Les phares des voitures poursuivantes se rapprochaient dangereusement dans le rétroviseur. Adrian appuya sur l’accélérateur, faisant rugir le moteur alors qu’ils s’engouffraient dans une série de virages serrés. Élisa, assise à l’avant, jetait des regards furtifs derrière elle, sentant la tension lui broyer la poitrine.— Combien sont-ils ? demanda-t-elle à Novak.— Trois voitures, confirmées, mais je parie qu’il y en a d’autres en approche. Ils ne nous lâcheront pas, répondit-il en tapotant nerveusement sur son clavier.Margot, à l’arrière, serrait son arme entre ses doigts, prête à réagir.— On ne peut pas simplement fuir. Ils nous rattraperont tôt ou tard.Adrian grinça des dents, manœuvrant à toute vitesse à travers la ville déserte.— Alors il faut les ralentir.Élisa attrapa son arme et abaissa la vitre.— Novak, dis-moi quand l’une d’elles se rapproche assez.Il scrutait l’écran avec fébrilité.— Maintenant !Elle se redressa, visant le véhicule le plus proche. Une détonation f
La nuit était encore sombre lorsque la voiture s'arrêtait dans une ruelle discrète, loin des regards curieux. Élisa est sortie sans un mot, son visage marqué par la fatigue et la tension. Elle avait pris sa décision : ils allaient frapper en premier. Il n'y avait plus de place pour l'hésitation.Adrian referma la portière et la rejoignit.— Si on s'attaque à Bellerive maintenant, il va comprendre qu'on ne joue plus.— C'est ce que je veux, répondit Élisa d'une voix froide.Margot et Novak sortent à leur tournée.— D'accord, mais il va falloir être intelligent. Il est affaibli, mais il n'est pas seul, rappelle Margot.Novak tapotait déjà sur son ordinateur portable.— D'après mes sources, Bellerive s'est répondu dans une de ses planques. Il ne se montre plus en public, il sait qu'il est en danger.Élisa fixe l'écran où s'affichait une image satellite d'un immeuble en périphérie.— C'est là qu'on va le trouver.Adrian plisse les yeux.— Sécurisé ?Novak hocha la tête.— Très. Des hommes
La voiture filait à toute allure vers la zone portuaire, le moteur grondant dans la nuit silencieuse. L'adrénaline pulse dans les veines d'Élisa, plus forte que jamais. Sa mère était en danger, et cette fois, elle n'avait plus le luxe d'attendre ou de jouer sur les apparences. Tout allait se jouer maintenant.Adrian accélérait, les mains croustillantes sur le volant.— On doit agir vite. Si Bellerive nous a donné cette information, c'est qu'il a une autre carte en main.Margot vérifia son chargeur, son regard sombre.— Il sait qu'il est fini. Il joue son dernier atout.Novak tapotait furieusement sur son clavier, imposant de trouver des images de surveillance des entrepôts du port.— Je capte des mouvements suspects, mais la zone est mal couverte. Il y a au moins cinq véhicules sur place. Beaucoup trop d'hommes pour une simple mise en scène.Élisa serre les poings.— Il veut qu'on vienne. Il nous attend.Adrian hocha la tête, le regard fixé sur la route.— Alors on va lui donner ce qu
L'air nocturne était chargé de l'odeur du sel et de la fumée lorsque la voiture quitta le port, filant à toute vitesse à travers la ville. Élisa fixait la route devant elle, le cœur battant encore sous l'effet de l'adrénaline. Derrière elle, Margot vérifiait l'état de sa mère, encore sous le choc mais consciencieuse. Novak, toujours rivé à son ordinateur, surveillait d'éventuels signaux ennemis.Adrian, au volant, jetait des regards rapides dans le rétroviseur.— Bellerive est fini, mais ce n'est pas terminé pour autant.Élisa acquiesce lentement.— Il avait des contacts. D'autres alliés qu'on ne connaît pas encore.Margot soupira en croisant les bras.— Alors on est censé faire quoi ? Se cacher jusqu'à ce qu'ils nous trouvent ?Un silence tendu s'installe dans l'habitacle.Puis Élisa relève la tête, son regard brûle de détermination.— Non. On va finir ce qu'on a commencé.Adrian ralentit légèrement à l'approche d'un carrefour désert.— C'est-à-dire ?Elle tourne lentement la tête ve
L'aube pointait à peine lorsqu'Élisa, Adrian, Margot et Novak quittèrent leur planque pour se préparer à l'affrontement final. Le nom de Victor Langley flottait dans l’air comme une menace imminente. Cette fois, ils ne peuvent pas échouer.Novak avait passé la nuit à analyser chaque détail de la transaction prévue ce soir-là. L'échange aurait lieu dans un ancien hôtel désaffecté du centre-ville, un lieu discret, sécurisé, où seules les personnes de confiance de Langley seraient autorisées à entrer.Élisa observe la carte affichée sur l'écran.— Commenter y accéder sans alerter ses hommes ?Novak tape sur son clavier.— L'entrée principale sera trop surveillée, mais il y a un problème de secours à l'arrière du bâtiment. Si on passe par là, on peut s'infiltrer sans déclencher les alarmes.Adrian hocha la tête.— Il faut un plan de réponse. Si ça tourne mal, on doit pouvoir sortir rapidement.Margot vérifiera son chargeur et relève les yeux.— Ça tournera mal. Ces gars ne sont pas des am
