Sasha
Dante Moretti n’est pas seulement un loup. Il est l’un des hommes de main les plus redoutés de mon père, son bras droit dans les affaires sales. Il est aussi mon futur époux, du moins si mon père obtient ce qu’il veut.
Dante est tout ce qu’un Alpha devrait être : fort, impitoyable, obéissant. Il ne remet jamais en question les ordres. Il ne doute jamais.
Mais ce soir, je vois quelque chose d’autre dans son regard. Quelque chose de plus sombre.
De la jalousie.
— Sasha, dit-il d’un ton bas, contrôlé.
Je me force à garder un visage neutre, mais je sais déjà que cette rencontre va mal finir.
— Qu’est-ce que tu fais ici, Dante ?
Son regard s’attarde sur Adrian une seconde de trop avant de revenir sur moi.
— Je devrais te poser la même question. Sauf que moi, je n’ai rien à cacher.
Sa voix est tranchante, accusatrice. Il croit quoi ? Que je suis en train de fricoter avec un vampire dans une ruelle sombre ?
… Merde.
C’est exactement ce que ça ressemble.
— Ce n’est pas ce que tu crois, je commence.
— Ah non ? Il s’approche, et je peux sentir son énergie vibrer contre ma peau. Alors explique-moi pourquoi je te trouve seule avec un putain de suceur de sang, loin du territoire ?
Adrian rit doucement, et je jure intérieurement.
— Il semblerait que je sois tombé au mauvais moment, dit-il, amusé.
Dante gronde, ses poings se serrant.
— Tu devrais dégager, vampire.
Adrian ne bouge pas.
Je le vois, je le sens.
Dante ne bluffe pas. Il est prêt à attaquer. Son loup gronde sous la surface, réclamant du sang.
Et Adrian… Adrian sourit toujours.
— Tu es bien pressé d'en découdre, loup, murmure-t-il.
Les ombres semblent s’étirer autour de lui, sa présence devient plus oppressante, plus mortelle. Il ne fait aucun mouvement agressif, et pourtant, il donne l’impression d’être prêt à tuer en un battement de cils.
Je dois agir avant que ce ne soit trop tard.
Je me place entre eux.
— Stop.
Dante ne détourne pas le regard d’Adrian, ses muscles tendus comme un arc bandé.
— Écarte-toi, Sasha.
— Non.
Il sursaute légèrement, surpris par ma fermeté.
Je me tourne vers Adrian.
— Pars.
Il lève un sourcil, apparemment amusé par mon ordre.
— Tu me chasses, petite louve ?
— Je t’évite des ennuis.
Il m’observe un instant, son regard argenté perçant à travers moi. Puis il sourit de ce sourire lent, prédateur.
— Ce n’est que partie remise.
Et il disparaît dans l’ombre.
Dante ne dit rien pendant un moment, son regard toujours fixé là où Adrian se tenait quelques secondes plus tôt. Puis il se tourne vers moi, ses yeux brûlants d’une rage contenue.
— Tu as cinq secondes pour m’expliquer pourquoi un vampire connaît ton nom.
Je serre les dents.
Cette nuit vient de devenir un putain de cauchemar.
Dante ne bouge pas.
Il reste planté là, son regard brûlant rivé sur moi, son corps tendu comme une lame prête à trancher. L’air autour de nous est électrique, chargé d’une tension si épaisse qu’elle pourrait suffoquer.
— Explique-moi.
Sa voix est calme, trop calme. C’est ce qui m’inquiète le plus.
Je lève le menton, refusant de me laisser intimider.
— Il m’a trouvée par hasard.
— Tu crois que je vais gober ça ?
Ses sourcils se froncent, et sa mâchoire se contracte sous l’effet de la colère contenue. Je sais qu’il me connaît assez pour sentir quand je lui mens, et en cet instant, il lutte pour garder le contrôle.
