NyxLe miroir flottant devant moi se dissipe doucement, comme une brume qui se retire avant l’aube. Pourtant, son image demeure gravée dans mon esprit, lourde et envahissante. Je sais que ce que j’ai vu n’était pas une simple vision. C’était un avertissement. Le reflet n’était pas simplement ce qui m’attendait, c’était ce que j’étais capable de devenir si je cédais. Une version de moi qui n’était plus qu’une ombre d’humanité, perdue dans une guerre infinie qu’elle ne pouvait pas comprendre.Je ferme les yeux un instant, essayant de calmer la tempête qui gronde en moi. Mon cœur bat fort, chaque pulsation résonnant comme un tambour dans ma poitrine. L’air autour de moi semble se densifier, comme une pression invisible qui me pousse à faire un choix, mais je ne sais pas lequel. Comment choisir entre ce que je veux et ce que je dois être ?L’Errant est là, juste derrière moi, sa présence imposante mais apaisante. Il est mon ancrage dans cette tempête de doutes. Je sais qu’il attend, silen
NyxLe moment de vérité est arrivé. Tout en moi tremble sous l’intensité de cette décision, mais il n’y a plus de place pour les hésitations. Mon cœur bat à un rythme effréné, chaque pulsation me ramenant à la réalité de ce que je m'apprête à faire. La lumière qui m’enveloppe est intense, presque douloureuse, mais j'ai appris à l'accepter. C’est mon pouvoir, ma vérité. Et ce pouvoir, je dois l’utiliser maintenant, ou je risque de perdre ce que j’ai de plus cher.Je serre les dents. L’ombre peut encore m’appeler, murmurer dans mon esprit, mais je ne suis plus prête à l’écouter. La tentation est forte, je peux encore sentir cette part de moi qui veut céder, qui désire sombrer dans cette voie plus facile, moins torturée. Mais je sais maintenant que la véritable liberté ne se trouve pas dans l’abandon, mais dans la confrontation.Je tourne lentement la page du livre. Le texte brille d’une lueur presque surnaturelle, comme si chaque mot inscrit est chargé d’une énergie capable de briser ou
NyxLe calme qui règne dans le temple est presque irréel, comme si le monde lui-même retient son souffle. Chaque mouvement semble suspendu dans le temps, et l’air semble plus pur, plus léger. Il m’a fallu longtemps pour arriver à ce moment, pour comprendre que la véritable lumière ne vient pas de l’extérieur, mais bien de l’intérieur.Je tourne lentement la tête vers l’Errant, qui me regarde avec une attention silencieuse. Il n’a pas bougé depuis ma victoire, mais je sais qu’il attend quelque chose. Peut-être un signe. Peut-être une parole.Il s’incline légèrement, un respect visible dans ses gestes.— Tu as triomphé de l’Ombre, Nyx. Tu as fait ce que beaucoup croyaient impossible. Sa voix est empreinte de gravité, mais aussi d’admiration. Il n’y a pas de doute dans ses yeux. Il me voit désormais comme celle qui détient la clé du futur.Je me sens fatiguée, épuisée même, mais pas brisée. Ce n’est pas une victoire facile. C’est le fruit d’un long cheminement, d’une lutte intérieure con
NyxJe reprends ma marche, chaque pas semblant m’enfoncer davantage dans un abîme inconnu. Nous ne cherchons pas seulement un ennemi, mais une vérité cachée, une vérité qui pourrait bouleverser tout ce que nous pensions savoir.Après plusieurs heures, nous arrivons à un petit village, isolé au milieu des collines. Ses maisons sont en ruines, les fenêtres brisées, les portes arrachées. Il n'y a personne, mais l’atmosphère est lourde de silence, comme si le village lui-même était un spectre, un écho du passé.Je peux sentir la présence de l’Ombre plus fortement ici, comme si elle se cachait derrière chaque pierre, chaque recoin abandonné.— C’est ici que nous trouverons des réponses. La voix de l’Errant brise le silence, et je le vois s’avancer vers l’une des maisons en ruine. Ses pas sont sûrs, comme s’il savait exactement où il allait.Je le suis de près, mon esprit en alerte. Chaque ombre, chaque mouvement me semble menaçant. Nous sommes entrés dans un lieu où les fantômes du passé r
