Home / Histoire / Cœur de tiran / Chapitre 6 : L'Écho de la Nuit

Share

Chapitre 6 : L'Écho de la Nuit

Author: Déesse
last update Last Updated: 2025-04-02 02:42:03

Elara 

La soirée se poursuivit dans une atmosphère plus légère, mais pour moi, rien ne semblait plus être comme avant. Le regard du roi, ses mots empreints d’une rare vulnérabilité, tournaient en boucle dans mon esprit. La distance entre lui et moi, cette barrière invisible qui semblait infranchissable, avait brusquement rétréci, ne laissant qu’un fil ténu, presque imperceptible, mais suffisamment présent pour éveiller des pensées que je n’avais jamais osé envisager.

Je continuai à circuler parmi les invités, mais mon esprit n'était plus avec eux. Chaque sourire échangé, chaque geste effectué semblait être une simple illusion de normalité. Je n’arrivais plus à penser à autre chose qu'à la conversation que j'avais eue avec Aldric. Le roi n'était plus cette figure distante, ce tyran impitoyable que j’avais toujours cru qu’il était. Non, il était devenu un homme complexe, brisé par des années de solitude, portant sur ses épaules le poids de son propre royaume et de ses choix passés.

À la fin de la soirée, alors que les invités commençaient à quitter le château, je m'efforçai de remettre de l'ordre dans mes pensées. Je me dirigeai vers les écuries pour préparer les chevaux du roi, comme je le faisais chaque soir. Mais cette nuit, l’air semblait différent. La brise légère, portée par la lune, murmurait des promesses et des secrets que seul un cœur sensible pouvait entendre.

En traversant la cour, je vis une silhouette solitaire près de l’une des portes principales du château. C’était lui, le roi. Il semblait perdu dans ses pensées, comme absorbé par quelque chose qui le dépassait. À un moment, il tourna la tête et croisa mon regard. Je m’arrêtai net, un frisson me parcourant, mêlé d'appréhension et de curiosité.

"Elara," dit-il d'une voix basse, mais suffisamment forte pour que je l’entende. Il ne me regardait pas de la même manière que pendant le banquet. Ce soir-là, ses yeux étaient différents, comme s’ils cherchaient quelque chose dans les miens, quelque chose qu’il n’avait pas encore trouvé.

Je m'inclinai respectueusement. "Majesté."

"Il est tard", commença-t-il après un long silence. "Je devrais rentrer. Mais il semble qu’il me manque quelque chose ce soir. Peut-être un peu de compagnie." Il me fixa intensément, comme si son regard pouvait percer mes pensées les plus profondes. "Je me demande si… vous seriez disposée à marcher un moment avec moi. Il ne s'agit pas de cour, ni de protocoles. Juste… une promenade."

Un frisson parcourut ma colonne vertébrale. Un roi demandant à marcher avec une servante. C'était inconcevable, mais il n'y avait ni moquerie ni ordre dans sa voix. Il semblait sincère, presque… humain. Je ne pouvais pas refuser, ni même comprendre pourquoi j'hésitais à accepter. Après tout, il ne m’avait pas demandé en tant que souverain, mais en tant qu’homme.

J’acquiesçai lentement, ma voix faible : "Oui, Majesté. Je vous accompagnerai."

Nous sortîmes ensemble dans le jardin du château, loin des yeux curieux de la cour. La lune éclairait le chemin sinueux, jetant une lumière argentée sur les pierres anciennes. Nous marchâmes côte à côte, mais dans un silence lourd, chacun absorbé dans ses propres pensées. Le roi, d’ordinaire si imposant, semblait plus petit sous l’ombre de la nuit, presque vulnérable. J’avais l’impression que cette marche dans le jardin n’était pas simplement un acte physique, mais une manière pour lui d’échapper à un fardeau invisible, un fardeau qu’il n’avait jamais partagé avec quiconque.

"Pourquoi m’avez-vous appelée ce soir ?" demandai-je après un moment, brisant le silence.

Le roi leva les yeux vers la lune, sa silhouette s’effaçant dans l’ombre. "Parce que la solitude devient insupportable parfois. Parce que même un roi… même un roi peut se perdre dans les ténèbres de ses pensées."

Je le regardai, surprise par la fragilité de ses mots. Il n’avait pas l’habitude de parler ainsi, de partager ses failles avec quelqu’un, et encore moins avec une simple servante. Mais ce soir-là, quelque chose semblait différent. Quelque chose dans l’air, dans le calme de la nuit, dans l’atmosphère entre nous, l’appelait à ouvrir son cœur.

