RaphaëlLa nuit est avancée quand elle franchit enfin la porte de mon atelier.Elle a ce regard, celui qu’elle porte quand elle est troublée, quand trop de choses se bousculent en elle.— Enfin prête à affronter la seule personne qui ne cherche pas à te posséder ? je murmure, sans lever les yeux de ma toile.Elle s’arrête, observe la peinture inachevée.— C’est moi ?Je hoche la tête.Elle s’approche lentement, ses doigts effleurant le bord de la toile.— Pourquoi suis-je toujours au milieu des flammes, Raphaël ?Je pose mon pinceau, essuie mes mains sur mon jean et la regarde enfin.— Parce que tu es née pour embraser le monde.Un silence.Elle ferme les yeux une seconde, et quand elle les rouvre, ils brûlent d’une intensité nouvelle.— Alors pourquoi suis-je épuisée de me battre ?Je m’approche, effleurant sa joue du bout des doigts.— Parce que tu crois que c’est un combat. Mais en réalité, c’est une danse.Elle tressaille sous mon contact, mais ne recule pas.— Et qui est mon part
CassandraIl y a des instants où tout bascule.Des moments où l’on se tient au bord du précipice, hésitant entre se jeter dans le vide ou reculer à la dernière seconde.Ce soir, je sens que je suis à ce point de rupture.Mais reculer n’a jamais fait partie de mes options.Je pose mon verre sur la rambarde du balcon et inspire profondément l’air nocturne.Le téléphone posé à côté vibre doucement.Trois noms.Trois messages.Trois hommes qui s’attendent à une réponse.Lucien : "Je sais ce que tu ressens. Arrête de lutter."Gabriel : "Ne joue pas un jeu que tu ne maîtrises pas encore."Raphaël : "Quand viendras-tu voir ce que j’ai préparé pour toi ?"Un frisson parcourt ma colonne vertébrale.Ils croient me comprendre.Ils croient pouvoir me dicter la marche à suivre.Ils ignorent que la reine avance toujours plusieurs coups en avance.Je récupère mon téléphone et envoie un message.Un seul.À l’un d’entre eux.Puis je récupère mes clés et quitte mon appartement, prête à faire tomber les
CassandraL’air est chargé d’électricité.Les choix que j’ai faits ce soir ne peuvent plus être effacés.Un message. Un pas. Un baiser.Et maintenant, la guerre.Car c’est bien de cela qu’il s’agit.Ils ne veulent pas seulement mon amour.Ils veulent ma reddition.Mais je ne suis pas une femme qui s’agenouille.Je suis celle qui dicte les règles.Et ce soir, je vais leur prouver qu’aucun d’eux ne me possède.---GabrielJ’arrive au club privé où elle m’a donné rendez-vous.Un lieu neutre.Un terrain de jeu parfait pour une femme qui excelle dans l’art du contrôle.Dès que je franchis la porte, je ressens sa présence.Elle est là, installée dans un coin du bar, une coupe de champagne à la main.Son regard accroche le mien avec un éclat que je ne lui ai plus vu depuis longtemps.Une provocation silencieuse.Un défi.Je m’approche lentement, savourant l’instant.— Tu as enfin décidé de me faire face ?Elle incline légèrement la tête, un sourire énigmatique sur les lèvres.— Tu crois que
CassandraJe devrais dormir.Mais je n’y arrive pas.Allongée dans mon lit, je fixe le plafond, le cœur battant encore trop fort.Je les ai défiés.Gabriel. Raphaël. Lucien.Trois hommes qui ont toujours dicté leur loi.Mais ce soir, c’est moi qui ai posé mes règles.Le problème avec le pouvoir, c’est qu’il exige qu’on l’assume jusqu’au bout.Et je sais qu’aucun d’eux ne reculera.Je me lève, lasse de me battre avec mon propre esprit, et me dirige vers la baie vitrée.De là, je vois la ville s’étendre sous mes pieds, brillante, vivante.Implacable.Tout comme moi.Puis mon téléphone vibre.Un message.Gabriel : Tu penses avoir gagné ce soir ? Ce n’était qu’un premier tour.Un deuxième message s’affiche à peine quelques secondes plus tard.Lucien : Tu nous veux tous les trois, Cassandra. Mais combien de temps pourras-tu nous contenir ?Un troisième.Raphaël : J’espère que tu es sûre de toi. Parce qu’aucun de nous ne te laissera partir si facilement.Je souris.Ils sont prévisibles.Mai