NaïaLe vent s’intensifie à l’extérieur, hurlant contre les fenêtres poussiéreuses du vieux manoir. Pourtant, à l’intérieur, le silence est presque absolu. Seuls les bruits de nos pas résonnent sur le sol en bois usé, une musique inquiétante qui semble être le prélude à quelque chose de bien plus grave. L’Errant et moi avançons lentement, observant chaque détail, chaque ombre, chaque coin du manoir comme si notre vie en dépendait.Je me sens constamment épiée par des présences invisibles. L’atmosphère est saturée d’une énergie que je n’arrive pas à définir, une tension palpable qui semble être le fruit d’une magie oubliée. Les murs, chargés de symboles et de gravures anciennes, témoignent d’un savoir bien plus ancien que tout ce que nous avons connu. Mais au fond de moi, je sais que ce savoir ne nous protégera pas nécessairement. Au contraire, il pourrait être notre perte.Nous nous arrêtons devant une porte en fer forgé, couverte de rouille et de toiles d’araignée. Un froid glacial é
NyxL’Errant s’approche, et pour la première fois, je vois une véritable peur dans ses yeux. Pas pour lui, mais pour moi.— Tu n’es pas seule, Nyx. Il s’arrête juste devant moi, son regard déterminé. Nous allons traverser cela ensemble. Mais nous devons comprendre ce qui s’est passé. Nous devons empêcher ce que nous avons réveillé de se propager.Je lui souris faiblement, mais il n'y a pas de place pour les sourires. Nous sommes maintenant confrontés à un ennemi plus ancien, plus vaste, que tout ce que nous avons affronté jusqu’ici.Le chemin est incertain, mais une chose est claire : nous n’avons plus le choix.Le manoir semble plus vaste que jamais. Ses murs, pleins de secrets et d’histoires oubliées, m'enserrent de toutes parts. La pièce où nous nous trouvons est plongée dans une semi-obscurité, éclairée seulement par la lueur vacillante de quelques bougies. L’Errant et moi, toujours aussi silencieux, observons la pierre noire sur le sol, son pouvoir lourd et palpable dans l’air.J
NyxIl se tourne vers la porte de la pièce, son expression se durcissant. Mais pour cela, nous devons avancer. Sans hésitation.Je fais un pas en avant, et je sais que ce que nous entreprenons maintenant sera plus qu’un simple combat. Ce sera une lutte pour comprendre, pour choisir entre des vérités qui s’entrelacent et se contredisent.Peu importe ce que nous trouverons, une chose est certaine : nous ne sortirons pas indemnes de ce voyage.Et je suis prête à en assumer le prix.Le manoir s'étend devant nous, un monstre de pierre et de bois, figé dans le temps, dont chaque brique semble renfermer une part de vérité oubliée. La porte, massive et ornée de symboles que je peine à déchiffrer, se tient ouverte devant nous, prête à nous engloutir dans l'inconnu. L’Errant marche à mes côtés, sa silhouette grande et imposante, mais son calme contraste avec la tempête intérieure qui fait rage en moi. Chaque pas que nous faisons nous rapproche davantage du centre de cette folie, mais je ne peux
NyxLa silhouette qui flottait au centre de la pièce semble maintenant se matérialiser davantage, formant une image de plus en plus nette. Une silhouette féminine, grande et élancée, enveloppée dans une robe noire qui semble se fondre dans les ombres elle-même. Son regard perçant ne me quitte pas, et je sens une pression étrange, comme si elle cherchait à sonder mes pensées les plus profondes.— Tu cherches des réponses, Nyx. Mais avant de continuer, il y a une vérité que tu dois accepter.Sa voix est douce, mais imposante, comme un murmure venant de très loin, une mélodie sinistre qui me saisit sans que je puisse y échapper.L’Errant se tient à mes côtés, silencieux, ses yeux fixés sur cette présence indéfinissable, son regard averti. Il sait que tout ceci n’est qu’un prélude à ce qui nous attend. Mais moi, je suis figée, capturée dans cette atmosphère lourde, incapable de détourner mon regard de l’entité qui nous fait face.— Quelles réponses ? Je parviens à articuler, ma voix réson
