La voiture roulait à vive allure à travers la ville encore endormie, filant comme une ombre sur l'asphalte. L'odeur de la fumée et de la poudre était encore présente, collée à leurs vêtements. Élisa fixait l'horizon sans vraiment le voir. L'hôtel en ruine, l'explosion,Margot vérifiait son chargeur, silencieux, tandis que Novak tapotait frénétiquement sur son clavier.— Je scanne les réseaux, dit-il enfin. Pas encore de traces de Langley, mais ça ne veut pas dire qu'il est mort.Adrian, les mains croustillantes sur le volant, lancent un regard vers Élisa à travers le rétroviseur.— S'il a survécu, il reviendra.Elle inspire profondément avant de répondre.— Alors on doit frapper avant lui.Margot se tourne vers elle, les sourcils froncés.— Tu veux dire quoi par là ?Élisa redressa la tête, son regard brûle d'une nouvelle résolution.— Il faut qu'on s'attaque à ceux qui lui permettent de rester debout. Ses alliés, ses soutiens. Si on les coupe un par un, il ne pourra plus rien faire.
Novak tapotait furieusement sur son ordinateur.— J'analyse les images du manoir, mais c'est flou. L'explosion a détruit plusieurs caméras.Margot, assise à l'arrière, croisa les bras, le regard sombre.— On a avancé quelque chose de bien plus grand que prévu.Adrian serra la mâchoire.— Il fallait s'y attendre. Quand on coupe une tête, il y en a toujours une autre qui prend sa place.Élisa inspire profondément.— Sauf si on les coupe toutes en même temps.Novak relève les yeux vers elle.— Tu veux dire… faire tomber tout le réseau d'un coup ?Elle hocha lentement la tête.— Il est temps d'arrêter de jouer en défense.Adrian a approuvé un signe de tête.— Alors il nous faut des noms.Novak se concentre sur son écran, triant les fichiers qu'il avait pu extraire avant de quitter le manoir.— J'ai quelque chose. Une série de transactions récentes entre les Morvan et un autre groupe…Il s'arrêta brusquement, son visage se figeant.Élisa fronce les sourcils.— Quoi ?Novak avala difficilem
Le vent marin soufflait doucement alors qu'Élisa descendait de la voiture, son regard fixé sur le complexe moderne qui s'élevait devant elle. Elle serra légèrement les doigts autour de son sac à main, où se trouvait une arme discrète et son oreillette de communication reliée à Novak et aux autres. Chaque pas qu'elle faisait la rapprocher du danger, mais elle n'avait pas le choix.Le garde à l'entrée scruta son badge d'invitation avant de la laisser passer sans un mot. Son cœur battait fort, mais son visage resta impassible. Elle était désormais à l'intérieur.À l'extérieur, Adrian et Margot attendaient dans une voiture stationnée à quelques rues de là, prêts à intervenir au moindre problème. Novak surveillait les caméras et interceptait les communications en temps réel.— Tout est clair pour le moment, soufflé-t-il dans son oreillette. Continuez comme prévu.Elle traverse le hall luxueux du complexe, où des hommes et des femmes en costumes élégants discutaient à voix basse, un verre d
L'atmosphère dans l'appartement était lourde, saturée de tension et de détermination. Élisa, debout devant l'écran de Novak, fixait l'adresse qu'il venait de dévoiler. C'était là que Damien Voltaire s'était retranché. Un manoir isolé en périphérie de la ville, protégé par des murs hauts et une sécurité renforcée.Adrian croisa les bras, son regard rivé sur le plan satellite du domaine.— C'est une véritable forteresse. Il dit qu'on va venir.Margot acquiesça, un sourire ironique aux lèvres.— Évidemment. Ce type est le dernier rempart de L'Hydre. Il ne va pas se laisser abattre sans se battre.Élisa inspire profondément.— Alors il faut être plus intelligents que lui.Novak fit défiler les images des caméras de surveillance qu'il avait réussi à pirater.— J'ai repéré au moins une vingtaine d'hommes armés sur le terrain. Voltaire n'a pris aucun risque.Adrien soupira.— On ne peut pas y entrer de front. Il faut une diversion.Margot haussa un sourcil.— Tu veux dire un bon vieux carnag
Le moteur ronronnait doucement alors qu’Adrian filait sur l’autoroute déserte, leurs visages à peine éclairés par les panneaux lumineux qui défilaient. Le silence était pesant dans l’habitacle. L’image affichée sur l’écran de Novak brûlait encore dans l’esprit d’Élisa. Une nouvelle cible, un nouveau mystère.Elle posa son regard sur Novak.— Dis-moi que tu en sais plus.Il tapota frénétiquement sur son clavier, le regard rivé sur les informations cryptées qu’il essayait de déchiffrer.— Ce n’est pas juste une nouvelle cible. C’est une identité cachée derrière toutes celles qu’on a déjà fait tomber.Margot, les bras croisés, fixait l’écran avec frustration.— En clair, on pensait avoir atteint le sommet, mais ce n’était qu’un leurre.Adrian jeta un regard dans le rétroviseur.— C’est qui cette fois ?Novak prit une profonde inspiration avant de répondre.— Le vrai cerveau derrière L’Hydre.Il fit pivoter l’écran vers eux.Le nom s’afficha en lettres claires : Louis Dervaux.Un silence