"Vous savez," continua-t-il, "les gens me regardent toujours avec peur ou respect, mais personne ne me regarde vraiment. Personne ne cherche à savoir qui je suis au-delà du trône."

Je baissai les yeux, une bouffée de compassion envahissant mon cœur. Je me souvenais de ma propre perception du roi, de l’image du tyran, du souverain intransigeant. Mais ce que je percevais à cet instant était bien différent. Il y avait quelque chose de brisé en lui, quelque chose qu'il avait enterré si profondément que même lui ne semblait plus pouvoir le reconnaître.

"Je… je vois ce que vous êtes, Sire", dis-je doucement. "Je vois la douleur dans vos yeux, la solitude. Vous n’êtes pas simplement un roi. Vous êtes un homme qui a perdu beaucoup."

Aldric s'arrêta soudainement, tournant son regard vers moi. Ses yeux brillaient d’une intensité nouvelle, presque vulnérable. "Et vous, Elara ? Qu’est-ce que vous voyez en moi ?"

Je mourus d’hésitation un instant. Le silence entre nous devenait lourd, presque électrique. "Je vois un homme qui a dû sacrifier beaucoup pour être ce qu’il est. Un homme qui porte une grande responsabilité, mais qui porte aussi un fardeau que personne ne comprend."

Le roi me scruta longuement, puis, d’un geste presque imperceptible, il détourna les yeux, comme si une partie de lui ne voulait pas entendre ces mots. Mais il ne les rejetait pas non plus.

"Je me demande parfois si… s’il n’est pas trop tard pour changer. S’il est possible de… revenir en arrière." Sa voix se brisa légèrement, trahissant un instant d’humanité. "J’ai fait des choses, Elara, des choses que je regrette profondément. Mais maintenant… je me sens prisonnier. Prisonnier de ce que j’ai créé."

Je m’approchai légèrement, une tristesse douce envahissant mon cœur. Je n’avais pas de réponses à ses questions, pas de solutions. J'étais simplement une servante, mais ce que je comprenais, au fond de moi-même, c’était que le roi Aldric ne cherchait pas un jugement. Il cherchait une oreille attentive, un cœur capable de le comprendre, même un instant.

"Vous n’êtes pas seul, Sire", murmurai-je. "Parfois, il suffit de croire que le changement est possible. Même pour vous."

Nous restâmes là, ensemble, dans le silence de la nuit, sans échanger un mot. Le temps sembla s'étirer, suspendu dans cet instant fragile où deux âmes, pourtant si différentes, se retrouvaient liées par une compréhension silencieuse.

Le vent souffla doucement, et, pour la première fois depuis longtemps, le roi se sentit moins seul. Il avait trouvé un écho dans mes mots, une possibilité de rédemption, même si ce chemin restait flou. Il savait que cette rencontre, cette promenade, marquerait un tournant dans sa vie. Il ne pouvait pas changer le passé, mais peut-être, juste peut-être, pourrait-il se racheter. Et peut-être que moi, la simple domestique, j’aurais un rôle à jouer dans cette quête de rédemption.

Continue to read this book for free
Scan code to download App

Related chapters

  • Cœur de tiran    Chapitre 7 : Les Ombres du Passé

    Elara Le lendemain matin, le château semblait plongé dans un calme étrange, presque irréel. Le banquet de la veille n’était plus qu’un souvenir lointain, les nobles repartis vers leurs terres, et la cour retrouvait son rythme habituel. Mais pour moi, rien n’était comme avant. La promenade de la nuit précédente avait marqué un point de non-retour. Les mots du roi résonnaient encore dans ma tête, et plus que jamais, je sentais qu’il y avait quelque chose d’inexprimable entre nous. Quelque chose qui allait au-delà de l'ordre social, de mon statut de domestique, et de mon rôle de simple observatrice dans l'ombre de la cour.Alors que j’effectuais mes tâches habituelles, je ne pouvais m’empêcher de penser à la conversation que j'avais eue avec Aldric. Je me souvenais de ses paroles, de la douleur qui transparaissait dans sa voix, de la vulnérabilité qu’il avait laissée entrevoir. Le roi, dans toute sa gloire et son pouvoir, était un homme brisé, hanté par ses choix, et je me demandais si