— Dante, écoute-moi—
— Écouter quoi, Sasha ? Sa voix monte, perdant son faux calme. Que tu traines seule la nuit dans les quartiers des vampires ? Que l’un d’eux connaît ton nom et semble… Il s’interrompt une seconde, ses yeux devenant encore plus sombres. Intéressé ?
Je croise les bras, agacée par son ton accusateur.
— Je ne lui ai rien demandé.
— Mais tu ne l’as pas repoussé non plus.
Je déglutis. Ce n’est pas la première fois que Dante et moi nous disputons, mais cette fois, c’est différent. Il y a quelque chose de plus profond dans son regard, quelque chose de plus… personnel.
— Je fais ce que je veux, Dante. Ce n’est pas parce que mon père t’a confié la mission de me surveiller que tu as un droit de regard sur ma vie.
Il se fige.
Je vois dans ses yeux qu’il prend ça comme une gifle, et quelque part, ça me fait mal. Dante n’est pas qu’un soldat de la meute. Il est celui qui, depuis toujours, a été à mes côtés. Celui qui a été choisi pour devenir mon futur Alpha, mon futur compagnon.
Celui qui a toujours voulu plus que ce que je pouvais lui donner.
Il fait un pas vers moi, et je sens l’odeur familière du loup et du fer, du sang qu’il a sûrement fait couler ce soir. Il tend la main et frôle ma joue du bout des doigts, un geste surprenant de douceur venant de lui.
— Ce que tu veux ? Sa voix est plus basse, plus rauque. Et qu’est-ce que tu veux, Sasha ?
Mon cœur rate un battement.
Dante n’a jamais posé cette question. Il a toujours suivi le chemin tracé par mon père, par la meute. Il a toujours agi comme si mon avenir avec lui était une évidence. Mais ce soir, il attend ma réponse.
Et je ne sais pas quoi dire.
Alors, je fais ce que je fais le mieux. Je me détourne.
— Ce n’est pas le moment pour ça.
Son bras se tend et il attrape doucement mon poignet, sans serrer, juste assez pour m’arrêter.
— Sasha…
Je ferme les yeux.
— Rentre, Dante.
Un silence. Long. Pesant.
Puis il lâche mon poignet et recule, sa colère remplacée par quelque chose d’autre. Quelque chose de plus douloureux.
— Très bien.
Sa voix est froide. Tranchante.
Je garde le dos tourné, même quand j’entends ses pas s’éloigner, même quand le bruit de son moteur déchire la nuit alors qu’il disparaît sur sa moto.
Quand je rouvre les yeux, la ruelle est vide.
Mais je le sens encore.
Pas Dante.
L’autre.
L’ombre dans la nuit.
— Tu n’es pas aussi discrète que tu le crois, je murmure.
Un souffle de rire résonne tout près, et une silhouette se détache lentement du mur à ma droite.
Adrian.
Bien sûr.
— Désolé, dit-il, sans l’être le moins du monde. Je trouvais la scène fascinante.
Je me tourne vers lui avec un regard noir.
— Tu nous as espionnés ?
Il hausse un sourcil, faussement innocent.
— Le mot “espionner” est un peu fort. J’étais juste… curieux.
Je serre les poings. Cet homme—non, ce vampire—déclenche en moi une rage que je ne comprends pas. Peut-être parce qu’il joue avec moi. Peut-être parce qu’il me trouble plus que je ne veux l’admettre.
— Pourquoi es-tu encore là, Adrian ?
Il s’avance lentement, trop lentement, comme un prédateur qui savoure l’instant.
— Parce que tu m’intrigues.
Je recule d’un pas.
Il sourit.
— Et parce que ce loup… Il jette un regard en direction de l’endroit où Dante a disparu. Il te veut comme s’il t’appartenait déjà.
Mon cœur s’emballe.
— Ce n’est pas ton problème.
Adrian s’arrête juste devant moi, si proche que je peux voir chaque détail de son visage dans la lueur blafarde des lampadaires.