La chaleur oppressante du chalet contrastait avec l’air glacial de la montagne. Élisa avançait lentement à l’intérieur, son regard parcourant la pièce luxueuse où tout respirait l’arrogance et la richesse. Des lampes tamisées diffusaient une lumière dorée sur les murs ornés de bois sombre. Tout était silencieux, trop silencieux.Les battements de son cœur étaient réguliers, mais chaque muscle de son corps était tendu. Elle savait qu’elle entrait dans le repaire du loup.— Je suis à l’intérieur, murmura-t-elle dans son oreillette.Dehors, cachés dans les ombres, Adrian et Margot attendaient, prêts à intervenir. Novak, posté à distance, surveillait chaque mouvement à travers les caméras de surveillance qu’il avait réussi à infiltrer.— Je te vois, confirma Novak. Il y a trois hommes armés dans la pièce adjacente. Sois prudente.Elle hocha imperceptiblement la tête et s’avança.Au centre du salon, un homme attendait.Louis Dervaux.Ministre, financier, maître des ombres. L’homme qui avai
La nuit s’étendait sur la ville comme un linceul silencieux, dissimulant les ombres qui s’agitaient en secret. Élisa était assise sur une chaise, le regard rivé sur l’écran de l’ordinateur portable posé devant elle. Le fichier vidéo était là, ouvert, prêt à être envoyé. Une seule pression sur la touche "Entrée" suffirait à faire exploser le système que Dervaux et L’Hydre avaient mis des années à construire.Adrian, adossé au mur, observait son profil avec attention. Margot marchait nerveusement de long en large, jetant des coups d’œil impatients vers l’écran. Novak, les doigts sur le clavier, attendait son signal.— On est sûrs de ne pas pouvoir tracer ça jusqu’à nous ? demanda Margot, brisant le silence.Novak hocha la tête.— J’ai sécurisé tous les canaux. Une fois que ce fichier sera en ligne, il se propagera sur des centaines de serveurs anonymes en quelques secondes. Impossible de le supprimer.Adrian soupira, croisant les bras.— Alors qu’est-ce qu’on attend ?Élisa inspira prof
La nuit était encore épaisse lorsque la planque improvisée se transforma en un véritable centre de commandement. Élisa, assise au centre de la pièce, observait le plan affiché sur l’écran de Novak. Devant eux, la dernière cible : Louis Dervaux. Le ministre était sur le point de se réfugier dans son dernier bastion, une réunion secrète avec ses derniers alliés. Une opportunité unique pour les frapper.Adrian, appuyé contre le mur, les bras croisés, observait Élisa en silence. Il savait que cette fois, il n’y aurait pas de retour en arrière.— Son cortège arrivera au bâtiment dans huit heures, annonça Novak.Margot siffla doucement, son arme posée sur la table.— Ce sera blindé de sécurité. Il sait qu’on vient.Élisa hocha la tête.— Alors on va devoir être plus malins que lui.Novak afficha un second écran.— J’ai infiltré les caméras de surveillance autour du bâtiment. L’entrée principale est imprenable, mais…Il zoome sur un plan secondaire.— … il y a un tunnel souterrain utilisé po
Une lumière pâle glissait entre les branches, filtrée par les feuillages d’automne qui résistaient encore à la chute. Le vent était léger mais persistant, comme un souffle qui ne voulait pas dire grand-chose, juste signaler sa présence. Élisa marchait lentement sur le sentier qui longeait le ruisseau. Ses bottes s’enfonçaient dans la terre meuble, et à chaque pas, elle sentait le sol répondre, comme si marcher ici n’était jamais une simple action, mais un échange.Ce matin-là, elle portait dans son sac une boîte en fer blanc, retrouvée par hasard dans un placard du centre. À l’intérieur, des photos, des bouts de papiers, un bracelet cassé, un mot plié mille fois. Rien de précieux en apparence, mais tout portait une histoire. L’une de ces histoires qu’on garde sans trop savoir pourquoi, mais qu’on ne jette jamais.Elle atteignit une vieille souche recouverte de mousse, s’y assit, et ouvrit la boîte.La première photo montrait trois silhouettes floues, dans la lumière d’un soir ancien.
