NyxL’air vibre autour de moi, comme si l’essence même du monde avait changé. Ce que j’ai accompli, ce que je suis devenue, ça ne se mesure pas simplement en mots. Je sens chaque fibre de mon être réagir à cette transformation. La lumière et l’ombre ne sont plus des entités opposées. Elles sont des partenaires, liées par un équilibre fragile, mais solide à la fois. Elles sont en moi, autour de moi, dans chaque souffle que je prends.Je ferme les yeux, essayant de saisir cette nouvelle réalité. C’est comme si le temps lui-même ralentissait, comme si l’univers attendait, suspendu, pour voir ce que j’allais faire de cette immense responsabilité. Ce n’est pas seulement un pouvoir. C’est une sagesse ancienne, une connaissance profonde qui me traverse, et avec elle, un fardeau que je n’avais pas vu venir.L’Errant est à mes côtés, plus silencieux que d’habitude. Je sens son regard sur moi, une évaluation silencieuse de ce que je suis devenue. Je me tourne vers lui, mes yeux croisant les sie
NyxLe silence s’étend autour de moi, lourd, presque palpable, comme si l’air lui-même attendait une révélation. Les échos de la tempête qui s’est abattue sur le temple quelques heures plus tôt semblent encore vibrer dans les murs de pierre. Pourtant, un calme étrange a envahi l’espace, comme si la nature elle-même marquait une pause, une attente silencieuse.Je n’ai pas le temps de réfléchir, mes pensées se bousculent, cherchant à se frayer un chemin dans ce labyrinthe d’incertitude. Le livre posé devant moi, ouvert sur des pages qui révèlent peu à peu des secrets anciens, semble se fondre dans l’obscurité qui m’entoure. La lumière qui filtre faiblement par les vitraux du temple m’éclaire d’une lueur pâle, mais malgré la beauté de l’endroit, quelque chose en moi me pousse à avancer.Je sens un appel, un murmure subtil dans l’air. Comme une présence… familière. Ewan.Je ferme les yeux un instant, et dans le silence, je perçois son nom comme une vibration, une onde qui traverse mon êtr
EwanLe soleil vient juste de se coucher, baignant l’horizon d’une lumière douce et dorée. Nyx et moi nous retrouvons enfin dans une paix fragile, loin des tumultes et des batailles qui ont marqué notre voyage. Nos regards se croisent avec une intensité nouvelle, une force douce mais inébranlable. C’est comme si tout ce qui s’est passé avant, toutes les épreuves et les ténèbres, nous avaient préparés à ce moment précis, un instant de pure connexion.Nous sommes là, seuls, à l’écart du monde. Les arbres autour de nous frémissent légèrement sous la brise, mais tout semble silencieux, presque comme si l’univers retenait son souffle. Il n’y a que la chaleur de nos corps proches et l’écho de nos respirations.Nyx se rapproche lentement, son regard ancré au mien. Ce n’est ni un regard de combat ni un regard empli de doute. C’est un regard apaisé, mais déterminé, comme si elle comprenait que cet instant est unique, fragile et précieux.Elle ferme les yeux quelques secondes, prenant une profo
Ewan Quelques jours plus tard, nous nous tenons au centre d’un petit cercle, entourés de ceux qui nous soutiennent. Les arbres semblent se pencher doucement vers nous, comme pour bénir cet engagement. Il y a une simplicité dans la cérémonie, mais aussi une beauté brute. Les mots échangés ne sont pas grandiloquents, mais ils portent en eux toute la profondeur de ce que nous avons vécu.Je prends la main de Nyx, et dans un murmure, nous échangeons des vœux. Aucun d’entre nous n’a besoin de grands discours ; nos cœurs parlent plus fort que tout. Nous nous sommes choisis, et c'est tout ce qui compte.Le ciel, témoin de notre amour, semble plus clair que jamais. L’air est rempli de douceur, et une lumière baigne notre union. Nos âmes se sont liées, non seulement par les épreuves du passé, mais par une promesse d’avenir, ensemble.Ce jour-là, Nyx et moi ne sommes plus seulement des compagnons d’aventure. Nous sommes unis, dans l’amour et dans le destin, prêts à affronter ensemble tout ce q