    Last Updated : 2025-04-02
  • Cœur de tiran    Chapitre 8 : Les Liens du Destin

    ElaraLes jours suivants furent marqués par une agitation inhabituelle dans le château. Les préparatifs pour la guerre se multipliaient au rythme rapide des tambours de la peur, battant à l'unisson avec les cœurs des nobles et des soldats. Des messagers affluaient de toutes parts, apportant des nouvelles, des ordres et des rapports des frontières. La tension était palpable à chaque coin du château, et même les nobles qui, d’ordinaire si imperturbables, paraissaient plus nerveux que d’habitude, conscients que le danger approchait.Quant à moi, je me consacrai entièrement à la tâche que le roi m’avait confiée. La création de l'armure n'était pas une mince affaire. Je n’étais pas armurière, mais j’avais l’œil du détail affûté, et mon expérience en tant que couturière et modiste m’avait habituée à des exigences précises et à des matériaux difficiles à manipuler. Chaque pièce de métal qui se présentait à moi était comme une toile vierge, attendant d’être façonnée, et chaque coup de marteau

    Last Updated : 2025-04-02
  • Cœur de tiran    Chapitre 9 : Le Poids du Choix

    Elara Le jour où l'armure fut terminée, tout le château semblait suspendu dans l'attente. J'avais travaillé sans relâche, mes mains tremblant parfois sous la pression de l'importance de ma tâche. L’armure était splendide. Un mélange de métal poli et de détails finement ciselés, ornée de motifs symboliques représentant la grandeur du royaume. Les épaulettes étaient renforcées par des pièces sculptées en forme de griffons, des créatures mythiques et majestueuses, symboles de la protection du royaume. Des lignes élégantes parcouraient la cuirasse, dessinant des arabesques qui rappelaient la noblesse et la résilience. Sur le plastron, j'avais gravé une citation ancienne : « Dans la guerre, l’honneur n’est pas seulement dans la victoire, mais dans le courage d’affronter l’impossible. »Lorsque le roi arriva pour l’essayer, un silence lourd se fit dans la salle. Il s’approcha de l’armure, la regardant d’un air approbateur. Un frisson me parcourut le dos lorsqu'il posa la main sur le métal.

    Last Updated : 2025-04-02
  • Cœur de tiran    Chapitre 10 : L’Écho du Retour

    Elara Les mois s’étiraient, et la guerre semblait se prolonger sans fin. Les nouvelles devenaient de plus en plus inquiétantes à chaque lettre arrivée au château. Le duc de Darven, bien que confronté à une résistance farouche, parvenait à tenir ses positions, et les pertes humaines étaient terrifiantes des deux côtés. Seule dans le château, je me retrouvais dans un état de constante inquiétude. Mes journées se passaient à travailler, mes pensées occupées par Aldric et le poids des décisions qu’il devait prendre. Mais je savais aussi qu’à chaque combat, à chaque jour qui passait, il s’éloignait un peu plus du roi qu’il avait été et qu’il avait espéré redevenir.Les messagers arrivaient rarement, et ceux qui apportaient des nouvelles n’étaient pas toujours clairs. Parfois, un message était optimiste, parfois désespéré. La guerre semblait se jouer au bord du gouffre, et chaque moment où je recevais une nouvelle d’Aldric, j’avais l’impression de sentir mon cœur se serrer davantage. La di

    Last Updated : 2025-04-02
  • Cœur de tiran    Chapitre 11 : La Réconciliation du Silence

    Elara Les jours suivant le retour d’Aldric étaient marqués par une atmosphère de fragilité. Bien qu’il soit de retour parmi nous, je sentais qu’il était absent, perdu dans ses pensées, en proie à des souvenirs douloureux. Son esprit était toujours occupé par les horreurs de la guerre, par les hommes qu’il avait vus tomber, par les choix qu’il avait faits, parfois dans la précipitation, parfois dans l’incertitude. Il se retrouvait dans un château qui, bien que familier, semblait désormais un lieu froid et distant, presque étranger.Moi, je l’observais avec un mélange de compassion et de confusion. Les mois que nous avions passés séparés, ses lettres, ses mots lourds de sens et d’émotion… tout cela semblait s’effacer sous la pression de la réalité. Aldric était là, mais il n’était plus le même homme. Le poids de la guerre, des décisions qu’il avait dû prendre, semblait avoir marqué son âme d’une manière qu’aucun retour ne pourrait effacer. Je me sentais à la fois proche de lui et dista