La voiture roulait à vive allure à travers la ville encore endormie, filant comme une ombre sur l'asphalte. L'odeur de la fumée et de la poudre était encore présente, collée à leurs vêtements. Élisa fixait l'horizon sans vraiment le voir. L'hôtel en ruine, l'explosion,Margot vérifiait son chargeur, silencieux, tandis que Novak tapotait frénétiquement sur son clavier.— Je scanne les réseaux, dit-il enfin. Pas encore de traces de Langley, mais ça ne veut pas dire qu'il est mort.Adrian, les mains croustillantes sur le volant, lancent un regard vers Élisa à travers le rétroviseur.— S'il a survécu, il reviendra.Elle inspire profondément avant de répondre.— Alors on doit frapper avant lui.Margot se tourne vers elle, les sourcils froncés.— Tu veux dire quoi par là ?Élisa redressa la tête, son regard brûle d'une nouvelle résolution.— Il faut qu'on s'attaque à ceux qui lui permettent de rester debout. Ses alliés, ses soutiens. Si on les coupe un par un, il ne pourra plus rien faire.
Novak tapotait furieusement sur son ordinateur.— J'analyse les images du manoir, mais c'est flou. L'explosion a détruit plusieurs caméras.Margot, assise à l'arrière, croisa les bras, le regard sombre.— On a avancé quelque chose de bien plus grand que prévu.Adrian serra la mâchoire.— Il fallait s'y attendre. Quand on coupe une tête, il y en a toujours une autre qui prend sa place.Élisa inspire profondément.— Sauf si on les coupe toutes en même temps.Novak relève les yeux vers elle.— Tu veux dire… faire tomber tout le réseau d'un coup ?Elle hocha lentement la tête.— Il est temps d'arrêter de jouer en défense.Adrian a approuvé un signe de tête.— Alors il nous faut des noms.Novak se concentre sur son écran, triant les fichiers qu'il avait pu extraire avant de quitter le manoir.— J'ai quelque chose. Une série de transactions récentes entre les Morvan et un autre groupe…Il s'arrêta brusquement, son visage se figeant.Élisa fronce les sourcils.— Quoi ?Novak avala difficilem
Le vent marin soufflait doucement alors qu'Élisa descendait de la voiture, son regard fixé sur le complexe moderne qui s'élevait devant elle. Elle serra légèrement les doigts autour de son sac à main, où se trouvait une arme discrète et son oreillette de communication reliée à Novak et aux autres. Chaque pas qu'elle faisait la rapprocher du danger, mais elle n'avait pas le choix.Le garde à l'entrée scruta son badge d'invitation avant de la laisser passer sans un mot. Son cœur battait fort, mais son visage resta impassible. Elle était désormais à l'intérieur.À l'extérieur, Adrian et Margot attendaient dans une voiture stationnée à quelques rues de là, prêts à intervenir au moindre problème. Novak surveillait les caméras et interceptait les communications en temps réel.— Tout est clair pour le moment, soufflé-t-il dans son oreillette. Continuez comme prévu.Elle traverse le hall luxueux du complexe, où des hommes et des femmes en costumes élégants discutaient à voix basse, un verre d
Une lumière pâle glissait entre les branches, filtrée par les feuillages d’automne qui résistaient encore à la chute. Le vent était léger mais persistant, comme un souffle qui ne voulait pas dire grand-chose, juste signaler sa présence. Élisa marchait lentement sur le sentier qui longeait le ruisseau. Ses bottes s’enfonçaient dans la terre meuble, et à chaque pas, elle sentait le sol répondre, comme si marcher ici n’était jamais une simple action, mais un échange.Ce matin-là, elle portait dans son sac une boîte en fer blanc, retrouvée par hasard dans un placard du centre. À l’intérieur, des photos, des bouts de papiers, un bracelet cassé, un mot plié mille fois. Rien de précieux en apparence, mais tout portait une histoire. L’une de ces histoires qu’on garde sans trop savoir pourquoi, mais qu’on ne jette jamais.Elle atteignit une vieille souche recouverte de mousse, s’y assit, et ouvrit la boîte.La première photo montrait trois silhouettes floues, dans la lumière d’un soir ancien.