NyxLes jours passent lentement, marqués par une étrange fébrilité qui s’insinue dans chaque moment. Erwan et moi sommes inséparables, trouvant un équilibre fragile dans notre quotidien. La découverte de ma grossesse a transformé notre monde, imposant une nouvelle dynamique entre nous. Pourtant, derrière cette tranquillité apparente, une certitude grandit en moi : l’enfant que je porte n’est pas comme les autres.Je ressens une énergie particulière, une puissance latente qui m’échappe encore. Quelque chose s’éveille en moi, et avec cela, une vérité qui m’effraie autant qu’elle me fascine : notre enfant est spécial. Il ne sera pas ordinaire. Il portera en lui un pouvoir immense, une force que nous ne comprenons pas encore, mais qui vibre déjà dans mon être.Le vent souffle doucement à travers les arbres, mais à l'intérieur de notre refuge, l’air est lourd d’anticipation. Je suis allongée sur le canapé, les yeux fixés sur le plafond, mon esprit tournant autour de cette sensation étrange
NyxLa nuit est tombée sur notre refuge, enveloppant le domaine d’un manteau d’ombre apaisant. Erwan dort à mes côtés, paisible, sa main toujours posée sur mon ventre rond. Mais le sommeil m’échappe. Une sensation étrange me serre la poitrine, un pressentiment trop lourd pour être ignoré.Je me lève sans bruit et sors sur la terrasse. L’air est doux, pourtant un frisson me parcourt l’échine. Quelque chose ne va pas.La lune est haute, immense, baignant la clairière d’une lueur irréelle. Et c’est là, dans cette lumière spectrale, que je le sens : un frémissement dans l’air, une vibration qui semble venir du sol lui-même.Puis la voix retentit. Ancienne. Inconnue. Puissante.— Le Sceau est brisé.Je me fige, le souffle coupé.— Qui êtes-vous ? soufflé-je, le cœur battant à tout rompre.Rien. Juste ce vent qui s’élève soudain, glaçant, chargé d’une énergie ancestrale.Je me retourne, prête à rentrer, mais une silhouette se matérialise devant moi. Une femme. Grande, élancée, ses yeux d’un
NyxCette nuit-là, je reste éveillée, la main posée sur mon ventre. Les larmes coulent sans bruit.— Erwan… et s’il disait vrai ?Il s’allonge près de moi, me serre contre lui.— Alors, nous nous battrons. Jusqu’au bout. Je refuse de laisser notre enfant devenir un pion dans un jeu dont personne ne connaît les règles.Je hoche la tête, mais la peur me ronge.— Je veux partir. Le trouver. Trouver cet ancien qui prétend l’avoir réclamé. Je veux briser ce pacte. Avant qu’il ne soit trop tard.Erwan me regarde longuement.— Alors on partira. Ensemble.Le matin se lève sur un monde différent. La paix est morte. Désormais, nous devons plonger dans les ténèbres du passé pour sauver l’avenir.Notre avenir.Celui de notre enfant.Et rien ne pourra nous arrêter.L’aube s’arrache au ciel dans une pâleur glacée. Erwan prépare les chevaux en silence. Ses gestes sont précis, ses mâchoires contractées. La peur a cessé d’exister. Il n’y a plus que la détermination, brute et tranchante, celle qui pous
ErwanLa nuit s’abat sur la vallée, lourde et suffocante. La tour de pierre noire s’élève, témoin silencieux d’un temps révolu, d’un monde où les hommes marchaient aux côtés des dieux et pactisaient avec la mort.Vaelor nous regarde. Ses yeux sont d’un gris d’acier, vides de toute humanité. Cet homme n’existe plus vraiment. Il n’est qu’un fragment de mémoire, un vestige de l’ancien monde, un gardien fatigué de porter ce fardeau.— Le sang a parlé, Erwan.Sa voix est rauque, usée par les siècles.— Le pacte n’a jamais été brisé. Tu n’as fait que retarder l’inévitable. L’enfant… n’est plus un simple héritier. Il est la clef. La porte. La fin et le commencement.Je serre Nyx contre moi. Elle ne parle plus. Elle fixe Vaelor comme on fixe un cauchemar éveillé. Ses doigts crispés sur mon bras sont glacés.— Dis-le, gronde-t-elle enfin. Dis-moi ce que je dois faire. Le prix… Quel est-il ?Vaelor esquisse un sourire triste.— Tu ne peux plus fuir, Nyx. Le prix, c’est lui.Il désigne mon ventr
