Alba RicciLe silence dans la suite est pesant. Loin du chaos, loin du sang, mais pas de la guerre. Je le sens dans l’air, dans la tension de Gabriel, dans chaque mouvement qu’il fait, maîtrisé, mesuré. Il vient de rentrer, l’odeur du whisky et de la fumée collée à ses vêtements. Il ne dit rien, se débarrasse lentement de sa veste, ouvre le premier bouton de sa chemise.Son regard se pose sur moi.Je suis assise sur le lit, les jambes repliées sous moi, encore en chemise de nuit. J’attendais.J’attends toujours avec lui.Je devrais dormir, mais mon corps refuse. Trop d’adrénaline, trop de pensées qui s’entrechoquent.— Dis-moi que tu n’as tué personne, Gabriel.Ma voix est un murmure. Pas une supplication, juste un constat.Un sourire effleure ses lèvres. Lent, indéchiffrable.— Ce n’était pas nécessaire.Je le fixe.— Cette fois.Il ne répond pas.Il défait un autre bouton, dévoilant une partie de son torse marqué par ses blessures récentes. Des ecchymoses, des coupures. Je devrais d
GabrielL'air empeste le métal brûlé et le sang. Le feu derrière nous crépite, dévorant les restes de l’empire de Lorenzo, mais je ne me retourne pas pour le voir mourir.Mes mains sont stables. Ma respiration est régulière.Lorenzo est mort.Ça devrait ressembler à une victoire.Ça n’en est pas une.Alba se tient à mes côtés, son visage illuminé par les flammes. Elle ne dit rien, mais elle n’en a pas besoin.Je sais ce qu’elle pense.Je sais ce qui vient ensuite.Parce que ce n’est pas fini.Pas encore.Pas tant qu’il reste quelqu’un à combattre.---14h30 – Le prix de la guerreLa planque est silencieuse quand nous arrivons. Trop silencieuse.Matteo est déjà là, une cigarette pendue à ses lèvres, son regard affûté, insondable. Luca vérifie les armes, ses doigts se mouvant avec une aisance habituelle.Nico est dans un coin, un verre de whisky à la main. Il lève les yeux à notre entrée, l’expression sombre.— Vous l’avez fait, dit-il.Personne ne répond.Parce qu’il n’y a rien à dire.
GabrielDante a toujours su jouer le jeu.Un sourire en façade.Un couteau entre les côtes.S’il est de retour, ce n’est pas pour le pouvoir.Il est là pour moi.Alba se détache du mur.— Tu vas faire irruption à la réunion.Ce n’est pas une question.Je croise son regard.— Évidemment.Un lent sourire étire ses lèvres.— Bien.---22h45 – Armés et prêtsLe SUV noir vibre sous mes doigts alors que je serre le volant.Matteo et Luca sont à l’arrière, vérifiant leurs armes. Nico est sur le siège passager, silencieux, mais sa tension crépite dans l’air comme un fil électrique sous tension.Alba ?Elle est à côté de moi.Toujours.La ville défile en traînées de néons et d’ombres.Mon cœur bat calmement. Mon esprit est clair.Je ne crois pas aux fantômes.Mais ce soir, j’en remettrai un sous terre.---23h58 – La réunionL’entrepôt se dresse devant nous, baigné par la lueur maladive des projecteurs.Des dizaines de voitures. Des gardes armés. Des joueurs de pouvoir qui se déplacent comme d
GabrielLuca presse un chiffon contre ma blessure.— Il te faut des points de suture.Je le repousse d’un geste.— Plus tard.Matteo jure en renversant une chaise.— On aurait dû le tuer.Nico allume une cigarette.— On le fera.J’expire lentement, roulant mes épaules endolories.Alba m’observe. Elle ne dit rien, mais je sais exactement ce qu’elle pense.Dante a gagné la première manche.Mais la guerre ?Elle est encore à moi.La ville brûle.Pas avec des flammes.Pas encore.Mais avec des murmures. Avec le doute. Avec la peur.La fuite de Dante n’a pas été une victoire, mais ce n’était pas une défaite non plus. Les Russes ont fait leur choix. Le cartel hésite. Chaque chef, chaque lieutenant de cette ville regarde, attend, se pose la même question :Gabriel Moretti est-il toujours intouchable ?J’ai ma réponse.Et ce soir, la ville l’aura aussi.---23H00 – Le MessageNous avançons en silence.L’air est lourd, chargé de la promesse de la violence, alors que nous roulons à travers la v