GabrielJe repose mon téléphone après avoir lu le message d’un de mes informateurs.Cassandra est allée voir Lucien.Elle frappe en premier.Mais elle oublie une règle essentielle dans ce genre de guerre : frapper n’est pas suffisant. Il faut s’assurer que l’ennemi ne puisse pas riposter.Et moi, je riposte toujours.Je sors du bureau et me dirige vers mon club privé.Si Cassandra veut jouer, je vais lui montrer ce qu’est un véritable adversaire.RaphaëlJe travaille depuis des heures sur cette toile, obsédé par chaque détail, chaque nuance de couleur.Cassandra.Son visage, figé dans un mélange de défi et de vulnérabilité.Elle pense pouvoir nous manipuler.Mais moi, je ne me contenterai pas de l’attendre.Je prends mon téléphone et envoie un message.Moi : Passe à l’atelier. J’ai quelque chose pour toi.Je sais qu’elle viendra.Parce que, malgré tout, elle ne peut pas ignorer ce qui brûle entre nous.Et cette fois, je ne la laisserai plus s’échapper.CassandraJe sors du club de Luc
LucienLa nuit est calme, en apparence.Je suis au dernier étage de mon club, une cigarette entre les doigts, observant la ville.Mais en moi, tout est en ébullition.Cassandra est allée voir Raphaël.Je savais qu’elle tenterait un mouvement. Mais je doute qu’elle comprenne dans quoi elle vient de mettre les pieds.Mon téléphone sonne.Un message de Gabriel.Gabriel : On doit parler. Maintenant.Je soupire et écrase ma cigarette.Si même Gabriel, cet enfoiré manipulateur, juge nécessaire de m’appeler, c’est que Cassandra est en train de provoquer une tempête plus grande que prévu.Parfait.J’aime les tempêtes.Je récupère ma veste et quitte le club.Il est temps de remettre de l’ordre dans ce jeu.CassandraRaphaël m’embrasse.Un baiser brûlant, urgent, qui explose contre mes lèvres comme une déclaration de guerre.Je devrais reculer. Je devrais arrêter ce jeu avant qu’il ne m’emporte trop loin.Mais je n’en ai pas envie.Je glisse mes doigts dans ses cheveux et l’attire plus près.Ce
Cassandra— J’espère que tu es réveillé.De l’autre côté de la ligne, la voix rauque de Raphaël me répond.— Pour toi, toujours.Un sourire en coin étire mes lèvres.— Alors prépare-toi. Ce soir, on change les règles du jeu.LucienJe suis dans ma voiture, les phares découpant l’obscurité de la nuit, mes pensées tournoyant dans un chaos incontrôlable.Gabriel croit que nous pouvons briser Cassandra.Peut-être a-t-il raison.Mais à quel prix ?Je serre le volant, mes jointures blanchissant sous la pression.Cassandra n’est pas une femme comme les autres. Elle est un ouragan, une force de la nature impossible à contenir.Mais nous sommes trois à vouloir l’enfermer dans une cage.Et je commence à me demander si nous ne sommes pas en train de faire une terrible erreur.Mon téléphone vibre.Un message de Gabriel."Rejoins-moi dans une heure. Il est temps de passer à l’action."Je soupire et démarre.Que la partie commence.RaphaëlL’atelier est plongé dans la pénombre, seule une lampe écla
LucienIl ne voit pas les détails.La façon dont Cassandra ne cligne presque pas des yeux.Le léger tremblement dans ses doigts quand elle repose son verre.Elle est en train de jouer un jeu dangereux.Mais lequel ?Gabriel pose sa main sur la table, son regard acéré.— Nous savons tous pourquoi nous sommes ici.Cassandra incline la tête, amusée.— Vraiment ? Éclaire-moi.Gabriel sourit.— Tu as voulu nous manipuler. Nous faire croire que tu avais le contrôle.Un silence.Puis Cassandra éclate de rire.Un rire léger, presque moqueur.Elle repose sa coupe et le fixe droit dans les yeux.— Oh, Gabriel. C’est adorable. Tu crois encore que je joue avec vous ?Gabriel se tend légèrement.Lucien aussi.Quelque chose ne tourne pas rond.— Alors explique-nous, Cassandra, dit Lucien, la voix plus froide que jamais.Elle se lève lentement, ajuste la bretelle de sa robe et nous regarde tour à tour.— Ce n’est pas moi qui joue avec vous.Elle s’avance vers Gabriel, pose ses mains sur son dossier,
CassandraLe matin perce à travers les rideaux, baignant la pièce d'une lumière dorée. Raphaël dort encore, son bras enroulé autour de ma taille, son souffle chaud effleurant ma nuque. Son torse nu est pressé contre mon dos, et je peux sentir la régularité de sa respiration.Je me demande depuis combien de temps je suis réveillée. Peut-être une heure. Peut-être plus. Mon esprit tourbillonne, incapable de se fixer sur une seule pensée. La conversation de la veille avec Gabriel me hante. La guerre. Les choix. Les conséquences.Je me redresse doucement, le cœur battant. Raphaël gémit dans son sommeil, sa main cherchant instinctivement la mienne.— « Cass… » murmure-t-il d’une voix rauque.Je me retourne pour le regarder. Ses paupières s’entrouvrent, révélant ce bleu profond qui me transperce toujours autant.— « Tu ne dors pas ? »J’effleure son visage du bout des doigts.— « Non. »Il m’attire contre lui, mes mains posées à plat contre son torse.— « Tu penses à ce qu’a dit Gabriel, n’e