— Oh, mais si.
— Pourquoi ?
Il me regarde un long moment avant de murmurer :
— Parce que je te veux aussi.
Un frisson parcourt ma colonne vertébrale.
Ses mots sont une menace, une promesse, une déclaration de guerre.
Et le pire…
C’est que j’aime ça.
SashaJe devrais partir.Je devrais tourner les talons, rentrer chez moi et oublier tout ça.Mais je ne bouge pas.Le regard d’Adrian est braqué sur moi, perçant, insondable. Il ne fait aucun geste brusque, mais sa simple présence emplit l’espace, comme s’il pouvait envelopper la nuit elle-même.— Tu es bien silencieuse, louve.Son ton est moqueur, mais je sens autre chose derrière ses paroles. Une curiosité véritable.— Et toi, tu es bien envahissant, vampire.Il esquisse un sourire, lent et calculé.— On me l’a déjà dit.Il s’avance d’un pas. Je recule instinctivement. Mauvais réflexe. Son sourire s’élargit, carnassier.— Tu as peur de moi, Sasha ?Mon nom roule sur sa langue comme un murmure interdit, et cela me fait plus d’effet que ça ne devrait.Je raffermis ma posture.— Pas le moins du monde.— Mens-moi encore, et je risque d’y prendre goût.L’amusement danse dans ses yeux, mais je sais qu’il me teste. Il cherche à voir jusqu’où je suis prête à aller, jusqu’où je peux tenir tê
SashaAdrian s’en rend compte. Un éclat de satisfaction traverse son regard.Dante aussi l’a vu.— Sasha…Sa voix a changé. Elle n’est plus uniquement en colère. Il y a quelque chose d’autre, quelque chose qui me brise un peu plus de l’entendre : une blessure à vif.Je détourne les yeux.— Ce n’est pas ce que tu crois.Dante secoue la tête.— Alors dis-moi ce que c’est.Je reste silencieuse.Parce que je n’ai pas de réponse.Adrian se redresse, son expression redevenant impénétrable.— C’est fascinant, vraiment. Son regard se pose sur Dante. Tu pensais avoir gagné, pas vrai ?— Dégage, Adrian.— Avec plaisir. Il esquisse un sourire ironique. Mais je reviendrai.Il se tourne vers moi, et son regard s’adoucit légèrement, juste un instant.— Parce que tu voudras que je revienne.Puis, il disparaît dans l’ombre.Je reste figée, le cœur battant à tout rompre.Dante, lui, ne bouge pas.Puis, lentement, il murmure d’une voix presque brisée :— Dis-moi que ce n’est pas vrai.Mais je ne peux p
Sasha— Tu n’as pas à me dire ce que je veux, Dante.Sa mâchoire se contracte, ses muscles tendus par la frustration.— Alors c’est ça ? Sa voix claque, tranchante. C’est lui que tu veux maintenant ?Je ne réponds pas.Parce que, au fond, je ne sais pas.Et cette vérité est plus dangereuse que n’importe quel mensonge.Dante exhale violemment, sa rage presque palpable. Il recule d’un pas, et aussitôt, son absence me glace.— J’ai combattu pour toi, Sasha. J’ai saigné pour toi. Et maintenant, tu hésites ?Ses mots me transpercent, ébranlant mes défenses déjà fragiles.— Ce n’est pas ça… je murmure.— Alors qu’est-ce que c’est ?Sa voix est rauque maintenant, dénuée de colère.Il y a autre chose.Du désespoir.Mais avant que je puisse répondre, avant que je puisse rassembler les morceaux brisés de mon cœur, un son brise la tension.Un lent, sarcastique applaudissement.Nous nous tournons en même temps, et là, appuyé contre l’embrasure de la porte, un sourire moqueur accroché aux lèvres,