    Last Updated : 2025-04-02
  • Cœur de tiran    Chapitre 13 : Le Poids de l'Avenir

    Elara Les jours qui suivirent la confession d’Aldric furent étrangement lourds. J'avais cru qu'une forme de légèreté s'installerait après ses paroles, mais c’était tout le contraire. Il devenait plus taciturne, plus pensif. Son regard, souvent perdu dans les étendues du royaume qu'il avait promis de reconstruire, semblait à la fois rempli de détermination et d'une angoisse silencieuse. Je savais qu'il portait en lui quelque chose de bien plus lourd qu'une simple couronne. Il devait aussi se reconstruire lui-même, trouver une paix intérieure qui lui échappait encore.Quant à moi, j'étais partagée. D'un côté, je ressentais une profonde empathie pour lui, une compréhension de sa souffrance et de ses doutes. De l'autre, une crainte grandissait en moi. Nous étions liés d'une manière que je n'avais pas anticipée. Et je me demandais souvent jusqu’où ma présence à ses côtés pourrait l'aider, et si, au fond, je n'étais pas aussi perdue que lui dans les méandres de son passé.Puis une semaine

    Last Updated : 2025-04-03
  • Cœur de tiran    Chapitre 12 : Un fardeau

    Elara Malgré les jours paisibles qui s’étiraient, une ombre persistait sur le royaume. La guerre, bien qu’ayant pris fin avec la défaite du duc de Darven, laissait derrière elle un vide difficile à combler. Le royaume était brisé, ses terres dévastées, et les cicatrices sur l’âme d’Aldric étaient encore fraîches. Même si la paix semblait avoir été rétablie, les fantômes du passé, les décisions et les pertes, continuaient de hanter le roi.Aldric et moi passions de plus en plus de temps ensemble. Parfois, nous nous retrouvions dans les jardins du château, parfois dans les petites salles où les tâches administratives de la cour étaient traitées. Nos échanges étaient désormais empreints d’une complicité timide, parfois fragile, mais toujours sincère. Pourtant, quelque chose persistait dans l’air, un non-dit, une incertitude qui nous éloignait parfois malgré nous.Un soir, après avoir terminé une réunion avec ses conseillers, Aldric me chercha. Je me trouvais dans la salle des archives,

    Last Updated : 2025-04-03
  • Cœur de tiran    Chapitre 14 : Les Premiers Pas

    Elara Le matin se levait lentement sur le royaume, et une lumière d’espoir perçait les nuages lourds qui avaient assombri le ciel pendant trop de temps. La guerre avait laissé des cicatrices profondes, mais dans mes yeux, je sentais une nouvelle lumière grandir. La paix n'était pas encore là, mais j'avais pris une décision : je devais reconstruire, rétablir une stabilité fragile. Ce n’était plus une question de pouvoir, mais de survie, de rédemption. Et, surtout, de me retrouver moi-même.Je me tenais dans la grande salle du trône, entouré de mes conseillers et de mes plus proches loyalistes. Les seigneurs, après la réunion houleuse de la veille, étaient restés en retrait, mais l’atmosphère restait tendue. Le royaume n’était pas encore à l’abri des querelles internes, et je savais que chaque décision comptait. Mais je refusais de céder à la pression. Il y avait une voie, une façon de faire, qui ne reposait pas uniquement sur la force."Votre Majesté", dit l’un de mes conseillers, un

    Last Updated : 2025-04-03

Latest chapter

  • Cœur de tiran    Chapitre 15 : Les Épreuves du Cœur

    Elara Les jours passaient lentement, comme un fil de soie qui se déroule sans fin, une succession de petites victoires et de défaites qui façonnaient lentement le destin de mon royaume. La guerre était terminée, et la paix semblait se poser timidement, comme une fleur fragile émergeant des cendres. Mais la reconstruction, non seulement du royaume, mais aussi de moi-même, s’avérait bien plus complexe et difficile que je n’aurais jamais pu l’imaginer.J'avais pris des mesures concrètes : des réformes agraires pour redonner des terres aux paysans, l’abolition de certaines taxes pour alléger leur fardeau, la réouverture des routes commerciales, et des efforts pour restaurer la confiance entre les seigneurs et la couronne. Pourtant, ces efforts étaient souvent entravés par des résistances locales, des querelles anciennes, et surtout, des murmures persistants sur mon autorité et mon passé.Malgré ces obstacles, je sentais en moi une détermination nouvelle. La présence d’Elara à mes côtés m