RaphaëlJe suis incapable de me souvenir du moment où j’ai commencé à perdre pied. Peut-être que c’était ce soir-là, sous la pluie battante, quand j’ai vu Cassandra s’effondrer dans mes bras, brisée, dévastée. Ou peut-être que c’était bien avant, quand j’ai compris qu’elle serait toujours mon point faible.Ce que je sais, c’est que maintenant que je l’ai retrouvée, je suis incapable de la lâcher.La pièce est sombre, éclairée seulement par la lueur diffuse des lampadaires de la rue. Cassandra est assise au bord du lit, son dos nu offert à la lumière. La couverture glisse le long de sa peau dorée, révélant la courbe parfaite de son épaule.Je m’approche lentement, mes doigts frôlant la ligne de sa colonne vertébrale. Elle frissonne sous mon contact.— « Tu ne dors pas ? » murmuré-je.Elle ne se retourne pas, mais je vois sa main se crisper légèrement sur le drap.— « Je n’y arrive pas. »Je m’assois derrière elle, mes jambes de chaque côté de son corps. Je glisse mes bras autour de sa
CassandraJe sens encore la chaleur de la main de Raphaël sur ma peau, même s’il n’est plus là. Cette chaleur, ce contact qui semblait capable de me retenir, de m’ancrer dans une réalité trop souvent déformée par le chaos et la douleur. Mais à présent, c’est le froid qui s’insinue en moi. Le froid du vide qu’il a laissé derrière lui.Gabriel est assis en face de moi, son regard fixé sur le sol, une cigarette entre ses doigts. La fumée s’élève lentement dans la pièce silencieuse. Il ne parle pas, et je n’ai pas la force de combler ce silence.— « Il est parti, n’est-ce pas ? »Ma voix est brisée.Gabriel redresse la tête. Ses yeux sont cernés, fatigués. Il hoche lentement la tête.— « Il a besoin de temps. »Je laisse échapper un rire amer.— « Du temps ? Pour quoi faire ? Trouver une excuse pour ce qu’il m’a fait ? »Gabriel ne répond pas tout de suite. Il tire sur sa cigarette, la fumée glissant entre ses lèvres.— « Ce n’est pas aussi simple. »— « Alors explique-moi. »Gabriel me r
RaphaëlL’air est lourd, saturé d’une tension électrique qui fait vibrer chaque muscle de mon corps. Je sens le poids de Cassandra dans mes bras, sa respiration faible et irrégulière. Gabriel court à mes côtés, le visage dur, les yeux noirs de rage.Le manoir est plongé dans l’obscurité, à peine éclairé par la lumière froide des lampadaires extérieurs. Chaque bruit de pas résonne comme une menace. Je sens l’adrénaline pulser dans mes veines, me maintenant en alerte.— « Reste avec moi, Cass », murmuré-je en la tenant fermement.Gabriel pousse la porte d’un coup de pied. Elle s’ouvre violemment, claquant contre le mur. L’odeur métallique du sang flotte encore dans l’air.— « Par ici ! » lance-t-il.Nous traversons le hall, mes bras commençant à trembler sous le poids de Cassandra. Son visage est pâle, presque translucide sous la lueur blafarde des lampes. Ses paupières papillonnent.— « Raph… »Mon cœur manque un battement.— « Je suis là. Ne parle pas. Garde tes forces. »Elle secoue
GabrielJe vois le sang s’infiltrer entre ses doigts. Trop de sang.— « On doit la sortir d’ici ! » dis-je en m’approchant.Raphaël relève les yeux vers moi, ses pupilles dilatées par la peur.— « Tu crois que je ne le sais pas ?! » crache-t-il.Je m’agenouille de l’autre côté, mes mains frôlant celles de Raphaël alors que nous tentons ensemble de retenir le sang. Son souffle est court. Elle tremble. Ses paupières se ferment lentement.— « Non, non, non ! Cassandra ! »Je passe une main dans ses cheveux, repoussant une mèche humide de sueur collée à son front.— « Ouvre les yeux », murmuré-je. « Regarde-moi, Cass. »Elle entrouvre faiblement les paupières. Ses lèvres sont bleues.— « Gabe… »Mon cœur se brise.— « Je suis là. Je ne te laisserai pas. »Raphaël se penche, son front presque collé au sien.— « Tiens bon. Je t’en supplie… »Sa voix se brise. Je le vois se battre contre les larmes, contre le désespoir. Il l’aime autant que moi. Peut-être même plus. Mais je ne peux pas pense