SashaJe ne devrais pas le laisser rester.Mais je ne bouge pas.Adrian est juste devant moi, si proche que je ressens la froideur envoûtante de son aura. Son regard est intense, brûlant d’une émotion que je ne veux pas nommer.— Pourquoi es-tu venu ? ma voix est basse, presque rauque.Son sourire s’étire lentement, un mélange de provocation et de promesse.— Pourquoi crois-tu ?Il fait un pas vers moi, et je me retiens de reculer. Ce serait montrer une faiblesse, et face à lui, je ne peux pas me le permettre.— Tu joues à un jeu dangereux, Adrian.— Et toi, Sasha ? Sa voix est un murmure, une caresse glaciale sur ma peau. Tu crois que je suis le seul à prendre des risques ici ?Son doigt glisse doucement sous mon menton, me forçant à lever le regard vers lui. Son toucher est léger, presque irréel, mais je ressens son effet comme une brûlure.Je devrais le repousser.Mais je ne le fais pas.— Lâche-moi.— Menteuse.Un souffle. Un éclat de seconde où je vois dans ses yeux une lueur dan
SashaJe me fige.Ce n’est pas un inconnu.— Dante ?Il se retourne lentement vers moi, ses yeux dorés brillant dans la nuit. Il n’a pas l’air surpris de me voir.— Tu me suis maintenant ? Sa voix est calme, mais il y a une tension sous-jacente.— Je t’ai senti. Je plisse les yeux, sentant quelque chose d’étrange dans son aura. Tu chasses ?Il ne répond pas immédiatement.— Oui.Son regard ne me quitte pas, et un frisson me parcourt l’échine.— Un vampire ?— Oui.Je me redresse, méfiante.— Depuis quand tu chasses les vampires seul, Dante ?Un sourire froid effleure ses lèvres.— Depuis qu’un certain sangsue commence à tourner autour de toi.La jalousie perce dans sa voix, brute, incontrôlable.— Ce n’est pas ton problème.— Si, ça l’est. Il fait un pas vers moi, son regard brûlant de colère contenue. Tu fais partie de notre meute. Tu fais partie de moi, Sasha.Je serre les poings.— Non. Je suis libre.Son regard s’assombrit, et pendant un instant, je crois qu’il va exploser.Mais à
SashaAdrian s’appuie sur la table, posant ses avant-bras dessus avec une nonchalance maîtrisée.— Nous sommes d’accord.Dante éclate de rire, un son bref et tranchant.— Ah oui ?Adrian ne cille pas.— Contrairement à ce que vous pensez, je n’ai aucun intérêt à exterminer votre espèce.— Non, juste à prendre ce qui ne t’appartient pas, grogne Dante.Un sourire dangereux effleure les lèvres d’Adrian.— C’est ce que tu crois, Dante ? Que je prends ce qui n’est pas à moi ?L’atmosphère s’alourdit. Ce n’est plus de la guerre qu’ils parlent.Ils parlent de moi.Je reste impassible, refusant d’être entraînée dans leur jeu.Tobias soupire, déjà lassé de cette tension insupportable.— Assez. Cette réunion ne concerne pas Sasha.Mais le regard d’Adrian s’attarde sur moi, comme pour dire : Tout te concerne.---Les heures passent. Ils parlent de territoires neutres, d’accords commerciaux, de règles à respecter en cas de conflit. De la politique, mais en vérité, ce n’est qu’une question de pouv
SashaIl me lâche aussitôt, comme si mon contact le brûlait.Son regard s’assombrit.— Je t’ai toujours protégée.— Et Adrian aussi, d’une certaine manière.Il rit, un son amer.— C’est ça, alors ? Tu le défends maintenant ?— Je ne défends personne. J’essaie juste de comprendre.Dante passe une main dans ses cheveux, visiblement au bord de l’explosion.— Il joue avec toi. Il te manipule. Il veut te posséder.— Et toi, Dante ? Je souffle. Qu’est-ce que tu veux ?Il me fixe, ses pupilles dilatées par une émotion brute.Je vois la réponse dans ses yeux avant qu’il ne la prononce.— Toi.Son aveu claque entre nous comme un coup de tonnerre.Mais avant que je puisse répondre, un hurlement retentit au loin. Un hurlement de loup, suivi d’un cri humain.L’alerte.Dante se fige, immédiatement en mode combat. Moi aussi.— On y va.Nous courons à travers la forêt, nos sens en alerte. L’odeur du sang est forte, trop forte.À l’orée du territoire, une scène de chaos nous attend.Trois de nos loup