Erwan, Nyx, Lyam, Nolen, KaelL’hiver s’accroche à la terre, aussi tenace que nous. Les jours s’étirent dans un silence tendu, chaque heure plus lourde que la précédente. On a attendu ce moment trop longtemps. Maintenant, il est là.Erwan— C’est ce soir.Ma voix brise le silence. Nyx relève la tête, ses traits figés par la détermination. Lyam hoche la tête. Il a récupéré des armes, des cartes. Tout est prêt.Nyx— On ne revient pas en arrière.Lyam— On n’est jamais revenus en arrière. On a juste mis le feu aux ponts, un par un.Nolen ne parle pas. Il sait. Il a compris. Ses petits poings serrés contre sa poitrine.Nolen— Reviens, maman. Reviens cette fois.Nyx s’accroupit, pose une main sur sa joue.Nyx— Je reviens. On va se construire cette maison, tu te souviens ? Avec un lit qui grince pas.Il hoche la tête, mais je vois ses yeux briller. C’est un adieu qu’on lui arrache sans oser le dire.On part à la nuit tombée. Le domaine de Kael est à deux jours de marche, mais Lyam connaî
Erwan, Nyx, Nolen, LyamLa nuit est glaciale, mais je ne sens plus rien. Mon bras autour de Nyx, mes forces vacillantes, et devant nous, Lyam ouvre la route. Nolen dort contre elle, le visage enfoui dans son cou comme s’il refusait de voir ce monde en ruines.Erwan— Combien de temps avant qu’ils nous retrouvent ?Lyam ne répond pas tout de suite. Ses yeux balayent l’horizon. La forêt dévore la route, les arbres se referment sur nous.Lyam— On a gagné du temps. Kael est mort. Mais tu sais comment ça marche… Un autre prendra sa place.Je serre les dents. Nyx me soutient sans un mot, sa main tremblante sur ma hanche. Elle m’a sauvé. Elle nous a tous sauvés.Nyx— On trouvera un endroit. Assez loin. Pour respirer. Pour penser.Sa voix est rauque, abîmée. Mais elle est là. Vivante. Et plus forte que jamais.On marche encore des heures. La douleur pulse dans ma jambe. Je tombe une fois, deux fois. Nyx refuse de me lâcher.Erwan— Tu devrais partir devant avec Nolen. Me laisser là si je te
Erwan, Nyx, LyamLe vent souffle en bourrasques, charriant des odeurs de terre humide et de bois brûlé. La nuit s’étale sur nous comme une ombre vivante. À l’horizon, la forteresse se dresse, massive, impénétrable.Nous sommes trois. Eux, une trentaine. Mais la peur ne fait plus partie de l’équation.Nyx— On entre par les tunnels. Il y a un passage sous la falaise, une ancienne galerie d’évacuation.Je la fixe.Erwan— Tu en es sûre ?Elle ne cille pas.Nyx— Kael l’a fait condamner, mais je sais comment passer. C’est notre seule chance d’arriver jusqu’à Nolen sans alerter tout le camp.Lyam serre son fusil, vérifie son chargeur.Lyam— Combien de temps avant l’aube ?Je jette un œil au ciel.Erwan— Quatre heures. On doit être rapides.Nyx passe devant. Elle connaît chaque pierre, chaque fissure de cette terre damnée. On descend en silence, courbés contre les ombres.Les tunnels sont étroits, humides. L’air y est lourd, chargé d’un relent de moisissure et de sang ancien.On progress
Erwan, Nyx, LyamLa nuit ne veut pas finir. Elle s’accroche à nous comme une malédiction. Pourtant, on ne bouge plus. Figés dans cette étreinte bancale, incapables de dire ce qui brûle encore nos tripes. La rage, la peur, l’espoir, tout se mélange. Et dans le silence, c’est Nyx qui finit par parler. Sa voix est rauque, étranglée, presque brisée.Nyx— Le premier… il s’appelait Kael. C’est lui qui m’a trouvée la première nuit. Il m’a tendu la main quand je crevais de froid et de faim… Et il m’a enchaînée avec.Elle se redresse, les yeux perdus dans les flammes.— Il dirige un réseau, là-bas, de l’autre côté des montagnes. Un empire bâti sur la peur, la chair et le sang des autres. Il m’a vendue, rachetée, brisée, et toujours, il me ramenait à lui. Parce que c’est ce qu’il fait. Il garde ce qu’il a brisé. Comme un trophée.Lyam serre les poings, son regard noir fixé sur elle.Lyam— Et tu veux qu’on commence par lui ?Nyx hoche la tête.Nyx— Je veux voir ses yeux quand il comprendra qu
Erwan— Viens.Je tends la main. Ma voix est rauque. Elle hésite, puis s’approche. Et quand ses doigts frôlent les miens, c’est un torrent qui me traverse. Toutes ces années à croire qu’elle était morte. Toutes ces nuits à la maudire et à la pleurer.Je l’attire brutalement contre moi. Mon front se pose contre le sien.— Tu m’as tué, Nyx. Tu m’as laissé mourir avec toi.Elle sanglote. Ses doigts s’agrippent à ma veste.— Je sais… je sais… Mais je suis là maintenant. Et je vous lâcherai plus.LyamIl nous regarde, les poings serrés. Puis, d’un geste brusque, il frappe la table.— Je sais même pas ce que je ressens. Y’a trop de rage, trop d’amour… Je veux te détester, mais j’y arrive pas. Je veux te prendre dans mes bras, mais j’suis incapable de bouger.Nyx le regarde avec cette douleur immense dans les yeux.— Je comprends. Mais laisse-moi te montrer. Laisse-moi rattraper ce que j’ai perdu.LyamIl craque. Ses épaules s’affaissent. Et dans un soupir, il laisse tomber la hache de guerr