CassandraJe n'ai jamais pensé qu'un silence puisse être aussi assourdissant. Pourtant, à cet instant précis, il l'était. Gabriel et Raphaël se tenaient face à moi, les regards chargés de tension et d’attente. L'air était épais, saturé d'émotions brutes. Mon cœur battait si fort que je pouvais presque entendre le sang pulser dans mes tempes.Gabriel, debout à ma droite, me fixait avec une intensité presque douloureuse. Ses yeux sombres, pleins de certitude, reflétaient une attente muette. Il voulait que je fasse ce choix, qu’enfin je tranche, même si cela devait le briser. Son contrôle habituel était là, mais je percevais une fragilité derrière cette façade.À ma gauche, Raphaël. Il semblait presque détendu en apparence, les mains dans les poches, un léger sourire aux lèvres. Mais ce sourire ne touchait pas ses yeux. Ses prunelles sombres étaient un orage à peine contenu, une violence prête à éclater si je faisais le mauvais choix — ou le bon, selon lui.Je pris une profonde inspirati
CassandraGabriel était à l’intérieur, je le savais. Je pouvais sentir sa présence, la tension dans l’air, comme si le silence lui-même était sur le point de se briser. Mais ce soir, ce n’était pas lui qui hantait mes pensées.C’était Raphaël.Cela faisait des semaines qu’il avait disparu après cette confrontation. Des semaines où j’avais cru qu’il allait réapparaître, avec ce regard sombre et cette arrogance insupportable. Mais il n’était jamais revenu. Ce silence, cette absence, c’était peut-être ce dont j’avais besoin pour tourner la page. Pourtant, quelque chose en moi refusait de le laisser partir complètement.— « Tu es ailleurs. »La voix de Gabriel me tira de mes pensées. Il s’approcha lentement, son regard intense posé sur moi. Il portait une chemise ouverte sur le col, les manches légèrement retroussées, et ses cheveux sombres étaient légèrement ébouriffés. Même dans cet état de vulnérabilité, il dégageait toujours cette aura de contrôle.Je soupirai, sans me retourner.— «
CassandraLa lumière pâle du matin filtre à travers les rideaux de la chambre, caressant doucement ma peau nue. Mon souffle est lent, régulier, alors que je me réveille dans une chaleur réconfortante. Une main chaude est posée sur ma hanche, des doigts effleurant ma peau dans une caresse à peine consciente.J'ouvre lentement les yeux et me tourne légèrement, découvrant le visage endormi de Gabriel, son bras passé autour de ma taille. Sa respiration est calme, ses lèvres entrouvertes dans le sommeil, et une mèche sombre tombe sur son front.Mon cœur se serre devant cette vision si fragile de lui. Lui qui a toujours été cette force brute, ce mur de protection inébranlable, apparaît soudainement vulnérable dans l'intimité de ce moment. Mon regard descend vers son torse, marqué de nouvelles cicatrices encore rouges et sensibles. Mon cœur se serre en revoyant l’image de Lucien et de cette lame.Ma main glisse sur sa peau chaude, traçant les lignes de ses muscles. Il frissonne sous mon touc
CassandraLe soleil commence à poindre à l'horizon, projetant une lumière rougeâtre sur la forêt silencieuse. La douleur pulse encore dans mon abdomen, mais Gabriel me tient fermement contre lui alors qu'il marche à travers les arbres. Son souffle est lourd, sa main posée sur ma blessure pour tenter de stopper le saignement.— « Encore un peu, ma belle. Tiens bon. »Sa voix est rauque, marquée par l'urgence et l'inquiétude. Je me blottis contre son torse, mes paupières lourdes. Chaque pas qu'il fait en portant mon poids semble lui coûter un effort immense, mais il ne ralentit pas. Il serre les dents, son visage tendu par une détermination inébranlable.— « Gabriel… » murmuré-je faiblement.— « Chut… Ne parle pas. Concentre-toi sur ta respiration. »Je sens le tremblement dans sa voix malgré son ton calme. Je lève une main tremblante pour effleurer sa joue rugueuse. Il ferme brièvement les yeux sous mon toucher, avant de presser un baiser sur ma main.— « Je vais te sortir de là. Je te