SashaPuis le chaos.Le temps semble ralentir.Une balle siffle près de mon oreille, se fichant dans un arbre juste derrière moi. Adrian m’attrape et me plaque contre lui, sa force froide contrastant avec la chaleur brûlante qui émane de mon propre corps.Dante rugit et se transforme en loup, bondissant en direction du tireur.J’aperçois des ombres bouger dans les bois, rapides, trop rapides pour être humaines.— Les hybrides, Adrian murmure contre mon oreille. Ils sont déjà là.Un frisson me traverse.Je me dégage de son emprise et me transforme à mon tour, mes os se brisant et se remodelant en quelques secondes.Je ressens la puissance de mon loup envahir mes veines, l’instinct prenant le dessus sur la peur.Les créatures surgissent enfin de l’ombre.Leur apparence me coupe le souffle.Ils sont grands, plus massifs que les loups normaux, mais avec des traits vampiriques. Leur peau est pâle comme la mort, mais leurs yeux luisent d’un éclat doré, rappelant les nôtres.Le pire ?Ils se
DanteJe reste figé, les muscles tendus, incapable de croire ce que je vois.— Élias ?Mon frère sourit, un rictus narquois que je reconnaîtrais entre mille.— T’as l’air surpris.La lune éclaire son visage. Il est exactement comme dans mes souvenirs. Même regard perçant. Même arrogance inscrite dans chaque trait de son visage.Mais il ne devrait pas être là.Il est mort.Je l’ai vu.Je l’ai enterré.Je plisse les yeux, méfiant.— Comment ?Élias croise les bras, prenant son temps, savourant ma confusion.— Tu devrais savoir que dans notre monde, la mort n’est pas toujours définitive.Un frisson me parcourt l’échine.Je me méfie des miracles.— Tu étais dans un cercueil, putain.Il rit, un son grave et dénué de chaleur.— Et pourtant, me voilà.Ma mâchoire se serre.— Si t’es vivant, pourquoi ne pas être revenu plus tôt ? Pourquoi avoir laissé croire que tu étais mort ?Son sourire s’efface.— Parce qu’il fallait que vous le croyiez. Parce que rester dans l’ombre était la seule soluti
DanteL’air nocturne est glacial, mais je ne ressens pas le froid. La rage qui coule dans mes veines brûle plus fort que n’importe quelle brise hivernale.Je fixe la silhouette imposante du manoir d’Adrian Vassili, ce foutu palais de vampire qui m’a volé ce qui comptait le plus.Sasha.Je l’ai laissée partir une fois.Pas deux.— Tu es sûr de toi ? demande Matteo, son regard perçant.— Je ne suis jamais aussi sûr que quand on veut m’arracher ce qui m’appartient.Il ricane.— Elle n’est pas un objet.Je lui lance un regard noir.— Je le sais. C’est pour ça que je vais lui laisser le choix.Matteo hoche la tête, et d’un mouvement fluide, il recule, disparaissant dans l’ombre.Moi, je m’avance.J’ai donné une chance à cette histoire de se régler sans violence.Mais Adrian et moi savons tous les deux que certaines guerres ne peuvent se gagner sans sang.---SashaUn frisson me parcourt la peau nue alors que j’ouvre les yeux.Adrian dort à mes côtés, son bras enroulé autour de ma taille. J
SashaLe silence est aussi tranchant qu’une lame.Dante et Adrian se font face, leurs armes prêtes à cracher la mort. Moi, au milieu, je sens mon cœur cogner contre ma poitrine comme un tambour de guerre.— Pose ton arme, Dante.Adrian parle d’un ton glacial, mais je sens la rage bouillir sous la surface.Dante ne bouge pas. Ses yeux, sombres et durs, sont braqués sur moi.— Dis-moi que ce n’est pas vrai, Sasha.Son souffle est court, comme s’il avait du mal à avaler la scène devant lui. Moi, dans les bras d’Adrian, les lèvres encore gonflées par son baiser.Je ferme les yeux un instant, puis je secoue la tête.— Je n’ai jamais voulu te blesser, Dante.— Alors pourquoi lui ? Pourquoi ce putain de vampire ?!Je serre les poings, ma voix tremblante.— Parce que c’est lui.Dante vacille légèrement, mais sa main ne tremble pas sur son arme.— Tu fais une erreur.— Non.Adrian laisse échapper un rire sans joie.— C’est toi qui ne veux pas voir la vérité, Moretti. Elle ne t’appartient pas.