  • Cœur de tiran    Chapitre 14 : Les Premiers Pas

    Elara Le matin se levait lentement sur le royaume, et une lumière d’espoir perçait les nuages lourds qui avaient assombri le ciel pendant trop de temps. La guerre avait laissé des cicatrices profondes, mais dans mes yeux, je sentais une nouvelle lumière grandir. La paix n'était pas encore là, mais j'avais pris une décision : je devais reconstruire, rétablir une stabilité fragile. Ce n’était plus une question de pouvoir, mais de survie, de rédemption. Et, surtout, de me retrouver moi-même.Je me tenais dans la grande salle du trône, entouré de mes conseillers et de mes plus proches loyalistes. Les seigneurs, après la réunion houleuse de la veille, étaient restés en retrait, mais l’atmosphère restait tendue. Le royaume n’était pas encore à l’abri des querelles internes, et je savais que chaque décision comptait. Mais je refusais de céder à la pression. Il y avait une voie, une façon de faire, qui ne reposait pas uniquement sur la force."Votre Majesté", dit l’un de mes conseillers, un

  • Cœur de tiran    Chapitre 12 : Un fardeau

    Elara Malgré les jours paisibles qui s’étiraient, une ombre persistait sur le royaume. La guerre, bien qu’ayant pris fin avec la défaite du duc de Darven, laissait derrière elle un vide difficile à combler. Le royaume était brisé, ses terres dévastées, et les cicatrices sur l’âme d’Aldric étaient encore fraîches. Même si la paix semblait avoir été rétablie, les fantômes du passé, les décisions et les pertes, continuaient de hanter le roi.Aldric et moi passions de plus en plus de temps ensemble. Parfois, nous nous retrouvions dans les jardins du château, parfois dans les petites salles où les tâches administratives de la cour étaient traitées. Nos échanges étaient désormais empreints d’une complicité timide, parfois fragile, mais toujours sincère. Pourtant, quelque chose persistait dans l’air, un non-dit, une incertitude qui nous éloignait parfois malgré nous.Un soir, après avoir terminé une réunion avec ses conseillers, Aldric me chercha. Je me trouvais dans la salle des archives,

  • Cœur de tiran    Chapitre 13 : Le Poids de l'Avenir

    Elara Les jours qui suivirent la confession d’Aldric furent étrangement lourds. J'avais cru qu'une forme de légèreté s'installerait après ses paroles, mais c’était tout le contraire. Il devenait plus taciturne, plus pensif. Son regard, souvent perdu dans les étendues du royaume qu'il avait promis de reconstruire, semblait à la fois rempli de détermination et d'une angoisse silencieuse. Je savais qu'il portait en lui quelque chose de bien plus lourd qu'une simple couronne. Il devait aussi se reconstruire lui-même, trouver une paix intérieure qui lui échappait encore.Quant à moi, j'étais partagée. D'un côté, je ressentais une profonde empathie pour lui, une compréhension de sa souffrance et de ses doutes. De l'autre, une crainte grandissait en moi. Nous étions liés d'une manière que je n'avais pas anticipée. Et je me demandais souvent jusqu’où ma présence à ses côtés pourrait l'aider, et si, au fond, je n'étais pas aussi perdue que lui dans les méandres de son passé.Puis une semaine

  • Cœur de tiran    Chapitre 11 : La Réconciliation du Silence

    Elara Les jours suivant le retour d’Aldric étaient marqués par une atmosphère de fragilité. Bien qu’il soit de retour parmi nous, je sentais qu’il était absent, perdu dans ses pensées, en proie à des souvenirs douloureux. Son esprit était toujours occupé par les horreurs de la guerre, par les hommes qu’il avait vus tomber, par les choix qu’il avait faits, parfois dans la précipitation, parfois dans l’incertitude. Il se retrouvait dans un château qui, bien que familier, semblait désormais un lieu froid et distant, presque étranger.Moi, je l’observais avec un mélange de compassion et de confusion. Les mois que nous avions passés séparés, ses lettres, ses mots lourds de sens et d’émotion… tout cela semblait s’effacer sous la pression de la réalité. Aldric était là, mais il n’était plus le même homme. Le poids de la guerre, des décisions qu’il avait dû prendre, semblait avoir marqué son âme d’une manière qu’aucun retour ne pourrait effacer. Je me sentais à la fois proche de lui et dista