GabrielL'odeur du sang s'accroche à mes mains.Peu importe combien de fois je les lave, elle persiste.Ivan est en vie, mais pas pour longtemps. D’ici à ce qu’il retrouve assez de force pour sortir du trou où il se cache, le monde aura changé.Et moi, je l’attendrai.Ce soir n’était que le commencement.---1h00 – La traque continueDe retour à l’entrepôt, l’air est chargé de poudre et de sueur. Mes hommes se tiennent en groupes serrés, murmurant, échangeant des regards après ce qui s’est passé au club de Petrov.Luca est adossé à une caisse, faisant tourner son couteau entre ses doigts. Nico boit directement à la bouteille de whisky, tandis que Matteo m’observe, attendant des ordres.Ils n’ont pas à attendre longtemps.— On n’a pas fini, dis-je, ma voix tranchant l’air comme une lame. Dante a fait son premier mouvement. Maintenant, on fait le nôtre.Luca sourit. — Enfin.Matteo arque un sourcil. — Tu es sûr de ne pas vouloir les laisser transpirer un peu ?Je relâche la fumée de ma
GabrielJuste ouvre la porte.Je glisse à l’intérieur, expirant lentement tandis que la ville défile derrière la vitre.Dante est mort.Mais la guerre ?Elle ne fait que commencer.Le sang sèche trop vite sur ma peau.Dès que la porte se referme derrière moi, la puanteur de la fumée et de la mort s’efface dans le murmure silencieux de la ville. Mais elle s’accroche à mes poumons, à mes vêtements, aux espaces entre mes côtes où quelque chose de sombre et d’impitoyable a depuis longtemps élu domicile.Dante est mort.La ville devrait sembler plus légère. Le poids de son existence aurait dû se dissiper, mais au lieu de ça, le silence se resserre autour de moi comme un nœud coulant.Je devrais être soulagé.À la place, je me sers un verre.---3h00 – Le retourLes mains d’Alba sont fermes sur le volant tandis qu’elle navigue dans les rues faiblement éclairées. L’odeur du cuir et de l’essence emplit l’habitacle, contraste brutal avec la senteur métallique du sang qui me colle encore à la p
GabrielJe me tiens au sommet de la tour, la ville s'étendant à perte de vue devant moi. En bas, elle paraît paisible. Innocente. Mais je sais mieux que ça.Alba se tient derrière moi, les bras croisés.— Ils ne vont pas attendre longtemps.Je prends une lente inspiration.— Je ne m’y attends pas.— Vittorio a appelé pour une raison, poursuit-elle. Il ne te prévient pas par bonté de cœur. Il marque son territoire.Je souris.— Alors, on verra qui est le plus rapide.Elle secoue la tête.— Tu joues avec le feu.Je me tourne vers elle.— Tant mieux. Qu’ils brûlent.---7 h 00 – Une alliance briséeLorsque nous arrivons à la planque, les autres sont déjà là.Matteo, Luca, Nico. Mes hommes de confiance. Mon conseil de guerre.Et un autre.Santino Russo.Assis à la table, il tambourine doucement du bout des doigts contre le bois. Sa simple présence est une insulte, un rappel des alliances fragiles qui maintiennent cette ville à peine debout. Dante est peut-être mort, mais Santino respire e
GabrielLes tirs ont cessé, mais le silence est pire.Les corps jonchent le sol du club de Vittorio, le sang s’étale sous les éclats de verre brisé et les chaises renversées. L’air empeste la poudre et la mort. Les rares hommes encore debout serrent leurs armes à s’en blanchir les jointures, les yeux fuyant comme des bêtes traquées.De l’autre côté de la pièce, Vittorio est intact.Assis en bout de table, son expression est impénétrable, ses doigts joints sous son menton.J’expire lentement, abaissant mon arme.— C’était ton plan ? demandé-je, calme. Les laisser mourir pendant que tu regardes ?Vittorio esquisse un sourire.— Je n’ai même pas eu besoin de lever le petit doigt.Il désigne les cadavres d’un geste nonchalant.— Ils ont fait leur choix.Je franchis un corps, réduisant la distance entre nous.— Et toi, quel est le tien ?Il s’adosse à sa chaise, une lueur d’amusement dans le regard.— Ça dépend. Tu fais toujours semblant d’être un roi ?Je ris doucement.— Il n’y a plus de
Gabriel22h00 – Le poids de l’éternitéLe ciel est sombre, une couverture d’étoiles éparpillées à travers les cieux. La ville s’est calmée, son bourdonnement s’estompe avec les heures qui passent. Tout est paisible, presque trop paisible après tout ce que nous avons traversé. Je suis assis près de la fenêtre avec Alba, sa tête reposant sur mon épaule, nos mains entrelacées. Nous n’avons pas besoin de mots en cet instant ; le simple fait d’être ensemble suffit.Mais je sais que le silence entre nous porte un poids plus grand—quelque chose d’important. Ce soir, c’est comme si le monde retenait son souffle. Comme si tout ce qui nous avait menés ici, à cet instant précis, n’avait été qu’une longue préparation.Alba bouge légèrement, ses doigts effleurant les miens. Je sens son regard peser sur moi avant même de me tourner vers elle. Quand je le fais, ses yeux sont remplis d’une émotion que je peine à identifier—de la douceur, de la vulnérabilité, mais aussi une force tranquille.— « Je ne