Le matin s’était levé dans une lenteur douce. Pas de vent, pas de bruit pressé. Seulement les rayons du soleil glissant sur les vitres embuées, et l’odeur du pain encore tiède qui remontait depuis la cuisine. Élisa s’éveilla avec cette sensation étrange d’avoir rêvé d’un lieu qu’elle connaissait déjà. Un de ces rêves sans image, sans son, mais rempli de présence.Elle s’habilla lentement, noua ses cheveux sans trop y penser, et descendit vers le cœur du centre. Sur le chemin, elle salua d’un signe de tête Malik qui discutait avec une adolescente sur le perron. Il tenait son carnet à la main, mais cette fois, il n’écrivait pas. Il écoutait, vraiment. De tout son corps. Et c’était cela, ici, la plus grande compétence : savoir accueillir les mots des autres sans les couper.Dans la salle commune, Ana et David étaient assis à la grande table. Une nappe avait été étalée, mais pas une nappe comme on en met pour faire joli. Celle-ci était ancienne, rapiécée, recouverte de traces de thé, de v
Le départ de Jonas avait laissé une trace douce, presque invisible, mais bien réelle. On aurait pu croire que l’ambiance en serait changée, que le vide pèserait. Mais non. Au lieu de cela, il y avait comme un souffle nouveau, une légèreté inattendue. Pas l’absence d’un être. Plutôt la présence de ce qu’il avait semé.Élisa s’éveilla avec cette pensée en tête : rien ne tient si ce n’est pas partagé. Et Jonas, à sa manière silencieuse, avait partagé bien plus qu’il ne l’avait dit.Elle descendit dans la cuisine, les pieds encore nus, et fut surprise de trouver Ana en train de préparer des galettes au maïs. L’odeur, sucrée et chaleureuse, embaumait déjà la pièce.— Tu t’es levée tôt, constata Élisa.— Je n’arrivais pas à dormir. Il fallait que mes mains fassent quelque chose.— Et elles font bien, ajouta Élisa en souriant.Ana lui tendit une assiette chaude. Elles mangèrent en silence, côte à côte. Il y avait quelque chose de simple, de réparateur, dans ces gestes matinaux. Pas de grand
Le vent était plus vif ce matin-là. Il portait dans ses bourrasques une odeur de bois mouillé, de feuilles mortes et d’histoires qui tournent la page. Le centre paraissait paisible, presque figé, comme s’il retenait son souffle. Mais ceux qui vivaient ici savaient lire au-delà du calme. Il y avait une tension discrète dans l’air, un frémissement particulier. Quelque chose allait changer.Élisa s’était levée plus tôt que d’habitude. Pas à cause d’un rêve ou d’une pensée en boucle. Non. Simplement parce qu’elle avait senti que ce jour ne pouvait pas commencer sans elle. Elle marcha lentement jusqu’au jardin nord, celui qui longeait les rangées de framboisiers et le petit abri à outils. Là, elle retrouva Jonas, accroupi devant un tas de planches.— Tu pars aujourd’hui, dit-elle.Il releva la tête, le visage doux, le regard franc.— Oui.Elle s’assit à côté de lui, sans rien ajouter. Ils restèrent un long moment ainsi, dans le craquement léger des branches et le sifflement du vent entre l
Le ciel était d’un gris doux ce matin-là. Pas menaçant. Juste uniforme, comme une grande page à remplir. Aucun vent. Aucune hâte. Le monde semblait suspendu dans un entre-deux : ni pluie, ni soleil, ni mouvement. Et c’était parfait ainsi.Élisa ouvrit les volets sans bruit, comme on entrouvre un livre sacré. Le bois de la fenêtre grinça légèrement, un son familier qui la fit sourire. Elle resta là, quelques minutes, à regarder les jardins en contrebas. Tout était calme. Même les oiseaux semblaient s’être donné rendez-vous ailleurs. Ou peut-être étaient-ils là, silencieux, observant eux aussi.Dans la cuisine commune, Jonas préparait du thé. Il ne se retourna pas en entendant Élisa entrer. Il tendit juste une tasse chaude dans sa direction.— Tu sens, toi aussi ? dit-il.— Quoi ?— Le silence. Il est différent aujourd’hui. Il ne manque rien. Il dit quelque chose.Elle hocha la tête, prenant une gorgée.— Il raconte, oui. Mais doucement. Il faut être attentif.Ils s’assirent à la grande
