon souffle qui se coupe et mon cœur qui s’emballe, mais je continue quand même. — J’aimerais parler à Mado… Quelques minutes, juste elle et moi… S’il vous plaît. Loan détourne enfin sa tête vers moi, son regard me fixe et cherche quelque chose dans le mien… un sourire s’étire sur le coin de mes lèvres avant que je ne hoche la tête lentement peut-être pour lui faire comprendre que tout ira bien. Il reste figé une se
Mado cligne des yeux assez rapidement, mais aussi à plusieurs reprises, avant de me répondre : — Je te parle de te rendre tes souvenirs, Mira. — Viens, je n’ai pas beaucoup de temps devant moi. Elle tire sur mes mains, m’assoit sur une chaise et se précipite vers une vieille armoire où sont rangées des fioles. — La veille de votre départ, ta mère est passée me voir, et comme tu dois maintenant t’en douter, elle n’est pas venue ici, chez moi, sans raison. J’incline la tête tout en l’écoutant attentivement, mais aussi tout en la fixant saisir plusieurs fioles colorées dans ses mains. — Tu n’as pas oublié certaines choses par pur hasard, Mira. Elle dépose tout ce qu’elle a entre les bras sur une petite table en continuant de dire : — Comme les moments que tu as pu passer avec moi, mais aussi avec Loan et Kalyus quand tu étais enfant ! Mon cœur s’arrête ! Nettement, et sans même que je m’y attende… (Kalyus ?) Elle vient bien de prononcer le prénom de Kalyus ? Je me fig
Ma tête commence à tourner et la nausée me surprend rapidement, et puis ma respiration s’accélère brutalement, tout comme les battements de mon cœur… Et soudain, tout s’arrête net pour moi : mes pulsations cardiaques mais aussi mon souffle, le temps et puis même l’air, absolument tout s’arrête de vivre autour de moi, et c’est là que mon corps décide de me lâcher et que je m’écroule sur le sol, totalement inerte et inconsciente. Et ce n’est qu’à ce moment précis que la véritable épreuve commence pour moi. — Mira… Mira… je suis là… Écoute ma voix, Mira… — Il faut que tu restes avec moi… La voix de Mado résonne quelque part au loin mais je ne peux pas l’atteindre, parce que tout est noir ici, je suis comme enfermée dans une nuit sans fin, je n’ai plus accès à mon corps, je n’ai plus de poids, plus rien… Il ne me reste que cette voix bien trop lointaine à laquelle je dois m’accrocher pour ne pas me perdre dans ce néant sans fin. Le froid m’envahit presque instantanément et mon âm
Mon hurlement déchire encore une fois le silence, mais cette fois-ci je me redresse d’un seul coup en reprenant conscience, un peu comme si je venais d’être extirpée d’un gouffre trop profond, comme si mon souffle s’arrachait de mes poumons dans un cri que je ne contrôle même pas, un hurlement qui sort de ma bouche comme d’une déflagration…Et… qui explose en même temps tout ce qui se trouve autour de moi.Les vitres, les miroirs, et même les verres dans les placards, tout ce qui est en verre vole en éclats dans un vacarme assourdissant, des milliers d’éclats jaillissent dans toutes les directions comme d’une pluie de larmes de cristal.Loan hurle… Kalyus tombe à genoux.Leurs corps sont lacérés, ils sont plaqués au sol malgré eux, ils sont cloués sous la violence de mes souvenirs qui les frappent eux aussi de plein fouet : Une tempête d’images, de douleurs, de sensations perdues trop longtemps enfouies les submerge.Loan plie immédiatement, il se laisse happer et son front heurte le
Mado continue de tourner les pages du grimoire, puis se stoppe et fixe l’une d’elles avec une certaine insistance, elle passe ensuite son doigt sur certaines des phrases qu’il y a d’écrites dessus, et relève brusquement la tête vers moi.— Ici, regarde… C’est là !Je m’approche lentement d’elle, encore secouée par ce que je viens de vivre, mais aussi d’apprendre, et je regarde l’endroit qu’elle me pointe du doigt, et j’y lis immédiatement :“La prophétie des Trois Lunes.”Puis elle descend son doigt d’un geste rapide, et fixe une image peinte à la main.Il y a Trois lunes :La première est rouge sang… La seconde, d’un bleu très clair, presque blanc… La troisième est rouge elle aussi, mais d’un rouge encore plus vif, un peu comme si elle était presque enflammée… Et sous chacune d’entre elles y est dessiné un bébé, ce qui doit probablement correspondre à des naissances… Enfin, je ne sais pas trop pour le moment, mais c’est ce que je me dis tout de suite en fixant l’image.— À l’époque j