DanteJe roule à toute vitesse dans les rues sombres, le vent fouettant mon visage. Mon cœur bat plus vite que d’habitude.Sasha sait.Ce n’est pas un simple détail, c’est une bombe à retardement.J’arrête ma moto devant un vieux bâtiment abandonné. À l’intérieur, quelques hommes m’attendent, assis autour d’une table encombrée de plans et de dossiers.— Des nouvelles ? demande l’un d’eux.Je pose mon casque et inspire profondément.— Adrian lui a tout dit.Un silence pesant s’abat sur la pièce.— Elle est avec lui ?— Pas encore.Je croise les bras.— Mais il lui a donné un ultimatum.Tous échangent un regard inquiet.— Alors, on fait quoi ?— On la récupère avant qu’elle ne choisisse.SashaLa nuit est tombée depuis longtemps, mais je ne trouve pas le sommeil.Adrian m’a laissée seule avec mes pensées, et elles sont un vrai champ de bataille.Si mon père m’a trahie, alors qui suis-je censée suivre ?Je soupire et sors sur le balcon. L’air est frais, chargé de l’odeur de la pluie qui
SashaLe vent nocturne siffle autour de nous, soulevant des volutes de poussière dans les ruelles silencieuses. Adrian me scrute, ses yeux sombres brûlant d’une intensité qui me donne le vertige. L’instant est suspendu, comme si nous marchions sur une corde raide tendue entre le passé et l’avenir.— Suis-moi.Sa voix est un ordre déguisé en murmure. Un appel auquel mon corps répond avant même que mon esprit ne l’accepte. Il m’attrape la main et m’entraîne à travers les rues désertes, jusqu’à une vieille bâtisse en pierre aux allures de forteresse.— C’est ici que tu te caches ? je demande en observant les murs épais, ornés de symboles anciens.— Ce n’est pas une cachette, c’est une maison sûre.Il ouvre la porte et m’invite à entrer. À l’intérieur, l’atmosphère est feutrée, presque luxueuse. Des meubles en bois sombre, des tentures épaisses, et surtout, une odeur familière : celle du sang et du pouvoir.— Qui d’autre vit ici ?Il referme la porte derrière nous, s’appuyant contre elle
SashaLa ville s’étend devant moi comme un labyrinthe de souvenirs et de regrets. Chaque rue que j’emprunte semble résonner du bruit de mes pas hésitants. L’aube est encore lointaine, et la nuit m’enveloppe dans son manteau glacé. Pourtant, au fond de moi, un feu brûle, un feu né de la douleur et de la détermination.J’ai laissé derrière moi les ruines du passé, mais je sais que certaines ombres ne s’effacent pas si facilement. Mon cœur me ramène inlassablement à Adrian, à Dante, à cette guerre silencieuse qui gronde dans nos âmes et menace d’exploser à tout instant. Suis-je prête à affronter ce que j’ai fui ?Je m’arrête devant une vieille bâtisse, son enseigne à moitié arrachée oscillant sous le vent. C’est ici que tout a commencé. Cet endroit… c’est le repaire des Morvan. Mon ancienne meute. Mon foyer. Mon prison.Un frisson me parcourt l’échine alors que mes doigts caressent la pierre froide du mur. Derrière cette façade délabrée se cachent les fantômes de mon enfance, les cris, l