Gabriel22h00 – Un instant de répitLa pièce est baignée par la douce lueur de la lune qui filtre à travers les rideaux, projetant des ombres mouvantes sur le sol. Alba est allongée à côté de moi, sa tête posée sur mon torse, sa main traçant de lents cercles sur ma peau. Il y a une tension dans l’air, quelque chose qui s’est accumulé entre nous depuis des jours et qui, maintenant, semble enfin se libérer.Le silence n’est pas vide. Il est chargé de tout ce que nous n’avons pas encore dit, de ces émotions que nous avons trop longtemps redouté d’affronter. Mais ce soir, il n’y a plus de peur. Ce soir, tout semble à sa place.Je tends la main pour repousser une mèche de cheveux derrière son oreille, effleurant sa peau au passage. Elle bouge légèrement, lève les yeux vers moi. Son regard est sombre, empreint d’une intensité que je ne parviens pas à nommer—du désir, de la passion, mais aussi quelque chose de plus fragile, de plus brut.— Je n’aurais jamais cru ressentir ça à nouveau, murmu
Gabriel23 h 30 – Tension SilencieuseLe silence de la nuit nous enveloppe comme un manteau, doux et chaud. Après le dîner, après tous les mots échangés et ceux restés en suspens, il ne reste plus que notre présence. Alba est là, juste à côté de moi. Je sens le léger mouvement de sa respiration, la chaleur de son corps si proche du mien. Nous avons parlé, nous nous sommes confiés, et maintenant… maintenant, la suite semble inévitable.Mais rien n’est précipité. Il n’y a ni urgence, ni pression. Ce n’est pas le besoin qui nous pousse, mais quelque chose de plus profond. Une connexion qui s’est tissée entre nous, silencieuse, mais indéniable. Ce soir n’a rien à voir avec le chaos d’avant. Ce soir parle de ce que nous avons construit, de ce que nous avons trouvé l’un en l’autre, au milieu des ruines.Je baisse les yeux vers elle et, un instant, je vois sa vulnérabilité. Elle ne la cache plus, pas comme avant. Elle s’est ouverte, pas totalement, mais suffisamment pour que je distingue la
Gabriel19h00 – Mise en scèneLa ville s’est calmée, le soleil n’est plus qu’un souvenir lointain alors que la nuit étend son étreinte fraîche sur tout ce qui l’entoure. Le silence est revenu, ce genre d’accalmie qui suit une tempête. La tension dans l’air s’est dissipée, ne laissant qu’un calme presque irréel.J’ai prévu quelque chose pour ce soir. Alba mérite un moment spécial, quelque chose qui soit rien qu’à nous. Après tout ce que nous avons traversé, elle mérite de se sentir… appréciée. Je ne peux pas effacer le passé, mais peut-être que je peux lui offrir une soirée sans le poids du monde sur ses épaules.Je me tiens dans la petite cuisine de l’appartement que nous avons pris pour la nuit, la pièce baignée par la lueur douce des bougies que j’ai disposées. La table est simple—rien d’extravagant—mais suffisamment soignée pour donner de l’importance à ce moment. Une bouteille de vin rouge trône au centre, les verres déjà à moitié remplis, attendant l’instant opportun. Une musique
Gabriel7h00 – Un nouveau jourLa lumière du soleil traverse la fenêtre, projetant de longues ombres dans la pièce. Je suis encore allongé à côté d’Alba, mon bras autour d’elle, sa tête posée sur ma poitrine. La chaleur de son corps contre le mien me semble être une bouée de sauvetage. C’est étrange, à quel point tout a changé en si peu de temps, comment, il y a encore quelques heures, nous n’étions pas sûrs de ce que l’avenir nous réservait. Mais maintenant, sous cette lumière douce du matin, tout semble différent. Comme si nous avions entamé un nouveau chapitre de notre vie, même si nous ignorons encore où il nous mènera.Je ne veux pas bouger. Je ne veux pas troubler cette paix fragile que nous avons trouvée. Mais je sais que nous ne pouvons pas rester ici éternellement. Le monde extérieur nous attend, avec son chaos et son incertitude.Alba remue à côté de moi, sa main pressant légèrement ma poitrine alors qu’elle bouge. Elle n’ouvre pas les yeux, mais ses gestes sont lents, délib