Et en fait, je n’ai même pas réellement le temps de réagir, ou même d’analyser clairement la situation, car juste quelques petites secondes après, je me précipite à l’extérieur avec le cœur battant à toute vitesse, parce que je viens d’entendre un hurlement qui a transpercé la nuit toute entière.Il y a quelque chose de terrifiant dans ce cri… quelque chose de douloureux et d’éprouvant, quelque chose qui m’appelle, qui me transperce et me broie de l’intérieur.Sans même réfléchir plus que ça, je franchis le seuil de la porte, et c’est là que je vois Kalyus plié en deux sur le sol… Mais dès que j’apparais devant lui, il se stoppe et se fige presque instantanément.Il se retrouve comme figé dans le temps et l’espace, et pendant un très bref instant, il ne bouge plus d’un seul cil, et puis le moment d’après, il reprend difficilement ses esprits et relève lentement les yeux sur moi : ils sont rouge vif, presque en fusion, ses pupilles sont dilatées et elles brillent avec intensité, il a l
Mon regard est figé sur eux, je sais qu’ils ne sont plus qu’à deux doigts de se sauter à la gorge, je le ressens au plus profond de moi, mais surtout je le vois juste devant mes yeux… Loan continue de grogner d’un air enragé, et en réponse à ça, Kalyus lui grogne encore plus fort et beaucoup plus agressivement dessus, et je sais très bien qu’à la seconde où l’un d’eux fera le mouvement de trop, tout va exploser instantanément dans un combat cruel et bestial.Mais soudain… tout s’arrête… aussi nettement que tout a commencé…Un hurlement fend l’air de la nuit, un hurlement si fort, et si profond, qu’il stoppe sèchement les deux garçons… Et puis un autre se fait entendre, comme si le premier loup avait reçu une réponse, mais le truc c’est que ça ne s’arrête pas là, des hurlements de loups se font entendre encore et encore… Et bientôt ce sont des dizaines, voire des centaines de hurlements qui s’élèvent de toute part dans la forêt de la réserve.Cela en devient presque un chant, ou peut-ê
Et alors qu’on peine à se relever, que nos souffles sont encore courts, que la chaleur circule toujours dans nos veines comme un poison divin… le sol sous nos pieds se met subitement à trembler, et ce tremblement s’intensifie tellement que les petites pierres sur le sol se mettent carrément à sautiller contre la terre.Et à cet instant précis, une mauvaise sensation m’envahit… Ils arrivent…Je le ressens, avant même de les voir, parce que le sol vibre de plus en plus violemment sous mes pieds, d’une vibration rapide et menaçante, et puis, très rapidement, leurs pas résonnent à travers l’immensité de toute la forêt, de toutes parts, de chaque recoin.Le temps semble suspendu et retient lui-même son souffle, l’atmosphère est tendue, la brume s’épaissit sous les yeux, puis, juste quelques toutes petites secondes plus tard… comme je m’en doutais, ils se retrouvent là…Ils surgissent d’entre les arbres et les buissons, un par un, et les uns après les autres, tous en silence, tous avec les
Je m’engouffre enfin dans la grotte, mon souffle est court, mes jambes lourdes, et mes poumons sont encore en feu après le violent étranglement qu’Ézelya m’a infligé juste avant… L’obscurité m’enveloppe aussitôt, l’atmosphère de l’endroit est froide, humide et presque étouffante, mais je continue, j’avance quand même, je pose l’une de mes mains contre la paroi rugueuse pour me guider, et je pose l’autre contre ma poitrine, là où mon cœur cogne avec une force brutale.Chaque pas résonne bruyamment autour de moi, un peu comme d’un écho venu d’un ailleurs… L’air ici est chargé, il est dense, et ça me laisse la sensation étrange que la grotte respire, ou je ne sais pas, mais c’est bizarre, c’est probablement peut-être moi qui commence à divaguer.Clairement, je progresse à l’aveugle et à tâtons pendant quelques très longues minutes, qui paraissent d’ailleurs durer une éternité, mais j’avance jusqu’à ce que j’aperçoive enfin une faible lueur, elle est diffuse, et elle émane du fin fond de