SashaMon esprit dérive vers des images floues : le visage d’Adrian, le sourire ironique de Dante, la chaleur écrasante de cette nuit où j’ai dû choisir. J’ai choisi… mais à quel prix ? La solitude qui m’envahit me fait ressentir le poids de chaque décision, chaque sacrifice que j’ai consenti. J’entends encore dans un écho l’avertissement du Gardien, ces mots qui disaient que le destin se forgeait dans le feu des choix impossibles.Une voix, faible et étouffée, se fait entendre dans le corridor. Je sursaute. Mon cœur bat la chamade alors que j’avance prudemment. Dans une petite salle, éclairée par la lueur vacillante d’une bougie, je découvre un vieil album photo posé sur une table poussiéreuse. Les images d’une Sasha que je ne reconnais plus – une enfant aux yeux brillants, une adolescente pleine d’espoir – me renvoient à un passé que j’ai tenté de fuir. Mon regard se perd dans ces clichés, et je réalise que, malgré tout, je porte en moi l’empreinte de ce que j’étais. Peut-être est-c
SashaJe crus que mon cœur allait éclater.Je regardai Adrian partir sans un mot de plus.Sans un regard en arrière.Un vide immense s’ouvrit en moi.Dante posa une main sur mon bras, son étreinte possessive.— Il ne te méritait pas, murmura-t-il.Je relevai la tête vers lui.Et ce que je vis me figea.Ce n’était pas de l’amour.C’était la victoire.Dante n’avait jamais voulu mon cœur.Seulement le plaisir de me posséder.Je reculai brusquement, arrachant mon bras à son emprise.— Non.Son sourire s’effaça.— Quoi ?Je pris une profonde inspiration.— Je n’ai jamais été un trophée.Il fronça les sourcils.— Sasha…— Tu m’aimes, Dante ? lui demandai-je, la voix tremblante.Il ouvrit la bouche.Mais cette fois, ce fut lui qui resta silencieux.Mon cœur se serra encore plus.J’avais enfin ma réponse.Je fis un pas en arrière.Puis un autre.Et enfin, je courus.Loin de Dante.Loin de cet entrepôt en feu.Loin de tout.La nuit était glaciale.Je courais à perdre haleine, mes jambes me por
SashaL'air était saturé de tension.L'entrepôt se dressait devant moi, une silhouette massive dans la nuit. L'endroit semblait désert, mais je savais que c'était un leurre. Dante ne se laisserait pas prendre aussi facilement.Je me retournai vers mes hommes. Ils attendaient mon signal. Des loups loyaux, prêts à me suivre jusqu'en enfer. Adrian était à mes côtés, son regard écarlate brillant dans l'obscurité.— On ne fait pas d'erreurs, soufflai-je. Dante nous attend. Soyez rapides, frappez fort. Ne laissez personne s’échapper.Un murmure d’assentiment parcourut mes rangs.Adrian, lui, ne disait rien. Il observait l'entrepôt, son expression impénétrable.— Tu as un mauvais pressentiment ? lui demandai-je.— Toujours, quand il s'agit de toi.Je levai un sourcil.— Tu insinues quoi ?— Que tu fonces toujours dans les pièges tête baissée, répondit-il avec un sourire en coin. Et que ça me plaît.Je grognai, mais je n'avais pas le temps de me disputer avec lui.Un simple signe de la main,