  • Cœur de tiran    Chapitre 10 : L’Écho du Retour

    Elara Les mois s’étiraient, et la guerre semblait se prolonger sans fin. Les nouvelles devenaient de plus en plus inquiétantes à chaque lettre arrivée au château. Le duc de Darven, bien que confronté à une résistance farouche, parvenait à tenir ses positions, et les pertes humaines étaient terrifiantes des deux côtés. Seule dans le château, je me retrouvais dans un état de constante inquiétude. Mes journées se passaient à travailler, mes pensées occupées par Aldric et le poids des décisions qu’il devait prendre. Mais je savais aussi qu’à chaque combat, à chaque jour qui passait, il s’éloignait un peu plus du roi qu’il avait été et qu’il avait espéré redevenir.Les messagers arrivaient rarement, et ceux qui apportaient des nouvelles n’étaient pas toujours clairs. Parfois, un message était optimiste, parfois désespéré. La guerre semblait se jouer au bord du gouffre, et chaque moment où je recevais une nouvelle d’Aldric, j’avais l’impression de sentir mon cœur se serrer davantage. La di

  • Cœur de tiran    Chapitre 9 : Le Poids du Choix

    Elara Le jour où l'armure fut terminée, tout le château semblait suspendu dans l'attente. J'avais travaillé sans relâche, mes mains tremblant parfois sous la pression de l'importance de ma tâche. L’armure était splendide. Un mélange de métal poli et de détails finement ciselés, ornée de motifs symboliques représentant la grandeur du royaume. Les épaulettes étaient renforcées par des pièces sculptées en forme de griffons, des créatures mythiques et majestueuses, symboles de la protection du royaume. Des lignes élégantes parcouraient la cuirasse, dessinant des arabesques qui rappelaient la noblesse et la résilience. Sur le plastron, j'avais gravé une citation ancienne : « Dans la guerre, l’honneur n’est pas seulement dans la victoire, mais dans le courage d’affronter l’impossible. »Lorsque le roi arriva pour l’essayer, un silence lourd se fit dans la salle. Il s’approcha de l’armure, la regardant d’un air approbateur. Un frisson me parcourut le dos lorsqu'il posa la main sur le métal.

  • Cœur de tiran    Chapitre 8 : Les Liens du Destin

    ElaraLes jours suivants furent marqués par une agitation inhabituelle dans le château. Les préparatifs pour la guerre se multipliaient au rythme rapide des tambours de la peur, battant à l'unisson avec les cœurs des nobles et des soldats. Des messagers affluaient de toutes parts, apportant des nouvelles, des ordres et des rapports des frontières. La tension était palpable à chaque coin du château, et même les nobles qui, d’ordinaire si imperturbables, paraissaient plus nerveux que d’habitude, conscients que le danger approchait.Quant à moi, je me consacrai entièrement à la tâche que le roi m’avait confiée. La création de l'armure n'était pas une mince affaire. Je n’étais pas armurière, mais j’avais l’œil du détail affûté, et mon expérience en tant que couturière et modiste m’avait habituée à des exigences précises et à des matériaux difficiles à manipuler. Chaque pièce de métal qui se présentait à moi était comme une toile vierge, attendant d’être façonnée, et chaque coup de marteau

  • Cœur de tiran    Chapitre 7 : Les Ombres du Passé

    Elara Le lendemain matin, le château semblait plongé dans un calme étrange, presque irréel. Le banquet de la veille n’était plus qu’un souvenir lointain, les nobles repartis vers leurs terres, et la cour retrouvait son rythme habituel. Mais pour moi, rien n’était comme avant. La promenade de la nuit précédente avait marqué un point de non-retour. Les mots du roi résonnaient encore dans ma tête, et plus que jamais, je sentais qu’il y avait quelque chose d’inexprimable entre nous. Quelque chose qui allait au-delà de l'ordre social, de mon statut de domestique, et de mon rôle de simple observatrice dans l'ombre de la cour.Alors que j’effectuais mes tâches habituelles, je ne pouvais m’empêcher de penser à la conversation que j'avais eue avec Aldric. Je me souvenais de ses paroles, de la douleur qui transparaissait dans sa voix, de la vulnérabilité qu’il avait laissée entrevoir. Le roi, dans toute sa gloire et son pouvoir, était un homme brisé, hanté par ses choix, et je me demandais si

Explore and read good novels for free
Free access to a vast number of good novels on GoodNovel app. Download the books you like and read anywhere & anytime.
Read books for free on the app
SCAN CODE TO READ ON APP
DMCA.com Protection Status