Le matin s’était levé dans une lenteur douce. Pas de vent, pas de bruit pressé. Seulement les rayons du soleil glissant sur les vitres embuées, et l’odeur du pain encore tiède qui remontait depuis la cuisine. Élisa s’éveilla avec cette sensation étrange d’avoir rêvé d’un lieu qu’elle connaissait déjà. Un de ces rêves sans image, sans son, mais rempli de présence.Elle s’habilla lentement, noua ses cheveux sans trop y penser, et descendit vers le cœur du centre. Sur le chemin, elle salua d’un signe de tête Malik qui discutait avec une adolescente sur le perron. Il tenait son carnet à la main, mais cette fois, il n’écrivait pas. Il écoutait, vraiment. De tout son corps. Et c’était cela, ici, la plus grande compétence : savoir accueillir les mots des autres sans les couper.Dans la salle commune, Ana et David étaient assis à la grande table. Une nappe avait été étalée, mais pas une nappe comme on en met pour faire joli. Celle-ci était ancienne, rapiécée, recouverte de traces de thé, de v
Le départ de Jonas avait laissé une trace douce, presque invisible, mais bien réelle. On aurait pu croire que l’ambiance en serait changée, que le vide pèserait. Mais non. Au lieu de cela, il y avait comme un souffle nouveau, une légèreté inattendue. Pas l’absence d’un être. Plutôt la présence de ce qu’il avait semé.Élisa s’éveilla avec cette pensée en tête : rien ne tient si ce n’est pas partagé. Et Jonas, à sa manière silencieuse, avait partagé bien plus qu’il ne l’avait dit.Elle descendit dans la cuisine, les pieds encore nus, et fut surprise de trouver Ana en train de préparer des galettes au maïs. L’odeur, sucrée et chaleureuse, embaumait déjà la pièce.— Tu t’es levée tôt, constata Élisa.— Je n’arrivais pas à dormir. Il fallait que mes mains fassent quelque chose.— Et elles font bien, ajouta Élisa en souriant.Ana lui tendit une assiette chaude. Elles mangèrent en silence, côte à côte. Il y avait quelque chose de simple, de réparateur, dans ces gestes matinaux. Pas de grand
Le vent était plus vif ce matin-là. Il portait dans ses bourrasques une odeur de bois mouillé, de feuilles mortes et d’histoires qui tournent la page. Le centre paraissait paisible, presque figé, comme s’il retenait son souffle. Mais ceux qui vivaient ici savaient lire au-delà du calme. Il y avait une tension discrète dans l’air, un frémissement particulier. Quelque chose allait changer.Élisa s’était levée plus tôt que d’habitude. Pas à cause d’un rêve ou d’une pensée en boucle. Non. Simplement parce qu’elle avait senti que ce jour ne pouvait pas commencer sans elle. Elle marcha lentement jusqu’au jardin nord, celui qui longeait les rangées de framboisiers et le petit abri à outils. Là, elle retrouva Jonas, accroupi devant un tas de planches.— Tu pars aujourd’hui, dit-elle.Il releva la tête, le visage doux, le regard franc.— Oui.Elle s’assit à côté de lui, sans rien ajouter. Ils restèrent un long moment ainsi, dans le craquement léger des branches et le sifflement du vent entre l
Le ciel était d’un gris doux ce matin-là. Pas menaçant. Juste uniforme, comme une grande page à remplir. Aucun vent. Aucune hâte. Le monde semblait suspendu dans un entre-deux : ni pluie, ni soleil, ni mouvement. Et c’était parfait ainsi.Élisa ouvrit les volets sans bruit, comme on entrouvre un livre sacré. Le bois de la fenêtre grinça légèrement, un son familier qui la fit sourire. Elle resta là, quelques minutes, à regarder les jardins en contrebas. Tout était calme. Même les oiseaux semblaient s’être donné rendez-vous ailleurs. Ou peut-être étaient-ils là, silencieux, observant eux aussi.Dans la cuisine commune, Jonas préparait du thé. Il ne se retourna pas en entendant Élisa entrer. Il tendit juste une tasse chaude dans sa direction.— Tu sens, toi aussi ? dit-il.— Quoi ?— Le silence. Il est différent aujourd’hui. Il ne manque rien. Il dit quelque chose.Elle hocha la tête, prenant une gorgée.— Il raconte, oui. Mais doucement. Il faut être attentif.Ils s’assirent à la grande