Et quoi qu’il arrive, nous l’affronterons avec la même force qui nous a portés à travers nos jours les plus sombres.Parce que nous ne sommes plus seuls.Et ensemble, nous pouvons tout reconstruire.---1h00 – Un instant de calmeLa pièce est plongée dans l’obscurité, seulement éclairée par la lueur tamisée des lampadaires dehors. La pluie tombe toujours, créant une rythmique apaisante contre la fenêtre. Un calme étrange s’installe, celui qui semble irréel après des semaines de tension et de chaos. Comme un instant suspendu, volé à la réalité.Je suis assis au bord du lit, les coudes sur les genoux, observant Alba. Elle est installée dans le fauteuil près de la fenêtre, les jambes repliées contre sa poitrine, le regard perdu au-delà des gouttes de pluie. Elle semble fatiguée, pas seulement physiquement, mais profondément épuisée, vidée par tout ce qu’elle a dû traverser. Pourtant, elle reste droite, résiliente, comme si elle refusait de s’effondrer.Je devrais dire quelque chose. Bris
Gabriel22h00 – Le prix de la victoireL’après-coup est silencieux. La tempête est passée, mais la destruction qu’elle a laissée derrière elle est omniprésente. L’entrepôt est un cimetière de caisses brisées, de munitions éparpillées et de taches de sang sur le béton. Il ne reste aucune trace des soldats qui remplissaient ces lieux, seulement les vestiges de leur passage, des rappels du combat que nous venons de mener—et de gagner.Mais la victoire a un prix.Je regarde Alba. Son visage est fatigué mais déterminé, son corps couvert de bleus et d’entailles. Sa main est toujours fermement agrippée à son arme, mais son attitude s’est adoucie. L’adrénaline retombe, ne laissant derrière elle que le poids de tout ce que nous venons d’endurer.Elle croise mon regard et hoche la tête, comme pour confirmer ce que nous savons tous les deux. La bataille est terminée, mais la guerre en nous ne l’est pas. Pas encore.— Tu tiens le coup ? demandé-je, la voix rauque après des heures de lutte.Elle m
Gabriel19h00 – En plein brasierLe chaos nous engloutit. Les coups de feu résonnent dans l’entrepôt, noyant tous les autres sons. Des explosions projettent des éclats de métal et de bois dans les airs, et l’odeur âcre de la fumée et du fer brûlé sature l’atmosphère. Notre monde est devenu un champ de bataille.J’entraîne Alba derrière un pilier d’acier, le sifflement des balles vrillant mes tympans. Elle se déplace avec une précision implacable, son regard perçant scrutant chaque recoin, chaque ombre. Je peux lire la détermination sur son visage. Elle ne se bat pas seulement pour sa survie. Elle se bat pour autre chose. Pour elle-même. Pour nous.Nous sommes allés trop loin pour reculer maintenant.Je croise son regard, mon souffle court sous l’effort.— On doit bouger. Vite.Elle n’a pas besoin de m’entendre pour comprendre. Déjà, elle est debout, arme levée, sondant le couloir devant nous. Je la suis de près, chaque muscle tendu, chaque nerf à vif.L’entrepôt semble se refermer sur
Gabriel18h00 – Au cœur de la batailleLe monde se meut au ralenti. Mes sens sont exacerbés, chaque bruit amplifié. L’air est chargé de tension, et je sens la sueur couler le long de mon dos tandis que je tiens ma position. Les pas derrière moi se rapprochent, pressants, et je sais que cette fois, il n’y aura pas d’échappatoire.Ils nous attendaient. Tous.Nico. Adriano. Leurs hommes. Ils ont tout planifié dans les moindres détails. L’entrepôt n’est plus un simple bâtiment—c’est un champ de bataille. Un lieu où nous ferons face ou où nous serons engloutis par l’ombre qui nous poursuit depuis trop longtemps.Je jette un regard à Alba, juste à côté de moi. Son visage est pâle, mais son expression est résolue. Je ne sais pas ce qui traverse son esprit, mais une chose est sûre—elle ne reculera pas. Elle ne fuira pas.Nous avons trop avancé pour faire demi-tour.Je lève mon arme, vérifie une dernière fois la sécurité, puis lui fais signe d’avancer. Nous n’avons plus une seconde à perdre.L