Erwan, Nyx, Lyam, Nolen, KaelL’hiver s’accroche à la terre, aussi tenace que nous. Les jours s’étirent dans un silence tendu, chaque heure plus lourde que la précédente. On a attendu ce moment trop longtemps. Maintenant, il est là.Erwan— C’est ce soir.Ma voix brise le silence. Nyx relève la tête, ses traits figés par la détermination. Lyam hoche la tête. Il a récupéré des armes, des cartes. Tout est prêt.Nyx— On ne revient pas en arrière.Lyam— On n’est jamais revenus en arrière. On a juste mis le feu aux ponts, un par un.Nolen ne parle pas. Il sait. Il a compris. Ses petits poings serrés contre sa poitrine.Nolen— Reviens, maman. Reviens cette fois.Nyx s’accroupit, pose une main sur sa joue.Nyx— Je reviens. On va se construire cette maison, tu te souviens ? Avec un lit qui grince pas.Il hoche la tête, mais je vois ses yeux briller. C’est un adieu qu’on lui arrache sans oser le dire.On part à la nuit tombée. Le domaine de Kael est à deux jours de marche, mais Lyam connaî
Erwan, Nyx, Nolen, LyamLa nuit est glaciale, mais je ne sens plus rien. Mon bras autour de Nyx, mes forces vacillantes, et devant nous, Lyam ouvre la route. Nolen dort contre elle, le visage enfoui dans son cou comme s’il refusait de voir ce monde en ruines.Erwan— Combien de temps avant qu’ils nous retrouvent ?Lyam ne répond pas tout de suite. Ses yeux balayent l’horizon. La forêt dévore la route, les arbres se referment sur nous.Lyam— On a gagné du temps. Kael est mort. Mais tu sais comment ça marche… Un autre prendra sa place.Je serre les dents. Nyx me soutient sans un mot, sa main tremblante sur ma hanche. Elle m’a sauvé. Elle nous a tous sauvés.Nyx— On trouvera un endroit. Assez loin. Pour respirer. Pour penser.Sa voix est rauque, abîmée. Mais elle est là. Vivante. Et plus forte que jamais.On marche encore des heures. La douleur pulse dans ma jambe. Je tombe une fois, deux fois. Nyx refuse de me lâcher.Erwan— Tu devrais partir devant avec Nolen. Me laisser là si je te
Erwan, Nyx, LyamLe vent souffle en bourrasques, charriant des odeurs de terre humide et de bois brûlé. La nuit s’étale sur nous comme une ombre vivante. À l’horizon, la forteresse se dresse, massive, impénétrable.Nous sommes trois. Eux, une trentaine. Mais la peur ne fait plus partie de l’équation.Nyx— On entre par les tunnels. Il y a un passage sous la falaise, une ancienne galerie d’évacuation.Je la fixe.Erwan— Tu en es sûre ?Elle ne cille pas.Nyx— Kael l’a fait condamner, mais je sais comment passer. C’est notre seule chance d’arriver jusqu’à Nolen sans alerter tout le camp.Lyam serre son fusil, vérifie son chargeur.Lyam— Combien de temps avant l’aube ?Je jette un œil au ciel.Erwan— Quatre heures. On doit être rapides.Nyx passe devant. Elle connaît chaque pierre, chaque fissure de cette terre damnée. On descend en silence, courbés contre les ombres.Les tunnels sont étroits, humides. L’air y est lourd, chargé d’un relent de moisissure et de sang ancien.On progress
Erwan, Nyx, LyamLa nuit ne veut pas finir. Elle s’accroche à nous comme une malédiction. Pourtant, on ne bouge plus. Figés dans cette étreinte bancale, incapables de dire ce qui brûle encore nos tripes. La rage, la peur, l’espoir, tout se mélange. Et dans le silence, c’est Nyx qui finit par parler. Sa voix est rauque, étranglée, presque brisée.Nyx— Le premier… il s’appelait Kael. C’est lui qui m’a trouvée la première nuit. Il m’a tendu la main quand je crevais de froid et de faim… Et il m’a enchaînée avec.Elle se redresse, les yeux perdus dans les flammes.— Il dirige un réseau, là-bas, de l’autre côté des montagnes. Un empire bâti sur la peur, la chair et le sang des autres. Il m’a vendue, rachetée, brisée, et toujours, il me ramenait à lui. Parce que c’est ce qu’il fait. Il garde ce qu’il a brisé. Comme un trophée.Lyam serre les poings, son regard noir fixé sur elle.Lyam— Et tu veux qu’on commence par lui ?Nyx hoche la tête.Nyx— Je veux voir ses yeux quand il comprendra qu
Erwan— Viens.Je tends la main. Ma voix est rauque. Elle hésite, puis s’approche. Et quand ses doigts frôlent les miens, c’est un torrent qui me traverse. Toutes ces années à croire qu’elle était morte. Toutes ces nuits à la maudire et à la pleurer.Je l’attire brutalement contre moi. Mon front se pose contre le sien.— Tu m’as tué, Nyx. Tu m’as laissé mourir avec toi.Elle sanglote. Ses doigts s’agrippent à ma veste.— Je sais… je sais… Mais je suis là maintenant. Et je vous lâcherai plus.LyamIl nous regarde, les poings serrés. Puis, d’un geste brusque, il frappe la table.— Je sais même pas ce que je ressens. Y’a trop de rage, trop d’amour… Je veux te détester, mais j’y arrive pas. Je veux te prendre dans mes bras, mais j’suis incapable de bouger.Nyx le regarde avec cette douleur immense dans les yeux.— Je comprends. Mais laisse-moi te montrer. Laisse-moi rattraper ce que j’ai perdu.LyamIl craque. Ses épaules s’affaissent. Et dans un soupir, il laisse tomber la hache de guerr