Un silence épais enveloppait le centre ce matin-là. Non pas un silence vide ou pesant, mais un silence d’attente, comme une grande respiration retenue juste avant une décision importante. Même les oiseaux semblaient chanter plus bas, comme s’ils comprenaient qu’aujourd’hui, quelque chose allait se jouer, quelque chose de subtil, mais décisif.Élisa, debout près de la grande baie vitrée de la salle commune, regardait la brume se lever sur les collines. Elle tenait dans ses mains un vieux morceau de papier qu’elle avait retrouvé la veille, glissé dans les pages d’un livre oublié : une note d’intention griffonnée au tout début de l’aventure. Les phrases étaient tremblantes, incertaines, mais portaient déjà le souffle de ce qui allait suivre.“Créer un espace où les blessures deviennent matière. Où la parole circule. Où l’on n’est pas utile, mais vivant.”Elle relut cette phrase en silence, puis ferma les yeux. Ce lieu existait. Ils l’avaient rêvé. Ils l’avaient bâti. Et pourtant, aujourd
Le soleil d’automne se levait sur la campagne, répandant une lumière douce et dorée sur les terres encore humides de la rosée matinale. Le centre, désormais cœur vibrant de la reconstruction, se dressait fier et authentique, témoin silencieux d’un combat qui n’avait jamais cessé de croire en un avenir meilleur. Les murs en bois et en pierre, assemblés avec soin par des mains laborieuses, semblaient murmurer les histoires de ceux qui avaient osé rêver et bâtir à partir des cendres du passé.Élisa marchait sur le chemin de terre qui menait au centre, son regard scrutant chaque recoin, chaque détail. Elle se rappelait les premiers jours où tout n’était qu’une lutte acharnée, des cris et des larmes, et maintenant, il ne restait plus qu’un élan de vie, une harmonie retrouvée dans la simplicité des gestes quotidiens. Les enfants couraient dans les jardins, leurs rires éclaboussant l’air de légèreté, tandis que les anciens, assis en cercle autour du feu de la veille, échangeaient des souveni
Ce matin-là, l’air avait un goût de cendre et de bois mouillé. La pluie de la veille avait lavé les chemins, ravivé les odeurs, creusé de petits sillons entre les pierres. Dans la cour du centre, les flaques reflétaient les guirlandes suspendues, donnant au sol des allures de ciel inversé.Élisa se tenait debout sous l’auvent, une tasse tiède entre les mains. Elle regardait le paysage sans vraiment le voir. Son esprit était ailleurs. Dans les souvenirs. Dans les premières fois. Dans ce qu’ils avaient risqué, perdu, gagné.Jonas vint s’asseoir à côté d’elle, les bottes encore boueuses. Il resta silencieux un moment, puis dit :— Tu sens ? C’est l’odeur du retour.Elle tourna la tête, intriguée.— Du retour ?— Oui. Tu sais, ce parfum particulier quand quelqu’un revient. Pas forcément de loin. Pas toujours d’un voyage. Mais d’un éloignement. D’un silence. D’une peur. Ce matin, il est là.Elle ne répondit pas. Mais elle comprenait.Quelques minutes plus tard, Malik apparut, suivi d’une s
Dès l’aube, on sentait que la journée ne serait pas comme les autres. Une énergie subtile traversait les couloirs du centre, presque imperceptible, mais bien réelle. Les pas étaient plus calmes. Les voix plus basses. On ne savait pas ce qu’on attendait, mais on savait que quelque chose allait venir.Élisa se leva sans réveiller Jonas. Elle sortit doucement, ses bottes à la main, et marcha pieds nus dans l’herbe fraîche du matin. La brume s’accrochait encore aux feuilles, aux pierres, aux rebords de fenêtre. Elle longea les murs du centre, s’arrêtant parfois pour toucher le bois, lire un mot suspendu sur la corde du passage, ou simplement écouter.Sur le banc près du figuier, Malik griffonnait déjà dans son carnet. Il leva à peine les yeux.— C’est drôle, dit-il. J’écris avant de penser, maintenant. C’est comme si le lieu pensait à ma place.— Ou bien tu as appris à ne pas filtrer, murmura Élisa.Il lui sourit. Puis lui tendit une feuille déchirée sur laquelle on pouvait lire :“Aujour