Erwan, Lyam, NyxErwanLa nuit s’épaissit. Le silence est lourd, étouffant. Nyx est assise face à nous. Le feu projette des ombres sur son visage marqué. Ses yeux ne fuient pas. Elle attend.— Parle.Ma voix claque. Elle tressaille. Puis elle sourit, ce rictus qui me vrille le cœur.Nyx— Ils m’ont prise la nuit où tout a basculé. Quand vous avez cru que j’étais morte… je l’étais presque. Ils ont tiré sur moi, Erwan. Et pendant que tu hurlais mon nom, pendant que tu courais, j’étais là, couchée dans la boue, le sang dans la bouche. J’entendais encore ta voix. Et puis, plus rien. Le noir.Elle s’interrompt. Je serre les dents. Lyam ne bouge plus, figé.— Je me suis réveillée dans un lieu que vous ne pouvez pas imaginer. Des murs sans fenêtres. L’odeur de la mort partout. Le Conseil voulait que je parle. Que je livre vos secrets. Les miens. Tout ce que je savais de la rébellion, de nos projets, de toi, Erwan. Ils m’ont broyée. Jour après jour. Mois après mois.Elle lève les yeux.— Et t
ErwanDes années ont passé. Je ne sais plus combien. J’ai arrêté de compter.Le monde a continué de tourner, sans elle. Et moi, je me suis noyé dans cette absence, jour après jour, jusqu’à ne plus savoir où commençait ma douleur, où finissait mon corps.Mais il y a lui.Il est là, dans cette pièce, assis près de la fenêtre, le visage baigné de lumière. Il lui ressemble. Trop. Chaque jour un peu plus.Ses cheveux sombres. Ses yeux. Son silence. Cette manière d’observer le monde, sans rien dire, comme s’il savait déjà que personne ne tiendrait ses promesses.— Lyam.Il tourne la tête. Pas un sourire. Pas une plainte. Juste ce regard qui me traverse et me condamne.Il ne sait rien. Pas encore. On me l’a interdit. On m’a supplié d’attendre. De le laisser grandir sans le poids des morts.Mais aujourd’hui…Je m’approche. Mes mains tremblent. Je m’agenouille devant lui.— Tu sais qui était ta mère ?Il secoue la tête.Je prends une inspiration. Et je me brise en mille morceaux.— Elle s’appe
NyxJe sens mon corps s’effacer. Mon âme se détacher. Ce n’est pas douloureux. C’est pire. C’est doux. Comme si la mort était une caresse, une promesse.Je suis là, dans cette tour. Seule. Vaelor m’a tout expliqué. Le choix. Le prix. Le sacrifice.Il me regarde. Son sourire est triste.— Tu es certaine ?Je hoche la tête. C’est la seule façon.— L’enfant vivra…— Oui.— Et lui… ?Vaelor détourne les yeux.— Erwan t’oubliera. C’est le pacte. C’est le prix.Je ferme les yeux. Juste un instant. Je revois son visage. Ses mains. Sa voix quand il disait mon nom.— Alors, je suis prête.Je ne pleure pas. Je ne crie pas. C’est trop tard pour ça.Je laisse mon corps tomber à genoux. Le sol est froid. Mes doigts tremblent mais je les tends vers Vaelor.— Donne-moi ce qu’il reste. Donne-moi sa mémoire… pour une dernière fois.Vaelor hésite. Puis il s’approche. Ses mains effleurent mes tempes.Et soudain, tout me revient. Lui. Erwan. Sa colère, son amour, ses promesses. Nos nuits. Nos silences. C
ErwanLa nuit s’abat sur la vallée, lourde et suffocante. La tour de pierre noire s’élève, témoin silencieux d’un temps révolu, d’un monde où les hommes marchaient aux côtés des dieux et pactisaient avec la mort.Vaelor nous regarde. Ses yeux sont d’un gris d’acier, vides de toute humanité. Cet homme n’existe plus vraiment. Il n’est qu’un fragment de mémoire, un vestige de l’ancien monde, un gardien fatigué de porter ce fardeau.— Le sang a parlé, Erwan.Sa voix est rauque, usée par les siècles.— Le pacte n’a jamais été brisé. Tu n’as fait que retarder l’inévitable. L’enfant… n’est plus un simple héritier. Il est la clef. La porte. La fin et le commencement.Je serre Nyx contre moi. Elle ne parle plus. Elle fixe Vaelor comme on fixe un cauchemar éveillé. Ses doigts crispés sur mon bras sont glacés.— Dis-le, gronde-t-elle enfin. Dis-moi ce que je dois faire. Le prix… Quel est-il ?Vaelor esquisse un sourire triste.— Tu ne peux plus fuir, Nyx. Le prix, c’est lui.Il désigne mon ventr