Un silence épais enveloppait le centre ce matin-là. Non pas un silence vide ou pesant, mais un silence d’attente, comme une grande respiration retenue juste avant une décision importante. Même les oiseaux semblaient chanter plus bas, comme s’ils comprenaient qu’aujourd’hui, quelque chose allait se jouer, quelque chose de subtil, mais décisif.Élisa, debout près de la grande baie vitrée de la salle commune, regardait la brume se lever sur les collines. Elle tenait dans ses mains un vieux morceau de papier qu’elle avait retrouvé la veille, glissé dans les pages d’un livre oublié : une note d’intention griffonnée au tout début de l’aventure. Les phrases étaient tremblantes, incertaines, mais portaient déjà le souffle de ce qui allait suivre.“Créer un espace où les blessures deviennent matière. Où la parole circule. Où l’on n’est pas utile, mais vivant.”Elle relut cette phrase en silence, puis ferma les yeux. Ce lieu existait. Ils l’avaient rêvé. Ils l’avaient bâti. Et pourtant, aujourd
Le soleil d’automne se levait sur la campagne, répandant une lumière douce et dorée sur les terres encore humides de la rosée matinale. Le centre, désormais cœur vibrant de la reconstruction, se dressait fier et authentique, témoin silencieux d’un combat qui n’avait jamais cessé de croire en un avenir meilleur. Les murs en bois et en pierre, assemblés avec soin par des mains laborieuses, semblaient murmurer les histoires de ceux qui avaient osé rêver et bâtir à partir des cendres du passé.Élisa marchait sur le chemin de terre qui menait au centre, son regard scrutant chaque recoin, chaque détail. Elle se rappelait les premiers jours où tout n’était qu’une lutte acharnée, des cris et des larmes, et maintenant, il ne restait plus qu’un élan de vie, une harmonie retrouvée dans la simplicité des gestes quotidiens. Les enfants couraient dans les jardins, leurs rires éclaboussant l’air de légèreté, tandis que les anciens, assis en cercle autour du feu de la veille, échangeaient des souveni
Ce matin-là, l’air avait un goût de cendre et de bois mouillé. La pluie de la veille avait lavé les chemins, ravivé les odeurs, creusé de petits sillons entre les pierres. Dans la cour du centre, les flaques reflétaient les guirlandes suspendues, donnant au sol des allures de ciel inversé.Élisa se tenait debout sous l’auvent, une tasse tiède entre les mains. Elle regardait le paysage sans vraiment le voir. Son esprit était ailleurs. Dans les souvenirs. Dans les premières fois. Dans ce qu’ils avaient risqué, perdu, gagné.Jonas vint s’asseoir à côté d’elle, les bottes encore boueuses. Il resta silencieux un moment, puis dit :— Tu sens ? C’est l’odeur du retour.Elle tourna la tête, intriguée.— Du retour ?— Oui. Tu sais, ce parfum particulier quand quelqu’un revient. Pas forcément de loin. Pas toujours d’un voyage. Mais d’un éloignement. D’un silence. D’une peur. Ce matin, il est là.Elle ne répondit pas. Mais elle comprenait.Quelques minutes plus tard, Malik apparut, suivi d’une s
Dès l’aube, on sentait que la journée ne serait pas comme les autres. Une énergie subtile traversait les couloirs du centre, presque imperceptible, mais bien réelle. Les pas étaient plus calmes. Les voix plus basses. On ne savait pas ce qu’on attendait, mais on savait que quelque chose allait venir.Élisa se leva sans réveiller Jonas. Elle sortit doucement, ses bottes à la main, et marcha pieds nus dans l’herbe fraîche du matin. La brume s’accrochait encore aux feuilles, aux pierres, aux rebords de fenêtre. Elle longea les murs du centre, s’arrêtant parfois pour toucher le bois, lire un mot suspendu sur la corde du passage, ou simplement écouter.Sur le banc près du figuier, Malik griffonnait déjà dans son carnet. Il leva à peine les yeux.— C’est drôle, dit-il. J’écris avant de penser, maintenant. C’est comme si le lieu pensait à ma place.— Ou bien tu as appris à ne pas filtrer, murmura Élisa.Il lui sourit. Puis lui tendit une feuille déchirée sur laquelle on pouvait lire :“Aujour