Erwan, Lyam, NyxErwanLa nuit s’épaissit. Le silence est lourd, étouffant. Nyx est assise face à nous. Le feu projette des ombres sur son visage marqué. Ses yeux ne fuient pas. Elle attend.— Parle.Ma voix claque. Elle tressaille. Puis elle sourit, ce rictus qui me vrille le cœur.Nyx— Ils m’ont prise la nuit où tout a basculé. Quand vous avez cru que j’étais morte… je l’étais presque. Ils ont tiré sur moi, Erwan. Et pendant que tu hurlais mon nom, pendant que tu courais, j’étais là, couchée dans la boue, le sang dans la bouche. J’entendais encore ta voix. Et puis, plus rien. Le noir.Elle s’interrompt. Je serre les dents. Lyam ne bouge plus, figé.— Je me suis réveillée dans un lieu que vous ne pouvez pas imaginer. Des murs sans fenêtres. L’odeur de la mort partout. Le Conseil voulait que je parle. Que je livre vos secrets. Les miens. Tout ce que je savais de la rébellion, de nos projets, de toi, Erwan. Ils m’ont broyée. Jour après jour. Mois après mois.Elle lève les yeux.— Et t
ErwanDes années ont passé. Je ne sais plus combien. J’ai arrêté de compter.Le monde a continué de tourner, sans elle. Et moi, je me suis noyé dans cette absence, jour après jour, jusqu’à ne plus savoir où commençait ma douleur, où finissait mon corps.Mais il y a lui.Il est là, dans cette pièce, assis près de la fenêtre, le visage baigné de lumière. Il lui ressemble. Trop. Chaque jour un peu plus.Ses cheveux sombres. Ses yeux. Son silence. Cette manière d’observer le monde, sans rien dire, comme s’il savait déjà que personne ne tiendrait ses promesses.— Lyam.Il tourne la tête. Pas un sourire. Pas une plainte. Juste ce regard qui me traverse et me condamne.Il ne sait rien. Pas encore. On me l’a interdit. On m’a supplié d’attendre. De le laisser grandir sans le poids des morts.Mais aujourd’hui…Je m’approche. Mes mains tremblent. Je m’agenouille devant lui.— Tu sais qui était ta mère ?Il secoue la tête.Je prends une inspiration. Et je me brise en mille morceaux.— Elle s’appe
NyxJe sens mon corps s’effacer. Mon âme se détacher. Ce n’est pas douloureux. C’est pire. C’est doux. Comme si la mort était une caresse, une promesse.Je suis là, dans cette tour. Seule. Vaelor m’a tout expliqué. Le choix. Le prix. Le sacrifice.Il me regarde. Son sourire est triste.— Tu es certaine ?Je hoche la tête. C’est la seule façon.— L’enfant vivra…— Oui.— Et lui… ?Vaelor détourne les yeux.— Erwan t’oubliera. C’est le pacte. C’est le prix.Je ferme les yeux. Juste un instant. Je revois son visage. Ses mains. Sa voix quand il disait mon nom.— Alors, je suis prête.Je ne pleure pas. Je ne crie pas. C’est trop tard pour ça.Je laisse mon corps tomber à genoux. Le sol est froid. Mes doigts tremblent mais je les tends vers Vaelor.— Donne-moi ce qu’il reste. Donne-moi sa mémoire… pour une dernière fois.Vaelor hésite. Puis il s’approche. Ses mains effleurent mes tempes.Et soudain, tout me revient. Lui. Erwan. Sa colère, son amour, ses promesses. Nos nuits. Nos silences. C
ErwanLa nuit s’abat sur la vallée, lourde et suffocante. La tour de pierre noire s’élève, témoin silencieux d’un temps révolu, d’un monde où les hommes marchaient aux côtés des dieux et pactisaient avec la mort.Vaelor nous regarde. Ses yeux sont d’un gris d’acier, vides de toute humanité. Cet homme n’existe plus vraiment. Il n’est qu’un fragment de mémoire, un vestige de l’ancien monde, un gardien fatigué de porter ce fardeau.— Le sang a parlé, Erwan.Sa voix est rauque, usée par les siècles.— Le pacte n’a jamais été brisé. Tu n’as fait que retarder l’inévitable. L’enfant… n’est plus un simple héritier. Il est la clef. La porte. La fin et le commencement.Je serre Nyx contre moi. Elle ne parle plus. Elle fixe Vaelor comme on fixe un cauchemar éveillé. Ses doigts crispés sur mon bras sont glacés.— Dis-le, gronde-t-elle enfin. Dis-moi ce que je dois faire. Le prix… Quel est-il ?Vaelor esquisse un sourire triste.— Tu ne peux plus fuir, Nyx. Le prix, c’est lui.Il désigne mon ventr