La Luna s’avance d’un pas lent vers nous tout en sentant l’air, ses yeux rose clair sont fixés sur moi : Ils sont magnifiques et je suis vraiment étonnée de ne pas m’en être rendu compte la première fois où je l’ai vue, puis elle se stoppe à une petite distance de nous, et elle respire à nouveau mon odeur, mais beaucoup plus profondément cette fois-là, un peu comme si elle tentait de savoir à qui elle avait vraiment affaire… Et c’est là que d’autres loups, qui sont visiblement de la même meute qu’elle, la rejoignent.Très rapidement, ils se regroupent tous derrière elle, et je ne sais pas si cette Luna pourra réellement faire quelque chose pour moi, ou bien si sa visite va marquer le début d’une nouvelle attaque… Mais tout ce que j’espère à ce moment précis, c’est que Kalyus ou Loan aient eux aussi entendu le hurlement d’Ézelya et qu’ils soient déjà en route pour me porter secours, car si ce n’est pas le cas, il me reste encore moins de chance de survie qu’à mon départ…Ils sont beauc
À l’entente de ce bruit, je me fige instantanément, mon cœur s’emballe quand mes yeux passent de droite à gauche en étudiant rapidement la situation… J’ai l’air seule, mais il est clair que je ne le suis pas, parce que le bruit suivant qui se fait entendre : un léger froissement dans les feuillages juste sur ma droite, est suivi d’un long souffle étouffé et presque inaudible, qui me fait frissonner et comprendre que quelqu’un est bien là avec moi.Et puis un autre, plus bruyant, plus présent, c’est même un gros grognement qui retentit comme si j’avais quelqu’un juste à ma gauche… Et encore un, mais cette fois plus bas, comme d’un murmure derrière moi, comme d’un souffle discret glissé d’entre les arbres…Mon cœur bat plus fort, mon corps se tend sous la panique qui commence à m’envahir, mais je ne me laisse pas submerger, quelqu’un joue avec moi, et ce quelqu’un veut que j’aie peur ! Et il est clair que je ne lui donnerai pas cette satisfaction… Alors, je reprends mon chemin, je conti
Et bien sûr encore une fois, ma réponse, mais aussi mon choix n’a pas l’air de plaire à Monsieur l’alpha et à son bêta, qui tentent de foncer juste derrière moi pour me stopper, mais qui sont retenus par Mado qui les stoppe dans leurs élans avant qu’ils ne me retiennent.— NON ! Laissez-la progresser seule!Elle hurle sur eux d’une voix assez sèche, puis secoue la tête tout en fronçant les sourcils… Et même si elle est âgée et pas très grande, elle prend une posture intimidante en se positionnant en plein dans le passage.— Je suis certaine que Mira sait ce qu’elle fait.Kalyus grogne, il secoue la tête, ses sens s’agitent à mesure que je m’éloigne de lui, il tente alors de forcer le passage, mais Mado ne se laisse pas faire, et avec son petit corps faible et vieilli elle lui fait barrage encore une fois.— Il serait peut-être temps que tu contrôles correctement ton Lycan, Kalyus !Sa voix est sèche et presque accusatrice.— Elle est la réincarnation de Dhelesys, elle détient la flamm
Je sais d’avance que les risques sont énormes, et qu’ils vont sûrement être réticents, mais nous n’avons tout simplement pas le choix, alors, je commence par Kalyus, qui sera probablement plus compliqué à amadouer que Loan.Je me tourne vers lui lentement et lui fais face, je pose mes yeux sur lui en tentant de capturer son regard comme il le fait si souvent avec le mien, et puis j’attrape ensuite lentement sa main tout en laissant glisser le bout de mes doigts sur ma peau bouillante, et juste après avoir entrelacé d’un geste doux mes doigts autour des siens, je me mets à le fixer droit dans les yeux tout en lui lançant un petit sourire en coin…Il relève un sourcil, mais très rapidement il se perd lui aussi dans mon regard, et c’est à ce moment-là, à l’instant précis où nos deux âmes rentrent en contact et se connectent l’une à l’autre que j’ose lui demander avec une pointe d’appréhension dans la voix :— Il faut que vous m’ameniez jusqu’à cette grotte, il est très important que je v
En continuant à fixer ce parchemin avec insistance, je me dis tout de suite que Mado va devoir nous donner quelques explications, alors je secoue la tête à nouveau, puis je relève mon visage vers elle et je pose ma main sur son avant-bras. Mes doigts sont légèrement tremblants quand mon regard recherche le sien, et quand elle se met à me fixer elle aussi, j’ai presque l’impression qu’elle est tout aussi confuse que nous, alors j’appréhende finalement ce qu’elle va dire, un peu comme si j’avais subitement peur de la réponse qu’elle pourrait nous donner. Mais je lui demande quand même : — Explique-nous s’il te plaît, qu’est-ce que ça veut dire, Mado ? Qu’est-ce que je suis censée faire ? Je ne suis pas sûre de comprendre. Elle m’observe pendant de longues secondes sans rien dire, et puis ses yeux farfouillent dans les miens, un peu comme si elle cherchait les mots justes, ou peut-être même le courage de les prononcer. Elle finit par relâcher un petit soupir, et serre les lèvre
•La prophétie des trois lunes : Suite —> 🌑🌕🔴Je relève les yeux un court et bref instant sur Kalyus, puis je tourne légèrement la tête vers Loan et enfin sur Mado, et tous me fixent avec insistance mais aussi avec une certaine fascination dans le regard… Je ne cherche même pas à réfléchir un peu plus, je retourne immédiatement à ma lecture, complètement absorbée moi aussi par le parchemin de Dhelesys.* Mais comme un sacrifice en vaut un autre et que toutes formes de magie ont un prix… En contrepartie, la Déesse de la Nature a sorti de leurs tombes des êtres mi-bête, mi-homme… : Les chartrux, qui sont de redoutables chasseurs nés dans le seul but de les exterminer.Comme Prometheus, ils portent en eux la rage du prédateur, l’instinct sauvage du loup, mais aussi des dons surnaturels similaires à ceux des sorcières : Ils possèdent la flamme et le souffle d’une ancienne magie noire, ils sont les sentinelles oubliées, les gardiens de l’équilibre fragile de la nature.Eux seuls auront l
Kalyus s’approche tout de suite lui aussi, probablement attiré comme moi et comme Loan… Il passe sa main au-dessus du parchemin et frôle les signes du bout de ses doigts, et ce qui est encore plus étrange dans tout ça, c’est que le papier semble réagir sous son simple contact.Mado hoche lentement la tête.— Ce que vous avez sous les yeux, ce n’est pas n’importe quel parchemin, vous avez devant vous le texte originel… Celui de la prophétie des trois lunes, et c’est Dhelesys elle-même qui l’a écrit de ses propres mains, juste avant que l’heure de sa mort ne sonne !La voix de Mado résonne dans tout mon corps, et un énorme frisson glacial me parcourt presque entièrement, il me fige même sur place.— Lis, Mira ! Tu portes le même sang qu’elle, tu comprendras mieux que moi.Mon souffle se coupe, je recule d’un pas et secoue la tête… Mais ? Comment veut-elle que je lise ce vieux morceau de papier, quand il n’y a que des symboles et des dessins complètement incompréhensibles qui me sautent
Je me laisse aller contre lui, contre cette chaleur qui m’apaise mais qui me ronge en même temps de l’intérieur, je sens sa main qui remonte lentement dans mes cheveux, le bout de ses doigts frôle la chair de mon dos, et son souffle lent et tiède qui ricoche près de ma nuque… Rien d’autre ne compte, ni même ce silence qui s’installe, qui est doux, profond… mais aussi réparateur.Et dans cet instant suspendu dans l’air, nous nous fixons, les yeux de l’un perdus dans ceux de l’autre, les battements de nos cœurs qui se synchronisent lentement, Kalyus me sourit juste avant que mes yeux ne se ferment… Je suis éreintée, vide et pleine à la fois, je ne sais même pas si c’est de l’épuisement ou simplement du soulagement, mais mes paupières se ferment et nous nous endormons, l’un contre l’autre, bercés par la respiration de chacun.Le monde peut bien s’écrouler à ce moment-là, maintenant et tout de suite, je m’en fiche, parce qu’il est là, parce que je suis là, et qu’à cet instant précis c’est